Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=749633
images/icones/marie.gif  ( 749633 )co-rédemption par semper felix (2014-04-30 12:57:15) 

Je ne sais pas si ce sujet a déjà été évoqué ici.

Mais la Sainte Vierge est-elle co-rédemptrice avec le rédempteur Notre Seigneur Jésus-Christ. Que dit l'Eglise à ce propos ?

Elle a été conçu du Saint-Esprit mais dès le départ nous pouvons supposer qu'Elle savait que l'Enfant qu'Elle portait serait le Rédempteur qui allait souffrir et mourir pour les hommes et Elle a accepté tout cela. Elle a été auprès de NSJC souffrant et cloué sur la Croix et à la mort de son Fils. Donc Elle a aussi souffert mais a laissé son Fils agir. Mais je pense qu'Elle savait que cette souffrance et cette mort avant la Résurrection était le seul moyen de sauver les hommes.
images/icones/fleche3.gif  ( 749634 )L'Eglise par Quaerere Deum (2014-04-30 13:46:51) 
[en réponse à 749633]

ne parle pas de corédemption.

Il n'y a qu'un seul rédempteur, car la rédemption ("objective" en termes théologiques) vient seule du sacrifice du Christ.
images/icones/bible.gif  ( 749635 )Jésus a été conçue du St Esprit ! par Jean-Paul PARFU (2014-04-30 13:48:26) 
[en réponse à 749633]

Pas la Très Ste Vierge !

Je ne sais pas quelle est votre langue maternelle, mais en français, votre formulation n'est pas exacte et encore moins en théologie !

Le problème de la co-rédemption a déjà été abordée sur le forum. Voir notamment ici

Peut-être lire aussi ceci
images/icones/5a.gif  ( 749636 )a été par Jean-Paul PARFU (2014-04-30 13:51:37) 
[en réponse à 749635]

"conçu", bien entendu !
images/icones/radioactif.gif  ( 749637 )Co-rédemptrice : justement je souhaitais aborder ce débat... par Père M. Mallet (2014-04-30 13:54:22) 
[en réponse à 749633]

L'article de wikipedia est totalement erroné, cela touche à la désinformation (de bonne foi, peu importe).
Voici quelques points que j'avais recueillis, en vrac, et en coup de vent :
si certains peuvent m'aider de leurs suggestions...

Marie Co-rédemptrice

La question de ce titre donné à Marie depuis des siècles est revenu sur le devant de la scène depuis quelques années : certains l’ont contesté, au point de le déclarer interdit ou même hérétique, ce qui ne repose absolument sur rien. Vatican II déclare au début de son développement sur Marie qu'il n'a PAS l'intention de trancher les débats sur ces sujets. Vatican II n'a JAMAIS utilisé le mot corédemptrice - et il n'est pas possible d'interdire ou condamner un mot sans le citer !

Dans les apparitions d’Amsterdam, en 1945, apparitions approuvées en 2002 ( !), la Vierge a demandé que l’Église définisse comme un dogme qu’elle est Co-rédemptrice, Médiatrice, et Avocate.
Rappelons qu’à Fatima, en 1917, la vierge avait deux jours différents affirmé : « Mon Fils veut établir la dévotion à mon Cœur Immaculé » ; le regain de dévotion mariale n’est donc pas la fantaisie de quelques esprits trop zélé, mais cela fait partie du plan divin.

Il faut distinguer d’une part le mot, et d’autre part la doctrine.
Le mot Co-rédemptrice a été utilisé par de nombreux saints et de nombreux papes depuis 5 ou 6 siècles.
Il signifie que Marie a participé à l’œuvre de la Rédemption à un titre unique, étroitement associée à l’œuvre du Sauveur : elle a donc joué un rôle de coopération très active, mais d’une manière subordonnée à celle de l’unique Rédempteur ; c’est pourquoi elle est appelée Co-rédemptrice et non Rédemptrice. Le préfixe co- correspond au latin cum, qui signifie ‘avec’, ce qui rappelle bien ce rôle subordonné : Marie est ‘rédemptrice avec’.
Tous les catholiques sont d’accord.
La doctrine remonte aux premiers siècles, aux Pères de l’Église qui ont utilisé des périphrases pour exposer la même chose.
Le mot.
Ceux qui s’opposent au mot le font de peur que des croyants mal formés ne tombent dans une erreur qui consisterait à placer Marie à égalité avec Jésus.
Or c’était une évidence pour tous les saints et les papes d’autrefois qu’une telle égalité serait absurde, ridicule, impie et détestable. Et pourtant ils ont utilisé le mot : c’est donc bien qu’on peut l’utiliser, qu’il n’implique pas de tomber dans cette erreur – et donc que le mot en tant que tel n’est pas hérétique.
En effet, certains mots impliquent nécessairement une doctrine sous-jacente hérétique, alors que d’autres peuvent être compris de manière catholique ou bien hérétique.
En mettant en garde contre ce risque, Vatican II n’a donc pas innové, puisque tout le monde était d’accord sur le plan doctrinal : tous les saints, théologiens et papes qui ont utilisé ce mot connaissaient les phrases de St Paul sur l’unique rédempteur, et ils étaient évidemment d’accord. Personne, sauf éventuellement une poignée de fous furieux, ne soutenait qu’il y a deux Rédempteurs à 50-50.
Vatican II a donc fait un rappel doctrinal, contre lequel personne n’avait rien à redire, pas même les partisans du mot ; et il affirme (LG, 61) :
« La bienheureuse Vierge, [...] fut sur la terre, [...], l’aimable Mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son œuvre à un titre absolument unique, humble servante du Seigneur. En concevant le Christ, en le mettant au monde, en le nourrissant, en le présentant dans le Temple à son Père, en souffrant avec son Fils qui mourait sur la croix, elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère. »
Or cette doctrine, c’est très exactement ce que les partisans du mot affirment également : Marie a coopéré, a été associée à un titre absolument unique à l’œuvre de la Rédemption.
Un parallèle peut être fait avec ce que le concile dit de Marie Médiatrice : elle EST médiatrice, d'une manière subordonnée à l'UNIQUE médiateur, Jésus.
Comme le souligne le P. de Margerie, il n'y a qu'un seul Rédempteur, en ce sens qu'il n'y a pas de rédemption "parallèle" par tel ou tel gourou ou prophète, mais cela n'exclut pas une coopération "subordonnée"

http://www.bienaventurada.com/corredentora.pdf
http://profezie3m.altervista.org/archivio/Quinto_dogma.htm
http://www.zenit.org/en/articles/why-now-is-the-time-for-a-dogma-of-mary-co-redemptrix

http://www.corredentrice.it/storia_italiano.html Créé à Catane en 1956, transférée à Reggio Calabria, approuvées en 1963-64 avec un statut ad hoc, L’arcivescovo di Reggio Calabria, S.E. Mons. Aurelio Sorrentino, in data 01/11/83 erige la Pia Associazione in Congregazione di diritto diocesano.1984. Un procès de béatification de la religieuse Rosella Stàltari (3 mars 1951 – 4 janvier 1974), est en cours ; l’enquête diocésaine, terminée le 14 octobre 2006, a été validée par un décret romain du 22 février 2008 . Fondateur : Vittorio Dante Forno (1916 - 15 déc. 1975)
http://newsaints.faithweb.com/year/1974.htm


images/icones/fleche2.gif  ( 749638 )Je ne suis pas certain Monsieur l'abbé par Jean-Paul PARFU (2014-04-30 14:10:02) 
[en réponse à 749637]

que :

1) tous les théologiens entendent la corédemption de la façon évidente que vous dites ;

2) et que le peuple des fidèles comprendrait le dogme s'il était finalement prononcé.

Et c'est en cela précisément que réside le problème !
images/icones/fleche3.gif  ( 749642 )Marie est-elle Co-Rédemptrice ? par jejomau (2014-04-30 15:05:50) 
[en réponse à 749633]

Un livre à lire : "Marie est co-rédemptrice" par le R.P Guérard des Lauriers


Marie est co-Rédemptrice

R. P. M. L. Guérard des Lauriers o. p. La Pensée catholique n. 152 pp. 17-57 Septembre-octobre 1974

[1] Le mystère de la Corédemption

L’Incarnation est, en fait, à l’origine de la Rédemption. Il convient donc qu’intimement associée au premier de ces mystères, Marie le soit pareillement au second. Marie est, selon l’expression de Pie XII, l’Alma Socia Redemptoris, l’« éminente Associée du Rédempteur ». Toute relative à la Personne du Verbe en l’Acte de l’Incarnation, Marie l’est au Verbe incarné en l’Acte de la Rédemption. Aussi certains estiment-ils que le titre « Mère du Rédempteur » récapitule au mieux l’ensemble des privilèges de la Mère de Dieu. L’Acte de la Rédemption peut être référé, soit à la Personne qui l’accomplit, soit à la fin qui le spécifie. C’est à ce second point de vue, objectif et primordial en toute démarche de raison, que nous allons nous placer pour examiner la doctrine de la Corédemption. Nous serons cependant amenés à rappeler l’essentiel de ce qui ressortit au point de vue « personnel » ([322]). Notre propos n’est d’ailleurs pas de recenser les opinions, mais de préciser comment se pose objectivement la question, et quel en est le principe de résolution. La définition de l’Assomption, le premier novembre 1950, devait inaugurer, pour la théologie mariale, un développement dont la Médiation et la Corédemption constituaient les étapes. La proclamation de « Marie Reine » fut, en fait, une « prudente » diversion. Depuis lors, le conciliarisme a accéléré un mouvement déjà amorcé. La théologie mariale a été mise à la remorque de l’œcuménisme. La Mère de l’Église s’est vu reconnaître, avec une apparente magnanimité, le droit à la dévotion plutôt qu’à la vérité. Aussi importe-t-il, pour la Gloire de Dieu, pour l’honneur de la Mère de Dieu, et pour le bien de l’Église, que soit poursuivie objectivement l’élaboration de la doctrine mariale. Nous nous proposons, dans les pages qui suivent, de montrer que la Corédemption active, loin de s’opposer à la Rédemption passive, rend compte de celle-ci telle qu’elle est propre à Marie. Car c’est en vertu du même Acte que Marie est à la fois « co-Rédemptrice » et « mirabiliori modo redempta ».
[11] Il faut, pour le comprendre, se placer au point de vue de Dieu, c’est-à-dire considérer tout ce qui concerne aussi bien le Christ que Marie, en l’unité du même Décret de prédestination.
La prédestination n’est rien autre, pour telle personne distinctement et concrètement, que la finalité à la fois objective et immanente qui est propre à cette personne ; cette finalité étant immédiatement subordonnée à la Sagesse de Dieu, c’est-à-dire guidée par la Volonté divine rendant exécutoire le « Dessein » que conçoit l’Intelligence divine. Le Décret de prédestination est donc, pour chaque personne, pour Marie en particulier, la norme à laquelle répond l’état de cette personne dans l’Éternité. En sorte que les différents aspects d’une même vocation, les différents privilèges de Marie, soutiennent entre eux ultimement et quant à l’ontologie, l’ordination même qui est inhérente au Décret de prédestination.

C’est cette ordination que nous considérons « in directo ». Elle n’est pas nécessairement l’ordre de réalisation ; lequel est manifesté dans la succession temporelle à laquelle il est lié. Ainsi, que la Maternité divine soit postérieure à l’Immaculée conception, n’implique pas qu’elle lui soit entitativement subordonnée. C’est au contraire l’état originel de Marie qui est assumé dans la relation en vertu de laquelle Marie est constituée éternellement Mère du Verbe incarné, et d’ailleurs Épouse du Verbe incréé. Chaque étape porte, inscrite en elle-même, l’attente objective de celles qui la suivent et auxquelles elle est, en droit comme en fait, ordonnée. C’est, nous le répétons, cette ordination ultime, et de nature entitative, que nous considérons ; nous la désignons, comme il est d’usage de le faire, par la locution : « Décret de prédestination ». En vue d’éviter toute équivoque, nous soulignerons les mots avant, après, antérieur, postérieur, lorsqu’ils seront pris selon l’acception entitative qui correspond au Décret de prédestination. Ainsi, par exemple, la Maternité divine est à la fois avant et après la communication de grâce qu’implique l’Immaculée Conception.

Nous aurons à mettre en œuvre deux distinctions qui sont habituellement employées, et dont nous allons rappeler l’énoncé.
La Rédemption est dite objective en tant que, réalisée par le Sacrifice du Christ, elle est de soi communicable. Car la Satisfaction dont le Christ en état de Sacrifice est l’« Objet » de la part de la Trinité, est ordonnée à s’étendre aux humains qui, par le fait même, deviennent membres du Christ. La Rédemption est dite subjective, en tant que les « sujets » se l’approprient par un acte libre, et sont ainsi rachetés. « Bien que le Christ soit mort pour tous (II Cor. v, 15), ceux-là seuls cependant à qui est communiqué le mérite de Sa passion reçoivent le fruit de Sa mort » (Concile de Trente. De justificatione. Denz. 1523). Ainsi, le Christ est mort pour tous selon la Rédemption objective, pour les élus selon la Rédemption subjective. La Rédemption est dite active ou passive, selon qu’on la considère, respectivement en qui en est la cause, ou en qui en reçoit l’effet. Les termes des deux couples « objective-subjective » et « active-passive » peuvent être associés de trois manières différentes ; car il est exclu que la Rédemption objective, étant principe de communication, soit passive. Il y a cependant exception pour le Christ si on inclut dans la Rédemption passive le fait qu’Il mérite pour Lui-Même.

[13] La question de la Corédemption a été posée en termes de « mérite ». De là résulte qu’elle demeure hypothéquée d’univocité.
Marie, en effet, ne peut simultanément recevoir [le mérite] et communiquer [le mérite]. D’où, concernant le Décret de prédestination de Marie, l’alternative, dont les deux membres s’excluent mutuellement. Ou bien Marie reçoit [le mérite du Christ] ; et Elle est rachetée « en prévision des mérites du Christ ». Mais il est alors exclu qu’Elle puisse participer à la Rédemption objective ; laquelle, nous venons de l’observer, est nécessairement active. Ou bien Marie communique activement [le mérite du Christ] ; et Elle est co-Rédemptrice. Comment, dès lors, Marie peut- Elle être rachetée ? « A la manière dont les Anges fidèles ont bénéficié des mérites du Christ » telle est du moins l’hypothèse émise par certains auteurs appartenant à l’École franciscaine. Ainsi, concevoir la Rédemption en termes de mérite entraîne que la Rédemption objective nécessairement active d’une part, et la Rédemption passive d’autre part, s’opposent comme deux contraires ; il semble dès lors impossible que Marie soit à la fois co-Rédemptrice et rachetée. Cela rend compte des deux thèses en présence. Soit affirmer, avec Pie IX, que Marie est rachetée « mirabiliori modo » ; et entendre que Marie est co-Rédemptrice comme l’est tout autre racheté, c'est-à-dire après avoir été rachetée. Soit affirmer que Marie est co-Rédemptrice objectivement et activement ; et exténuer « angéliquement » en sa faveur la Rédemption passive. Il importe donc de résoudre une alternative dont il faut choisir l’un ou l’autre membre, alors que ni l’un ni l’autre n’exprime adéquatement la vérité. Et comme cette viciosité tient à la manière même de poser la question, il convient de rappeler quel est le véritable principe de la Rédemption. Ce principe, c’est le Sacrifice du Christ ; le « mérite » n’en est que l’instrument de communication. Nous allons donc préciser quelles sont les modalités et quelle est la finalité du Sacrifice offert par le Christ Rédempteur ([2]). Nous pourrons alors expliquer comment Marie, offrant le Christ qui Se sacrifie, est prédestinée à être co-Rédemptrice, et par le fait même « merveilleusement rachetée » ([3]).

[2] Les modalités et l’économie du Sacrifice offert par le Christ Rédempteur

[21] Le Sacrifice du Christ doit être envisagé à quatre points de vue formels différents, auxquels correspondent respectivement quatre modalités qui appartiennent à ce sacrifice objectivement.
Ces quatre points de vue ont été révélés « verba et facta ». Saint Thomas le rappelle : IIIa q. 48. Il est aisé en effet de découvrir quels sont ces points de vue ; il suffit de considérer la relation que la Rédemption établit entre Dieu et l’homme, d’abord en fonction de chacun de ses extrêmes, et puis en elle-même. 1. Premièrement, parce que primordialement, le Sacrifice de Jésus doit être envisagé en fonction de Dieu. Il se présente alors comme étant le Sacrifice par excellence, accomplissement réel de ceux qui en étaient la figure, fondement immanent de ceux qui en actuent la présence. Ainsi est-il manifesté que ce Sacrifice réalise parfaitement l’essence du sacrifice. Il est, peut-on dire, l’anaphore par antonomase. 2. Deuxièmement, le Sacrifice de Jésus doit être envisagé en fonction de ceux au salut de qui il est ordonné. On doit à ce point de vue observer que le mystère du salut n’a de sens et de réalité qu’en fonction du « mystère d’iniquité » mysterium iniquitatis (II Thess. iii. 7), convertible avec le mystère du péché. Or le péché a pour effet d’enfermer la créature spirituelle dans un cycle de subversion ; et cela en vertu des normes qui pour immanentes qu’elles soient, ne laissent cependant pas d’être fondées en la Sagesse divine. Il s’ensuit que le salut n’est possible que si Dieu brise ce cycle, par une disposition nouvelle et gratuite de cette même Sagesse : une norme nouvelle, surnaturelle, doit être substituée à celle que fonde ontologiquement, pour la créature spirituelle, un état d’aliénation incompatible avec le salut. En d’autres termes, le pécheur ne peut qu’être condamné s’il se réfère à son propre cœur ; il ne peut donc être justifié que s’il est jugé et s’il se juge lui-même, selon une norme autre que la nature, et cependant intime comme l’est la nature. Norme par conséquent sur-naturelle, et qui par là même ne peut procéder que d’un autre ; norme par conséquent communicable, puisqu’elle doit devenir immanente au pécheur bien qu’elle ne puisse être « de lui ». Cette Norme nouvelle, c’est Jésus Lui-Même Se sacrifiant en vue du salut. Et, effectivement, sont sauvés ceux qui font profession de vouloir être jugés selon cette Norme-là, c’est-à-dire ceux qui croient au Christ crucifié. Or cette Norme, qui est Réalité et Vie, possède éminemment les deux caractères qui se présentent, nous venons de le voir, comme étant les conditions mêmes du salut du côté des rachetés. Premièrement, cette Norme est gratuitement substituée à la norme connaturelle que le péché a commuée en norme de condamnation ; eu égard à cette substitution, le Sacrifice de Jésus se réalise par mode de rachat. Deuxièmement, cette Norme est communicable et devient immanente à chacun des rachetés ; eu égard à cette communication procédant de l’intime d’une Personne en l’intime d’une autre personne, le Sacrifice de Jésus se réalise par mode de mérite. 3. Troisièmement, le Sacrifice du Christ doit être considéré en fonction de la relation nouvelle que précisément il établit entre Dieu et l’humanité. Ce Sacrifice ne cesse de rénover la création en quelque sorte continuée : Mirabilius reformasti. Et de même que Dieu approuva distinctement chacune des réalités qui composaient la création première, Il considère maintenant avec bienveillance ces mêmes réalités qui, dénaturées par le péché, ont recouvré une mesure meilleure en vertu de la Rédemption. L’Acte libre, par lequel Dieu crée, se trouve ainsi parfaitement justifié. Or lorsqu’un projet aboutit à une réalisation parfaite, celui qui agit doit, s’il est sage, s’estimer satisfait. Il peut être « satisfait de soi », mais c’est par concomitance et indirectement. Primordialement, il jouit de cette satisfaction pour ainsi dire objective qui consiste en la fruition d’une proportion, et qui réfléchit dans l’ordre créé la Béatitude de l’Égal intime à la très Sainte Trinité. On peut donc dire que, en vertu du Sacrifice du Christ, Dieu est « satisfait » de l’opération créatrice : celle-ci réalise, par celui-là, la mesure dans laquelle Se complaît la Sagesse. Cette manière de s’exprimer ne fait que mettre en œuvre la plus haute des « appropriations », celle qui consiste à référer l’un à l’autre un caractère propre de Dieu Créateur d’une part, une donnée intime à Dieu en Lui-Même d’autre part : la seconde constituant le mystérieux fondement du premier. En l’occurrence, c’est la Béatitude de l’Égal, subsistant dans l’Un-Trine, qui justifie le fait d’attribuer à Dieu la « Satisfaction » conçue comme étant la fruition d’une proportion. Cela étant, il convient donc de dire que le Sacrifice du Christ s’est accompli par mode de satisfaction.
[22] Les quatre caractères qui appartiennent intrinsèquement au Sacrifice du Christ constituent un ensemble ordonné dont le principe est constitué par l’Anaphore et la Satisfaction.
[221] La mise en œuvre de la notion d’ordre. Un ensemble constitue « un ordre » s’il comporte un élément qui, à un point de vue déterminé, y joue le rôle de principe. Or, le sacrifice consistant par essence en une certaine actuation, opérée par la créature intelligente et libre, en vue de manifester sa propre relation au Créateur, il peut et doit être envisagé à deux points de vue différents ; car cette dualité, de quelque manière qu’on la situe, ne fait que réfléchir celle qui est inhérente à toute relation, savoir celle de ses extrêmes. Et en effet, le sacrifice peut être envisagé soit au point de vue de celui qui l’offre, soit au point de vue de Celui à qui il est offert. On doit donc attendre que la « primauté » appartienne à deux modalités du Sacrifice. C’est bien ce qui a lieu. D’une part en effet, la modalité la plus primitive du Sacrifice du Christ, en tant qu’il est « ex parte creaturæ » oblation de l’Humanité assumée, c’est l’Anaphore. D’autre part, la modalité qui exprime le mieux adéquatement la portée du Sacrifice du Christ en Sagesse divine, c’est la Satisfaction : en vertu de ce Sacrifice, la procession et le retour qui manifestent l’opération de Dieu Créateur, constituent, par leur proportion, une image de l’Égal immanent à l’Ordre incréé des Processions. Chacune de ces deux modalités, l’Anaphore et la Satisfaction, est donc première, et doit pour autant être principe au point de vue qui lui correspond. Mais comme, au sein du retour à Dieu de toute la création, l’anaphore est à la satisfaction ce que l’ordre de la cause formelle est à celui de la cause finale, ces deux modalités intègrent, ensemble, une même donnée réelle ; et elles constituent en droit le principe de l’ensemble ordonné qu’elles forment conjointement avec les deux autres modalités. Si ces deux conclusions sont justes, chacune doit se trouver confirmée si on l’examine au point de vue propre de l’« ordre ». Le principe doit montrer l’ordination des éléments subordonnés ; et, en retour, l’unité d’ordre qui est présumée appartenir au principe lui-même doit être « dé- montrée » par les éléments subordonnés. Telle est bien, nous l’allons voir, en vertu de la Sagesse divine, et non plus seulement en fonction de l’homme racheté, la vérité.
[222] La Satisfaction et l’Anaphore montrent comment le rachat et le mérite sont entre eux ordonnés. La Satisfaction constitue l’ultime spécification du Sacrifice au point de vue de la réalisation ; à ce point de vue, le rachat se présente comme étant la conséquence du mérite. Si en effet la Norme subsistante assignée par l’Amour, savoir le Christ crucifié, est substituée à la norme connaturelle de condamnation, substitution en quoi consiste le « rachat », c’est parce qu’il plaît à Dieu d’envoyer son Fils bien-aimé parmi Ses frères en humanité, en sorte que ceux-ci jouissent, eux également, de la divine Complaisance dont la communication gratuite constitue positivement le « mérite ». Si donc il y a rachat, c’est parce qu’il y a mérite : le rachat est la conséquence du mérite, celui-ci étant considéré « ex parte Christi ». L’Anaphore est la modalité la plus primitive du Sacrifice, en ce sens qu’elle exprime la situation ontologique de la réalité créée offerte en sacrifice ; à ce point de vue, le rachat se présente comme étant la condition de possibilité du mérite. L’homme pécheur ne peut en effet participer personnellement à quoi que ce soit procédant du Christ, participation personnelle en laquelle consiste le « mérite » celui-ci étant considéré « ex parte redempti », qu’à la faveur d’un contact ontologique ; ce contact mystérieux concernant l’être en sa concrétude, il doit transcender ce qui se trouve affecté de qualité contraires, dans « le Saint de Dieu » d’une part, dans l’homme pécheur d’autre part : à savoir la nature. Or un contact ontologique qui transcende la nature, c’est précisément cela que réalise en acte, entre Dieu et Sa créature, le sacrifice d’holocauste. Le Christ a voulu ne communiquer la grâce, c’est-à-dire mériter, qu’en étant en état de Sacrifice ; mais l’homme ne peut recevoir cette communication qu’en étant, lui également, dans l’état de sacrifice, en revêtant par conséquent l’état même du Christ et partant en étant « racheté ». Ainsi l’homme ne peut mériter personnellement qu’en étant racheté et membre du Christ. Le rachat se présente donc comme étant la condition de possibilité du mérite, celui-ci étant considéré « ex parte redempti ».
[223] Le « rachat » et les mérites montrent comment la Satisfaction et l’Anaphore sont « un ». Le « rachat » se présente en effet, d’après ce qui précède, comme étant simultanément la conséquence du mérite ex parte Christi et la condition de sa possibilité ex parte redempti. Il n’y a là aucune contradiction, car « mérite » désigne dans le premier cas la communication active dont le Christ est le Principe en tant qu’elle procède de Lui, et dans le second cas la même communication en tant qu’elle est reçue par l’homme. Il s’ensuit que l’acte de mériter montre par l’unité d’ordre qui en est convertible avec la réalité, que la Satisfaction et l’Anaphore fondant respectivement l’achèvement et la possibilité d’une même chose, elles soutiennent entre elles cette même unité d’ordre. On observera que le rachat et le mérite jouent, en cette «manuduction », deux rôles très différents ; le premier réalisant une sorte de médiation virtuelle entre les deux aspects du second. Cela tient à ce que le mérite est par essence personnel, et le rachat de type relationnel. Le mérite ne peut être attribué qu’à une personne : soit au Christ, soit au racheté. Le rachat concerne un rapport celui de l’homme pécheur au Christ rédempteur. Cette dissymétrie met opportunément en lumière la différenciation qui est inhérente à l’ensemble ordonné que constituent la Satisfaction l’Anaphore le mérite et le rachat. Le fait que des deux derniers caractères doivent être l’un et l’autre rapprochés, respectivement, les deux premiers, n’entraîne pas qu’ils aient fonctionnellement le même rôle dans l’unité de l’ensemble.
[23] La Rédemption que le Christ réalise en Se sacrifiant a primordialement pour objet le sacrifice que l’homme doit offrir à Dieu. Il va de soi que, si l’acte d’offrir le sacrifice est racheté, l’offrant le soit également ; car cet acte constitue l’exacte expression de ce qu’est en lui-même celui qui l’accomplit. Mais, bien qu’il y ait, en fait et concrètement, convertibilité au point de vue de la rédemption passive, entre la personne de l’offrant et l’acte de l’offrande, assigner d’une manière précise quel est l’objet formel de la Rédemption domine, on le pressent, la question de la Corédemption. C’est en effet en l’Acte même qui consiste à offrir le Sacrifice que la Sainte Vierge est uniment co-Rédemptrice et « mirabiliori modo Redempta ». Aussi convient-il d’insister sur le fait que ce à quoi est primordialement ordonné le Sacrifice du Christ, c’est la Rédemption du sacrifice offert par l’homme. La Rédemption ne s’achève adéquatement que dans les personnes, mais elle ne le pourrait si elle ne concernait primordialement l’offrande du sacrifice.
[231] Le sacrifice offert par l’homme en état de déchéance appelle d’être à nouveau rendu conforme à ce qu’en exige l’essence. Si l’homme est racheté, il doit l’être quant à la possibilité d’offrir à Dieu un sacrifice qui soit agréé. Cela résulte du statut ontologique qui est en propre celui de la créature, et cela se trouve confirmé par l’ordination de l’homme à la filiation surnaturelle. Précisons l’un et l’autre point.

