Le Forum Catholique
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( 754662 )
À méditer par Aigle (2014-07-10 23:13:02)
Frédéric Becquerieux a publié une très intéressante réflexion sur son remarquable site " mauvpens.blogspot.fr". C est très vrai et très drôle !
Dans les grandes comme dans les petites choses, il semblerait que nos dirigeants depuis 40 ans, dans à peu près tous les domaines, soient frappés d’une véritable malédiction. A-t-on remarqué à quel point tout ce qu’ils entreprennent échoue lamentablement ? Attention, je ne veux pas dire par là qu’ils obtiennent des résultats modestes, voire minables au regard d’ambitions grandioses, non. Il s’agit de quelque chose de bien plus terrible : leurs projets aboutissent, systématiquement, au résultat contraire de ce qu’ils avaient annoncé.
Prenons quelques exemples.
Dans les années 60, l’Eglise catholique annonce qu’elle révolutionne sa liturgie, son mode d’enseignement, sa relation au monde moderne, dans le but d’attirer les foules et de séduire les masses populaires. Quarante ans plus tard, les églises sont désertées, les gens ne font plus baptiser leurs enfants, les vocations de prêtres ont été divisées par dix, la culture catholique ne se transmet plus. Les seuls à demeurer vivants sont précisément ceux qui ont refusé les réformes, les "traditionnalistes".
Autre exemple : en 1990, Lionel Jospin réforme l’école, appliquant les méthodes pédagogiques révolutionnaires inventées dans les années 70. Objectif : réduire les inégalités sociales, faciliter l’accès au savoir. Sans tarder, le niveau s'est effondré. Vingt-cinq ans plus tard, les instituteurs sont illettrés, l’école publique n'est plus qu'une garderie mal tenue, le baccalauréat n’a plus aucune valeur. Conséquence directe : les inégalités sociales en matière scolaire ont littéralement explosé. Les seules à s'en sortir sont les écoles libres qui n'appliquent pas les réformes. Encore un exemple : en 2000, on lance l’Euro, qui doit nous apporter la croissance, le plein emploi et hâter l’avènement des Etats-Unis d’Europe. Quinze ans plus tard, la zone euro s’enfonce dans la crise, le chômage et la stagnation ; plusieurs pays parlent sérieusement de quitter l’Union européenne (sur ce point, la réussite de l'Allemagne n'est pas une objection recevable, voir ICI).
Un dernier pour la route ? En 2003, les néoconservateurs américains entament leur "guerre contre le terrorisme" en Irak, dépensant pour ce faire des centaines de milliards de dollars et causant la mort de centaines de milliers de personnes. Dix ans plus tard, le califat est officiellement rétabli en Irak, le terrorisme salafiste s’étend de la Libye jusqu’à la Syrie et gagne l’Europe. L'année 2014 marque même le retour d'un supplice autrefois très en vogue dans la région : la crucifixion. Ah oui, j'oubliais : les Talibans sont de nouveau au pouvoir en Afghanistan. Bon, j’arrête pour les grands dossiers.
Je disais en commençant que ce qui est vrai en gros est aussi vrai en détail. Regardez par exemple l’UMP : ce parti est dirigé depuis trois ans par des gens qui ne cessent de prôner la rigueur budgétaire et d’annoncer que lorsqu’ils reviendront au pouvoir, les mânes de Pinay flotteront sur la France. Fort bien. En trois ans, ils ont réussi à creuser une dette de 75 millions d’euros dans une structure qui emploie quelques dizaines de personnes. On admettra que c'est prometteur.
A considérer ce phénomène, on se perd en conjectures : les dirigeants sont-ils secrètement recrutés sur la base d'un test visant à vérifier qu'ils sont tous complètement idiots ? Ont-ils le cerveau monté à l’envers ? Font-ils exprès de tout détruire, inspirés par la haine ? Sommes-nous dans Batman ? Est-ce une bande de clowns terroristes, disciples du Joker ?
