Le Forum Catholique
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( 751784 )
Expositions Charlemagne à Aix-la-Chapelle par Jean-Paul PARFU (2014-06-02 14:41:08)
En l'an 814, il y a 1200 ans exactement, mourait l'empereur Charlemagne (Charles le Grand de "Carolus Magnus" en latin) ou Karl der Grosse, pour nos amis allemands.
Entre le 19 juin et le 21 septembre 2014, trois expositions à Aix-la-Chapelle (Aachen), retraceront l'apport de cet empereur et de son époque à notre civilisation.
C'est
ici

( 751787 )
Découvrez à Aix la messe de Saint Charlemagne par CMdelaRocca (2014-06-02 15:40:17)
[en réponse à 751784]
Depuis 1176, la vénération locale de Charlemagne est permise par l'Église. Cependant, la fête de sa mort, le 28 janvier, n'est pas inscrite au »Martyrologium Romanum«, ni dans le calendrier des Saints. La vénération permanente du grand empereur au cours des siècles et qui dure encore maintenant, pousse Rome à tolérer la fête de Charlemagne. Les fêtes pour la vénération de Charlemagne sont répandues dans de grandes parties de l'Allemagne, notament à Aix-la-Chapelle, Osnabrück et Francfort sur le Main; beaucoup existent aussi en France, en Italie et en Espagne. Ce sont, cependant, en premier chef des fêtes typiques d'Aix-la-Chapelle: »In Nativitate sanctissimi Karoli« (28 janvier); »In Octava sanctissimi Karoli« (4 février); »In Translatione sanctissimi Karoli« (27 juillet). Le 27 juillet fête la fin de l'exécution du reliquaire de Charles en 1215. Le pape Benoît XIV (1740-1758) reconnaît les fêtes de Charlemagne pour des endroits particuliers. Dans le calendrier liturgique de Cologne, elles sont indiquées de 1828 à 1857 comme étant des fêtes propres à Aix-la-Chapelle. Quand on rétablit l'évêché d'Aix-la-Chapelle en 1930, elles sont à nouveau réintroduites. A partir de 1932, la fête de la »Translatio« est supprimée. L'octave du 4 février est célébrée jusqu'en 1955. Aujourd'hui, le 28 janvier est encore désigné comme la grande fête de la Saint-Charlemagne dans le calendrier liturgique postconciliaire actuel de l'évêché d'Aix-la-Chapelle. La Saint-Charlemagne est la fête propre à Aix-la-Chapelle, au cours de laquelle le patron de la ville est invoqué et commémoré. En tant que centre politique, religieux, culturel et artistique du royaume chrétien de Charlemagne, Aix-la-Chapelle conserve fidélité et dévotion l'hértitage éternel de l'église carolingienne. Cela fait des siècles que la tradition du chant liturgique artistique est liée à cette église....en prime, la possibilité d'entendre cette messe "In virtute tua" (MISSA IN FESTO BEATI KAROLI MAGNI IMPERATORIS)les 24 et 28 juin prochains chantée par la Capella Aquensis et la
Schola Carolina d'Aix.
A découvrir aussi: La « Route Charlemagne » conduit aux lieux les plus importants de la ville d’Aix-la-Chapelle et raconte l’histoire mais aussi les histoires d’Aix-la-Chapelle en tant que ville européenne et ville de Science.
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( 751788 )
« Que monsieur saint Denis garde le roi de France ! » par CMdelaRocca (2014-06-02 15:56:18)
[en réponse à 751784]
...je n'y résiste pas:
,
Si l’on vous dit, songeant à tous vos grands faits d’armes
Qui remplirent longtemps la terre de terreur :
« Mais où donc avez-vous quitté votre empereur ? »
Vous répondrez, baissant les yeux vers la muraille :
« Nous nous sommes enfuis le jour d’une bataille,
» Si vite et si tremblants et d’un pas si pressé
» Que nous ne savons plus où nous l’avons laissé ! »
Ainsi Charles de France appelé Charlemagne,
Exarque de Ravenne, empereur d’Allemagne,
Parlait dans la montagne avec sa grande voix ;
Et les pâtres lointains, épars au fond des bois,
Croyaient en l’entendant que c’était le tonnerre.
Les barons consternés fixaient leurs yeux à terre.
Soudain, comme chacun demeurait interdit,
Un jeune homme bien fait sortit des rangs, et dit :
« Que monsieur saint Denis garde le roi de France ! »
L’empereur fut surpris de ce ton d’assurance.