1. Le sacrifice constituant la manifestation la plus pure du statut relationnel de la créature en regard de Dieu, il s’ensuit que d’une part il n’est constitué en sa réalité propre de sacrifice que s’il est agréé par Dieu, et que d’autre part Dieu se doit d’agréer le sacrifice en vertu même de la Sagesse qui inspire l’Acte créateur. Tel est l’ordre « de droit », tel fut l’ordre originel. Ordre détruit par le péché. Le péché consiste radicalement, pour la créature intelligente, à refuser d’être de Dieu, c’est-à-dire à refuser sa propre condition de créature. Cette contradiction contient en substance la damnation ; car, si elle affecte la créature, c’est en altérant d’abord le rapport de la créature au Créateur : Dieu n’a pas à Se retirer, mais la créature est laissée à elle- même dans l’acte même où elle délaisse Dieu. Il en résulte que le sacrifice offert par l’homme en état de péché ne peut plus être agréé. Le refus « d’être de Dieu » ne peut en effet être, pour la créature intelligente, que dans l’acte, non évidemment dans l’être. La créature qui est en état de péché demeure donc assujettie à offrir le sacrifice et cela connaturellement, en vertu du caractère inaliénable de cette manière d’être qui est en propre celle de la créature. Mais Dieu, qui respecte jusque dans l’acte de pécher la liberté de Sa créature, n’a plus à agréer ce qui procède d’un être qui refuse d’être « de Lui ». L’offrande fait un avec l’offrant ; si l’offrant pose qu’il « n’est pas de Dieu », il pose par là même que ce qui est de lui ne peut « être de Dieu ». Par le fait même, il impose à Dieu qui le respecte de ne pas agréer le sacrifice qu’il offre. Le péché détruit en son principe même l’ordination qui est essentielle au sacrifice comme tel. La satisfaction ne peut plus, du côté de Dieu, exister bien que l’anaphore demeure, du côté de l’homme, exigée. Le sacrifice que doit offrir l’homme à Dieu est, en l’état de déchéance, comparable à une « arsis » sans « thésis » ; c’est-à-dire qu’il est une sorte de contradiction dans l’être, il est le commencement de l’enfer. Ce sacrifice se réduit en effet à une anaphore privée de l’achèvement qui en constitue ontologiquement la raison d’être, et qui, en Sagesse divine, en est la justification. Or, à supposer que l’homme déchu soit racheté, il doit être rétabli dans un état pour le moins conforme à sa nature ; il serait donc contradictoire pour l’homme ainsi rénové, de demeurer privé de ce qu’exige son être même en tant que cet être est celui d’une créature intelligente. Dieu, s’Il rachète l’homme, doit donc primordialement restaurer en celui-ci la possibilité d’offrir un sacrifice qui soit agréé. C’est par conséquent la Rédemption du sacrifice qui est au principe, dans l’homme racheté, de toute autre modalité possible de la Rédemption.

2. Le sacrifice constitue primordialement l’objet de la Rédemption, parce que l’adoption qui est la fin de la créature a l’immanence créatrice pour mesure. Les versets Rom. viii, 19-22 décrivent l’attente qui est sous-jacente à la souffrance, et qui doit aboutir à la glorification dans le Christ. Or, le sujet dans lequel subsiste cette attente n’est ni l’homme ni la nature, mais la créature ktisis. L’attente douloureuse affecte évidemment l’homme ; à lui en effet sont promises, la libération, la glorification, et même l’adoption qui sont l’aboutissant de l’épreuve. Mais, à la différence de la rédemption promise, l’épreuve est signifiée par saint Paul comme atteignant l’homme non seulement dans sa vocation ou dans sa nature, mais plus profondément en tant qu’il est une créature ktisis. Quel peut être l’objet de cette attente douloureuse de l’homme en tant qu’il est une créature ? Sinon une chose qui appartenait à l’homme en tant qu’il est une créature, qui jamais donc ne cesse de lui revenir en droit, mais qui a été perdue par le péché ? Or cette chose, ce n’est ni l’incorruptibilité puisque celle-ci concerne la nature, ni l’adoption laquelle concerne – dans la personne – l’ordination de la nature à la surnature ; cette chose, qui formellement concerne la créature, c’est le sacrifice. L’attente douloureuse, certes, ne trouvera apaisement que dans l’adoption. Mais elle n’est douleur si intime que parce qu’elle affecte l’homme au degré de profondeur où il est créature ; elle vient de ce que l’homme, en péchant, a porté atteinte à ce qui, en lui, est « de la créature », c’est-à-dire à la possibilité d’offrir un sacrifice qui soit agréé. Et l’adoption apporte d’ailleurs avec elle la restauration de cette possibilité : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une nouvelle créature » (I Cor. v, 17). C’est-à-dire que le fait d’« être dans le Christ » ne consiste pas seulement à être vitalement « membre du Christ » ; « être dans le Christ » entraîne d’être une « nouvelle créature (ktisis) ». Être reformé en tant que créature est donc concomitant et sous-jacent à l’adoption. Et comme cette reformation de la créature en tant que telle ne concerne évidemment pas, dans la créature, le fait de perdurer dans l’être, elle y concerne une opération, opération propre à la créature comme telle, opération qui consiste par conséquent en l’offrande du sacrifice.

Il s’ensuit que, dans la créature rénovée, la possibilité restaurée d’offrir un sacrifice agréé est au principe de l’adoption. Elle est donc primordialement l’objet de la Rédemption, celle-ci ayant précisément pour achèvement l’adoption.
[232] Le Sacrifice du Christ réalise la Rédemption du sacrifice comme tel. Le Sacrifice du Christ se présente en effet comme étant le Sacrifice parfait, si on le compare à d’autres sacrifices, « toutes choses égales d’ailleurs », c’est-à-dire si on se réfère à la condition de l’homme pécheur. Mais il apparaît également que ce sacrifice parfait est affecté d’une relative privation, si on le réfère à la condition originelle de la créature humaine ; condition dont la considération est d’ailleurs évidemment requise, si on entend parler de « rachat » d’une manière précise. La privation relative consiste, pour la perfection du « Sacrifice parfait », en ce que le principe de l’ordre que constituent ses modalités est double. Car la Satisfaction et l’Anaphore sont distinctes non seulement formellement en raison de leur nature, mais aussi réellement en l’accomplissement même du Sacrifice. L’Agonie, la Mort qui s’ensuivit, ne sont pas seulement, ni même principalement, un pâtir d’ordre physique. Le pâtir consiste surtout en ce que Jésus a ressenti l’« abandonnement » dans la partie inférieure de Lui-Même. Et le plus sensible de ce pâtir vient d’un certain questionnement concernant l’agrément du Sacrifice par Dieu. L’Anaphore ne débouche pas dans la Satisfaction comme dans un achèvement qui en serait organiquement assuré. Assuré de la Complaisance du Père en la partie supérieure de Lui-Même, Jésus ne s’y repose pas adéquatement selon les puissances de sa nature humaine : c’est cela l’Agonie, le drame de l’Agonie. Il y a, en Jésus agonisant, une distinction réelle, psychologiquement éprouvée comme une tension, entre l’Anaphore et la Satisfaction : distinction et tension qui ne se résolvent concrètement dans l’unité qu’en vertu de l’unité d’être du Verbe incarné. En ce sens, le Sacrifice du Christ comporte une privation, quant à l’unité et par conséquent quant à la perfection. C’est d’ailleurs cela qui rend compte de ce que le Sacrifice du Christ est, même humainement, le plus grand de tous les sacrifices qui puissent être consommés. C’est également cette tension entre l’Anaphore et la Satisfaction qui dévoile quel est « ex propriis » l’objet de la Rédemption. Si en effet on réfère, comme il se doit, à la mesure absolue que constitue la structure du sacrifice comme tel, l’ordination concrète immanente au Sacrifice du Christ, on découvre que ce Sacrifice présente une similitude avec celui qui doit offrir l’homme pécheur. L’« arsis » c’est-à-dire l’Anaphore, n’est pas, pour le Christ, privée de l’achèvement qu’elle exige, mais elle ne le trouve que dans un douloureux labeur. Labeur de mourir, de pâtir la destruction de l’ordre qui est propre à la nature, tout comme l’homme pécheur se trouve privé de l’unité d’ordre qui est propre au sacrifice. On voit donc que si on se place au point de vue ontologique, si on considère l’être tel qu’il est objectivement ordonné conformément à la nature, l’état du Christ consommant Son propre Sacrifice est typiquement identique à l’état de l’homme déchu offrant lui-même le sacrifice. Ontologiquement, c’est le même sacrifice, parce que l’acte de ce sacrifice inclut la même privation relative d’unité : relative dans le Christ immolé, en ce sens que le Corps et l’Âme demeurent « un » dans l’esse du Verbe Incréé ; relative dans l’homme déchu, en ce sens que l’ordre de nature demeure en lui assez consistant pour impérer l’offrande du sacrifice, bien qu’il soit trop altéré pour en rendre possible l’achèvement. L’unité de la nature, et partant sa réalité, ici et là demeure ; elle devient, en propre, le sujet d’une privation qui en affecte l’ordre. Le Christ accomplissant Son Sacrifice et l’homme déchu offrant le sacrifice font, ontologiquement, la même chose, sont ontologiquement dans le même état ; mais le Christ pousse cette privation relative en quoi consiste le sacrifice à un degré que Seul rend possible son Être divin. Ainsi le Sacrifice du Christ est bien le même que celui de l’homme déchu, le même comme sacrifice et selon l’ontologie de la nature, non toutefois quant au degré eu égard à la Personne. Et à cause de cela, il est possible que ce Sacrifice singulier soit, lui seul, agréé « ratione Personæ », et qu’il restaure par conséquent en faveur de l’homme déchu le « droit gratuit » d’offrir un sacrifice derechef agréé.
[233] L’homme déchu est racheté parfaitement, en offrant, lui-même personnellement, le Christ S’offrant. « Offrir à Dieu un sacrifice qui soit agréé » constituant, au sein de la finalité qui est propre à la créature, ce qui en est le principal, c’est seulement en l’acte d’une telle oblation que la Rédemption peut avoir pour l’homme lui-même son caractère parfait et achevé. C’est la raison pour laquelle le Sacrifice du Christ réalise primordialement la rédemption du « sacrifice comme tel », ainsi que nous l’avons expliqué ([232]). La Rédemption ne laisse cependant pas d’être ordonnée aux « rachetés ». Tel est même le point de vue qui nous est le plus familier. Or le meilleur signe que ce point de vue ne soit pas, dans ce qui précède, écarté, consiste en ce que, nous l’allons voir, on y est nécessairement ramené. Car c’est l’exigence même de la Communication divinement gratuite du Sacrifice rédempteur qui, pour tout homme pécheur, subordonne expressément à un acte personnel le fait d’être racheté. Autrement dit, la Rédemption ne peut avoir formellement pour objet le « sacrifice comme tel », qu’en ressortissant radicalement à l’ordre personnel. Plus précisément, la Rédemption procède de la personne vers la nature, primordialement dans le Christ, et partant en chacun de ceux qui deviennent Ses membres. Saint Thomas a énoncé ce principe. « Le péché originel procède de telle manière qu’il affecte premièrement la nature, et ensuite la personne par la nature. Le Christ procède selon l’ordre inverse. Il répare d’abord ce qui est de la personne ; et puis, ensuite, Il réparera, simultanément pour tous, ce qui est de la nature » (IIIa q. 69, a. 3, ad 3). La déformation 1 procède de la nature vers la personne : c’est l’un des aspects du péché originel. Mais pourquoi la reformation procède-t-elle de la personne vers la nature ? C’est évidemment en la Cause même de la reformation qu’il en faut chercher la raison. 1. La reformation procède de la personne vers la nature, « ex parte Christi ». Autrement dit, le Sacrifice du Christ est agréé « ratione Personæ ». Ce Sacrifice s’achève en effet dans la Satisfaction, parce que Jésus est « le Fils bien-aimé » (Matth. vii, 5) ; non pas formellement parce que la nature humaine assumée pâtit, dans l’état de mort, une relative privation d’unité. Sans cette privation, il n’y aurait il est vrai, ni sacrifice, ni agrément propre au sacrifice mais la Complaisance de Dieu le Père pour le Christ a toujours le même fondement : quel que soit l’état de la nature assumée, celle-ci subsiste dans l’Être et dans la Personne du Verbe Incréé. Cette Humanité est « aimée », non pas primordialement en vertu de tel état dont elle se trouve affectée, mais inconditionnellement dans l’Amour même dont le Fils est aimé (Jo. iii, 55 : « Le Père aime le Fils » ; Jo. xiv, 31 : « Le Fils aime le Père »). Il convient même de préciser que le Sacrifice du Christ est agréé exclusivement « ratione Personæ », exclusivement en raison de la Personne du Verbe incarné. On pourrait en effet songer à une autre raison. La nature humaine assumée par le Verbe n’ayant pas été produite selon le processus naturel habituel, elle est de ce chef soustraite au péché originel. À supposer donc que cette nature humaine eût été celle d’un homme et non celle qu’assume le Verbe de Dieu, cet homme eût pu offrir un sacrifice que Dieu Se devait d’agréer ; il semblerait donc que le Sacrifice du Christ n’a pas été agréé seulement ratione Personæ. Mais cette conclusion négative vient de ce qu’on ne considère pas adéquatement toute la réalité. En effet, la production « extra-ordinaire » de la nature humaine du Christ suppose au moins en fait le statut « extra-ordinaire » de la Mère du Verbe incarné ; or ce statut suppose lui- même la Rédemption, laquelle requiert en fait à son tour que le Sacrifice du Christ ait été agréé. En sorte que l’agrément de ce Sacrifice tient absolument à ce qu’il est celui du Fils de Dieu, d’une part immédiatement eu égard à la Personne même du Christ, d’autre part médiatement si on considère la nature humaine du Christ et la personne de Sa Mère. On voit donc que, si l’immolation dans laquelle se consomme le Sacrifice du Christ a pour objet l’ordre qui est immanent à la nature humaine assumée, absolument cependant, ce Sacrifice est agréé, non pas « ratione naturæ », mais bien « ratione Personæ ». Il s’ensuit que la reformation dont le Christ est le Principe procède effectivement, en Lui, de la Personne du Verbe incarné ; bien qu’elle ait, pour « instrument conjoint », l’opération de la nature humaine assumée. 2. La reformation procède également de la personne vers la nature, « ex parte hominis ». Et d’abord la reformation ne peut pas procéder de la nature. Si en effet l’acte du sacrifice s’accompagne nécessairement en fait, dans l’homme déchu comme dans le Verbe incarné, d’une même relative privation d’unité, celle-ci ne peut ni être ni devenir pour le sacrifice offert par l’homme déchu ce qu’elle n’est pas pour le Sacrifice du Verbe Incarné ; elle ne peut en aucune façon constituer en propre la raison de l’agrément divin, et il n’y a aucun fondement dans la réalité à attribuer à la nature humaine en tant que nature, en vertu de la Rédemption acquise par le Christ, une qualification nouvelle que cette nature posséderait elle-même comme nature, indépendamment de tout acquiescement personnel. La relative privation d’unité concomitante à l’acte du sacrifice est il est vrai la même, pour la nature humaine, dans le Christ immolé et pour l’homme, en état de péché. Cette identité joue, pour la communication dont le Sacrifice du Christ est le principe, le même rôle que la privation elle-même pour ce Sacrifice lui-même. Autrement dit, la norme est comme il se doit la même pour le principe et pour ce qui en procède. La relative privation d’unité pour la nature humaine du Christ Se sacrifiant est la condition de possibilité en fait nécessaire de l’agrément du Sacrifice ; elle n’en est pas, dans le Christ, le fondement déterminant. Pareillement, l’identité, dans le Christ Se sacrifiant et dans l’homme déchu offrant le sacrifice, de cette même relative privation d’unité est la condition en fait nécessaire pour que la Complaisance de Dieu le Père pour le Sacrifice du Christ s’étende au sacrifice offert par l’homme déchu ; mais cette identité ne constitue pas en propre, dans l’ordre créé, le fondement de cette « transvection » de l’agrément divin.

En second lieu, la reformation procède, dans l’homme pécheur comme dans le Rédempteur, de la personne vers la nature. Car le fondement de la transvection dont il vient d’être question consiste en propre, dans l’ordre créé, en ce que l’homme – chaque homme personnellement – accueille et rend ainsi effectif le propos gratuit de Dieu. Si l’homme déchu consent à ce que l’acte même de son propre sacrifice, acte tendantiel voué de soi à l’inachèvement, soit assumé dans l’Acte du Christ Se sacrifiant, alors la même Complaisance divine englobe le sacrifice de l’homme déchu en même temps que le Sacrifice du Christ. Le sacrifice de l’homme déchu est alors agréé ; car, dans ces conditions, il n’y a en acte qu’un seul sacrifice. Cette unité in actu du Sacrifice du Christ et du sacrifice de l’homme déchu ne serait pas possible, s’ils n’étaient l’un et l’autre constitués, ex parte naturæ, par la même relative privation d’unité : voilà la « condition de Possibilité », elle concerne la nature. Mais cette unité in actu requiert en outre ce dont elle procède immédiatement : il faut que l’homme abandonne son acte à lui, plus exactement il faut que l’homme déchu, supposé en acte de sacrifice, soit, selon cet acte même, assumé par le Christ en acte de Son propre Sacrifice : voilà le « fondement propre », il concerne la personne. Il consiste en ce que la Personne Incréée assume mystérieusement à la faveur d’un acte singulier et en définitive en son Acte d’Être incréé (Cf. [322] 2.), l’acte du sacrifice c’est-à-dire l’acte qui est de soi le mieux expressif de la personne créée. Celle-ci est ainsi rachetée, mais c’est en l’acte même où elle laisse sa propre oblation être reposante en celle du Verbe incarné. La reformation s’enracine donc au plus intime de la créature, au sein même du rapport entre la personne et l’être, mirabilius reformasti. Voilà ce qu’induit à expliciter la mystérieuse vérité qui ne stimule plus assez notre curiosité : le Christ rend réelle, en la réalité de son propre Sacrifice, la rédemption du sacrifice comme tel ; et Il rend possible, pour chacun des hommes appelés à devenir Ses membres, que la Rédemption soit en vérité une merveilleuse Reformation.

[3] Marie, offrant le Christ qui Se sacrifie Lui-Même, est en Lui et avec Lui c0-Rédemptrice. Tout uniment, Marie est rachetée d’une manière merveilleuse en l’accomplissement même de ce Sacrifice.

[31] La coordination, en la personne de Marie, entre l’exercice actif de la Rédemption et la parfaite réception de la même Rédemption, ressortit au « Décret de la prédestination ».