La question est mise au concours !

( 754666 )
La réponse pour 7,90 euros par Paterculus (2014-07-11 00:47:32)
[en réponse à 754662]
On peut se procurer la réponse
là.
A force de réformer l'école en dépit de tout bon sens, on aboutit à produire des élites plus bêtes que les braves gens qui ont fait moins d'études.
Cela ne date pas de 1990. La révolution culturelle a commencé en France dans les années cinquante.
Les bourgeois du XIXème siècle avaient plein de défauts, notamment ils étaient voltairiens, mais en tout cas ils ont voulu faire une école qui transmettrait à tous ce qu'ils considéraient comme leur valant leur réussite.
Au contraire les communistes, à qui Monsieur de Gaulle a donné l'université en 1944, ont voulu faire du passé table rase, sciant la branche sur laquelle ils étaient assis. Leurs héritiers sont issus de la fabrique du crétin.
Des situations analogues se sont retrouvées dans à peu près tous les pays d'Occident.
Si on veut réformer l'Eglise, il faudra en revenir aux remèdes que l'Esprit-Saint lui a donnés, et bien avant la crise présente (car elle n'est que la suite de la crise rationaliste), en particulier l'enseignement de Saint Thomas d'Aquin, sans quoi on aura toujours des prélats en phase avec les produits de la fabrique...
Votre dévoué Paterculus
PS. Pourriez-vous, mon cher Aigle, nous donner des titres plus explicites en tête de fil ?
Car il serait dommage de passer à côté de cette énumération intéressante sur les échecs de ceux qui nous dirigent.

( 754743 )
Merci beaucoup, car vous remontez en amont de 1968. par Scrutator Sapientiæ (2014-07-12 00:28:16)
[en réponse à 754666]
Bonsoir et merci, Paterculus.
Je commence à en avoir assez de lire souvent que la dégradation de la situation, dans l'école comme dans l'Eglise, date de l'après-1968, aussi je me réjouis de votre message, car vous remontez en amont de 1968.
Il me semble en effet que vous faites clairement allusion à l'une des principales clefs de compréhension de la structuration institutionnelle ET de la déstructuration intellectuelle qui caractérisent le système éducatif français, depuis 1945, et non avant tout ni seulement depuis 1968.
Je plaide depuis déjà quelques années, plus précisément depuis la parution, en 2011, du livre de Louis RADE, "Eglise conciliaire et années soixante", pour que davantage de catholiques prennent la mesure de ce qu'il s'est passé, à partir de 1945, et qui explique grandement, dans le contexte français, l'avant-Concile, le Concile, et l'après-Concile auxquels nous avons eu droit, à cause d'un "gaudium-et-spisme avant la lettre" qui s'est constitué à partir de la convergence de quatre courants : l'existentialisme, l'évolutionnisme, la théologie néo-moderniste et la pastorale néo-progressiste, dans un contexte doublement émancipateur : décolonisation, à l'extérieur, et développement, à l'intérieur.
C'est ce que j'ai déjà eu l'occasion d'appeler, après d'autres et moins bien qu'eux, le cinquantisme.
Si mon herméneutique des origines intellectuelles d'au moins une partie de ce qui s'est produit, notamment dans les années 1960-1970, est réaliste, cela signifie qu'il y a quelque excès à considérer, ou à donner souvent l'impression de considérer,
- d'une part, que presque tout allait bien jusqu'à la mort de Pie XII,
- d'autre part, que presque tout s'est dégradé à partir du Concile.
Bonne nuit et à bientôt.
Scrutator.

( 754736 )
Les Etats, soumis à des intérêts divergents, ne peuvent qu'échouer. par Scrutator Sapientiæ (2014-07-11 23:24:29)
[en réponse à 754662]
Bonsoir et merci, Aigle.