Il regarda celui qui s’avançait, et vit,
Comme le roi Saül lorsque apparut David,
Une espèce d’enfant au teint rose, aux mains blanches,
Que d’abord les soudards dont l’estoc bat les hanches
Prirent pour une fille habillée en garçon,
Doux, frêle, confiant, serein, sans écusson
Et sans panache, ayant, sous ses habits de serge,
L’air grave d’un gendarme et l’air froid d’une vierge.
« Toi, que veux-tu, dit Charle, et qu’est-ce qui t’émeut ?
— Je viens vous demander ce dont pas un ne veut :
L’honneur d’être, ô mon roi, si Dieu ne m’abandonne,
L’homme dont on dira : « C’est lui qui prit Narbonne. »
L’enfant parlait ainsi d’un air de loyauté,
Regardant tout le monde avec simplicité.
Le Gantois, dont le front se relevait très vite,
Se mit à rire et dit aux reîtres de sa suite :
« Hé ! c’est Aymerillot, le petit compagnon !
— Aymerillot, reprit le roi, dis-nous ton nom.
— Aymery. Je suis pauvre autant qu’un pauvre moine ;
J’ai vingt ans, je n’ai point de paille et point d’avoine,
Je sais lire en latin, et je suis bachelier.
Voilà tout, sire. Il plut au sort de m’oublier
Lorsqu’il distribua les fiefs héréditaires.
Deux liards couvriraient fort bien toutes mes terres,
Mais tout le grand ciel bleu n’emplirait pas mon cœur.
J’entrerai dans Narbonne et je serai vainqueur.
Après, je châtierai les railleurs, s’il en reste. »
Charles, plus rayonnant que l’archange céleste,
S’écria :
« Tu seras, pour ce propos hautain,
Aymery de Narbonne et comte palatin,
Et l’on te parlera d’une façon civile.
Va, fils ! »
Le lendemain Aymery prit la ville.

( 751790 )
Je précise qu'Aix-la-Chapelle par Jean-Paul PARFU (2014-06-02 16:11:22)
[en réponse à 751788]
Est située, non en "Rhénanie-Westphalie-du-Nord", comme indiqué par erreur sur le site auquel renvoie mon post, mais en "Rhénanie-du-Nord-Westphalie" dont la capitale administrative est Düsseldorf.
Voir
ici
Enfin, je remercie vivement l'ami delaRocca pour son complément d'informations.

( 751853 )
Charlemagne, chef de l'Eglise par baudelairec2000 (2014-06-03 10:03:16)
[en réponse à 751784]
Merci à Parfu de nous rappeler cette triple exposition qui aura lieu à Aix très prochainement; l’occasion pour nous rappeler que Charlemagne fut le père de l’Europe, maître d’un empire dont émergeront très lentement la France et l’Allemagne.
Quelques précisions sur Charlemagne et son empire
1/ Charles fut, avant d’être empereur, roi des Francs, comme son père Pépin,roi des Lombards et patrice des Romains, après sa victoire sur le roi Didier en 774. La France, pas plus que l’Allemagne, n’existait encore.
Charlemagne,franc austrasien, mourut à Aix-la- Chapelle, localité (vicus) – et non ville (civitas)- dont il avait fait sa résidence. Carlrichard Brühl écrit dans un article de 1967 et intitulé « Remarques sur les notions de capitale et de résidence durant le haut Moyen Age":
Après avoir d'abord préféré le « palais d'hiver » d'Herstal, puis celui de Worms 87, Charlemagne a construit, sans doute dès les années 780/90, un palais situé à Aix-la-Chapelle où il a passé très régulièrement l'hiver à partir de 794 ; au cours des dix dernières années de sa vie, il n'a plus quitté son palais qu'à l'occasion des rituelles chasses de printemps et d'automne. Louis le Pieux s'est efforcé d'imiter l'exemple de son père et ce ne sont que les événements politiques postérieurs à l'année 830 qui firent passer davantage Aix au second plan, sans que sa prééminence de principe en fût touchée pour autant. Rien d'étonnant à ce qu'Aix-la-Chapelle et ses édifices aient été célébrés en termes éloquents et exagérés par les poètes de la cour …
Ajoutons que, jamais au Moyen Age, Aix ne fut le siège d’un évêché.
On lira sur la naissance de la France et de l’Allemagne l’ouvrage fondamental de Karl Ferdinand Werner, Les Origines (Fayard, publié en poche) et celui de Carlrichard Brühl, Naissance de deux peuples. Français et Allemands (IX e –XI e siècles), également chez Fayard. Ce dernier rejette comme dates d’apparition de la France et de l’Allemagne comme entités indépendantes, celles qui avaient été proposées par ses devanciers (843, 887, 919 ou 987), car trop influencées par les nationalismes. L’empire franc aurait survécu jusqu’à la du XI e siècle.