Est-il légitime de dire, comme nous le faisons, que Marie soit rachetée en offrant le Christ qui Se sacrifie Lui-Même ? N’est-Elle pas, en effet, en cet instant, déjà rachetée ? Observons que si effectivement Marie est « déjà » rachetée lorsque Jésus est crucifié, le miracle que constitue en propre l’anticipation en faveur de Marie de la Rédemption communiquée, ne doit pas masquer l’essentiel qui transcende la durée. L’anticipation n’est, pour ainsi dire, qu’une gratuité de surcroît du côté de Dieu qui opère dans l’Éternité ; elle constitue également une difficulté de surcroît pour nous, eu égard au mystère avec lequel nous sommes confrontés. Nous prenons donc le parti de ne pas considérer ce qui est « second », en vue de discerner clairement et de mieux scruter ce qui est « principal », ce qui a valeur de principe.

Nous cherchons donc à déterminer, nous le répétons (Cf. [11]), comment pour Marie, l’ordonnancement de la Rédemption est immanent au Décret de la prédestination. Procéder de cette manière n’implique d’ailleurs pas en l’occurrence l’inconvénient que l’on pourrait craindre : à savoir de s’écarter de la concrétude qui est propre au mystère. Ni pour Jésus ni pour Marie, quoique pour des raisons différentes, il n’y a en effet ombre de péché. La prédestination sous-tend donc une volonté parfaite dans l’usage de la liberté, laquelle déploie l’infaillible Sagesse dans la temporalité. Dans ces conditions, les notions mêmes de « prédestination » et de « Décret » se trouvent être existentiellement en conformité avec la Réalité, tout en permettant, en vertu de leur nature, de ne pas faire acception de la temporalité. Observons d’autre part que la Bulle « Ineffabilis » se borne à rappeler un principe absolu, dont l’application est par conséquent universelle. Marie est, comme tout autre humain, rachetée par la mort du Christ. Et comme on se plaçait au point de vue du mérite, lequel s’acquiert dans le temps (Cf. [21]), il convenait d’écarter une objection liée à la temporalité. Marie est rachetée « en prévision des mérites du Christ », rachetée d’une manière « plus merveilleuse » que ne le sont les autres humains, puisque par anticipation. Mais c’est là un signe pour ainsi dire externe qui ne préjuge rien du « comment ». Comment la Rédemption, réalisée par la mort du Christ, est-elle participée ? Comment pour chacun des membres du Christ et de l’Église ? Comment par Celle qui est membre, en étant la Mère du Christ et de l’Église ? C’est précisément ce que nous allons examiner.
[32] Marie, « un » en acte avec Son Enfant qui S’offre Lui-Même, est, en vertu même de cet Acte, constituée co-Rédemptrice comme Il est Rédempteur.
[321] L’assimilation dans le pâtir manifeste et consomme, entre Jésus et Marie, l’unité du Sacrifice rédempteur. L’Agonie, la Passion, la Compassion, sont probablement ceux des mystères qui ont été le plus assidûment contemplés. « Se tenaient debout, auprès de Jésus en Croix, Marie Sa Mère… » (Jo. xix, 35). La meilleure tendresse dont le cœur humain soit capable a stimulé un élan spontané. « Ô vous tous, qui passez par le chemin, voyez s’il est une douleur semblable à ma douleur » (Thren. i, 12). C’est surtout l’aspect psychologique qui a fixé l’attention chrétienne. Le vouloir se présente alors comme étant enrobé dans une affectivité que rend communicable la connaturalité. En sorte que l’« analogie de la foi » (Rom. xii, 6) peut mettre en œuvre l’expérience familière, en vue de mieux étreindre la mystérieuse réalité. Le commun pâtir, pour intime qu’il soit respectivement en Jésus et en Marie n’est cependant pas la « substance » de cette réalité. « Il n’y a pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie… » (Jo. xv, 13). Or une preuve, si adéquate soit-elle, n’est pas ce dont elle est preuve. L’immolation est la moitié généreuse de l’amour ; elle est la consommation de l’amour dans un être passible. Or l’achèvement, si organique soit-il, n’est pas ce dont il est l’achèvement, surtout s’il est lié à un caractère contingent. Ainsi, considérée en son aspect affectif, la Compassion n’est pour ainsi dire que le signe de ce qu’elle est en réalité. Le signe vaut certes d’être considéré mais il doit reconduire la foi adorante à ce dont il est la preuve assurée, parce qu’il en est la manifestation spontanée.
[322] Le Christ Se sacrifiant assume en ce Sacrifice l’acte qui procède de Marie L’offrant, comme le Verbe S’incarnant assume en l’Acte de l’Incarnation ce qui procède de Marie Le concevant humainement. Tel est le principe de la « Corédemption par assimilation » 2, lui-même fondé sur le principe de relationalité. Nous allons rappeler quelle on est l’application, d’abord au point de vue de la psychologie pour Jésus et pour Marie (1.) ; ensuite au point de vue de l’ontologie, pour le Christ Lui-Même (2.), et pour le rapport que Marie soutient avec Lui (3.).

1. Étant toute relative à la Personne du Verbe en qui toutes choses sont créées (Jo. i, 3), Marie « la toujours Vierge » « suit, pour ainsi dire, le Verbe partout où Il va » (Apoc. xiv, 4), en subsistant en vertu de Lui, toujours d’une manière égale, conformément à la même relationalité. Le Verbe S’incarnant, Marie qui Lui est originellement toute relative, le devient selon la chair ; c’est-à-dire que, le corps suivant l’âme, Elle devient Sa Mère. Le Verbe incarné accomplissant la Rédemption dans le pâtir, Marie qui déjà Lui est toute relative, le devient également quant à cet accomplissement ; c’est-à-dire que, coopérant à en intégrer l’Acte douloureux, Elle devient co- Rédemptrice. L’Acte de la Rédemption a donc, comme celui de l’Incarnation, une unité d’ordre qu’il est possible d’analyser en se plaçant au point de vue de la psychologie. Jésus, par un choix gratuit, use en quelque sorte instrumentalement du vouloir de Marie, en vue de réaliser l’unité que doit avoir en acte le vouloir humain par lequel Il fait face à l’Agonie. C’est en quoi consiste la « Corédemption par assimilation ». Cette explication montre bien comment l’Acte de la Rédemption subsiste et s’achève jusque dans l’« humain ». Mais elle ne précise pas quel est le statut de cet Acte au point de vue de l’ontologie. C’est donc cela qu’il convient maintenant d’examiner. Et cela d’autant plus que les [pseudo-] difficultés alléguées à l’encontre de la Corédemption tiennent à la méconnaissance – au moins pratique – de la métaphysique. Et comme l’erreur concourt providentiellement à la manifestation de la Vérité, c’est la plus importante des « difficultés » alléguées qui met au mieux en évidence la valeur du principe qui a été posé. Marie est toute relative à la Personne du Verbe. Tel est, pour l’Acte de la Rédemption comme pour celui de l’Incarnation, le fondement radical de l’explication. En résulterait-il, entre le Rédempteur et la co-Rédemptrice, une dualité qui irait à l’encontre de l’affirmation « unus mediator » (I Tim. ii, 5) : « le médiateur est un » ? Telle est la question. Observons d’emblée qu’il est dit un : « un », et non pas « unique ». Quelle est cette « unité » ? C’est celle d’une opération dont le principe ne laisse pas de comporter distinction. Que la chose ne soit pas impossible, la Spiration du Saint-Esprit suffit à le prouver. Mais l’explication positive ne peut procéder que de principes propres. Et Marie étant toute relative, c’est primordialement en la Personne même du Verbe incarné qu’il faut considérer toute question concernant le rapport que Sa Mère soutient avec Lui.
2. L’ontologie de l’Incarnation montre comment l’unité peut appartenir en acte à une opération dont le principe comporte distinction. Une telle économie se réalise en effet dans le Christ habituellement en ce qui concerne l’agir : et cela, parce que radicalement en ce qui concerne l’être. L’unité d’être propre au Verbe incarné est en effet une unité d’ordre.
Car la nature humaine assumée ne mesure pas l’Être du Verbe Incréé, Être en vertu duquel elle a cependant d’être et partant de subsister. En sorte qu’il y a deux réalités distinctes ; bien qu’il n’y ait pas, au point de vue formel de l’acte d’être, et partant à celui de l’unité, deux « principes » homologues réellement distincts. La raison en est que le Verbe Incréé communique, à ce qu’Il assume, d’être et de subsister, non en « produisant » mais en « terminant ». Il suffit, pour le comprendre, de se référer à la structure ternaire de l’étant. L’étant possède, comme tel, trois caractères qui correspondent respectivement à trois points de vue formels : subsister (suppôt), être déterminé et mesuré (essence), être terminé (acte d’être). Ces points de vue formels ressortissent à l’abstrait, et sont distincts en vertu de leurs définitions. Les caractères correspondants, considérés au concret, sont réellement distincts dans l’étant créé, et s’identifient « in re » pour toute réalité incréée. L’Humanité assumée par le Verbe subsiste dans l’Incréé ; mais elle ne laisse pas d’être « quelque chose de créé ». À ce second titre, « subsister », « être mesuré », « être terminé », sont, pour cette Humanité, trois caractères réellement distincts. « Être terminé » lui appartient exclusivement dans l’« Être du Verbe Incréé », et exclusivement en vertu de la Personne du Verbe Incréé. « Être mesuré » lui appartient en elle-même, et en vertu d’une opération commune à Toute Trinité. « Subsister » lui appartient dans le Verbe Incréé, et en vertu de cette même opération commune de Toute Trinité

3. L’unité d’agir propre au Verbe incarné est également une unité d’ordre. Cela résulte, nécessairement, de ce que « l’agir suit l’être » : les caractéristiques transcendantales, primordialement la nature et l’unité, sont, dans un même étant, les mêmes pour l’agir comme pour l’être. L’unité est donc, pour l’Acte de la Rédemption, celle dont la nature vient d’être précisée. Cet Acte a d’« être terminé », exclusivement dans l’Être du Verbe à la fois Incréé et incarné, et exclusivement en vertu de la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné. Cet Acte a de « subsister » exclusivement dans la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné. Cet Acte a d’« être mesuré » en lui-même, en son être d’Acte. Demeurent deux questions. En vertu de quoi l’Acte de la Rédemption a-t-il d’« être mesuré » ? En vertu de quoi l’Acte de la Rédemption a-t-il de « subsister » ? Aux deux questions homologues concernant l’« Être », il faut répondre, nous l’avons rappelé : « en vertu de Toute Trinité ». Mais en ce qui concerne l’agir du Verbe incarné, intervient également de toute évidence la nature humaine assumée. Ici s’insère Marie.

La théologie de l’Incarnation confirme donc, dans la lumière de la Foi et dans le mystère, que l’étant a une structure ternaire. Tel caractère de l’Humanité assumée peut en effet lui appartenir, soit en elle-même, soit dans le Verbe ; et ce même caractère peut procéder soit uniment de Toute Trinité, soit exclusivement du Verbe Incréé. Il semble donc a priori qu’il y ait quatre caractères « possibles ». Mais l’Humanité assumée étant « quelque chose de créé », un caractère lui appartenant en elle-même résulte nécessairement d’un produire. Un tel caractère ne peut donc provenir de l’opération assomptive, dont l’effet est exclusivement de « terminer » ; il est donc produit par Toute Trinité. Ce caractère, c’est le fait d’ « être mesuré ». Restent dès lors les caractères qui appartiennent à l’Humanité assumée dans le Verbe Incréé. Et comme il y a pour eux deux fondements, il y en a deux. L’un est produit par Toute Trinité, et c’est le fait de « subsister ». L’autre procède exclusivement du Verbe Incréé, et c’est le fait d’« être terminé ». Ainsi « subsister », « être mesuré », « être terminé » sont trois caractères réellement distincts pour tout étant créé, primordialement pour l’Humanité assumée. Ces trois caractères se réfèrent respectivement au « suppôt », à l’« essence », l’« acte d’être ».

L’unité de l’Acte rédempteur se trouve intégrée en vertu du Rédempteur, et avec Lui et en Lui, en vertu de la co-Rédemptrice toute relative à Lui. L’Acte rédempteur, en tant qu’acte humain, est mesuré par le principe qui en est le « plus prochain » : savoir la nature humaine assumée, et principalement la volonté. Ce même Acte est également « mesuré » en Sagesse divine et donc en vertu de la Volonté divine du Verbe à la fois Incréé et incarné, cette Volonté divine constituant elle-même le principe en vertu duquel la volonté humaine se trouve normée. Qu’il existe deux principes réellement distincts en vertu desquels le même Acte soit simultanément mesuré, n’entraîne aucunement que l’unité de cet Acte soit altérée ; non seulement parce que le principe créé en est subordonné au Principe incréé, mais absolument parce que cet Acte a son être d’acte en tant qu’il a d’être terminé, et qu’il a d’« être terminé » exclusivement dans l’Être du Verbe à la fois Incréé et incarné, et exclusivement en vertu de la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné. C’est la « terminatio » qui constitue le principe formel et propre de l’unité ; telle est la raison essentielle pour laquelle l’existence de principes de mesure à la fois réellement distincts et l’un à l’autre subordonnés n’altère en rien cette unité. Ce qui est vrai de la mesure l’est également – et au même point de vue, spécifié par « en vertu de » et non pas « dans » – du subsister, puisque rien ne subsiste qui ne soit mesuré. Le rapport que soutient avec l’unité de l’Acte rédempteur l’opération de la co-Rédemptrice, est normé par les principes mêmes qui émanent de la Personne du Rédempteur. Le Christ choisit d’intégrer instrumentalement le vouloir de Marie, en vue de fixer son propre vouloir humain et de clore ainsi la « délibération » que comporte l’Agonie. Et comme ce vouloir humain est, pour la mesure de l’Acte rédempteur, le principe prochain, le vouloir actif de la co- Rédemptrice, ontologiquement tout relatif à celui du Rédempteur, se trouve par le fait constitué comme étant co-principe de mesure pour ce même Acte. Ainsi l’Acte de la Rédemption est-il « mesuré » – et pour autant « subsiste »-t-il – en son être d’acte, en vertu de principes distincts et hiérarchisés : le Vouloir divin du Christ, le vouloir humain du Christ, le vouloir de Marie. Le vouloir humain du Christ est normé par le Vouloir divin ; et, par ce vouloir humain, le Christ décide d’être ultimement fixé en vertu du vouloir de Marie, lequel est lui-même ontologiquement tout relatif au Vouloir total du Christ qu’il contribue à intégrer. Or la raison pour laquelle la distinction, réelle dans le Christ, entre le Vouloir divin et le vouloir humain, n’entraîne, pour l’Acte de la Rédemption, aucune altération quant à l’unité, cette même raison vaut également en regard de la distinction, non moins réelle quoique à un titre différent, entre le vouloir humain du Christ et le vouloir de Marie. Cette raison consiste en effet, nous l’avons rappelé, en ce que l’Acte de la Rédemption a absolument et ultimement son unité propre d’acte et d’être, en ayant d’« être terminé » exclusivement dans l’Être du Verbe à la fois Incréé et incarné, et exclusivement en vertu de la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné. Or cette Réalité, Simple et Incréée transcende évidemment toute distinction dont l’un au moins des deux membres est constitué par une réalité créée. Autrement dit, en ce qui concerne l’Acte de la Rédemption, le caractère composé du principe de la mesure n’entraîne, pour l’unité, aucune altération. Pas plus la composition inhérente au principe créé considéré en son unité (vouloir humain de Jésus et vouloir de Marie), que la composition entre ce même principe créé et le Principe Incréé (Vouloir divin de Jésus). Le même Décret de Prédestination enveloppe, dans le même Mystère, le Rédempteur et la co-Rédemptrice. La fallacieuse « difficulté », soulevée par l’« unus mediator » indûment appelé « unique », montre en vérité la valeur des principes qui ont été posés. La « Corédemption par assimilation » découle organiquement de ce que « la toujours Vierge », conçue première de l’ordre créé, est toute relative au Principe en qui toutes choses sont créées, c’est-à-dire au Verbe Incréé.

[33] Marie, « un » avec et dans le Christ S’offrant Lui-Même, rend effective pour Elle-même, en la spécifiant personnellement, la Rédemption que l’Acte du Sacrifice réalise objectivement et universellement.

[331] Marie offre, en Jésus S’offrant, un Sacrifice qui est objectivement agréé, exclusivement « ratione Personæ ». Le Sacrifice du Christ est agréé « ratione Personæ » c’est-à-dire exclusivement en raison de la Personne du Verbe incarné, et non en vertu de l’opération qui procède en propre de Marie, la « merveilleusement rachetée ». Nous avons expliqué l’un et l’autre, la négation comme l’affirmation ([233] 1.). Nous n’y revenons pas. Mais il importe de préciser derechef quel est le point de vue auquel nous nous plaçons ; et de réaffirmer que si, selon ce point de vue, Marie ne joue aucun rôle dans l’agrément du Sacrifice, Elle ne laisse pas d’en intégrer activement et intrinsèquement l’accomplissement. Croire, c’est regarder, autant que faire se peut, « avec l’œil de Dieu ». Nous nous y efforçons ; et c’est pourquoi, nous l’avons dit ([31]), nous nous plaçons au point de vue du Décret divin auquel répond la Prédestination. L’objet de notre recherche, c’est l’ordination intime du mystère de Marie, c’est l’« ordre de Marie » divinement conçu et divinement produit. Telle est l’œuvre de la Sagesse, objet de la contemplation, quoi qu’il en soit des chevauchements secondaires que l’Éternité peut introduire dans le cours du temps sous la forme de miraculeuses précessions. À ce point de vue donc, Marie ne joue aucun rôle actif dans l’agrément du Sacrifice offert de Lui-Même par le Christ. Car Marie n’est agréée que dans cet agrément. Marie n’est objet de la Satisfaction que parce qu’Elle est enclose dans ce Sacrifice ; et parce que celui-ci est, « ratione Personæ », l’objet nécessitant de cette Satisfaction. Mais, même à ce point de vue, celui du Décret de la Prédestination, et qui plus est primordialement à ce point de vue, Marie coopère activement au Sacrifice dont Elle intègre ainsi l’accomplissement. Nous nous sommes placés au point de vue de la métaphysique pour rendre compte du comment ([322] 2. 3.). Nous pouvons maintenant faire état, a posteriori, de cette convenance que dévoile organiquement, entre le Christ et Sa Mère, l’économie de l’Incarnation et puis l’économie de la Rédemption. Parce qu’en effet, elle ressortit à l’ontologie, cette convenance renvoie, comme le fait un signe, à la réalité, au fait, dont elle est la manifestation, c’est-à-dire au Décret de la Prédestination. Ce Décret consiste en ce que Marie est ordonnée à « suivre le Verbe partout où Il va » ([322] 1). C’est cela qui, pour la créature privilégiée, pour la « toujours Vierge » dans le Verbe en qui toutes choses sont créées, est, absolument, premier. Le reste, tout le reste y compris « le droit maternel qu’a Marie d’offrir Son Enfant » (Benoît XV), y compris par conséquent la participation tant active que passive de Marie à la Rédemption en découle ; c’est cela qu’il est maintenant possible de préciser.

[332] Le Sacrifice, dont Marie intègre activement l’accomplissement, est, absolument et objectivement, un « sacrifice agréé » ; il est donc objectivement, eu égard à la condition humaine de Marie, un « sacrifice racheté ».
Nous allons d’abord situer ce qu’on peut appeler le nœud de la question, qui en est d’ailleurs également le principe de résolution : à savoir l’ordination qui, concernant Marie, est immanente au Décret de la Prédestination. Ayant établi l’existence, nous déterminerons ensuite la nature de cette ordination. Delà résultera notre conclusion.
1. Il y a nécessairement, concernant Marie, une ordination qui est immanente au Décret de la Prédestination. Le montrer requiert de « tenir » rigoureusement le point de vue auquel ce Décret correspond. Ce point de vue est celui de l’être et de l’Éternité, non celui de la temporalité. Nous allons, pour plus de clarté, le préciser. Et nous devons, pour le faire, rappeler quelles sont, à ce point de vue, les deux « données » : (I) Marie est divinement ordonnée à être immaculée. (S) Marie est divinement ordonnée à offrir le Sacrifice qui est nécessairement agréé. Eu égard à l’ordre qui est propre au temps, lequel est celui de la réalisation concrète et de l’histoire événementielle, (I) se manifeste « avant » (S) ; il y a « précession » de (I) par rapport à (S). Si, fautivement d’ailleurs, on use du « modus significandi » qui correspond à l’ordre du temps, bien qu’on considère en réalité l’ordre de l’être en se plaçant au point de vue de l’Éternité, on dit qu’il y a « concomitance » entre (I) et (S). En vérité, et à proprement parler, il n’y a entre (I) et (S), à ce point de vue de l’être et de l’Éternité, ni concomitance, ni précession ou succession. Il y a un ordre dans l’être. Et comme la succession observable dans l’ordre du temps ne constitue pas une prémisse dont on puisse inférer avec rigueur quoi que ce soit concernant l’ordre de l’être, il faut découvrir celui-ci par argument propre. Le point de vue auquel nous nous plaçons étant ainsi précisé, il est aisé d’observer qu’il existe nécessairement, concernant Marie, une ordination qui est immanente au Décret de la Prédestination. Les différents aspects de la Prédestination ne peuvent en effet, ni pour Marie ni d’ailleurs pour aucune créature, être « juxta-posés ». Car ils ne peuvent avoir de réalité que dans leur unité. Et comme, formellement, ils diffèrent entre eux, ils ne peuvent être « un » qu’en constituant un ensemble ordonné. Dès lors, l’un de ces aspects doit jouer le rôle de principe, par rapport aux autres qui lui sont subordonnés. Il s’ensuit qu’objectivement et ontologiquement, aussi bien naturellement que surnaturellement, les deux données (I) et (S), « données » dont le caractère révélé garantit la réalité, soutiennent nécessairement entre elles un rapport de subordination. Subordination de (I) à (S) ? Subordination de (S) à (I) ? Telle est la question.
2. Le Décret de la Prédestination consiste, pour Marie, en ce que (I) est subordonné à (S). En voici trois raisons. La première, négative, est contraignante. Les deux raisons positives s’enchaînent et sont mieux éclairantes. (1) (I) est subordonné à (S), car il est impossible que (S) le soit à (I). C’est en effet le Sacrifice nécessairement agréé qui est au principe de la Communication dont Marie est originellement gratifiée. Cela, c’est en substance ce qu’affirme la Bulle Ineffabilis, en usant du « modus significandi » qui est propre à la temporalité. En d’autres termes, la Communication gratuite en vertu de laquelle Marie est Immaculée, est subordonnée au Sacrifice nécessairement agréé.