1. Plus çà va, moins çà va, mais pourquoi ? C'est assez simple, à la vérité : les Etats sont dirigés par des personnes qui héritent de situations ingérables, à l'origine desquelles il y une confusion croissante entre développement de l'intérêt général et accumulation, dissémination, multiplication, prolifération, des intérêts particuliers, les plus budgétivores et les plus contradictoires.
2. Soyons honnêtes, cette confusion, ou la tentation de recourir à cette confusion, a toujours existé, mais depuis à présent plusieurs siècles, disons depuis le début du XVII° siècle, cette confusion est montée en puissance, puisque l'on parle aujourd'hui fréquemment de l'impuissance publique, là où l'on a longtemps parlé de la puissance publique.
3. Les exemples que vous donnez ne sont pas de même nature :
- la politique intérieure française, clientéliste et corporatiste publique, y compris au détriment des usagers des services publics, notamment dans les domaines de l'éducation et de la santé, est une chose,
- la politique étrangère américaine, qui sert les intérêts des entreprises privées, notamment dans les domaines de l'armement, de la finance, du pétrole, en est une autre.
4. Que dire de plus ? Je vous rappelle ce que vous savez mieux que moi, en réalité : le mépris, puis l'oubli, du bien commun, le mépris, puis l'oubli, de la loi naturelle, sont deux des principaux ressorts de la politique moderne, laquelle n'est pas née en 1789, mais plutôt, à mon avis, au plus tard au début du XVII° siècle, pour nous Français, au cours du règne de Louis XIII (Guerre de Trente ans + Richelieu...).
5. La politique n'est plus un service, c'est un business, qui consiste à servir des acquéreurs ou des possesseurs d'intérêts particuliers.
6. Or, dans toute économie, dans toute société, non régulée, le plus possible, au quotidien, par les vertus naturelles et par les vertus surnaturelles, on trouve rapidement des intérêts particuliers, à la fois hégémoniques et hétérogènes, à la fois concurrents et divergents.
7. C'est donc la moindre des choses que la politique qui consiste à servir ceux de ces intérêts é-go-i-stes qui sont les plus importants, les plus influents, même s'ils sont, que dis-je, surtout s'ils sont, à la fois menaçants et occultes, échoue presque toujours, sous l'angle des résultats obtenus, en principe, pour le bien de tous.
8. C'est le contraire qui serait étonnant ! Je vais même vous dire la chose suivante : c'est le contraire qui serait injuste !
Je viens de formuler ce qui précède comme je l'ai pu, je vous remercie donc pour votre indulgence, au contact de ce message.
Je pense un peu ce soir à tous les morts de la première guerre mondiale ; vous connaissez sûrement cette phrase d'Anatole FRANCE :
« On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des industriels »
Quand tout est dit, ou presque tout, en quelques mots...
Dans le monde dans lequel beaucoup n'agissent plus que par intérêt et ne s'abstiennent plus que par lâcheté, la situation ne peut que continuer à se dégrader.
Bonne nuit.
Scrutator.

( 754759 )
Mes observations par Aigle (2014-07-12 08:40:15)
[en réponse à 754736]
Quelques observations en réponse
I - historiquement mai 68 n'est pas un événement unique mais le dernier d'une série d'ébranlements qui ont laminé la pensée et la société traditionnelles :
1- la seconde guerre mondiale et le pétainiisme ont affaibli dans la société comme dans l'Eglise le camp réactionnaire au profit des courants assimilés à la Résistance : démocratie chrétienne, marxisme classique et aussi et surtout marxisme léninisme du PCF.
2- la guerre d'Algérie a achevé le phénomène : en 1962, le nationalisme autoritaire est vu par presque tous les Français comme une pensée irréelle , pensée de vaincus qui ignorent tout du monde contemporain ...