2/ Quelques ouvrages sur Charlemagne :
- Jean Favier, Charlemagne (Fayard)
- Arthur Kleinclausz, Charlemagne (Tallandier)
- Alessandro Barbero, Charlemagne (Payot)
- Pierre Riché, Les carolingiens. Une famille qui fit l’Europe (Fayard, collection de poche Pluriel)
- Dernier paru, Marie-Céline Isaïa, Histoire des carolingiens (VIIIe - X e siècles), col. Points Histoire.
- Robert Folz, le couronnement impérial de Charlemagne (col. Les trente journées qui firent la France, Gallimard)
- Louis Halphen, Charlemagne et l’empire carolingien (Albin Michel)
- Georges Tessier, Charlemagne (col. Le mémorial des siècles), ouvrage comportant des textes d’Eginhard, le biographe de Charles, d'Alcuin, son principal conseiller, des textes de Charles dont des capitulaires et l’Admonitio generalis de 789 .
On évitera Y. Gobry, G. Minois, R. Mussot-Goulard ou G. Bordonove.
3/ Sur le culte de Charlemagne :
Le spécialiste est Robert Folz, auteur de plusieurs ouvrages incontournables.
- Le souvenir et la légende de Charlemagne dans l’empire germanique médiéval (Belles-Lettres, 1950).
- Études sur le culte liturgique de Charlemagne dans les églises de l’Empire (Belles-Lettres, 1951).
- Article « La chancellerie de Frédéric Ier et la canonisation de Charlemagne », dans la revue Moyen Age (1964).
- Article « Aspect du culte liturgique de saint Charlemagne en France » dans l’ouvrage monumental intitulé Karl der Grosse, t. 4, Düsseldorf, 1967.
- Les saints rois du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles), Bruxelles, Société des Bollandistes, 1984.
- Les saintes reines du Moyen Âge en Occident (VIe-XIIIe siècles), Bruxelles, Société des Bollandistes, 1992.
4/ Charlemagne et l’Eglise
Au lendemain de l’élévation de Léon III au trône de saint Pierre, Charlemagne, conseillé par Alcuin, osait s’adresser au nouveau pape en des termes qu’on a perdu l’habitude d’entendre, surtout depuis la réforme grégorienne ; il est vrai que Charles sauve la mise à Léon III, malmené par les Romains qui n’hésitaient pas le considérer comme parjure et adultère. C’est ce pape qui le couronnera.
« Je désire établir avec votre Béatitude un pacte inviolable de foi et de charité, grâce auquel… l’apostolique bénédiction puisse me suivre partout et le très saint siège de l’Eglise romaine être constamment défendu… par ma dévotion. A moi, il appartient avec l’aide de la divine pitié, de défendre en tous lieux la sainte Eglise du Christ par les armes : au dehors, contre les incursions des païens et les dévastations des infidèles ; au-dedans, en la protégeant par la diffusion de la foi catholique. A vous, très saint Père, il appartient, élevant les mains vers Dieu avec Moïse, d’aider par vos prières au succès de nos armes… Que votre Prudence s’attache en tous points aux prescriptions canoniques et suive constamment les règles établies par les saints Pères, afin que votre vie donne en tout l’exemple de la sainteté, que de votre bouche ne sortent que de pieuses exhortations et que votre lumière brille devant les hommes. »
Le roi des Francs, protecteur de la papauté, s’assurait ainsi la direction spirituelle du monde occidental ; cela ne choqua personne à l’époque, car il était admis en Occident comme en Orient que le pouvoir temporel, la potestas dans la distinction du pape Gélase, avait un rôle à jouer au sein de l’Eglise, à côté de l’autorité sacrée des Pontifes.