Or, si la subordination qui existe – nécessairement nous l’avons rappelé – entre (I) et (S), n’est pas identique à celle qui existe entre les Réalités qui fondent divinement et qui spécifient respectivement (I) et (S), il est impossible que ces deux ordinations soient l’une à l’inverse de l’autre. Il est impossible que, l’une étant supposée par exemple être de (I) vers (S), l’autre soit alors du fondement de (S) vers le fondement de (I) ; car une telle opposition serait contradictoire au point de vue de l’être. Donc, le fondement de (I) étant subordonné au fondement de (S), il est impossible que (S) soit subordonné à (I). Donc (I) est subordonné à (S).
(2) (I) est subordonné à (S), car ce qui concerne la créature en elle-même est subordonné à ce qui concerne le rapport que la créature soutient avec Dieu. Ce principe suppose que l’on considère au même point de vue la créature en elle-même d’une part, le rapport de celle-ci à Dieu d’autre part. Et comme ce principe est évident lorsque ce point de vue est celui de l’être, il se trouve par là même universellement fondé. Le principe a donc une portée réelle ; il a même, selon l’« analogie de la foi » (Rom. xii, 6), la portée maximale qui puisse être, lorsque la mise en œuvre en est, si l’on ose dire, spécifiée par l’union entre Marie et Dieu-Trinité. Or, à ce point de vue, le fait, pour Marie d’être originellement Immaculée concerne Marie en Elle-même. La grâce rend il est vrai possible d’« actualiser » la relation théologale, c’est-à-dire la relation du mens à Dieu-Trinité. Il n’en résulte cependant pas, ni pour Marie ni pour quiconque, que la grâce soit d’essence relationnelle. D’une part en effet, la grâce est une qualification entitative du mens en lui-même ; en sorte qu’objectivement et ontologiquement, la grâce ne peut découler de la relation théologale comme d’un principe, puisqu’elle est au contraire au principe de cette relation en tant qu’elle en est le fondement. D’autre part, si la relation théologale dont la grâce est le fondement, a, lorsqu’elle est actuée, d’« être déterminée » conformément à Chacun des Trois distinctement, elle ne laisse pas de l’être uniment « en vertu de » et « en » Toute Trinité ; non pas « en vertu de » ou « en » Tel des Trois d’une manière privilégiée. Or cela manifeste que la grâce est un effet créé commun à Toute Trinité. Et cela montre par conséquent que la grâce est dans la créature. La grâce est une qualification entitative qui appartient à la créature en elle-même ; elle n’est pas une détermination qui serait immanente au rapport que la créature soutient avec Dieu. Or, à ce même point de vue, celui que spécifie l’union entre Marie et Dieu-Trinité, le fait pour Marie d’offrir le Sacrifice nécessairement agréé concerne la relation que soutient Marie, distinctement avec la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné, et ainsi avec Toute Trinité. C’est précisément cela qui a été établi. Si l’unité de l’Acte rédempteur se trouve intégrée en vertu du Rédempteur, et également avec Lui et en Lui en vertu de la co-Rédemptrice, c’est parce que Celle-ci est toute relative à Lui et en Lui ([322] 3.). L’unité de cet Acte n’est possible que parce que celui-ci a d’« être déterminé », exclusivement en vertu de la Personne et dans l’Être du Verbe à la fois Incréé et incarné ([322] 2.). Le fait, pour Marie, de contribuer à intégrer cette unité n’appartient donc à Marie que « médiatement », par refluence et par concomitance. Car cette sorte d’« assomption », en l’unité de l’Acte rédempteur, de l’opération qui est propre à la co-Rédemptrice, n’a de réalité que dans ce qui en constitue le sujet propre, à la fois entitativement et immédiatement, à savoir dans la relation que Marie soutient avec le Verbe à la fois Incréé et incarné en Acte de Son propre Sacrifice. Les « composantes » de l’unité comme telle ont en effet le même statut ontologique que l’unité elle- même ; si elles appartiennent formellement à l’unité, elles appartiennent réellement à ce dont il y a unité. Le fait que Marie contribue à intégrer l’unité de l’Acte rédempteur appartient donc : immédiatement, à cet Acte lui-même, lequel subsiste dans le Rédempteur et en vertu de Lui ; ensuite, à la relation que la co-Rédemptrice en acte soutient avec le Rédempteur en Acte ; enfin, à Marie Elle-même. Si donc on considère Marie Elle-même, distinctement, il faut conclure que le fait, pour Elle, de contribuer à intégrer l’unité de l’Acte rédempteur, ne Lui appartient pas en Elle-même ; mais Lui appartient seulement dans la relation qu’elle soutient avec le Rédempteur en Acte à la fois divinement et humainement de Son propre Sacrifice, et seulement en tant qu’Elle est Elle-même le sujet de cette relation. De ces deux observations, résulte la conclusion. Si on considère (I) et (S), qui constituent les deux « données », au point de vue que spécifie l’union entre Marie et Dieu-Trinité, ce qui, à ce point de vue, concerne immédiatement Marie en Elle-même, savoir l’ordination divine à être Immaculée, est subordonné à ce qui, à ce même point de vue, concerne immédiatement la relation de Marie à Dieu-Trinité, savoir l’ordination divine à offrir le Sacrifice nécessairement agréé. C’est-à-dire que (I) est subordonné à (S). (3) (I) est subordonné à (S) ; car, dans l’ordre de la Rédemption, ce qui concerne la « nature » est subordonné à ce qui concerne la « personne ».
Nous avons établi ce principe, « ex propriis ». Fondé, « ex parte Christi » ([233] 1.), il vaut, en conséquence, « ex parte hominis » ([233] 2.). Il est donc maintenant hautement vraisemblable, par induction, que le principe vaille également en ce qui concerne Marie Elle-même. Cependant, ni l’un ni l’autre des arguments qui concernent respectivement le Christ Rédempteur et l’homme pécheur ([233] 1. 2.) ne s’applique adéquatement à Celle qui est une créature et qui est sans péché. Il convient donc de montrer que, si le principe énoncé en (3) se présente comme étant vraisemblable, c’est parce qu’il est vrai absolument. Or, le principe énoncé en (2) étant vrai absolument, ce qui en découle nécessairement l’est également. D’où l’argument suivant. Le principe énoncé en (3) constitue une application particularisée du principe général énoncé en (2). Il suffit en effet de considérer au point de vue de l’ontologie et dans un même regard de l’esprit les deux rapports qui interviennent, respectivement, dans les deux énoncés (2) et (3), pour découvrir, entre ces rapports, une analogie de proportionnalité qui est immanente à la réalité.

Au point de vue propre de l’ontologie, et plus précisément au point de vue de l’unité dont le mode est convertible avec celui du subsister, le rapport de a à b est analogiquement semblable au rapport de A à B. C’est ce que montrent les deux observations suivantes. Premièrement : a correspond à A, et ne correspond pas à B. D’une part en effet, la nature n’a de réalité que dans la créature dont elle est concrètement la mesure. Et la nature n’a d’unité qui lui soit propre, que dans l’unité du sujet qu’elle détermine et dont elle rend ainsi possible le subsister. Ainsi, a correspond à A. D’autre part, c’est en vertu de la nature que la créature peut être posée dans l’être distinctement du Créateur. Car ce selon quoi le rapport de la créature au Créateur est réalisé positivement, c’est l’être ; ce n’est ni le suppôt ni la nature. Ainsi, a ne correspond pas à B. Deuxièmement, b correspond à B, plutôt qu’à A. Rappelons que nous nous plaçons au point de vue de l’unité, dont le mode est convertible avec celui du subsister. Or, si l’unité de la personne concerne évidemment la créature elle-même et en elle-même, elle ne lui appartient pas en vertu d’elle-même. « Durer dans l’être, c’est-à-dire subsister », est convertible pour le sujet composé avec « avoir et conserver l’unité ». Et comme cela n’est possible qu’en vertu d’une Communication qui procède de Dieu, on voit qu’au point de vue propre de l’ontologie, l’unité de la personne se réfère primordialement au rapport que celle-ci soutient avec le Créateur, et non à la créature en elle-même. Dans l’ordre de la Rédemption, ce qui concerne la « nature » est subordonné à ce qui concerne la « personne ». Ce principe est ainsi établi. Il est d’ailleurs fondé « ex parte Christi » ([233] 1.). La mise en œuvre en est dès lors assurée, en ce qui concerne Marie. L’argument développé en (2) consistait à référer le couple (I)-(S) au couple A-B. Nous référons maintenant le même couple (I)-(S) au couple a-b. C’est la correspondance, comme telle, entre les couples qui constitue l’instrument de preuve. Cela est encore mieux manifesté par un déplacement sémantique dont on ne doit pas être surpris quand on prend comme couple « référend » a-b, au lieu de A-B. (I) Concerne formellement la nature, et non la personne. La grâce doit être référée à la personne et non au rapport que celle-ci soutient avec Dieu : voilà ce que nous disons en (2). Si, maintenant, nous nous plaçons à un autre « point de vue formel », lequel consiste à comparer la personne, non plus avec le rapport que celle-ci soutient avec Dieu mais avec la nature, alors il faut dire que la grâce concerne, dans telle personne, cette partie concrète qu’est la nature, et non la personne comme telle. Cela résulte de ce que la grâce est une « participation à la nature divine » (II Pet. i, 4) qui s’insère et se ramifie, en les exhaussant, dans les différentes puissances dont l’ensemble constitue la nature. Et d’une manière plus précise, en ce qui concerne la Prédestination de Marie, l’ordination à être Immaculée concerne formellement, en cette personne qui est Marie, la nature. Car la nature, étant le sujet propre de la privation qui est consécutive à la perte de la grâce originellement reçue, l’est également de la plénitude qui, pour Marie, prévient cette privation. (S) concerne formellement la « personne », et non la « nature ».

L’ordination à offrir le Sacrifice qui est nécessairement agréé (ordination que nous avons désignée par (S)) concerne, non la personne elle-même, mais le rapport que celle-ci soutient avec Dieu : voilà ce que nous avons dit en (2). Si, maintenant, nous nous plaçons à un autre « point de vue formel », lequel consiste à comparer la personne, non plus avec le rapport que celle-ci soutient avec Dieu, mais avec la nature, alors il faut dire que (S) concerne la personne. Puisqu’en effet (S) concerne immédiatement le rapport que la personne soutient avec Dieu, si (S) est référée au couple personne-nature, (S) concerne formellement celui des deux termes qui concrètement est convertible – c’est-à-dire en mutuelle implication – avec le rapport que la personne soutient avec Dieu. Or, ce terme est évidemment la personne elle-même comme telle, et non la nature qui est seulement une partie de la personne. L’argument s’achève comme en (1). La subordination dont on a établi (1.) qu’elle existe nécessairement, soit de (I) à (S), soit de (S) à (I), ne peut être à l’inverse de celle qui existe entre les termes qui correspondent respectivement à (I) et à (S). Et comme, dans l’ordre de la Rédemption, ce qui concerne la « nature » [c’est-à-dire, en l’occurrence (I)] est subordonné à ce qui concerne la « personne » [c’est-à-dire, en l’occurrence (S)], il est impossible que (S) soit subordonné à (I). Donc (I) est subordonné à (S) 4.
3. L’ordination divine à offrir le Sacrifice qui est nécessairement agréé, enclôt en elle-même que, pour Marie, l’oblation relative à ce Sacrifice est une oblation « rachetée ». Les déterminations qui appartiennent à un principe sont généralement manifestées dans ce qui en procède. Mais ce qui appartient intrinsèquement au principe étant, par rapport à ce qui procède, primitif et absolu comme le principe l’est lui-même, cela donc ne peut être ni conditionné ni modifié par ce qui procède du principe. Et comme, au sein d’« un ordre », tout ce qui est subordonné au principe de cet « ordre » nécessairement en procède, il s’ensuit que ce qui appartient intrinsèquement au principe n’est ni conditionné ni modifié par ce qui est subordonné. Or (I) est subordonné à (S) (2.). Donc (S) n’est ni conditionné ni modifié par (I). Expliciter cette conclusion schématiquement exprimée, c’est simplement voir « comme Dieu voit » l’ordre de la Rédemption tel qu’il est dans la réalité. Selon l’ordination divine, et partant en Sagesse et en Vérité, que Marie participe activement à offrir le Sacrifice qui est nécessairement agréé, cela n’est ni conditionné ni modifié par le fait que Marie soit ordonnée à être Immaculée

4 Il serait plus simple, pensera-t-on, de formuler le même argument d’une manière positive : « Ce qui concerne la nature est subordonné à ce qui concerne la personne. Or (I) se réfère à la nature, et (S) à la personne. Donc (I) est subordonné à (S) ». – Mais, ainsi exprimée, l’inférence est privée de portée réelle parce qu’elle manque de rigueur au point de vue métaphysique. La correspondance exprimée par le mot « concerne » n’est pas assez précise pour permettre de déduire positivement et « ex propriis » la sub-ordination de (I) à (S), de la sub-ordination de la « nature » à la « personne ». La rigueur est l’humble honnêteté de l’esprit dans l’approche du mystère… dont l’obscurité est ainsi pâtie, dans la raison, sous la forme d’une laborieuse « complication ». « Fides quærens intellectum ». Cette quête n’est possible qu’en vertu de l’Amour. Nous nous permettons de le rappeler au lecteur.

L’Oblation, en tant qu’elle procède de Marie, est donc « absolue » comme elle l’est en elle- même en vertu de l’Acte en lequel elle s’accomplit : Acte du Verbe à la fois Incréé et incarné, S’offrant Lui-même, et « assumant » pour le faire l’opération de Marie ([322] 3.). « Absolue », c’est-à-dire subsistante et qualifiée exclusivement en vertu de l’ontologie qui lui est propre, et indépendamment de quoi que ce soit d’étranger à cette ontologie. Ou encore, l’Oblation en tant qu’elle procède de Marie, c’est l’Acte même du Sacrifice en tant que Marie s’en trouve constituée co-Principe au point de vue de l’ontologie. L’Oblation, en tant qu’elle procède de Marie, n’est donc pas qualifiée par ce qui concerne Marie à un autre point de vue que celui de l’ontologie impliquée en fait dans l’Acte du Sacrifice ; elle n’est pas qualifiée, en vertu de ce que Marie est ordonnée à être Immaculée. Dans ces conditions, l’Oblation, en tant qu’elle procède de Marie, est une oblation rachetée. En vue de l’exprimer avec clarté, désignons par deux vocables différents deux aspects réellement différents de la même réalité : « Oblation » = Acte du Sacrifice considéré en son unité. Et comme constituant le terme, « terminus ad quem », de l’opération par laquelle le Christ S’offre Lui- Même ; en intégrant pour le faire, en cette Opération qui est Sienne, celle de sa Mère. « oblation » = Acte du Sacrifice en tant qu’il procède de Marie.
En d’autres termes : « oblation » = opération de Marie en tant qu’elle est, en celle du Christ et subordonnée à elle, le « terminus a quo » de l’Acte du Sacrifice. Nous avons insisté sur l’unité de ces deux opérations ([322] 2.). Nous considérons maintenant celle de Marie distinctement, et nous la désignons par le mot « oblation ».
Ces précisions de vocabulaire permettent d’exposer l’argument fort simplement. L’« Oblation » est agréée, « ratione Personæ » : en vertu de la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné ([233] 1.). L’« oblation », « ratione personæ », n’est pas agréée. C’est-à-dire qu’eu égard à la personne de Marie, considérée comme il se doit présentement exclusivement au point de vue de l’ontologie, l’oblation n’a pas à être agréée. Car Marie appartient à une race qui se propage sous l’emprise du péché, race par laquelle Dieu a été « déserté », et que Dieu par conséquent n’a plus à considérer [Benignissimus Dominus… eos quos « de tenebris transtulit in admirabile lumen suum » (I Pet. ii, 9)… non deserens nisi deseratur (Vatican I Constitutio « Dei Filius ». c. 3 ; Denz. 3014). Nous soulignons : « Dieu ne délaisse que s’Il est délaissé »]. Il faudrait, il est vrai, en rigueur formelle, dire que si l’« oblation » n’est pas agréée, c’est « ratione naturæ » : c’est en raison de la nature selon laquelle la personne [de Marie] est « spécifiée ». Mais si le non-agrément de l’« oblation » tient formellement à la nature, la privation qu’il constitue concerne, comme telle, la personne. Il peut donc être, sans inconvénient et pour simplifier, référé à la personne. L’« oblation » est, « ratione Oblationis », c’est-à-dire dans l’Oblation et en vertu de l’Oblation, objectivement agréée. Car l’oblation ne subsiste, elle n’a comme telle de réalité, que dans l’Acte du Sacrifice, et donc en tant que celui-ci a d’« être terminé » ([322] 3.), c’est-à-dire conformément à notre convention de langage, en tant que l’Acte du Sacrifice est Oblation.

Ne subsistant en réalité que dans l’Oblation, l’oblation se trouve par le fait même objectivement agréée, dans l’Oblation qui l’est nécessairement. L’« oblation » est donc objectivement agréée bien que, « ratione personæ », elle soit non agréée. Donc l’« oblation » est objectivement rachetée ; et c’est « ratione personæ » qu’elle est dite avoir objectivement cette qualité. Est en effet « racheté » ce dont la perte est pâtie comme étant une privation, et qui se trouve recouvré en vertu d’une certaine compensation. Or, eu égard à la personne de Marie, considérée selon (S), et donc au point de vue de l’ontologie, l’« oblation » a de « n’être pas agréée » ; elle se trouve par conséquent en état de privation par rapport à l’exigence de sa propre nature. Et comme, référé à cette privation, le fait que l’« oblation » est agréée objectivement constitue un recouvrement, l’« oblation » doit être dite « rachetée ». Et cela, très précisément, en tant qu’elle est affectée de privation c’est-à-dire en tant qu’elle procède de la personne de Marie, elle-même située selon (S) et partant au point de vue de l’ontologie. La personne de Marie étant ainsi considérée, c’est donc bien « ratione personæ » que l’« oblation » doit être dite « rachetée ». Le rachat de l’« oblation » accomplie par Marie est donc immanent à l’Acte du Sacrifice. Il n’est pas, à proprement parler, un fruit que Marie recevrait du Sacrifice supposé accompli. Il n’est pas non plus par conséquent une condition réalisée en faveur de Marie ou une disposition immanente à Marie, condition ou disposition requise pour que Marie puisse participer activement à l’offrande du Sacrifice.
[333] Marie est rachetée. Et Elle l’est en l’accomplissement même de ce qui, absolument, est l’essentiel, savoir l’ordination à offrir le sacrifice qui est immanente à la créature comme telle. Marie est rachetée d’une manière « plus merveilleuse », parce qu’en vertu de l’Acte même qui la constitue co-Rédemptrice. N’est racheté que celui à qui le mérite du Christ est communiqué. Nous l’avons rappelé ci- dessus ([12]) avec le Concile de Trente. User, comme il se doit, de ce « modus significandi », entraîne d’affirmer que Marie fait partie de l’ensemble des rachetés, « ex praevisis meritis Christi » (Bulle Ineffabilis). Cela, au vrai, signifie simplement ceci ([31]) : d’une part Marie est rachetée ; d’autre part, comme tous les hommes qui sont rachetés, Elle l’est en vertu du Sacrifice offert par le Christ. Il y a également, entre Marie et les autres humains, ceci de commun. La reformation procédant, pour tous, de la personne vers la nature ([332] 2. (3)), un acte personnel est requis de la part de quiconque désire être racheté. Cet acte consiste, pour tous et pour chacun, à se situer librement par rapport à la Norme nouvelle ([21] 2.) gratuitement proposée par Dieu, savoir le Christ S’offrant Lui-Même. Et si, pour tous également, le choix est d’abord refus ou acceptation, l’acceptation elle-même consiste à se situer « positivement » par rapport à l’Acte du Sacrifice, mais de manières qui peuvent être différentes. Comment, à cet égard comme à tout autre, Marie constitue-t-Elle un « ordre à part » ? Cette question prend une forme plus précise, si on tient compte, pour la poser, de l’économie qui est propre au Sacrifice. Les quatre caractères qui appartiennent intrinsèquement au Sacrifice du Christ constituent, nous l’avons vu ([22]), un ensemble ordonné dont le principe est constitué par l’« Anaphore » et la « Satisfaction » ; le « rachat » et le « mérite » montrant d’ailleurs comment la « Satisfaction » et l’« Anaphore » sont « un ». Comment cet ensemble ordonné se présente-t-il, respectivement pour le Rédempteur et pour l’homme pécheur ? Et comment, pour la co-Rédemptrice qui ne laisse pas d’appartenir à la race pécheresse ? C’est ce que nous allons examiner. Nous nous placerons d’abord au point de vue qui est le principal, celui du Rédempteur. Ensuite au point de vue de l’homme pécheur. Nous pourrons alors situer ce qui concerne Marie, enfant d’Ève et Mère de Jésus.

1. La réalisation du Sacrifice rédempteur, telle qu’elle s’« ordonne » pour le Rédempteur. « Le Christ S’offre lui-même » (Heb. ix, 14). C’est-à-dire que le principe et l’objet de l’acte d’oblation s’identifient « in re », en l’entité même de l’acte exercé. Cependant, l’immolation en laquelle cet acte est consommé ne concerne, de l’« Objet », que l’Humanité assumée, non pas évidemment la Divinité. Il s’ensuit que le Sacrifice du Christ porte, immanent à lui-même, un fruit propre pour l’Humanité assumée. L’ordonnancement est alors, schématiquement, le suivant : (R) Anaphore. Oblation-immolation-Satisfaction. Mérite. L’« Anaphore » est l’Acte du Sacrifice, en tant que celui-ci procède du Christ offrant, c’est-à- dire S’offrant Lui-Même. L’« Oblation » est l’Acte du Sacrifice, en tant que celui-ci s’achève dans l’Agrément de Celui à qui il est offert. L’« Oblation » ainsi entendue est à l’« Anaphore » ce que le « terminus ad quem » est au « terminus a quo ». L’« immolation » est l’accomplissement de l’« Oblation » dans l’Humanité assumée ; c’est la séparation de l’âme et du corps qui continuent de subsister, respectivement et distinctement, en la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné. La « Satisfaction » est, comme on l’a expliqué ([211] 3.), le réfléchissement dans la plus haute œuvre appartenant à l’ordre créé, de la Béatitude de l’Égal intime à Toute Trinité. Le « Mérite » c’est le fruit que le Christ recueille nécessairement de Son propre Sacrifice en cette partie de Lui-Même qui est immolée, savoir la nature humaine assumée. « Père, glorifiez- moi auprès de vous, de la gloire que j’avais auprès de vous avant que le monde fût » (Jo. xvii, 5). « Ne fallait-il pas que le Christ souffrît toutes ces choses pour entrer dans sa gloire ? » (Luc. xxiv, 26). De ces deux affirmations, il est habituel de conclure que le Christ en tant qu’Il est homme acquiert, du fait de Son Sacrifice, un titre nouveau à entrer dans Sa gloire. C’est ce titre, ou droit nouveau à la gloire, qui constitue, au sein du Mérite, ce qui en est le principal. C’est-à-dire ce qui, intrinsèquement, y joue le rôle de « principe » : en ce sens – propre – que le « Mérite » est expressément ordonné, par Sagesse et par Miséricorde, à être communiqué. Le « Mérite » est d’abord, nécessairement dans le Christ, et personnellement pour le Christ en tant que le Christ est homme ; mais il est en fait essentiel au « Mérite » d’être communicable, car la gloire du Christ en intègre en fait la communication. Nous désignons donc par le mot Mérite (avec une majuscule) ce Mérite du Christ, à la fois personnel et communicable, bien qu’il ne soit pas en fait universellement communiqué. L’enchaînement (R) est l’expression schématique de l’ordre à la fois génétique et ontologique : c’est de cette façon que s’est accompli l’Acte de la Rédemption. Cet ordre, que nous avons analysé ([21], [22]), nous le considérons donc maintenant comme une donnée. Chaque terme « découle » de ceux qui le précèdent d’une manière à la fois gratuite et nécessaire ; nous laissons de côté cet aspect du mystère. Et comme comparer entre elles plusieurs choses requiert de les considérer au même point de vue, l’ordre que doivent décrire les deux schémas qui concernent les membres du Christ est de même nature que celui qui concerne le Christ. (R) décrivant l’ordre à la fois génétique et ontologique, il va en être de même pour (H) et pour (M).