3- le gaullisme dans l'ordre civil et le Concile dans l'ordre religieux participent d'une même idée : la réforme est nécessaire, elle est positive, elle permet en sauver ce qui peu l'être face à des courants révolutionnaires ( les communistes essentiellement) . Il faut moderniser l'Etat, la société , l'économie et l'Eglise pour les adapter au monde contemporain contre lequel il serait absurde de lutter.
4- mai 68 n'a guère suscité d'antidote ( comme le fut Reagan aux États Unis) : très vite Pompidou puis Giscard et évidemment Mitterrand ont cherche à canaliser le mouvement libéral libertaire non à s'opposer à lui. De même l.épiscopat des années 1970.
5- horrible paradoxe : le discrédit qui frappe le communisme à la fin des années 1970 ne bénéficie absolument pas au camp réactionnaire. L'effet Jean Paul II est très faible en France. C est BHL et la gauche mitterrandienne qui en tire parti.
II - sur le plan de la sociologie des idées et de la décision , la période est aussi marquée par la montée en puissance des intellectuels et des médias qui imposent le choix d'objectifs et de méthodes iréniques .et qui donc ne peuvent qu échouer !
Un intéressant contre exemple : une des rares réussites française de la période 1960 1980 est la construction d'un gigantesque programme nucléaire militaire puis civil. Pourquoi ? Parce que ce programme conduit par des ingénieurs , des militaires et des monopoles publiques ( Cea et EDF ) et soutenu contre vents et marées par les gouvernements successifs échappait aux bavardages des intellectuels comme aux combinaisons des journalistes ...
PS : mauvpens n'est pas mon blog mais celui d'un ami, Frédéric Becquerieux.

( 754779 )
Nous manquons d'une lecture théologique de l'histoire contemporaine. par Scrutator Sapientiæ (2014-07-12 16:36:25)
[en réponse à 754759]
Bonjour et merci, Aigle.
Je ne parle pas ici de l'histoire récente de l'Eglise catholique.
Nous manquons d'une lecture théologique de l'histoire contemporaine, je ne parle pas d'une lecture diabolisatrice, ni d'une lecture idéalisante, des origines de la mondialisation, puis de la mondialisation elle-même, mais d'une lecture théologique, équilibrée et objective, de l'histoire contemporaine.
Volontairement, je n'en dis pas beaucoup plus, mais c'est cette absence ou ce déficit de lecture théologique de l'histoire contemporaine qui nous empêche, en tout cas, qui m'empêche, d'avoir un regard explicitement et spécifiquement catholique, sur l'histoire du monde actuel, surtout depuis la fin
- du développement économique que nous avons connu pendant "les trente glorieuses",
- de la bipolarisation géopolitique et géostratégique entre l'Est et l'Ouest.
Je constate simplement
- que des problèmes sont clairement apparus, à partir du début des années 1970, des problèmes d'ordre économique (la monnaie), d'ordre énergétique (le pétrole), d'ordre "axiologique", notamment en France (pour aller vite : les lois Haby et Veil), d'ordre politico-religieux (le réveil du djihad),
- que les initiateurs ou les inspirateurs de la mondialisation n'ont pas pu, pas su, pas voulu, contribuer fortement au règlement de ces problèmes, parce que ce n'était pas conforme à leurs intentions, à leurs intérêts, à leur pouvoir ou à leur savoir,
- que les responsables médiatiques et les responsables politiques, entre autres, nous ont "vendu" une mondialisation heureuse, une financiarisation heureuse, à peu près entre 1991 à 2008,
- que nous nous retrouvons aujourd'hui dans une situation encore plus grave, encore plus déséquilibrée, que dans les années 1970, sur le plan économique, sur le plan énergétique, sur le plan "axiologique", et sur le plan politico-religieux.
En d'autres termes, il nous manque, ou, en tout cas, il me manque, une actualisation du chapitre V de la lettre encyclique Sollicitudo rei socialis du Pape Jean-Paul II.
Bon après-midi et à bientôt.
Scrutator.