Charles, toujours lui, adresse à son fidèle Angilbert le message suivant pour le pape :
« Avertis bien le pape qu’il doit vivre honnêtement et surtout observer les saints canons ; dis- lui qu’il doit gouverner pieusement la sainte Eglise de Dieu selon les accords que vous passerez entre vous et selon sa conscience. Répète-lui souvent que l’honneur auquel il vient d’accéder est chose passagère, alors qu’est éternelle la récompense due aux bonnes œuvres. Persuade –lui de s’occuper avec la plus grande diligence à déraciner l’hérésie simoniaque qui souille en maints lieux le saint corps de l’Eglise. Dis-lui tout ce que tu te rappelles des problèmes agités entre nous… Que le Seigneur conduise et dirige en toute bonté son cœur, pour qu’il puisse servir utilement la sainte Eglise de Dieu et intercéder en notre faveur. »
Comment expliquer cette situation qui paraîtra incongrue à un homme du XXI e siècle, profondément influencé par la séparation des sphères politique et religieuse et marqué par la "doctrine" de la liberté religieuse? Charlemagne, nouveau David, "est le chef désigné par le Tout-Puissant pour guider vers son salut le nouveau peuple élu, celui des fidèles du Christ." Charles se tiendrait donc pour investi d'un sacerdoce; sa mission serait de conduire ses sujets, y compris les évêques, dans la voie du bien. On assiste insensiblement sinon à une fusion, je n’ai pas dit confusion, entre l’empire chrétien et l’Eglise, provoquée, selon Alcuin, par la disparition du pouvoir légitime en Orient et l’effondrement de la papauté au printemps 799, du moins à une identification du royaume ou de l'empire franc à l'Eglise universelle. le mot qui conviendrait le mieux pour qualifier les rapports de l'Eglise et de la royauté pourrait être celui de "symbiose" (cf. les remarques très pertinentes du Père Congar sur le sujet dans le chapitre III de son Histoire de l'Eglise de saint Augustin à l'époque moderne, col. Histoire des dogmes, Le Cerf, 1970, réédité depuis. Les penseurs carolingiens identifient ainsi le peuple chrétien qui constitue l'Eglise et la société politique. Alcuin écrit en effet au roi franc dans une lettre du mois de juin 799 :
« Jusqu’alors trois personnes ont été au sommet de la hiérarchie dans le monde :
1/ Le représentant de la sublimité apostolique, vicaire du bienheureux Pierre, prince des Apôtres, dont il occupe le siège. Ce qui est advenu au détenteur actuel de ce siège, votre bonté a pris soin de ma le faire savoir.
2/ Vient ensuite le titulaire de la dignité impériale, qui exerce la puissance séculière dans la seconde Rome. De quelle façon impie le chef de cet empire a été déposé, non par des étrangers, mais par les siens et par ses concitoyens, la nouvelle s’en est partout répandue.
3/ Vient en troisième lieu la dignité royal, que notre Seigneur Jésus-Christ vous a réservée pour que vous gouverniez le peuple chrétien. Elle l’emporte sur les deux autres dignités, les éclipse en sagesse et les surpasse. C’est maintenant sur toi seul que s’appuient les Eglises du Christ, de toi seul qu’elles attendent le salut : de toi, vengeur des crimes, guide de ceux qui errent, consolateur des affligés, soutien des bons. »
Le couronnement impérial du 25 décembre 800 revenait à exalter le statut d’un homme placé au sommet de la hiérarchie terrestre, d’un homme à qui l’évêque d’Orléans Théodulf pouvait dire : « Tu gouvernes l’Eglise…, le clergé et le peuple. »
Et Charlemagne, qualifié par Alcuin de « rector » et de « praedicator » - un praedicator qui ne cesse d’admonester les évêques, prédicateurs ordinaires du peuple chrétien - et qui, cependant, avait le triomphe modeste au lendemain de son couronnement, ne manquait jamais de rappeler aux dignitaires ecclésiastiques leurs devoirs, ainsi dans la fameuse Admonitio generalis du 23 mars 789 (82 articles) :
« Il nous a plu de demander à votre sagacité, ô pasteurs des églises du Christ et guides de son troupeau ainsi que flambeaux les plus brillant du monde, de vous efforcer, par une surveillance attentive et par une recommandation fervente, de conduire le peuple de Dieu au pâturage de la vie éternelle, et de vous évertuer à ramener, sur vos épaules, les brebis égarées à l’intérieur des murs de la solidité ecclésiastique par de bons exemples ou par des exhortations, de peur que le loup guettant celui qui transgresse les dispositions canoniques ou qui s’écarte des traditions des pères des conciles universels, ce qu’à Dieu ne plaise, ne le dévore en le trouvant… »
Oui,Charlemagne, ainsi que nous le rappelle Louis Halphen, semble s’intéresser dans ses capitulaires davantage à la religion et à la vie du clergé qu’à l’administration et à la politique. « Qu’il s’agisse de discipline ecclésiastique, de la vie intérieure des monastères, de la formation et du recrutement du clergé, de l’instruction religieuse des fidèles, de leur assiduité aux offices et à la communion, de l’observation du repos dominical et des fêtes religieuses, de la liturgie, des sacrements, et en particulier du baptême, qu’il s’agisse même du dogme, rien n’échappe à l’attention de l’empereur, rien ne paraît étranger au champ normal de son activité. »
Devant une telle situation, personne ne trouve à redire ; c’est que le pouvoir temporel marche main dans la main avec le pouvoir spirituel, c’est ainsi depuis Constantin. Gélase à la fin du Ve siècle a distingué les deux pouvoirs, mais il ne les a pas séparés en deux entités autonomes ; il s’est contenté de subordonner le pouvoir temporel au pouvoir spirituel. Ce que ne manqueront pas de rappeler les évêques tout au long du IX e siècle, de Jonas d'Orléans à Hincmar de Reims:
" L'Eglise pérégrine, dans le temps présent, est dirigée par deux personnes, comme il a été dit, la personne sacerdotale et la personne royale, afin que, entourée à l'intérieur et à l'extérieur par l'autorité des évêques et la censure de l'empereur (Louis le Pieux), elle puisse garder plus librement sa propre condition. (concile d'Aix de 836 qui reprend à peu près les propos du Concile de Paris de 829).