2. La réalisation du Sacrifice rédempteur, telle qu’elle est ordonnée pour l’homme pécheur. Cet ordonnancement est, « génétiquement et ontologiquement », le suivant : 1. Le Christ, en état de Sacrifice, exerce une communication, en vertu de laquelle se trouve étendue à ceux à qui Il communique, la Satisfaction dont Il est Lui-Même l’Objet. Cette communication est, selon le « modus concipiendi » adopté par le Concile de Trente, celle du « Mérite ». 2. L’homme est alors virtuellement racheté. Il l’est effectivement, s’il accueille au titre de Norme immanente et surnaturelle le Christ en état de Sacrifice : cela exige concrètement qu’il consente à être lui-même en état de sacrifice. 3. L’homme peut alors participer à l’offrande du Sacrifice, à l’Anaphore dont le Christ est à la fois le Prêtre et la Victime. 4. L’homme peut, en vertu de cet acte, avoir part à la communication qui procède du Christ, c’est-à-dire mériter et pour autant racheter.
L’acquiescement libre de l’homme pécheur est lui-même mérité par le Christ. Nous n’avons pas à examiner ici la question de la justification. La Rédemption n’est reçue que dans cet acquiescement, donc dans un acte. Cependant, la Rédemption peut être dite « passive » en tant qu’elle est reçue par l’homme, tandis qu’elle est active en tant qu’elle procède du Christ. On voit que, si la Rédemption s’achève dans l’assimilation au Christ, elle s’inaugure dans une certaine extériorité, celle-là même qu’entraîne le désordre du péché. Le Christ agit d’abord au titre de Cause, par Son Mérite [première colonne du schéma (H)]. Et c’est là, génétiquement et ontologiquement, la condition pour que puissent se réaliser les trois autres phases en lesquelles la Rédemption se consomme en assimilation. Ainsi, l’homme pécheur doit recevoir le Mérite que le Christ communique en vertu de Son Sacrifice, pour pouvoir participer activement à ce même Sacrifice offert par le Christ. En sorte que l’homme pécheur ne peut être converti que la Rédemption une fois accomplie. Il est donc impossible aussi bien génétiquement qu’ontologiquement, que l’homme pécheur soit avec le Christ- Rédempteur « ab initio », à l’origine de la Rédemption. Autrement dit, le Rédempteur comme Tel ne possède pas l’homme pécheur « dès le commencement de Ses voies à Lui ». 3. La réalisation du Sacrifice rédempteur, telle qu’elle se trouve ordonnée en faveur de la « co- Rédemptrice » « merveilleusement Rachetée ». Marie est « toute relative » au Christ, personnellement. Marie appartient par nature, à la race humaine. Il convient donc de situer l’ordonnancement du Sacrifice tel qu’il est pour Marie, en fonction de ce qu’il est d’une part pour le Rédempteur, d’antre part pour l’homme pécheur.
Marie est co-Rédemptrice, page 26
Nous allons préciser l’un et l’autre. Et nous observerons, par mode de conclusion, qu’au point de vue de l’ordonnancement du Sacrifice comme à tout autre, ces deux références de Marie, l’une au Rédempteur l’autre à l’homme pécheur, sont entre elles solidaires : la seconde étant en effet normée par la première. L’ordonnancement du Sacrifice est le même pour Marie comme pour le Christ, parce que la réalisation en est, pour Elle, essentiellement sub-ordonnée à ce qu’elle est pour Lui. Marie, première de cet ordre qui est au sens propre celui du créé [L’Humanité du Christ n’est pas une créature, bien qu’elle soit quelque chose de créé], est toute relative au Verbe en qui toutes choses sont créées. Tel est le principe de rationalité, sur lequel est fondé, nous l’avons rappelé ([322]), la « Corédemption par assimilation ». Ce même principe vaut évidemment pour l’Acte du Sacrifice. En sorte que si on distingue les phases de celui-ci en se référant au Christ, c’est respectivement en chacune d’elles que l’opération de Marie est sub-ordonnée à celle du Christ. Il s’ensuit que l’enchaînement des phases est le même, pour Elle comme pour Lui. Autrement dit, l’ordonnancement du Sacrifice est le même, pour Marie comme pour le Christ. Et si cette identité quant à la structure découle en un sens de ce que Marie est toute relative au Christ, elle induit en retour à découvrir comment le mystère de la co-Rédemptrice merveilleusement rachetée est enté en celui du Christ qui S’immole Lui-Même pour le péché. C’est ce qui résultera du schéma suivant et des explications qui l’accompagnent.
Les flèches doubles indiquent la totale relationalité, laquelle, immanente à Marie (I) et à chacune de ses opérations (II), est pour celles-ci au principe même de subsister. Les flèches simples indiquent l’ordre génétique soit procédant de Marie vers l’Acte du Sacrifice (1) ; soit refluant par immanence dans le Christ (3), et en Marie (2, 4) dont l’opération propre subsiste en vertu de cet Acte et dans cet Acte. La première ligne du schéma (M), lequel, concerne Marie, reproduit le schéma (R) qui concerne le Christ. Les termes s’y suivent selon l’ordre génétique, tel que le Christ Lui-même l’a réalisé ; et c’est dans cet ordre que la réalisation propre à Marie se trouve entée. L’« oblation », qui est l’Acte du Sacrifice en tant qu’il procède de Marie ([332] 3.), subsiste dans l’Anaphore et concourt à en intégrer l’unité ; car celle-ci a d’« être terminée », dans l’Être et en vertu de la Personne du Verbe à la fois Incréé et incarné ([322] 3.). Et ainsi Marie est constituée co-Rédemptrice, en vertu même du Rédempteur, Lui-Même exerçant l’Acte de la Rédemption ([32]). Il s’ensuit que l’« oblation » est toute reposante (flèche 1) dans l’Oblation-immolation en laquelle se consomme l’Anaphore, et qu’elle se trouve par conséquent englobée dans la Satisfaction c’est-à-dire agréée. Marie offre donc, d’une manière qui lui est propre à Elle, un Sacrifice qui objectivement est agréé, bien que cette « oblation » soit, eu égard à la condition humaine de Marie, une oblation « rachetée » ([332] 3.). Et comme, en général, la Rédemption se réalise primordialement pour l’homme dans l’ordination de celui-ci à Dieu par le Sacrifice ([21], [233]), Marie est Elle-même rachetée en vertu de l’acte de l’« oblation », et dans cet acte même. C’est ce que signifie la flèche 2. L’agrément du Sacrifice, qui consiste formellement en ce que l’Oblation-immolation débouche dans la Satisfaction, reflue en Marie qui, par l’« oblation », est intégrée au principe de ce même Sacrifice. Enfin, le fait que Marie en acte d’« oblation » est, conjointement au Christ S’offrant Lui- Même et en Lui, objet de la Satisfaction divine, entraîne pour Elle le même fruit que pour Lui. Référée au Christ en Acte d’immolation, la Satisfaction fonde divinement, pour et dans le Christ, le Mérite à la fois personnel et communicable (flèche 3). Le Christ acquiert un nouveau titre à « entrer dans Sa gloire » ; et Il acquiert le droit de faire dériver pour ainsi dire, en « tout homme de bonne volonté », la Satisfaction dont Il est Lui-Même l’Objet. Pareillement, référée à Marie en acte d’« oblation s (flèche 4), la Satisfaction fonde divinement pour et en Marie le fait de mériter. Et parce que l’« oblation est toute relative et sub-ordonnée à l’Anaphore, en laquelle elle subsiste, le mérite de Marie est également tout relatif et sub-ordonné au Mérite du Christ, en lequel il subsiste. Il s’ensuit que le mérite de Marie consiste avant tout, radicalement et intégralement, à « recevoir » le Mérite du Christ. Mais on ne le comprend aisément et avec exactitude qu’en se plaçant au point de vue de Dieu. Le mérite consistant en ce que la créature est, en vertu de tel acte qu’elle pose, objet de la Satisfaction divine, et l’« oblation » de Marie ne subsistant que dans l’Anaphore du Christ, la Satisfaction en tant qu’elle concerne Marie ne peut qu’être en quelque sorte « englobée » en cette même Satisfaction en tant qu’elle concerne le Christ. Autrement dit, l’Objet de la Satisfaction, c’est le Christ en acte de l’Anaphore ; et uniment, en Lui au point de vue propre de l’acte, c’est Marie en acte de l’« oblation ». La fruition de la Satisfaction, c’est-à-dire le mérite, ne peut donc appartenir à Marie qu’en appartenant primordialement au Christ. En ce sens, Marie n’a de mérite que dans le Mérite du Christ ; et on peut l’exprimer en disant que le mérite de Marie consiste avant tout, et quelles que soient les modalités qu’il puisse revêtir, à recevoir le Mérite du Christ. Mais ce « modus significandi » ne doit pas induire à penser que Marie ne mérite qu’en « recevant » passivement. Si Marie ne mérite que dans le Christ, c’est bien cependant en vertu de l’acte qui la constitue co-Rédemptrice, par totale relationalité au Rédempteur Lui-Même en Acte. Le mérite étant, pour Marie, enté en ce qu’il est pour le Christ, il revêt pour Elle les deux mêmes modalités que pour Lui. Marie mérite pour Elle-même, comme le Christ mérite pour Lui-Même. Et comme le Christ ne mérite pas ce qu’il possède par nature, mais mérite seulement un nouveau titre à le posséder, ainsi Marie ne mérite-t-Elle pas ce qui Lui est gratuitement départi, mais seulement de le mettre dignement en œuvre, conformément au Décret de Sa propre Prédestination. À ce premier point de vue le mérite est évidemment incommunicable puisqu’il concerne formellement la personne qui mérite. Marie, également, mérite pour tous, en méritant dans le Christ qui mérite pour tous. Il faut, pour le comprendre, se reporter derechef à la définition théologale du mérite. Le Mérite du Christ est communicable, en ce sens que le Christ a acquis le droit de faire dériver en « tout homme de bonne volonté » la Satisfaction dont Il est Lui-Même l’Objet. Or, Marie est, si l’on peut dire, la première bénéficiaire de cette dérivation de la Satisfaction, dérivation en laquelle consiste la communication du Mérite. Il s’ensuit que Marie est englobée dans la Satisfaction en tant que celle-ci est rendue objectivement diffusive par le Christ qui en est primordialement l’Objet. Et comme Marie est, en l’acte de l’« oblation s, toute relative au Christ Lui-Même en Acte de l’Anaphore, c’est de et dans l’Acte même du Christ que Marie « reçoit » la Satisfaction. C’est donc de la Satisfaction telle qu’elle est en vertu de l’Acte du Christ, c’est-à-dire en acte de diffusion, que Marie a la fruition. Et comme avoir la fruition de ce qui est acte requiert d’être en acte, Marie ne jouit de la Satisfaction en acte de diffusion qu’en exerçant Elle-même l’acte de diffusion dont Elle est en quelque sorte investie. Cela signifie, en terme de « mérite », que si Marie ne mérite, en recevant la Satisfaction qui est en acte de diffusion, que dans le Christ, Marie, par le fait même, mérite pour tous comme le Christ, à savoir en exerçant Elle-même cet acte de diffusion dont l’Acte du Christ est, immanent à Elle, le principe d’actuation. On peut user de la distinction classique le Christ mérite « de condigno », Marie mérite « de congruo ». Cependant on n’exprime ainsi, en se plaçant d’ailleurs à un point de vue juridique, que l’aspect « subjectif » de la Communication qu’implique la Rédemption. C’est-à-dire qu’eu égard aux « sujets » qui exercent cette Communication, cet exercice est « de condigno » pour le Christ et « de congruo » pour Marie ; cela signifie, en réalité et du point de vue de l’être, que, Marie étant « toute relative » au Christ, l’oblation qui procède de Marie ne subsiste qu’en intégrant objectivement, avec et dans l’Anaphore, l’unité du même Acte. Mais, pour important qu’il soit, cet aspect « subjectif » ne doit pas voiler l’aspect « objectif » qui l’est plus encore. S’il y a, pour la Communication de la Satisfaction, deux principes qui personnellement sont distincts et qui soutiennent entre eux en acte une unité d’ordre, la Communication elle-même est une ; elle est la Satisfaction en acte de diffusion. En sorte qu’il n’y a pas, et qu’il ne peut y avoir, dans le fruit de cette Communication, une part qui reviendrait au Christ, une autre à Marie ; ce fruit est au contraire intégralement du Christ et intégralement de Marie, bien que le produire en soit, à partir de Marie, sub-ordonné à ce qu’il est à partir du Christ. On comprend ainsi comment Marie est co-Rédemptrice eu égard à l’accomplissement de la Rédemption dans l’universalité des rachetés, parce qu’Elle l’Est et comme Elle l’est au principe de l’Acte rédempteur. Et comme l’« oblation » ne subsiste que dans l’Anaphore et ne peut donc lui être ontologiquement ni antécédente ni conséquente, ainsi la Communication de la Satisfaction n’est pas d’abord « reçue » par Marie et ensuite exercée par Marie, parce que la Satisfaction en acte de diffusion étant immanente à Marie, elle est, en vertu de l’unité de cet acte, à la fois « reçue » par Marie et communiquée par Marie. Se trouve ainsi confirmé a posteriori ce qui va de soi a priori. C’est la totale relationalité de Celle qui est la première de l’ordre créé au Verbe en qui toutes choses sont créées, qui fonde, entre Lui et Elle, l’unité de la Rédemption : dès l’origine, tout au cours de l’accomplissement, dans l’achèvement. L’ordonnancement du Sacrifice rédempteur, tel qu’il se réalise pour Marie, ne laisse pas d’assumer, mais seulement quant à certaines parties, l’ordonnancement que présente le même Sacrifice pour l’homme pécheur. Et, s’il en est ainsi, si l’ordonnancement du Sacrifice rédempteur présente, pour Marie et pour les autres humains, des caractères communs, cela tient à ce que les normes métaphysiques de l’agir s’appliquent dans l’ordre surnaturel comme dans l’ordre naturel. Pas de « réception » sans « actuation ». C’est-à-dire qu’un sujet ne peut recevoir et assimiler quoi que ce soit, qu’en s’actuant. Le Mérite du Christ n’est, comme le dit le Concile de Trente, « communiqué » que dans un acquiescement qui est, pour l’homme, expressif de la liberté. Or, un tel acquiescement existe bien et éminemment, pour Marie. Il est en effet impliqué dans l’« oblation » cela, au point de vue du Décret de la Prédestination. Et, quant au déroulement manifesté dans la temporalité, l’acquiescement de Marie est constitué par le Fiat de l’Annonciation. Marie, à cet égard, « reçoit » donc comme le font tous les humains. Pas d’« actuation » sans « réception ». C’est-à-dire que si un sujet s’actue, il « reçoit » par le fait même, comme fruit, l’achèvement qui est immanent à cette actuation. Ayant « reçu » le Mérite du Christ à la faveur d’un acquiescement libre, l’homme peut participer activement à l’offrande du Sacrifice que le Christ fait de Lui-Même ; et, ainsi, l’homme mérite, pour lui-même nécessairement, pour les autres gratuitement. Pareillement, Marie mérite pour Elle-même et pour les autres, en participant activement, par l’« oblation », à l’Oblation que le Christ accomplit de Lui-Même. Marie est donc, derechef, un membre de l’humanité semblable à tous les autres. Il est donc vrai que la Corédemption est exercée par tous les membres du Christ. Mais il est fallacieux d’ajouter, comme le fait un mariologue cependant réputé, que cette Corédemption au sens large est la seule à exister et qu’elle ne diffère, en faveur de Marie, que par le degré. La différence concerne l’ordre de la réalisation, et par conséquent la nature même de la réalité. C’est ce que nous allons maintenant préciser. L’ordonnancement du Sacrifice rédempteur est autre pour Marie et autre pour l’homme pécheur, en raison de la relation d’ordre personnel que Marie et Elle seule soutient avec le Rédempteur. Que cet ordonnancement diffère, pour Marie et pour les autres humains, cela est clairement manifesté par la comparaison des deux schémas (M) et (H), et plus précisément par celle des situations qu’occupe, respectivement en chacun d’eux, le schéma (R). L’ordonnancement (R), qui concerne le Rédempteur Lui-Même, est en effet la trame sur laquelle est ontologiquement enté ce qui concerne Marie tandis qu’il s’intercale entre le commencement et l’achèvement de la Rédemption tels qu’ils se réalisent pour l’homme. Ou bien, ce qui revient au même au point de vue de l’ordre à la fois génétique et ontologique décrit dans les schémas, (H) présente des phases qui, génétiquement, sont soit antécédentes soit conséquentes à celles de (R) tandis que les phases de (M) sont identiquement celles de (R). Ou enfin, si on considère l’Acte de la Rédemption tel qu’il est accompli par le Christ comme constituant « un ordre », cet « ordre » est le même, quant à la structure et quant à la « Terminatio » ([322] 3.), si on considère ce même Acte en tant qu’il est également accompli par Marie. Tandis que la participation de l’homme pécheur à l’Acte rédempteur constitue un autre « ordre » ; « ordre » au sein duquel cet Acte compose avec un acte humain qui peut en contrarier l’effet, et qui par conséquent s’en distingue réellement quant à la « terminatio », et pas seulement quant au sujet. Cette troisième manière d’exprimer la différenciation dont il est question, manifeste, nous l’allons voir, quelle en est la cause. L’ordonnancement du Sacrifice est différent pour Marie de ce qu’il est pour tout autre humain, parce que Marie et Elle seule Se trouve intégrée dans l’« ordre » que constitue l’Acte de ce Sacrifice, immédiatement en fonction du Rédempteur qui est le Principe de cet Acte et de cet « ordre ». Il suffit, pour le comprendre, de se référer à la métaphysique de l’ordre. « Un ordre » se présente comme étant un et simple ou bien comme étant multiple et complexe, selon que l’élément à partir duquel on le considère en est ou n’en est pas le principe. C’est qu’en effet l’unité d’« un ordre » n’est réalisée, et ne peut donc être saisie, qu’en vertu du principe de cet « ordre ».

Il s’ensuit que ce qui s’insère dans « un ordre » à partir du principe s’insère par le fait même en tous les éléments qui composent cet « ordre », et épouse les connexions que ceux-ci soutiennent entre eux. Ce qui, au contraire, s’insère dans « un ordre » à partir d’un élément qui n’en est pas le principe, ne s’insère donc dans le principe lui-même que médiatement, et dans les autres éléments qu’indirectement ; en sorte que la réalité ainsi insérée présente une ordination propre, différente de celle qui existe entre les éléments de l’« ordre ». Génétiquement, ce qui joue le rôle de principe pour l’Acte de la Rédemption, c’est l’Anaphore. Or, Marie, et Elle seule, s’insère dans cet « ordre », par l’« oblation » : c’est-à-dire dès le principe et en fonction du principe. En conséquence, l’opération par laquelle Marie participe à l’Acte de la Rédemption a la même ordination que l’Acte lui-même, et se trouve intégrée en l’unité même de cet Acte. Tandis que l’homme pécheur ne s’insère dans l’« ordre » que constitue l’Acte rédempteur qu’en raison et en fonction du Mérite, lequel n’est pas le principe de l’« ordre ». Il s’ensuit que l’opération par laquelle l’homme participe à la Rédemption présente une ordination qui est plus complexe que celle de l’Acte rédempteur lui-même. Racheté, par la communication du Mérite, quant à la viciosité de la nature, l’homme pécheur n’est plénièrement racheté, conformément à l’attente de la créature (Rom. viii, 19) ([233]), qu’en offrant personnellement le Sacrifice. Le premier est le seuil du second, mais s’en distingue puisqu’il inclut l’acte de la conversion. On peut dire, par comparaison, que la participation à l’Acte rédempteur est pour Marie, simple et plénière parce qu’elle se réalise dans et dès le principe même de cet Acte. Tandis que cette participation est complexe et progressive pour l’homme pécheur, parce qu’elle se réalise à partir d’un aspect dérivé du même Acte. Ou, si l’on s’exprime au point de vue de Dieu, on attribuera au « Rédempteur » ce que l’Écriture affirme du « Seigneur » : « Il m’a possédée au commencement de ses voies » (Prov. viii, 22). Le Rédempteur communique le Mérite de Sa Passion à tous les hommes « de bonne volonté ». Mais le Rédempteur, en tant qu’Il est Rédempteur, ne possède dès l’origine et dans le principe même de l’Acte Rédempteur, c’est-à-dire « dès le commencement de Ses voies à Lui », que la Vierge Marie : Elle Seule, et non pas, de cette même façon, l’homme pécheur. Ainsi, Marie est-Elle « mirabiliori modo Redempta », non seulement par le degré ou par la précession quant à la « réception » des fruits dont l’Acte rédempteur est le principe, mais également et primordialement en vertu de la relation qu’Elle seule soutient dans l’ordre personnel avec le Rédempteur, et qui fonde pour Marie de participer activement à l’Acte de la Rédemption. Cette relation est expressément de personne à Personne, si intime à Marie qu’elle est en Elle totale relationalité, et si reposante en Dieu que Lui Seul opère et connaît dans Son Verbe comment Marie est par Lui « possédée ». Telle paraît être, divinement exprimée, l’unité du Décret qui lie Jésus et Marie dans la même Prédestination. Qu’il s’agisse de la Création, de l’Incarnation, ou de la Rédemption, le principe est le même : « Dominus possedit me in initio viarum suarum ». Au commencement de Ses voies à Lui : voilà, pour ainsi dire, « toute Marie ». Possédée par le Verbe Incréé, au commencement de Ses voies à Lui, Marie est la première de l’ordre créé. Possédée par le Verbe incarné, au commencement de Ses voies à Lui, Marie est la « toujours Vierge », l’absolument Immaculée. Possédée par le Rédempteur immolé, au commencement de Ses voies à Lui, Marie est la co-Rédemptrice merveilleusement rachetée. L’ordre de Marie est un ordre à part, bien que Marie ne soit pas à part de l’humanité. Et c’est pourquoi l’homme ne peut être fixé dans l’ordre de Dieu qu’en se laissant insérer, comme dans un vivant cheminement de transcendance, dans l’ordre de la Mère de Dieu.

M. L. Guérard des Lauriers o. p.

images/icones/marie.gif  ( 749644 )Marie par Quaerere Deum (2014-04-30 15:18:27) 
[en réponse à 749642]

nous conduit au Christ, elle nous conduit à l'unique Rédempteur, et c'est Lui qu'il faut regarder.

C'est donc sans intérêt que de vouloir à tout prix faire de Marie corédemptrice. Je ne comprends pas cette lubie.
images/icones/fleche3.gif  ( 749648 )Je suis d'accord par Pétrarque (2014-04-30 16:16:26) 
[en réponse à 749644]

Après avoir longtemps pensé qu'il convenait de dogmatiser la corédemption, j'ai changé d'avis. Tout en conservant une grande dévotion à Marie, je ne pense pas qu'une telle proclamation soit opportune.
images/icones/1a.gif  ( 749650 )vous avez raison par jejomau (2014-04-30 16:51:33) 
[en réponse à 749644]

mais c'est justement pour cela que Marie est "corédemptrice".

J'ai connu un moine qui, il y a de nombreuses années, m'avait donné l'image suivante.