Personne, pas même les évêques, n’a l’idée de s’insurger contre le fait que Charles convoque ou préside des conciles, qu’il se considère comme le chef du clergé. Au contraire, les évêques ne cessent de lui dire leur reconnaissance, ainsi les pères au concile de Mayence déclarent remercier le Seigneur d’avoir « donné à l’Eglise un chef aussi pieux, aussi dévoué au service de Dieu et qui, faisant jaillir la source de la sagesse sacrée, dispense avec une telle constance la sainte nourriture aux brebis du Christ, pour les former aux enseignements divins ; un chef qui s’efforce, par un labeur inlassable, d’accroître le peuple chrétien ; qui honore dans l’allégresse les églises du Christ et s’emploie à arracher le plus d’âmes possible de la gueule de l’affreux Dragon, pour les ramener dans le giron de notre sainte mère l’Eglise et les diriger toutes ensemble vers les joies du Paradis et le royaume des Cieux…".

( 751855 )
Charlemagne par Jean Ferrand (2014-06-03 10:21:53)
[en réponse à 751853]
Charlemagne, chef temporel, mais non spirituel, de l’Église et évêque, pour ainsi dire, de l'extérieur. C'est la conception même de Constantin, puis de l'empire byzantin, dont hérite Charles en l'an 800.
On a caricaturé un peu trop vite cette politique en la qualifiant de césaropapisme.

( 751856 )
Merci à baudelairec2000 par Jean-Paul PARFU (2014-06-03 10:29:22)
[en réponse à 751855]
Pour son post historique très intéressant !

( 751864 )
Charlemagne, évêque du dehors? par baudelairec2000 (2014-06-03 11:28:16)
[en réponse à 751855]
- Je suis d'accord avec vous pour rejeter, à propos de l'empire carolingien, la notion de césaropapisme. Cette notion, à mon avis, n'est même pas recevable pour le règne de Constantin. Je ne me risquerai pas à l'appliquer à Byzance, car je ne suis pas assez versé dans l'histoire du christianisme oriental; j'invite le lecteur à lire l'ouvrage fondamental de Gilbert Dragron, Empereur et prêtre. Etude sur le "césaropapisme" byzantin (Gallimard, 1996).
- il convient en revanche de manier avec la plus extrême prudence l'expression évêque du dehors. L'expression relève d'une idéologie développée par Eusèbe de Césarée.
Dans deux passages de sa biographie, Eusèbe semble en effet reconnaître à Constantin une fonction quasi épiscopale - j'emprunte ici à Pierre Maraval (Constantin. Empereur romain, empereur chrétien,Tallandier, 2011). Dans le livre I, Eusèbe écrit :
« Lorsque des désaccords se produisaient entre chrétiens, lui-même, comme s’il était un évêque commun (koinos episcopos) établi par Dieu, organisait des synodes des ministres de Dieu. Loin de dédaigner d’être présent, il participait à l’examen des questions, arbitrant pour tous la paix de Dieu… Il était assis au milieu comme l’un d’eux. » . Eusèbe rappelle que Constantin convoqua deux conciles, celui d'Arles en 314 pour mettre fin au schisme donatiste et celui de Nicée en 325.
Dans le livre IV, l’expression est mise dans la bouche de l’empereur qui, « un jour qu’il recevait des évêques à sa table, laissa échapper la remarque qu’il était donc lui aussi évêque, ce qu’il exprima dans les termes que voici, que nous avons entendus de nos oreilles :
« Vous, vous êtes évêques pour ceux qui sont dans l’Eglise ; moi, on pourrait dire que j’ai été établi par Dieu évêque de ceux du dehors (tôn ektos). » Et dans une disposition d’esprit conforme à cette parole, il agissait en évêque envers tous ceux qu’il gou
Tôn ektos a été traduit par « les affaires du dehors ». Or la phrase qui suit démontre pourtant qu’il s’agit de personnes, puisqu’elle déclare que Constantin, en fonction de cette conviction, s’adressait à ses sujets et les invitait à vivre saintement, comme il lui était prescrit de le faire dans le discours des Tricennales. Il est même possible de préciser que ces personnes sont les païens : un passage de la Bible utilise cette même expression avec ce sens-là (Siracide, prol., 5). L’empereur se considère comme le collègue des évêques, car il a le même rôle qu’eux, la même charge spirituelle, mais lui l’exerce auprès des païens, ce qui relève, au fond, de sa fonction de Pontifex Maximus,alors que les évêques l’exercent auprès des chrétiens. On en reste ici à une stricte séparation des domaines.
Dans le premier texte cité, en effet, Eusèbe décrivait le rôle de l’empereur dans les débats du concile de Nicée, où il se conduisait « comme s’il était un évêque », mais on devrait traduire « comme un surveillant, un examinateur ainsi que l’indique l’étymologie du mot episcopos, car il participait à l’examen des « questions examinées ». Prudence d’Eusèbe qui ne fait pas de l’empereur un évêque comme les autres, mais une sorte de modérateur, d’arbitre dans les discussions entre évêques. C’est à ce titre qu’il intervenait dans l’Eglise, convoquait des conciles, arbitrait la discussion « approuvant ceux qu’il voyait dociles à suivre l’opinion la meilleure et disposés à favoriser une position équilibrée et consensuelle ».
Et de fait Constantin a agi de cette façon, presque toujours sur demande de l’Eglise, en se disant seulement le « co-serviteur » des évêques. On peut penser que « la rhétorique d’Eusèbe vise à détacher le nouveau souverain du « césaropapisme » en situant systématiquement le sacerdoce impérial dans l’Empire chrétien, mais hors de l’Eglise, et en l’évoquant sous le signe de la métaphore » (cf. Gilbert Dragron, Empereur et prêtre, p. 148). Toutefois une comparaison constamment filée dans la Vie de Constantin entre Moïse et Constantin rend un autre son : par cette comparaison, Moïse est consciemment invoqué « comme le leader prototypique dans lequel se combinent autorité politique et spirituelle. » Constantin imite Moïse : il a comme lui l’autorité militaire et politique, mais aussi une autorité spirituelle semblable à celle d’un évêque. Bien plus, cette comparaison incite à un parallèle entre Constantin et le Christ, parallèle qui avait été largement développé dans les Louanges de Constantin : l’empereur participe du Logos divin et le communique à l’Empire, dans un processus parallèle à celui du pouvoir du Christ sur l’univers. De telles conceptions devaient presque nécessairement déboucher sur le « césaropapisme » byzantin.
Le fils de Constantin, Constance II, se dira, lui « évêque des évêques », et cherchera à leur imposer des formules de foi : chez lui, la protection accordée à l’Eglise par son père deviendra une mise en tutelle, et beaucoup d’évêques, sous son règne, seront persécutés pour l’avoir refusée. Mais ce ne sera pas le cas sous Constantin.
L'entourage de Charlemagne s'est toujours tenu à l'écart de la moindre comparaison avec Constantin. Les théoriciens de l'empire chrétien, je le répète, font du roi ou de l'empereur chrétien une des deux personnes qui détiennent le pouvoir (principatus) à l'intérieur de l'Eglise, le pouvoir temporel (la potestas) étant subordonné au pouvoir spirituel (l'auctoritas). Charlemagne est le chef de la communauté des peuples chrétiens ou en voie de conversion qui sont soumis à son gouvernement. Il règne sur tout le peuple chrétien, car il y a bien identification entre l'Ecclesia (corpus Christi constitué des fidèles) et le regnum qui équivaut à l'ensemble du peuple chrétien.

( 751872 )
Très intéressant ! par Fennec (2014-06-03 12:58:14)
[en réponse à 751853]
J'ai juste une question à vous poser :
On évitera Y. Gobry, G. Minois, R. Mussot-Goulard ou G. Bordonove.
Puis-je vous demander vos raisons d'écarter ces auteurs (particulièrement Gobry et Bordonove) ?
En vous remerciant.