Il partait de l'image bien connue du Corps Mystique dont la tête est les Christ et dont nous, nous sommes les membres. De la tête part toutes les Grâces nécessaires dont nous avons besoin et c'est donc bien le Christ le seul Rédempteur. Mais toutes ces Grâces passent par le canal du cou avant d'êtres diffusées dans tout le Corps. Et inversement tout remonte à la tête en passant ... d'abord par le cou. Le cou, c'est la Vierge Marie. Tout passe par Elle ... pour aller au Christ et vice-versa. Le cou est Unique. Sa fonction est unique et irremplaçable. Enfin, il est hiérarchiquement placé avant la tête. Ainsi, le Christ est bien le seul et unique Rédempteur mais la Vierge Marie est bien co-rédemptrice puisque tout passe par Elle ...

Qu'en pensez-vous ?
images/icones/fleche3.gif  ( 749658 )Confusion par Quaerere Deum (2014-04-30 20:44:45) 
[en réponse à 749650]

Pardonnez-moi, mais votre message témoigne de la confusion qui règne autour de ce terme de rédemption, ce qui démontre qu'il est sage d'enterrer celui de « corédemption ».

En théologie, on distingue la rédemption objective, celle obtenue par le Christ, seul et unique Rédempteur, de la rédemption subjective, qui est l'accueil par la Foi de cette rédemption obtenue pour nous par le Christ. C'est là qu'intervient Marie (et tous les saints dans une moindre mesure). Marie est une «auxiliatrice», ce terme me semble le plus approprié et est déjà utilisé par le Magistère.

Mais encore une fois, je ne vois pas l'intérêt de s'appesantir sur la façon de définir Marie, parce que c'est le Christ qu'elle nous montre et c'est donc lui qu'il faut regarder.
images/icones/1a.gif  ( 749660 )D'accord par jejomau (2014-04-30 21:46:07) 
[en réponse à 749658]

avec vous. De toutes façons je serai bien incapable de faire de la théologie en ce domaine. Néanmoins ce que vous soulignez est bel et bien pris en compte par le Dominicain Guérard des Lauriers posté ci-dessus. Il dit, comme vous :

[13] La question de la Corédemption a été posée en termes de « mérite ». De là résulte qu’elle demeure hypothéquée d’univocité.
Marie, en effet, ne peut simultanément recevoir [le mérite] et communiquer [le mérite]. D’où, concernant le Décret de prédestination de Marie, l’alternative, dont les deux membres s’excluent mutuellement. Ou bien Marie reçoit [le mérite du Christ] ; et Elle est rachetée « en prévision des mérites du Christ ». Mais il est alors exclu qu’Elle puisse participer à la Rédemption objective ; laquelle, nous venons de l’observer, est nécessairement active. Ou bien Marie communique activement [le mérite du Christ] ; et Elle est co-Rédemptrice. Comment, dès lors, Marie peut- Elle être rachetée ? « A la manière dont les Anges fidèles ont bénéficié des mérites du Christ » telle est du moins l’hypothèse émise par certains auteurs appartenant à l’École franciscaine. Ainsi, concevoir la Rédemption en termes de mérite entraîne que la Rédemption objective nécessairement active d’une part, et la Rédemption passive d’autre part, s’opposent comme deux contraires ; il semble dès lors impossible que Marie soit à la fois co-Rédemptrice et rachetée. Cela rend compte des deux thèses en présence. Soit affirmer, avec Pie IX, que Marie est rachetée « mirabiliori modo » ; et entendre que Marie est co-Rédemptrice comme l’est tout autre racheté, c'est-à-dire après avoir été rachetée. Soit affirmer que Marie est co-Rédemptrice objectivement et activement ; et exténuer « angéliquement » en sa faveur la Rédemption passive.


Cependant, il continue de la sorte :

Il importe donc de résoudre une alternative dont il faut choisir l’un ou l’autre membre, alors que ni l’un ni l’autre n’exprime adéquatement la vérité. Et comme cette viciosité tient à la manière même de poser la question, il convient de rappeler quel est le véritable principe de la Rédemption. Ce principe, c’est le Sacrifice du Christ ; le « mérite » n’en est que l’instrument de communication. Nous allons donc préciser quelles sont les modalités et quelle est la finalité du Sacrifice offert par le Christ Rédempteur ([2]).


.... Et ce faisant, une fois la démonstration faite par lui dans le développement qui s'ensuite dans les chapîtres suivants, il montre, contrairement à votre conclusion que :

Nous pourrons alors expliquer comment Marie, offrant le Christ qui Se sacrifie, est prédestinée à être co-Rédemptrice, et par le fait même « merveilleusement rachetée » ([3]).




images/icones/marie.gif  ( 749652 )Co-rédemption par Lycobates (2014-04-30 17:32:45) 
[en réponse à 749633]

Je n'ai jamais étudié des questions de ce type (les définitions dogmatiques mariales ou autres n'étant pas du tout à l'ordre du jour, car pour en faire il faudrait avoir un pape ou un concile oecuménique uni au pape, et un futur pape aurait d'abord beaucoup d'autres chats à fouetter), mais ne croyez-vous pas que le titre de "médiatrice de toute grâce" viendrait en ordre logique (et théologique) avant celui de "corédemptrice" ? Or même s'il est théologiquement certain, ce premier titre non plus n'a fait l'objet d'une définition.
Il existe depuis un siècle une messe pro aliquibus locis en honneur de ND Médiatrice est cette dévotion est assez bien ancrée. C'est un bon indice pour sa "définibilité". Mais elle devrait précéder toute décision sur la corédemption de Notre-Dame.
Serva ordinem et ordo te servabit.

Je n'ai pas ici le livre de la BAC (troisième tome de la Sacrae Theologiae summa) devant moi (et je ne me souviens pas des détails), mais le jésuite espagnol José Antonio de Aldama donne quelques arguments intéressants en faveur d'une définition de la corédemption.
Ce jésuite spécialiste en mariologie eut par ailleurs une destinée remarquable, puisque non seulement ses deux frères devinrent jésuites eux-aussi (ce qui ne fut pas tellement rare), mais aussi son père, à l'âge de 62 ans, le devint. Ce qui rendit possible cette photo touchante de fin 1929 ou début 1930, montrant quatre jésuites, un père bénissant, assisté de ses trois fils du sang.

images/icones/fsspx.gif  ( 749659 )Honorer notre Mère par Abbé Néri (2014-04-30 21:32:20) 
[en réponse à 749652]

Au cour de l'histoire la piété des fidèles envers la très sainte Vierge Marie a souvent devancée les définitions dogmatiques de ses privilèges, on l'a vu principalement à propos de son Immaculée Conception. Pie XII au moment de la proclamation du dogme de l'Assomption parlait de la consolation qu'il trouvait dans le fait de voir l'essor de la piété envers la Mère de Dieu.

« Il arrive de la sorte que, tandis que la Très Sainte Vierge remplit amoureusement ses fonctions de mère en faveur des âmes rachetées par le sang du Christ, les esprits et les cœurs des fils sont incités à contempler avec plus de soin ses privilèges. »(1)

Dans cet esprit de piété on peut en toute liberté œuvrer pour honorer notre Mère céleste du titre de corédemptrice.

(1) Pie XII – Constitution Apostolique "MUNIFICENTISSIMUS DEUS" 1er novembre 1950
images/icones/marie.gif  ( 749661 )Cause efficiente principale de la grâce ou cause instrumentale ? par Jean-Paul PARFU (2014-04-30 21:58:11) 
[en réponse à 749659]

Aucune créature, même la plus haute, ne peut être cause efficiente principale de la grâce, la grâce étant surnaturelle !

Il existe deux hiérarchies : la hiérarchie naturelle dans l'ordre de la nature et la hiérarchie surnaturelle dans l'ordre de la grâce.

Dans l'ordre naturel, la créature la plus élevée est l'ange le plus élevé.

Dans l'ordre surnaturel, donc dans l'ordre de la grâce, la créature la plus élevée est la Très Sainte Vierge, reine des anges et du Ciel.

C'est à ce titre que la Très Sainte Vierge, Mère de Dieu et Immaculée-Conception, "pleine de grâce", est la cause instrumentale la plus haute de la grâce.

A ce titre, elle peut être dite "médiatrice de toutes grâces" et associée de manière unique au Seul Rédempteur, son fils, Le Christ Jésus !

C'est la raison pour laquelle nous devons prier les Coeurs de Jésus et Marie !
images/icones/bible.gif  ( 749662 )Nous sommes tous corédempteurs par Jean Ferrand (2014-04-30 22:01:11) 
[en réponse à 749659]

Nous sommes tous corédempteurs à la suite de saint Paul qui écrivait : "Maintenant je trouve la joie dans les souffrances que je supporte pour vous ; ce qui reste à souffrir des épreuves du Christ dans ma propre chair, je l'accomplis pour son corps qui est l’Église." (Col 1, 24). Nous collaborons à la rédemption du monde par nos souffrances et nos sacrifices. A combien plus forte raison Marie, la mère du Rédempteur. Elle est corédemptrice à un titre spéciale, et même unique.
images/icones/fleche3.gif  ( 749666 )Dans ce sens, oui par Quaerere Deum (2014-04-30 22:57:03) 
[en réponse à 749662]

mais le terme prête à confusion, comme je l'ai dit.
images/icones/fleche3.gif  ( 749673 )Les apparitions d'Amsterdam par Jean Ferrand (2014-05-01 08:12:33) 
[en réponse à 749666]

Les apparitions d'Amsterdam ont été reconnues comme surnaturelles par l'évêque du lieu, en 2002. Par conséquent il est permis, à titre privé, au catholique moyen de suivre les suggestions très claires de Marie de désirer voir proclamés les dogmes de Marie corédemptrice, médiatrice et avocate.

Bien sûr, à mon avis, ce ne pourra se faire que dans un avenir encore lointain.
images/icones/hein.gif  ( 749667 )Déjà que... par Steve (2014-04-30 23:02:19) 
[en réponse à 749659]

Monsieur l'abbé, bonsoir.

Vous évoquez la notion d'Immaculée Conception.
Et vous n'ignorez pas que pour une grande majorité de nos contemporains, cela signifie que Marie aurait donné naissance à Jésus par la grâce du Saint-Esprit. (Quod non.)

Dans le contexte où nous sommes, celui d'un transmission de la Foi profondément déficiente, ne serait-il pas prudent de ne pas "en rajouter" dans la complexité de notre message ?
Commençons par reconstituer une catéchèse efficace sur ce qui a été défini.
Qui plus est. Il n'est pas évident que l'unanimité des (soi-disant) Catholiques souhaite la renaissance d'un catéchisme clair et connu.

Ainsi, la discussion en cours fait-elle penser aux chicanes des Byzantins durant le dernier siège de Constantinople.

images/icones/marie.gif  ( 749670 )ce que l’on dit de l’Église peut être dit aussi de la Vierge et ce que l’on dit de la Vierge par Chicoutimi (2014-05-01 03:34:35) 
[en réponse à 749633]

Il y a du pour et du contre dans l'emploi du terme de "co-rédemptrice". Voici quelques pistes pour la réflexion :

1- Pour savoir si l'on peut dire de Marie qu'elle est co-rédemptrice, il nous faut voir si l'on peut dire cela de l'Église. En effet, il y a un adage dans la Tradition (je crois qu'il est de saint Bernard) qui veut que : "ce que l’on dit de l’Église peut être dit aussi de la Vierge et ce que l’on dit de la Vierge peut être dit aussi de l’Église" (adage cité par le Pape François lors d'une Audience)

Or, si le Christ est le seul Rédempteur, il appert que l'Église est en quelque sorte co-rédemptrice puisque "Hors de l'Église, point de salut".

2- Le Pape saint Pie X, sans employer le terme de "co-rédemptrice", va en ce sens en employant l'image du "cou" (la Vierge marie) et celle de la tête (le Christ) dans l'encyclique Ad Diem Illum

Le Père Garrigou-Lagrange le confirme dans "Les trois âges de la vie intérieure" lorsqu'il dit : "Marie, qui a mérité le titre de Co-rédemptrice et celui de Médiatrice universelle, est le modèle des âmes réparatrices par ses souffrances au pied de la croix. Par elles, elle nous a mérité de congruo, ou d'un mérite de convenance, fondé sur la charité, tout ce que le Verbe fait chair nous a mérité en stricte justice. S. S. Pie X (Encycl. Ad diem ilium, 2 févr. 1904) a approuvé cet enseignement commun des théologiens. Et Benoît XV a ratifié le titre de corédemptrice en disant que « Marie, en union avec le Christ, a racheté le genre humain, ut dici merilo (mea! ipsanz cum Christo hurnanum genus rede­misse » (Lettre du 22 mars 1918, Acta Apost. Sed. X, 182). C'est ainsi que Marie est devenue la Mère spirituelle de tous les hommes."

3- Il est vrai cependant que certains fidèles s'en remettent à une révélation privée (les apparitions d'Amsterdam) où la Vierge Marie aurait demandé la proclamation du 5e dogme marial : "Marie, Co-rédemptrice, Médiatrice et Avocate".

Notons, au passage, que les qualificatifs de "Médiatrice" et "Avocate" font déjà partie de la doctrine de l'Église. En effet, le Concile Vatican II, dans la Constitution "Lumen Gentium", au chapitre 8, déclare : "C’est pourquoi la bienheureuse Vierge est invoquée dans l’Église sous les titres d’avocate, auxiliatrice, secourable, médiatrice". Le terme de "co-rédemptrice n'est pas mentionné, mais le Concile ajoute, à propos de la Vierge Marie : "elle apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère."

Il faudrait donc voir en quoi le qualificatif de "co-rédemptrice" nous aide à mieux comprendre le mystère de l'Église avant de l'employer. Car, si la piété mariale authentique nous conduit au Christ, la doctrine mariologique véritable a pour but de nous faire mieux comprendre le mystère de l'Église (d'où la très bonne idée des Pères conciliaires d'intégrer la doctrine sur Marie à l'intérieur de la constitution sur l'Église).

4- Il semble que la proclamation d'un 5e dogme marial aurait déjà été demandé à Benoît XVI par des cardinaux, dont le Cardinal Télesphore Toppo, en 2006, après un symposium sur cette question

Il semble qu'une conférence, à Rome, à laquelle ont participé plusieurs évêques (et même un évêque anglican), aurait préparé le terrain à cette demande

5- Par contre, une réticence envers le nouveau dogme semble provenir de la difficulté que cela amènerait dans le dialogue œcuménique. Il faut dire que, quelques années auparavant, en juin 1997, L’Osservatore Romano avait publié la déclaration de la Commission théologique du Congrès mariologique international de Czestochowa à propos de demandes adressées au Saint-Siège en faveur de nouvelles définitions dogmatiques en mariologie (la définition des titres marials de «Médiatrice», «Co-rédemptrice» et «Avocate»). Or, cette déclaration a été accompagnée d’une note explicative de l’Académie pontificale mariale internationale. Nous proposons les deux documents dans leur intégralité.

Voici un résumé :

"Puisque les titres marials de «Médiatrice», «Co-rédemptrice» et «Avocate» peuvent être compris de manières très différentes, leur définition dogmatique semble inopportune. De toute façon, une telle définition s’écarterait des orientations du texte mariologique de Vatican II. En effet, les Pères du Concile, après mûre réflexion, ont décidé de ne pas procéder à de nouvelles définitions dogmatiques en mariologie. Cela ne veut pas dire que le Concile ait définitivement bloqué tout progrès de la doctrine concernant Marie : il s’agit simplement de souligner le poids d’une décision très récente prise lors d’un Concile oecuménique sur une question qui est grave, théologiquement parlant, et qui continue d’être discutée. Dans ce contexte, il faut approfondir les questions liées aux titres concernés." (Textes italiens dans l’Osservatore Romano du 4 juin 1997. Traduction de la DC. Voir DC 1997, n° 2164, p. 693-696. Titre de Questions actuelles.)

images/icones/neutre.gif  ( 749671 )Les réticences du cardinal Billot par Denis SUREAU (2014-05-01 07:23:05) 
[en réponse à 749633]

Le cardinal Billot trouvait équivoque le terme de "co-rédemprise".

Extrait de Prophéties de l'histoire (Editions de L'Homme Nouveau) :

"La limite qu’on ne peut franchir se détermine (sans parler ici des autres) par une raison fort simple que la foi catholique nous impose, savons : que la Vierge elle-même avait besoin de rédemption ; qu’elle était, elle aussi, au nombre de ceux que le péché d’Adam avait perdus, et que tout ce qu’il y a en elle de grâces, de perfections, de mérites, de sublimes prérogatives et d’incomparables grandeurs, tout cela lui est venu de la rédemption qui est dans le Christ Jésus, per redemptionem quae est in Christo Jesu (Rm 3,24). Sa condition donc ne diffère en rien de la nôtre sous ce rapport, et comme il est évident que nous ne pouvions coopérer, en quoi que ce soit, à l’acquittement de la rançon exigée par la justice divine pour notre libération, il est évident de la même évidence, qu’à la satisfaction et au mérite propre de la rédemption commune, Marie, rachetée elle aussi (disons plutôt, elle la première), n’a pu avoir, et par là même, n’a eu effectivement aucune part. Si donc, par ce titre de co-rédemptrice que quelques auteurs modernes n’ont pas craint de lui donner, on entendait une contribution quelconque apportée par elle au prix même de la rédemption de Jésus-Christ, ce serait à mettre au compte de ces pieux excès que l’intention excuse sans doute, mais qui n’en sont pas moins, objectivement parlant, en opposition formelle avec les données les plus certaines du dogme catholique."
images/icones/bulle.gif  ( 749674 )Le cardinal Billot par Jean Ferrand (2014-05-01 08:30:47) 
[en réponse à 749671]

Le cardinal Billot a dépouillé sa pourpre et son chapeau aux pieds de Pie XI, et il est mort simple jésuite.
images/icones/hein.gif  ( 749678 )Pourquoi le Christ est il rédempteur ? par Aigle (2014-05-01 09:34:08) 
[en réponse à 749674]

Je croyais que le Christ était rédempteur , m'a avait on explique jadis, parce qu'il avait volontairement sacrifié Sa vie incomparable ( car mêlant l'humanité à la divinité) à Son Père en vue de notre salut.

La Sainte vierge n'a point sacrifié sa vie ni volontairement ni Involontairement - et sa nature quoique exempte du pêche originel était purement humaine.

Elle nous a donné le Christ, certes et c'est beaucoup mais il s'agit là d'une forme de coopération tout à fait indirecte au sacrifice rédempteur accompli par le Verbe incarné qui est le sacrifice de la croix.

Chercher à égaler ou à rapprocher la Sainte vierge de son divin fils revient plutôt à la quasi diviniser .ou alors Sainte Anne est aussi co rédemptrice pour avoir porter la Sainte Vierge en son sein ? Et saint Joachim ? Et toute la race de David ?

Le lien entre Rédemption et sacrifice de la croix est souvent perdu d vue par les modernistes qui tendent à penser que l'incarnation suffit à la rédemption . Il serait curieux de voir cette déviation apparaître dans nos milieux !
images/icones/idee.gif  ( 749679 )Mais, Aigle par Jean Ferrand (2014-05-01 09:39:11) 
[en réponse à 749678]

Mais, Aigle, vous ne lisez pas tous les posts : nous sommes tous corédempteurs.
images/icones/neutre.gif  ( 749680 )Alors par Aigle (2014-05-01 10:09:58) 
[en réponse à 749679]

Le mot de veut rien dire. Il n'y a qu'une rédemption authentique avec un sens plénier - qui nous est donnée par le sacrifice de la Croix.au delà il n'y a que des jeux de mots et théologiens ...
images/icones/croix.gif  ( 749687 )Mais le Christ par Jean Ferrand (2014-05-01 10:21:36) 
[en réponse à 749680]

Mais le Christ lui-même a voulu que nous l'aidions à sauver le monde. Simon de Cyrène, à son corps défendant, a aidé à porter la croix.

Même au jardin de Gethsémani, le Christ fut réconforté par toutes les prières et les mérites futurs des saints : "Alors, du ciel, lui apparut un ange qui le réconfortait." (Lc 22, 43).
images/icones/bravo.gif  ( 749718 )Très bonne remarque ! Et réflexion par Athanase (2014-05-01 15:25:26) 
[en réponse à 749678]

Bravo, Aigle pour cette réflexion. Merci de souligner ce danger de se limiter à la seule Incarnation pour assurer le Salut. La Rédemption suppose le sacrifice de la Croix.

Pour ce qui est de la Sainte Vierge, toutes ses qualités doivent être rapportées au Christ qui est le Médiateur exclusif. Ainsi, la Sainte Vierge est exemptée du péché originel, non par nature, mais par les mérites du Christ; elle échappe à la mort par les mérites du Christ, non par nature, mais toujours par le Christ. Etc. Les mystères relatifs à la Sainte Vierge découlent tous du Christ, et de Lui seul. Mais à la différence des êtres humains, elle bénéficie des mérites du Christ par prédestination et par anticipation, non par application et l'effet d'une coopération souveraine de notre part.
images/icones/fleche2.gif  ( 749694 )Ne pas tout mélanger Jean Ferrand ! par Jean-Paul PARFU (2014-05-01 11:26:44) 
[en réponse à 749674]

Le cardinal billot n'était pas d'accord avec la politique de Pie XI vis-à-vis de l'Action Française !

Il a eu le courage de ses opinions ; je crois qu'il n"y a pas d'autres exemples dans l'histoire.

Pie XI publie une encyclique pour le Christ-Roi (Quas Primas) et au même moment, il va, mauvais politique (il va aussi persécuter le padre Pio), mal conseiller, abandonner les Cristéros et persécuter l'Action française, seul rempart en France contre le modernisme, une démocratie-chrétienne n'étant pas possible dans notre pays !
images/icones/fleche2.gif  ( 749692 )Il me semble que c'est la position la plus appropriée. par Scrutator Sapientiæ (2014-05-01 11:00:41) 
[en réponse à 749671]

Bonjour et merci, Denis SUREAU.

Tout est dans le titre, en ce qu'il me semble que c'est la position à la fois la plus appropriée et la plus équilibrée que formule le cardinal BILLOT.

J'ai retrouvé sur un autre forum le passage qui précède l'extrait que vous citez :

" Pour quiconque aborde la question de savoir comment et dans quelle mesure la très sainte Vierge Marie a été associée à I'oeuvre de la rédemption du monde, un double écueil est à éviter. Car, en une matière si délicate, il est facile de pécher par excès, non moins facile aussi de pécher par défaut. De pécher par excès, en dépassant la limite que posent, infranchissable, les principes fondamentaux de la révélation chrétienne; de pécher par défaut, en ne tenant pas le compte qu'il faudrait, du rang à part, hors de pair, et de tout point transcendant, où, en deçà de cette limite, les Ecritures nous montrent placée la mère du Rédempteur. "

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 749681 )Qui a pensé à consulter avant tout le Catéchisme de l'Eglise catholique ? par Scrutator Sapientiæ (2014-05-01 10:10:38) 
[en réponse à 749633]

Bonjour semper felix,

Ce qui suit n'est ni un reproche, ni même une remarque, mais un clin d'oeil : dans ces cas là, qui, parmi nous, a le réflexe de consulter avant tout le Catéchisme de l'Eglise catholique ?

J'ai déjà remarqué, sur le Forum catholique, que certains débats, au demeurant intéressants, comme celui-ci, ont lieu, sans que l'on précise ou rappelle dès le début ou rapidement quels en sont les termes, notamment et surtout d'après le Catéchisme de 1992 ou le Compendium de 2005.

Je ne dis pas que ces documents ont réponse à tout ; en doctrine chrétienne, il arrive qu'il y ait des angles morts en forme de tête d'épingle, mais ces documents donnent au moins les réponses sur l'essentiel, et donnent souvent les moyens d'aller de l'essentiel, certain et connu, vers ce qui est tout aussi ou un peu moins essentiel, et qui a vocation

- à être tout aussi certain, même s'il est fréquemment un peu moins connu,

ou

- à donner lieu à discussion, à réflexion, sur les bases les plus solides et les plus valides disponibles.

Comme je n'ai pas suivi le présent fil, il est possible que quelqu'un ait eu le réflexe auquel je pense ici, mais le clin d'oeil figurant ci-dessus se veut à caractère général.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 749685 )Bonne idée par Aigle (2014-05-01 10:15:41) 
[en réponse à 749681]

Dieu a l’initiative de l’amour rédempteur universel

604 En livrant son Fils pour nos péchés, Dieu manifeste que son dessein sur nous est un dessein d’amour bienveillant qui précède tout mérite de notre part : " En ceci consiste l’amour : ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés et qui a envoyé son Fils en victime de propitiation pour nos péchés " (1 Jn 4, 10 ; cf. 4, 19). " La preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ, alors que nous étions encore pécheurs, est mort pour nous " (Rm 5, 8).

605 Cet amour est sans exclusion Jésus l’a rappelé en conclusion de la parabole de la brebis perdue : " Ainsi on ne veut pas, chez votre Père qui est aux cieux, qu’un seul de ses petits ne se perde " (Mt 18, 14). Il affirme " donner sa vie en rançon pour la multitude " (Mt 20, 28) ; ce dernier terme n’est pas restrictif : il oppose l’ensemble de l’humanité à l’unique personne du Rédempteur qui se livre pour la sauver (cf. Rm 5, 18-19). L’Église, à la suite des apôtres (cf. 2 Co 5, 15 ; 1 Jn 2, 2), enseigne que le Christ est mort pour tous les hommes sans exception : " Il n’y a, il n’y a eu et il n’y aura aucun homme pour qui le Christ n’ait pas souffert " (Cc. Quiercy en 853 : DS 624).
images/icones/fleche2.gif  ( 749690 )Merci beaucoup + une réticence sur la co-rédemption. par Scrutator Sapientiæ (2014-05-01 10:39:07) 
[en réponse à 749685]

Bonjour et merci, Aigle.

Sauf erreur de ma part, l'Incarnation est rédemptrice et la Rédemption est salvifique.

L'Incarnation est l'Incarnation du Fils, du Logos, du Verbe, seul Médiateur et seul Rédempteur.

La notion de co-rédemption appellerait dont la notion de co-médiation, "quasiment comme si" le rôle de la Vierge Marie avait été ou était de même nature, de même ampleur, de même portée, que celui du Rédempteur et du Médiateur lui-même.

A mon avis, cela poserait des problèmes théologiques considérables, qui pourraient déboucher sur des réponses ou solutions incohérentes ou indéfendables.

En théologie morale, il est question de théonomie participée ; cela veut dire que l'homme est acteur libre et responsable, et participe activement à la configuration de son agir, en conformité avec la théo-nomie, le nomos d'inspiration et d'origine divines, avec l'aide de la grâce divine, de sa nature et de sa raison ; cela ne veut absolument pas dire que l'être humain est co-producteur de ce nomos.

Je suis tenté d'avoir le même raisonnement, en ce qui concerne la co-rédemption et la co-médiation : la Vierge Marie participe, coopère, en un sens comme nous tous, mieux et plus que nous tous, mais cela ne fait pas d'elle une co-rédemptrice ni une co-médiatrice, au sens plein de chacun de ces termes.

Comme disait mon vieux père : la Vierge Marie N'EST PAS la quatrième personne de la Sainte Trinité.

C'est en tout cas ce que je crois.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 749689 )Question peu importune par Jean Ferrand (2014-05-01 10:32:03) 
[en réponse à 749681]

Question peu importune, car il s'agit d'un dogme futur, ou souhaité, ou envisagé, mais non d'un dogme prononcé. La Catéchisme, par définition, ne peut s'en tenir qu'à la doctrine 'actée'.
images/icones/fleche2.gif  ( 749691 )Peu importune et donc tout-à-fait opportune par Ion (2014-05-01 10:44:35) 
[en réponse à 749689]

Car tout dogme futur s'appuie sur ou prend en compte la doctrine déjà exprimée.

La remarque de Sucrator est donc très opportune.

Et le fait que le CEC parle bien d'unique Rédempteur n'est donc pas à négliger dans la discussion.

Ion
images/icones/fleche2.gif  ( 749703 )Le Catéchisme par Jean Ferrand (2014-05-01 12:02:35) 
[en réponse à 749691]

Le Catéchisme ne dit pas exactement que le Christ est le seul Rédempteur, mais seulement l'unique médiateur. Par contre la croix est l'unique sacrifice du Christ, mais "Il 'offre à tous les hommes, d'une façon que Dieu connaît, la possibilité d'être associés au mystère pascal'." (N° 618). Le Catéchisme affirme donc, sans la nommer, la corédemption ouverte à tous.

Moi aussi je sais lire le Catéchisme.
images/icones/bible.gif  ( 749706 )Le Christ est la seule Cause efficiente de la grâce par Jean-Paul PARFU (2014-05-01 12:19:03) 
[en réponse à 749703]

et donc de la Rédemption !

La Très Ste Vierge n'est (si je puis dire) que la plus haute cause instrumentale de la grâce, fruit de la Rédemption par l'unique sacrifice du Christ !

C'est la raison pour laquelle elle peut être dite "médiatrice de toutes grâces" ! Médiatrice des grâces gagnées par l'Unique Médiateur entre Dieu et les hommes !
images/icones/fleche2.gif  ( 749707 )Certes par Jean Ferrand (2014-05-01 12:24:33) 
[en réponse à 749706]

Certes Dieu est la seule cause efficiente de la grâce, car tout vient de Dieu et de son Christ.
images/icones/fleche3.gif  ( 749693 )Une réflexion sur Marie et son rôle particulier par jejomau (2014-05-01 11:18:29) 
[en réponse à 749633]

en lisant les différents posts, je vois qu'on aboutit à cette conclusion : "seul le Christ est Rédempteur, donc le rôle de Marie n'a finalement que peu d'importance, en tout cas il est secondaire".

J'exagère un peu mais pas tellement puisqu'on insiste (et on souligne même ) que seul le Christ est l'unique rédempteur ( ce qui n'est pas faux ).

Posons alors les questions suivantes :

les protestants sont-ils sauvés, eux qui ont littéralement mis de côté la Vierge ? Seul le Christ compte pour eux . La Sainte Vierge n'a aucun rôle à jouer ou en tout cas il est très marginal

en revanche, si l'on passe d'abord par la Sainte Vierge (si on la prie , si on demande son intercession, si on a une grande dévotion envers Elle) ... sera-t-on sauvé ?

On constatera en outre que tout un pan de l'Eglise (dite moderniste) tend à effacer justement le rôle de la TSV Marie, l'ayant même sortie des église après le Concile .. ALORS que inversement tout une autre partie a une grande dévotion envers Elle..
images/icones/bible.gif  ( 749697 )Au sens fort et plein, Seul le Christ est Rédempteur ! par Jean-Paul PARFU (2014-05-01 11:42:14) 
[en réponse à 749693]

Après, il y a une co-rédemption plus ou moins forte, selon le niveau hiérarchique de la personne dans la grâce, ses mérites et plus ou moins au sens figuré.
images/icones/1a.gif  ( 749698 )Oui mais par jejomau (2014-05-01 11:44:37) 
[en réponse à 749697]

si je décide de ne pas vénérer la Sainte Vierge, de ne pas l'aimer, et de l'ignorer : puis je être sauvé ?

Simple comme question
images/icones/neutre.gif  ( 749700 )Eh bien par Aigle (2014-05-01 11:52:56) 
[en réponse à 749698]

Si vous décidez cela vous n'êtes pas catholique, vous êtes hors d l'Eglise et alors vous entrez dans la catégorie problématique des personnes hors de l'Eglise ...
images/icones/neutre.gif  ( 749699 )Réponse du CEC par Aigle (2014-05-01 11:51:16) 
[en réponse à 749693]

La sainte Vierge à une place éminente et unique parmi les créatures sans être l'egale de Dieu.

489 .... Contre toute attente humaine, Dieu choisit ce qui était tenu pour impuissant et faible (cf. 1 Co 1, 27) pour montrer sa fidélité à sa promesse : Anne, la mère de Samuel (cf. 1 S 1), Débora, Ruth, Judith et Esther, et beaucoup d’autres femmes. Marie " occupe la première place parmi ces humbles et ces pauvres du Seigneur qui espèrent et reçoivent le salut de lui avec confiance. ... " (LG 55).

L’Immaculée Conception

490 Pour être la Mère du Sauveur, Marie " fut pourvue par Dieu de dons à la mesure d’une si grande tâche " (LG 56). L’ange Gabriel, au moment de l’Annonciation la salue comme " pleine de grâce " (Lc 1, 28). En effet, pour pouvoir donner l’assentiment libre de sa foi à l’annonce de sa vocation, il fallait qu’elle soit toute portée par la grâce de Dieu.

491 Au long des siècles l’Église a pris conscience que Marie, " comblée de grâce " par Dieu (Lc 1, 28), avait été rachetée dès sa conception. C’est ce que confesse le dogme de l’Immaculée Conception ...

492 Cette " sainteté éclatante absolument unique " dont elle est " enrichie dès le premier instant de sa conception " (LG 56) lui vient tout entière du Christ : elle est " rachetée de façon éminente en considération des mérites de son Fils " (LG 53). Plus que toute autre personne créée, le Père l’a " bénie par toutes sortes de bénédictions spirituelles, aux cieux, dans le Christ " (Ep 1, 3). Il l’a " élue en Lui, dès avant la fondation du monde, pour être sainte et immaculée en sa présence, dans l’amour " (cf. Ep 1, 4).

493 Les Pères de la tradition orientale appellent la Mère de Dieu " la Toute Sainte " (Panaghia), ils la célèbrent comme " indemne de toute tache de péché, ayant été pétrie par l’Esprit Saint, et formée comme une nouvelle créature " (LG 56). Par la grâce de Dieu, Marie est restée pure de tout péché personnel tout au long de sa vie.
images/icones/bible.gif  ( 749705 )Si on ne rend pas le culte qui lui est dû à la Très Ste Vierge par Jean-Paul PARFU (2014-05-01 12:07:08) 
[en réponse à 749699]

On n'est pas catholique et le problème du Salut peut se poser par la personne.

Mais deux choses :

1) la personne est-elle ignorante ou opposée à la doctrine catholique ? Même si elle est seulement ignorante, cette ignorance a-t-elle des conséquences sur ses choix de vie etc ... ;

2) la doctrine de la co-Rédemption au sens fort et plein du terme (car sinon pourquoi en parler) est-elle catholique ? A ce jour, on n'en sait rien ; ce n'est pas défini.

Vous devriez relire mon post dans ce fil, un peu plus haut, sur la grâce efficiente principale ici
images/icones/fleche2.gif  ( 749702 )Voici une tentative, imparfaite, de réponse. par Scrutator Sapientiæ (2014-05-01 12:00:04) 
[en réponse à 749693]

Bonjour et merci, jejomau.

1. Ceux et celles qui sont sauvés sont avant tout des personnes, et non avant tout des catholiques, ou des orthodoxes, ou des protestants ; je veux dire par là que je ne crois pas qu'il y ait d'automatisme ou de déterminisme en la matière : de mon point de vue, mais je me trompe peut-être,

- parmi les catholiques, certains pourront ne pas être sauvés, bien qu'ils aient une certaine dévotion pour la Vierge Marie,

- parmi les non catholiques, certains pourront être sauvés, bien qu'ils n'aient pas de dévotion pour la Vierge Marie.

2. Je suis tenté de dire ceci : il y a une hiérarchie dans la Foi, et il y a l'économie du Salut ; l'une et l'autre se tiennent l'une l'autre : il me semble qu'il y aurait quelque danger, ou en tout cas quelque risque, à prioriser, d'une manière démesurée, la prise en compte de la place et du rôle de la Vierge Marie, au point de négliger ou d'oublier, pour ainsi dire, la dimension trinitaire de la Médiation et de la Rédempteur, même si le Christ est LE Médiateur et le Rédempteur.

Or, je crois que cette dimension trinitaire prévaut vraiment sur la dimension mariale, mais sans exclure cette dimension, au coeur de la hiérarchie présente dans la Foi, comme au sein de l'économie ouverte sur le Salut.

3. Votre dernière question ou remarque appelle bien des nuances et des précisions ; s'il y a eu "plus qu'un peu" de ce que vous dites, aux lendemains du Concile, il y a eu un début de rééquilibrage, à partir d'une exhortation apostolique de Paul VI, en 1974, puis, évidemment, sous Jean-Paul II.

4. Je suis juriste en droit public, et non philosophe et théologien ; conscient de mes limites, je me suis approprié, matériellement et culturellement, la moins mauvaise documentation possible, sur telle ou telle de ces questions, et je m'efforce de prendre appui sur elle.

5. L'histoire des idées religieuses, si elle existe (je n'ai pas dit : l'histoire des dogmes), est notamment une histoire d'effets d'éviction et de mouvements de balancier (il ne faut peut-être pas le dire trop fort...).

6. Il me semble qu'il aurait fallu ou qu'il faudrait analyser ou envisager la formation d'un christianisme excessivement ou exclusivement "tradismatique" qui, s'il existait, prendrait appui avant tout, sinon seulement, sur le Saint Esprit et la Vierge Marie, en croyant coller ainsi à la dogmatique la plus orthodoxe, qu'il ne méconnaîtrait pas totalement en effet, alors qu'il évincerait (je n'ai pas dit : alors qu'il ne ferait qu'évincer) une autre vision des choses, antérieure et opposée, et à mes yeux beaucoup plus contestable, laquelle prenait plutôt appui sur le sens de l'histoire et la libération politique, à cause d'une vision partiale, partielle, partisane, des "signes des temps" et du "peuple de Dieu"...

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 749704 )Le CEC encore par Aigle (2014-05-01 12:04:25) 
[en réponse à 749702]

À tout hasard :

846 Comment faut-il entendre cette affirmation souvent répétée par les Pères de l’Église ? Formulée de façon positive, elle signifie que tout salut vient du Christ-Tête par l’Église qui est son Corps :

Appuyé sur la Sainte Écriture et sur la Tradition, le Concile enseigne que cette Église en marche sur la terre est nécessaire au salut. Seul, en effet, le Christ est médiateur et voie de salut : or, il nous devient présent en son Corps qui est l’Église ; et en nous enseignant expressément la nécessité de la foi et du Baptême, c’est la nécessité de l’Église elle-même, dans laquelle les hommes entrent par la porte du Baptême, qu’il nous a confirmée en même temps. C’est pourquoi ceux qui refuseraient soit d’entrer dans l’Église catholique, soit d’y persévérer, alors qu’ils la sauraient fondée de Dieu par Jésus-Christ comme nécessaire, ceux-là ne pourraient être sauvés (LG 14).

847 Cette affirmation ne vise pas ceux qui, sans leur faute, ignorent le Christ et son Église ...

848 " Bien que Dieu puisse par des voies connues de lui seul amener à la foi ‘sans laquelle il est impossible de plaire à Dieu’ (He 11, 6) des hommes qui, sans faute de leur part, ignorent l’Évangile, l’Église a le devoir en même temps que le droit sacré d’évangéliser " (AG 7) tous les hommes.



images/icones/fleche2.gif  ( 749710 )Co-rédemption et maternité divine.... par Lucas (2014-05-01 13:02:48) 
[en réponse à 749633]

Il me semble que pour comprendre pourquoi Marie est co-rédemptrice, il faut approfondir le mystère de sa maternité divine. En effet , la Sainte Vierge, en disant son fiat, a rendu la rédemption possible, en permettant l'incarnation. Son rôle est donc essentiel .Sans Marie, sans son acquiescement à la demande Divine, pas de rédemption.
Ce n'est qu'une piste, mais elle me semble fondamentale.
Lucas.
images/icones/fleche2.gif  ( 749711 )Nul doute que la place de la Très Ste Vierge soit éminente par Jean-Paul PARFU (2014-05-01 13:06:47) 
[en réponse à 749710]

Mais au sens fort et plein du terme qui seul nous intéresse ici, seul le Christ, unique Médiateur entre Dieu et les hommes, est Rédempteur !
images/icones/fleche2.gif  ( 749717 )Oui, mais... par Lucas (2014-05-01 15:22:03) 
[en réponse à 749711]

Je me permets de vous rappeler que le sujet du post qui a ouvert ce débat, et donc le seul terme qui importe , est celui de ''co-rédemptrice''et non ''rédemption''. Il s'agit de définir le lien particulier qui existe entre Marie et la rédemption pour justifier son titre hypothétique de ''co-rédemptrice. Et comme vous l'avez si bien écrit, peut-être que la réponse est dans la dévotion aux deux Cœurs Unis....
Il ne fait aucun doute, pour personne ici, que seul le Christ est rédempteur, ou alors , on est hérétique, ce qu'à Dieu ne plaise. Co-rédemption et rédemption ne sont pas antinomiques, mais plutôt intrinsèquement unis, un peu comme les deux cœurs de Jésus et Marie...Un grand mystère...
Cordialement.
Lucas.
images/icones/fleche2.gif  ( 749775 )L'abbé Neri, dans son post, reproduit... par Athanase (2014-05-02 15:43:42) 
[en réponse à 749717]

... un texte fort intéressant du RP de MARGERIE, qui cite notamment Jean-Paul II. Il parle de la coopération de Marie au pied de la Croix. Elle y était et a donc, sans empiéter sur le rôle de son fils, jouer un rôle dans l'oeuvre du Salut.
images/icones/fleur.gif  ( 749716 )A la différence du Christ, pas rédemptrice par nature par Athanase (2014-05-01 15:14:25) 
[en réponse à 749710]

... mais coredemptrice par les mérites du Christ. Si on creuse, on s'aperçoit que la première créature à avoir bénéficié de la Rédemption est bien la Sainte Vierge, mais selon un mode particulier. Toutes les qualités du Christ sont communiquées à la Sainte Vierge sans que la nature d'icelle soit divine. Mais à la différence des humains, c'est par anticipation. Le Christ est sans péché ? La Sainte Vierge est immaculée. Le Christ ressuscite ? La Sainte Vierge monte au ciel. Il y a donc une analogie avec le Christ. d'où la question sur la question de la Vierge et de la Rédemption, question nullement illégitime.

Enfin, si le Christ est Rédempteur,la Sainte Vierge à un rôle, mais qui ne saurait être celui du Christ. Elle n'est pas rédemptrice, mais coredemptrice, selon un mode qui est particulier, mais qui n'est pas cette coredemption à laquelle Saint Paul nous appelle.a peine aurons-nous défini quelque chose, qu'un nouveau mystère apparaîtra...

Tout cela est complexe, et ces réflexions ne sont pas parfaites. Mais on devrait creuser dans ce sens.
images/icones/mitre4.png  ( 749719 )C'est saint Pie X qui a le réponse par Jean Ferrand (2014-05-01 15:55:58) 
[en réponse à 749716]


"Il s'en faut donc de beaucoup, on le voit, que nous attribuions à la Mère de Dieu une vertu productrice de la grâce, qui vient de Dieu seul. Néanmoins, parce que Marie l'emporte sur tous par sa sainteté et par son union avec le Christ et parce qu'elle a été associée par le Christ à l’œuvre de la rédemption, elle nous mérite de congruo, comme disent les théologiens, ce que le Christ nous a mérité de condigno, et elle est le ministre suprême de la dispensation des grâces." Encyclique Ad Diem illum.



Le Christ est unique Rédempteur de condigno. Mais Marie est corédemptrice de congruo, et nous pour une modeste part aussi.

Apparemment nous sommes tous d'accord sur la doctrine, mais c'est le terme même de corédemptrice qui pose problème A mon avis le terme est suffisamment justifié, et la demande de définition du dogme privément autorisée, par le fait que les apparitions d'Amsterdam sont reconnues par l’Église, et peut-être pour d'autres motifs encore qui m'échappent (par exemple son utilisation par des théologiens recommandables).