( 751881 )
un écrivain ne fait pas un historien par baudelairec2000 (2014-06-03 14:43:01)
[en réponse à 751872]
Pour vous répondre:
Pour écrire un livre d'histoire, il ne suffit pas de compiler quelques ouvrages antérieurs, de recopier quelques passages - ce qui équivaut à du plagiat - ou de reprendre des stéréotypes pour verser éventuellement dans l'apologie. "Des hommes de plumes qui, écrivait François Lebrun à propos de la Vie quotidienne en Vendée pendant la Révolution de Bordonove, répondant aux sollicitations des éditeurs et des producteurs ou allant eux-mêmes au devant des souhaits du public, vendent à celui-ci des histoires qu'on lui fait prendre pour de l'histoire."
Voici les reproches généraux que l'on peut adresser à messieurs I.Gobry et G. Bordonove, auteurs prolixes, trop prolixes, car, voulant parler de tout, embrasser toutes les époques, parlent mal de tous les sujets qu'ils abordent.
Un reproche en particulier pour I. Gobry: absence de sens critique par rapport aux sources, bibliographie restreinte au minimum, voire absente, ce qui était le cas pour son Clovis. Qu'on ne s'attende pas à trouver des notes de bas de page érudites! Tout cela relève au mieux de la compilation, au pire de la citation plus ou moins déguisée.
Un extrait d'une critique parue lors de la sortie du tome V des moines en Occident, Le siècle de saint Bernard:
"Vision extêmement conventionnelle et même dépassée de l'histoire monastique. Un catalogue de biographies des premiers cisterciens. l'auteur néglige l'approche économique et sociale de l'histoire cistercienne. Or on sait que les abbayes cisterciennes à la tête d'immenses domaines devinrent très vite des puissances économiques et commerciales importantes.
Histoire stéréotypée, qui ne prend pas en compte les travaux les plus récents de l'histoire religieuse et cistercienne. Pas de bibliographie récapitulative en fin de volume."
On ne s'improvise pas historien; ce domaine doit être réservé, on s'en doute à des spécialistes, lesquels, lorsqu'ils écrivent un ouvrage, éprouvent le besoin de renouveler les perspectives.

( 751884 )
Sur le Césaropapisme par Jean-Paul PARFU (2014-06-03 15:08:42)
[en réponse à 751881]
Je crois qu'il faut distinguer deux sens que les historiens ont peut-être eu trop tendance à mélanger, l'expression elle-même datant du XIXème siècle, époque où l'on ne compprend plus l'état de chrétienté. Voir
ici
Il y a, en effet, selon moi, le vrai césaropapisme et le faux. Je m'explique :
- le faux, si je puis dire, serait celui d'un Constantin ou d'un Charlemagne (et après eux ou parallèlement des empereurs byzantins) ;
- le vrai serait celui qui divinise ou déifie le pouvoir temporel et est à l'origine d'un culte totalitaire et païen de l'Etat ou/et de ses titutlaires, comme sous l'Empire romain encore non-christianisé ou des régimes plus récents comme le fascisme ou surtout le nazisme et plus encore le communisme !

( 751903 )
"césaropapisme": invitation à la lecture et à la réflexion par baudelairec2000 (2014-06-03 22:22:11)
[en réponse à 751884]
Quelques éléments de réponse.
Difficile de réfléchir sur cet « isme »; je ne sais s’il y a un vrai ou un faux césaropapisme ; je sais en revanche que, pas plus que l’époque constantinienne , l’ère carolingienne ne fut césaropapiste dans la mesure où les deux pouvoirs étaient distincts bien que réunis dans la même Eglise. Je sais également que dans l’Antiquité les deux pouvoirs étaient confondus, qu’à Rome l’Empereur ou l’Augustus étaient pontifex maximus. Constantin devait assumer en partie cet héritage.
La question du « césaropapisme » se pose pour Byzance ; elle l’a été par Gilbert Dagron dans Empereur et prêtre. Etude sur le césaropapisme byzantin (NRF Gallimard). « Où situer Byzance, se demande l’auteur, dans la gamme des systèmes politiques qui s’identifient plus ou moins à une religion, dans lesquels la séparation entre le domaine spirituel et le système temporel n’est pas tout à fait opérante, et dont le souverain se dit choisi par Dieu ? Pour comprendre ce que « césaropapisme » veut dire, il faut partir de la notion précise à laquelle cette notion floue vient s’ajouter et s’opposer : la notion de théocratie. Peut-être caractérisée comme théocratique une société que Dieu dirige, sur laquelle il règne, pour laquelle il décide de tout en faisant connaître directement ou indirectement sa volonté. Le mot fut forgé par Flavius Josèphe à propos du peuple juif, qui fournit en effet la meilleure des références à toutes les formes de théocratie. »
Les sociologues, à partir de cette réflexion sur l’histoire du peuple juif ont été amenés à distinguer « parmi les organisations politiques fondées sur une révélation et étroitement solidaires d’une religion,
- Celle où les prêtres se contentent de légitimer le pouvoir temporel (les hiérocraties)
- Celles où le chef des prêtres ou de la communauté des croyants détient ès qualités le pouvoir suprême (les théocraties proprement dites) -
- Et celles où la souveraineté temporelle annexe plus ou moins le domaine religieux (les formes de césaropapisme).
Ainsi sont opposés la théocratie et le césaropapisme, un modèle de prêtre-roi et un modèle de roi-prêtre
Le mot « césaropapisme » voudrait donc stigmatiser tout souverain « laïc » qui se prendrait pour un pape. Il a un contenu sociologique, mais une intention évidemment politique… Son usage se développa dans la seconde moitié du XIX e siècle, moins comme une notion théorique que comme une injure bien ciblée visant Byzance et ses héritiers orthodoxes, désignant l’interventionnisme « constantinien » ou « justinien », comme la principale cause du schisme entre l’Orient et l’Occident chrétien, et durcissant jusqu’à l’incompatibilité la distinction entre le pouvoir spirituel et le pouvoir temporel. Ce concept imprécis est avant tout un mot assassin, qu’il ne faut pas édulcorer dans une définition trop paisible et dont on ne peut saisir la signification en dehors des courants variés qui ont conduit à sa formulation brutale. »
Et l’auteur de citer Luther qui distingue de manière radicale les deux pouvoirs jusqu’à les opposer et va jusqu’à « ironiser sur les souverains temporels qui s’arrogent le droit de s’asseoir sur le trône de Dieu, de régenter les consciences et la foi… (Dagron, p. 290-292).
Le temps me manque pour vous rendre compte de la suite des propos passionnants de Dagron sur le « césaropapisme » byzantin. Je vous invite à lire le chapitre 9 de son ouvrage.
Je prendrai le temps de vous rappeler que Melchisédech, roi et prêtre, était la figure du Christ, prêtre et roi éternel, qui, en affirmant qu’il fallait « rendre à césar ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu », distinguait les deux pouvoirs.
On prête à un empereur byzantin du VIII e siècle la question suivante : « Ne suis-je pas empereur et prêtre ? ». Les propos furent tenus par Léon III l’Isaurien à l’époque, il est vrai, où les empereurs combattaient le culte des images. Maxime le Confesseur niait que l’empereur fût prêtre et roi ; un fonctionnaire lui répliqua : « Avec cela, tu as déchiré l’unité de l’Eglise. » A ce propos, dans son Ecclésiologie du haut Moyen Age (Le Cerf, 1968), le père Congar fait des remarques très justes sur le rôle du basileus dans l’Eglise (p. 344 et suivantes).
Quant aux régimes totalitaires, aux régimes démocratiques issus du Contrat social de Rousseau, ils ne méritent qu'un qualificatif, celui de laïciste; le laïcisme repose en effet sur la séparation radicale du temporel et du spirituel ou tout simplement sur la négation du spirituel.
Voilà, mon cher Parfu, ce sera tout pour le moment. Je décroche...

( 751908 )
Je suis d'accord avec vous baudelairec2000 par Jean-Paul PARFU (2014-06-03 22:59:36)
[en réponse à 751903]
Je réagissais par rapport à la page Wikipédia qui réserve le terme, notamment aux empereurs byzantins.
Ce que je voulais dire, c'est qu'il y a en réalité toujours trois types de régimes, même si parfois ce n'est pas aussi clair, car le régime peut être un peu mélangé :
1) le régime théocratique (aujourd'hui l'Iran, par exemple et l'idéal de l'islam ; autrefois peut-être Israël);
2) le régime chrétien qui distingue sans séparer les pouvoir temporel et spirutuel ;
3) le régime laïciste (que je nommais "césaropapiste" pour retourner l'insulte, si vous voulez, car un Etat ne peut vivre sans religion) dont l'idéologie devient la véritable religion de l'Etat (l'Etat nazi, l'Etat communiste, les Etats modernes avec la religion des droits de l'homme, le culte des grands hommes (le Panthéon) et les régimes de l'Antiquité païenne, notamment Rome avant qu'elle ne devienne chrétienne, bien entendu.
En fait, un régime où le religieux mange le politique, un régime équilibré et un régime où le politique mange le religieux !

( 751930 )
Plus exactement encore ou mieux exprimé par Jean-Paul PARFU (2014-06-04 12:38:37)
[en réponse à 751908]
1) un régime où le religieux devient de la politique ;
2) un régime équilibré ;
3) un régime où le politique devient religieux !