Il reste le point de vue œcuménique : comment le faire accepter par nos frères séparés ? Mais là, c'est le temps, et l’Église, qui s'en chargeront.
images/icones/fleur.gif  ( 749727 )Théologiens et Magistère par Abbé Néri (2014-05-01 20:46:49) 
[en réponse à 749719]

Pour ceux qui s'intéressent au sujet discuté ici, je vous propose à titre d'information un article très intéressant du R.P. de Margerie s.j. Il fait le point sur le développement de cette doctrine, qu'est loin de sombrer dans le byzantinisme crains par certains :

Récapitulation sur l’évolution historique de la doctrine de la corédemption

R.P. Bertrand de Margerie s.j. *

Nous voudrions ici établir un bilan de l’évolution historique et des étapes successives traversées par la conscience ecclésiale à propos du rôle de Marie dans le mystère de la Rédemption. Nous entendons ici par corédemption ce que comprennent sous ce mot l’ensemble des théologiens : la participation privilégiée de Marie, en tant que Mère de Dieu, au mérite et à la satisfaction offerts par le Christ à la Trinité sainte, comme il résultera de notre première partie, manifestant l’état actuel de cette doctrine. C’est seulement à partir de cet état actuel que s’éclairera le parcours historique qui nous permettra de mieux comprendre le sens de l’évolution historique : notre seconde partie.
La pensée récente du Magistère, illustrée par quelques théologiens connus de différents pays.
Le magistère ordinaire de l’Église constitue son point de départ fondamental en vue d’exposer sa doctrine. C’est ainsi que le Pape Pie XII partant « de l’enseignement concordant du magistère ordinaire et de la foi concordante du peuple chrétien pour établir que l’Assomption corporelle de la Mère de Dieu au ciel était déjà une vérité révélée par Dieu et contenue dans le dépôt divin confié par le Christ à son Épouse, et doit être crue par tous les enfants de l’Église. »1
On peut en dire autant de cette autre vérité : la Vierge Marie a été intimement associée par le Christ à sa naissance et à sa mort pour le salut du monde ; tel est l’enseignement formel du concile œcuménique Vatican II reprenant et confirmant la pensée et la doctrine de plusieurs Papes des XIXe et XXe siècles.
Citons à nouveau les textes clairs et si impressionnants du concile Vatican II : « Cette union de la Mère avec son Fils dans l’œuvre du salut est manifeste dès l’heure de la conception virginale du Christ jusqu’à sa mort [...]. La vénérable mère du divin Rédempteur, généreusement associée à son œuvre à titre absolument unique apporta à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille par son obéissance, et par son ardente charité » (LG 57 et 61).
Le Concile cite en ce sens plusieurs Pères latins et grecs.
Cette coopération de Marie avec le Rédempteur pouvait seulement être tout à fait singulière et sans pareille dans l’ordre de l’agir une fois qu’on a compris que Marie était sans pareille dans l’ordre de l’être par sa maternité divine ; et c’est ce que le concile Vatican II affirme dès le début du ch. VIII de Lumen Gentium : Marie est un membre suréminent et absolument unique de l’Église, ce qu’avait déjà vu et exprimé clairement saint Augustin (Sermo 25, PL 46, 938) ici implicitement cité par Vatican II.
Le schéma élaboré par la Commission préparatoire du Concile en 19622 a cité une série de textes des Papes des XIXe et XXe siècle affirmant cette association privilégiée et unique de Marie au mystère de la Rédemption ; leur sens convergeant est évident : cette association fait déjà partie du patrimoine doctrinal et du magistère ordinaire de l’Église et il n’y a aucune différence entre l’affirmation de Marie corédemptrice et cette affirmation d’association unique et privilégiée, non quant aux termes, mais quant à la substance de la pensée et l’enseignement.
Ainsi rappelait-on, à la veille du Concile, que Marie est la « généreuse associée du divin Rédempteur », suivant que l’affirmait Pie XII en définissant l’Assomption (DS 3902), associée avec Jésus et sous lui pour offrir, en nouvelle Ève, l’holocauste de son amour maternel, pour tous les fils d’Adam, au Père éternel ; Léon XIII avait déjà dit dans sa lettre Parta humano generi (1901) que « Marie non seulement était présente au mystère de notre Rédemption, mais y avait participé » (non adfuit tantum sed interfuit).
On pourrait multiplier les textes officiels des papes des deux derniers siècles disant en substance la doctrine de la Corédemption, même sans le nom ; il en résulte qu’ils affirmaient que le mérite de Marie, au pied de la croix, obtenait en dépendance du Christ crucifié, le salut du monde, tout en expiant, de la même manière subordonnée, le péché du monde envers la Trinité sainte.
C’est bien en ce sens qu’une série d’éminents théologiens ont compris au cours des deux derniers siècles la doctrine sur la participation privilégiée de Marie au mystère de la Rédemption comme étant celle du magistère ordinaire de l’Église.
C’est ce qu’ont vu notamment, de différentes manières et sous des angles différents, le cardinal Newman, M. J. Scheeben, le P. J. de Aldama, M. J. Nicolas, le cardinal Journet et Mgr B. Gherardini. Ensemble impressionnant de théologiens connus issus de pays très différents.
Le cardinal Newman, dans sa lettre à Pusey, s’appuie sur les Pères de l’Église notamment Irénée de Lyon et les Pères grecs prolongeant le concile d’Éphèse (431) pour affirmer que Marie est la coopératrice privilégiée de notre salut.3
M. J. Scheeben a traité longuement de la collaboration de Marie nouvelle Ève, mère virginale des rachetés, à l’œuvre de la Rédemption et au sacrifice du Christ en trois chapitres conclusifs de sa mariologie. Rachetée par le Christ, elle ne peut collaborer avec Lui que sur la base de la grâce reçue de Lui. Elle représente l’Église qui communique la grâce de la Rédemption.4
Pour le Père de Aldama, la vérité exprimée dans la thèse de la Corédemption mariale a été proposée par les pontifes romains durant plus d’un siècle à toute l’Église, il est impossible qu’ils l’induisent en erreur, car ce serait le triomphe – impossible – des puissances de l’enfer (Mt 16).5
À partir de 1937 et de l’étude magistrale du P. M. J. Nicolas sur « le concept intégral de maternité divine » (RT, 42, 58–93 et 230–272), une série de mariologues, notamment espagnols approfondissent la valeur sotériologique de la maternité divine.6
Le cardinal Journet7 expose, à maintes reprises, la notion analogique de corédemption telle qu’elle se présente chez les chrétiens, dans et par l’Église, et d’une manière suprême chez la Mère de Dieu.
Dans son Petit catéchisme de la Sainte Vierge, en 1964, le cardinal affirme : « La Vierge s’est unie à toutes les souffrances de la vie et de la mort de Jésus, au Calvaire, en suppliant que le sacrifice de Jésus, apporte la grâce à tous les hommes ; Jésus pensait à ce moment aux grandes souffrances de sa mère ; il les unissait à celles qu’il endurait lui-même pour nous sauver. Les souffrances de Jésus qui est Dieu ont une valeur infinie ; elles sont rédemptrices. Les plus saintes souffrances de la Vierge et des chrétiens n’ont qu’une valeur finie ; elles ne sont que corédemptrices.
La doctrine de la médiation corédemptrice de la Vierge, peut-être définie demain, rappelle aux chrétiens qu’à l’image de Marie, unie au sacrifice rédempteur que son Fils offrait pour toute l’humanité, ils sont invités dans un univers de plus en plus solidaire économiquement, mais de plus en plus divisé spirituellement à être dans le Christ et par le Christ, avec toute l’Église, non seulement des membres sauvés, mais encore des membres sauveurs de ce monde contemporain qui leur est hostile et des millions d’âmes qu’il renferme (...). L’incorporation introduit dans le monde la loi de rédemption et de rachat du péché par l’amour ; cette loi est en source dans la Vierge, puis, quand viendra son tour, dans l’Église. Ce sont les degrés de la corédemption. »
Comme on le voit, le mystère de Marie corédemptrice se situe, pour le cardinal Journet, entre le mystère unique d’une Rédemption opérée seulement par le Christ et le mystère participé d’une corédemption opérée par tous les membres vivants de l’Église. Il dit encore : « Dans l’Église, la Vierge seule est l’Église et plus que toute l’Église elle-même. Elle est l’Église au temps de la présence du Christ. C’est le sens de la mystérieuse vision de l’Apocalypse (Ch. 12).
La mystérieuse identification entre la Vierge et l’Église que nous présente l’Apocalypse n’a pas laissé sans réaction ce grand théologien qu’était le cardinal Journet et il en conclut que l’Église est appelée en Marie et à sa suite, grâce à elle, à devenir, et toujours plus, corédemptrice. Il y a chez saint Jean un parallèle d’une part entre la Femme qui accepte de lutter contre le Serpent et finit par le vaincre, aux temps où elle ne peut enfanter que des fidèles et d’autre part, la Femme au moment unique où représentée par la Vierge, elle peut enfanter le Christ.
Il faudra que l’Église prenne expérimentalement conscience au cours du temps, de la mission corédemptrice de chaque chrétien et de sa mission corédemptrice de chaque chrétien et de sa propre mission corédemptrice, par rapport au monde pour qu’elle puisse saisir, à partir de là, toute l’excellence et toute l’ampleur de la mission corédemptrice de la Vierge.
Le progrès de la doctrine sur la Vierge répond au progrès de la connaissance concrète que l’Église est amenée à prendre de son propre mystère au cours des siècles.
Cette constatation du cardinal Journet montre à quel point il contemple ensemble le mystère de Marie et celui de l’Église.
L’ensemble des théologiens que nous avons cités développent la mystérieuse association de Marie à la Rédemption ; et bien avant Vatican II. On peut dire que cette affirmation, commune avant le dernier concile, a été singulièrement renforcée par l’ensemble du ch. VIII de la constitution Lumen Gentium. La participation privilégiée de Marie à l’œuvre du salut du Christ constitue, de par le texte de Vatican II, une donnée capitale de la foi actuelle de l’Église. Les expressions sont diverses (coopération, collaboration, etc.) mais l’affirmation est unanime. À partir de cette conviction de l’Église actuelle, nous pouvons remonter jusqu’aux origines du christianisme pour retrouver le témoignage constant de la certitude de l’Église.
La catéchèse mariale de Jean-Paul II en 1995–1997
Le Souverain Pontife Jean-Paul II a donné à l’Église soixante et onze catéchèses sur le mystère de Marie dans le Mystère du Christ et de l’Église.8
Sauf quelques exceptions9, cet enseignement doctrinal n’a guère retenu l’attention des théologiens ou des penseurs chrétiens. Nous voudrions ici souligner les principaux points, les orientations doctrinales majeures contenues dans cette catéchèse prolongée, analyser la qualification doctrinale qu’elle mérite, notamment dans son lien avec Vatican II qu’elle veut expliquer, clarifier, prolonger et approfondir, et avec Vatican I.
a. Deux points essentiels :
On veut parler ici de l’association unique de Marie au Sacrifice Rédempteur comme Médiatrice et Avocate.
Le 18 septembre 1996 (G. 114–116), après avoir cité saint Irénée (AH V.19.1), Jean-Paul II déclarait :
« En prononçant son oui total au plan divin, Marie est pleinement libre devant Dieu. Elle se sent personnellement responsable vis-à-vis de l’humanité, dont l’avenir est lié à sa réponse. Dieu place entre les mains d’une jeune femme le destin de tous. Le oui de Marie pose les prémices pour que se réalise le dessein que, dans son amour, Dieu a préparé pour le salut du monde. Elle a prononcé son oui au nom de toute la nature humaine (CEC 511). Dans la dépendance et la subordination, il s’agit d’une véritable coopération comportant à partir de l’Annonciation une coopération active à l’œuvre de la Rédemption. Comme le dit Irénée, Marie est devenue, par son obéissance, cause de salut pour elle (Ève) et pour tout le genre humain » (AH III.22.4).
Le 2 avril 1997 (G. 155–157), Jean-Paul II souligne que Marie au pied de la Croix :
« Souffrit cruellement avec son Fils unique, associée d’un cœur maternel à son sacrifice, donnant à l’immolation de la victime née de sa chair le consentement de son amour » (Lumen Gentium, 58). Le Concile nous rappelle, à travers ces paroles, la compassion de Marie, sa « volonté de participer au sacrifice rédempteur et d’unir sa souffrance maternelle à l’offrande sacerdotale de son Fils. »
Le 26 février 1997 (G. 147), à propos des noces de Cana, en rappelant ensuite la présence de Marie au Calvaire :
« L’Évangéliste, dit Jean-Paul II, aide à comprendre la façon dont la coopération de Marie s’étend à toute l’œuvre du Christ. »
Mais le texte le plus important du Pontife, préparé par les précédents, est celui de la catéchèse du 9 avril 1997 (G 158–160).
Le Pape y rappelle d’abord que « saint Augustin attribuait déjà à la Vierge le titre de coopératrice de la Rédemption ».10
Jean-Paul II continue en précisant :
« Appliqué à Marie, le terme de coopératrice assume toutefois une signification particulière. La collaboration des chrétiens au salut se réalise après l’événement du Calvaire, dont ils s’engagent à diffuser les fruits à travers la prière et le sacrifice.
En revanche, le concours de Marie a lieu lors de l’événement même et au titre de Mère ; il s’étend donc à la totalité de l’œuvre salvifique du Christ. Elle seule a été associée de cette façon à l’offrande rédemptrice qui a apporté le salut de tous les hommes. En union avec le Christ et soumise à Lui, elle a collaboré pour obtenir la grâce du salut à l’humanité entière.
Le rôle particulier de coopératrice accompli par la Vierge a pour fondement sa maternité divine. En mettant au monde Celui qui était destiné à réaliser la Rédemption de l’homme, en le nourrissant, en le présentant au Temple, en souffrant avec Lui, lors de sa mort sur la Croix, elle « apporte à l’œuvre du Sauveur une coopération absolument sans pareille » (LG, 61). Même si l’appel de Dieu à collaborer à l’œuvre du salut concerne chaque être humain, la participation de la Mère du Sauveur à la Rédemption de l’humanité représente un fait unique et sans égal. En dépit de la singularité de cette condition, Marie est, elle aussi, la destinataire du salut. Elle est la première à être l’objet de la Rédemption.
Quelle est la signification de cette coopération singulière de Marie au plan du salut ? (...) Dans le dessein divin, elle représente au pied de la Croix l’humanité rachetée11, qui ayant besoin de salut, devient capable d’offrir une contribution au développement de l’œuvre salvifique. »
Le Pape terminait cette allocution si précise en ajoutant :
« Marie a exercé le rôle de coopératrice de la Rédemption toute sa vie et en particulier au pied de la Croix. »
Ce qui veut dire : dès son Immaculée Conception et, pendant l’enfance du Sauveur, pendant son ministère public, et dans la primitive Église, jusqu’à sa mort.12
C’est précisément ce que soulignera la catéchèse du 25 juin 1997, sur la « Dormition de la Mère de Dieu » (G. 173–175).
Dépassant (à la lumière de saint Jean Damascène13) une certaine timidité de Pie XII (dans la définition de l’Assomption, en 1950) Jean-Paul II affirme :
« Même le Maître de la nature n’a pas refusé l’expérience de la mort. (...) La mère n’est pas supérieure au Fils, qui a assumé la mort en lui conférant une nouvelle signification et en la transformant en instrument de salut. Participant à l’œuvre de la Rédemption et associée à l’offre salvatrice du Christ, Marie a pu partager la souffrance et la mort en vue de la Rédemption de l’humanité.(...) Saint François de Sales estime que la mort de Marie a eu lieu à la suite d’un élan d’amour. Il parle d’une mort dans l’amour, à cause de l’amour, par amour. Parvenant ainsi à affirmer que la Mère de Dieu mourut d’amour pour son Fils Jésus (Traité de l’amour de Dieu, Livre VII, ch. 13–14). »
Le 1er octobre 1997 (G. 197–199), le Pape traitait de Marie médiatrice :
« La médiation de Marie est fondamentalement définie par sa maternité divine. En outre la reconnaissance du rôle de médiatrice est implicite dans l’expression « Notre Mère » que propose la doctrine de la médiation mariale, mettant l’accent sur la maternité. (...) La médiation maternelle de Marie n’offense en rien l’unique médiation du Christ (LG, 62). Elle en manifeste au contraire la vertu (ibidem, 60). C’est du Christ que découle la valeur de la médiation de Marie. L’influence de la Vierge n’empêche en aucune manière l’union immédiate des croyants avec le Christ, qui s’en trouve au contraire aidée (ibid.). »
Le Pape ajoute :
« En proclamant le Christ unique médiateur (1 Tm 2, 5–6), saint Paul exclut toute autre médiation parallèle, mais non une médiation subordonnée : (...) « Que l’on fasse des prières pour tous les hommes » (2, 1). Les prières ne sont-elles pas une forme de médiation ? Selon saint Paul, l’unique médiation du Christ est même destinée à promouvoir d’autres médiations dépendantes et ministérielles. En proclamant l’unicité de la médiation du Christ l’Apôtre vise uniquement à exclure toute médiation autonome ou concurrente. »
Ces pensées, comme celles d’Irénée cité plus haut, permettent aussi d’affirmer que Jean-Paul II a présenté Marie comme l’avocate du genre humain. Marie est l’Associée unique au Sacrifice Rédempteur non seulement comme Oblatrice, mais encore comme Médiatrice et Avocate. (LG, 58 et 61).
Notons-le : la Médiation de Marie, exposée par le Pape, ne porte que sur les grâces reçues par d’autres personnes humaines et non sur les grâces qu’elle a elle-même reçues.
b. Marie, Corédemptrice.
Déjà en plusieurs occasions le pape avait résumé tout cet enseignement en reprenant à propos de Marie le titre (très ancien et déjà utilisé par plusieurs papes) de Corédemptrice14 : ainsi, le 31 janvier 1985, dans un sanctuaire marial de Guyaquil, en Équateur, le Souverain Pontife prononçait cette très belle déclaration :
« Au Calvaire, acceptant et assistant au sacrifice de son Fils, Marie est l’aurore de la Rédemption. (...) Crucifiée spirituellement avec son fils crucifié (cf. Ga 2, 20), elle contemplait avec un héroïque amour la mort de son Dieu. (...) Elle s’unit au sacrifice de son fils qui conduit à la fondation de l’Église ; son cœur maternel partageait en profondeur la volonté du Christ de rassembler en un tout les enfants dispersés de Dieu (Jn 11, 52). (...) Ayant souffert pour l’Église, Marie a mérité de devenir la Mère de tous les disciples de son Fils, la Mère de son unité. Effectivement, le rôle corédempteur de Marie n’a pas cessé avec la glorification de son Fils » (Insegnamenti, VIII.1 (1985)318–319).
De même, Jean-Paul II a prononcé explicitement le nom de Corédemptrice dans l’audience générale du 8 septembre 1982 (Insegn., V.3(1982)404) et en 1984 (Insegn. VII.2 (1984) 1151) et encore le 31 mars 1985 (Insegn., VIII.1 (1985) 889–890). Le 6 octobre 1991, il soulignait que :
« Sainte Brigitte de Suède invoquait Marie comme l’Immaculée, la Mère de Douleurs, et la Corédemptrice ; exaltant son rôle singulier dans l’histoire du salut » (Insegn., XIV.2 (199) 756). En tout, Jean-Paul II a utilisé l’expression six fois.15
L’expression de Corédemptrice dit brièvement (comme les mots « consubstantiel » et « transsubstantiation ») sans périphrase, tout ce que l’Église croit sur le rôle unique, privilégié, dépendant et subordonné16 de Marie dans l’économie du salut par rapport au Christ.
Quoique Jean-Paul II l’utilise moins souvent, son emploi répété par le Vicaire du Christ souligne l’importance du thème à ses yeux : ne l’oublions pas, « l’assentiment religieux de l’intelligence et de la volonté est dû à un titre singulier au magistère authentique du Souverain Pontife même lorsqu’il ne parle pas ex cathedra ; ce qui implique la reconnaissance respectueuse de son suprême magistère et l’adhésion sincère à ses affirmations en conformité à ce qu’il manifeste de sa pensée et de sa volonté et que l’on peut déduire en particulier de l’insistance à proposer une certaine doctrine » (LG, 25.1).
Faisant allusion à la catéchèse, déjà citée, du 9 avril 1997 sur la « coopération de Marie à l’œuvre du salut par son association au sacrifice rédempteur du Christ », le P. J. M. Garrigues précisait :
« Dans ces phrases d’une portée décisive, le magistère ordinaire du Pape ne peut pas ne pas être engagé dans un enseignement proprement doctrinal sur un mystère aussi central que celui de la Rédemption. »
Il ajoute :
« La catéchèse pontificale rattache, selon la connexion des mystères, cette vérité (à savoir le thème de la corédemption) aux dogmes déjà définis de l’Immaculée Conception et de l’Assomption, le théologien voit se dégager une conclusion théologique très riche autour des trois points suivants :
– (Marie) elle-même parfaitement sauvée par la « plénitude de grâce » (Lc 1, 28) qui lui venait déjà de la mort de son Fils pour donner au Père son fiat (Lc 1, 38), devenir par l’Esprit Saint la Mère du Fils de Dieu et être conduite au pied de la Croix ;
– la Vierge Marie, « Femme » (Jn 2, 4 et 19, 26) choisie par Dieu pour être la Nouvelle Ève, est la seule personne humaine à avoir été associée par Lui à l’acte même du sacrifice du Calvaire ;
– devenue ainsi Mère selon l’Esprit pour tous les rachetés, elle est la seule à être associée pour tous les hommes à la disposition universelle de « la plénitude de grâce » (Jn 1, 14.16) qui vient du seul médiateur (1 Tm 2, 5) car elle en a été comblée pour tous ses enfants (Lc 1, 8). »
Garrigues concluait en disant :
« Le développement dogmatique en cours articule ensemble les trois dimensions surnaturelles du rôle de Marie dans l’économie du salut : Immaculée Conception, Coopération unique à l’Acte même du sacrifice rédempteur, Assomption l’associant à la dispensation de toutes les grâces dans sa maternité spirituelle s’exprimant en une intercession pour chacun des rachetés ».17
En somme, des théologiens pensent que Jean-Paul II s’est exprimé dans cette catéchèse doctrinale sur Marie au niveau du magistère pontifical, ordinaire, universel et authentique de l’Église. C’est déjà beaucoup ; dans cet exercice, il jouit de l’assistance divine même quand il ne déclare rien de manière définitive, universelle et infaillible (CEC 892). On peut dire au moins que le Pape a proposé un enseignement sur Marie (cf. CEC 968) qui conduit à une meilleure intelligence de la Révélation et à un assentiment religieux (LG, 25) au moins, même s’il ne conduit pas à un assentiment de foi, tout en le prolongeant.
Vérifications nécessaires ?
Ni dans cette catéchèse du Pape, ni non plus dans le chapitre marial du Concile Vatican II n’est évidente une intention de communiquer un enseignement qui doive être cru de manière définitive ou même tenue. S’il est vrai que cette intention peut se trouver dans le magistère ordinaire et universel, suivant l’enseignement de Vatican I (DS 3011), la vérification, pensent certains, est nécessaire en chaque cas particulier ; il faut montrer que le Magistère a voulu enseigner ce qui a été cru toujours, partout et par tous.
(Dans la lettre Ordinatio sacerdotalis le Pape en vertu de son magistère ordinaire, nous assure que l’impossibilité pour l’Église d’ordonner des femmes à la prêtrise appartient au dépôt de la Révélation et demande notre assentiment définitif à ce point. Tous les chrétiens doivent le tenir, c’est-à-dire le professer comme un point connexe à la Révélation).18
Peut-on aller plus loin ? Peut-être si l’on considère avec Jean-Paul II le caractère unique du Magistère conciliaire qui engage ensemble Pape et Évêques : l’expression figure dans le texte du 13 décembre 1995.
Ce caractère unique est souligné par d’autres.
Ainsi un célèbre théologien et moraliste belge, Mgr Ph. Delhaye19, nous dit que :
« Le magistère simplement ordinaire ne correspond pas aux engagements doctrinaux de Vatican II, car il s’exerce par les actes d’un pape ou d’un évêque agissant seuls.
Le magistère ordinaire universel (Vatican I) se rapproche beaucoup plus de Vatican II puisqu’il est basé sur l’idée de communion entre pape et évêques.
La prise de conscience de la collégialité du Corpus episcoporum groupé autour du pape pour une coresponsabilité permet de détecter l’exercice d’un genre nouveau du magistère ordinaire universel. Celui qui s’exerce par excellence dans un concile. »
Dans la mesure où la catéchèse papale de 1995–1997 sur le mystère de Marie veut surtout commenter le magistère conciliaire de Vatican II, elle participe en quelque manière à sa valeur et à son degré de certitude. On pourrait dire : elle atteint au niveau suprême du magistère ordinaire de l’Église universelle, et parce qu’elle engage le pape et parce qu’elle participe du magistère conciliaire.
Ici nous importe non seulement la valeur magistérielle de la catéchèse de Jean-Paul II, mais encore celle qu’il attache aux déclarations de Vatican II sur l’association de Marie au sacrifice de Jésus, sa participation à la Médiation du Christ et, comme avocate, à l’intercession de Jésus.
Ce que nous avons dit jusqu’ici répond déjà en partie à ces questions. Jean-Paul II a pris une position à la fois claire et modérée, évitant maximalisme et minimalisme à propos du texte mariologique du Concile.
« Les hésitations de certains Pères (du Concile) face au titre de médiatrice n’ont pas empêché le Concile d’utiliser une fois ce titre et d’affirmer dans d’autres termes la fonction de médiatrice de Marie, de son consentement à l’annonce de l’ange, à la maternité dans l’économie de la grâce » (LG, 62). De plus le Concile affirme sa coopération absolument sans pareille à l’œuvre qui rend aux âmes la vie surnaturelle (LG, 61).
Le Pape voit même « dans l’exposition du chapitre VIII de la constitution dogmatique Lumen Gentium une expression de la foi de l’Église (...) La signification véritable des privilèges de Marie a été amplement réaffirmée (par le Concile Vatican II) sa coopération au plan divin de salut mise en relief ; l’harmonie d’une telle coopération avec l’unique médiation du Christ est apparue plus évidente. (...) Pour la première fois, le magistère conciliaire proposait à l’Église un exposé doctrinal sur le rôle de Marie dans l’œuvre de la Rédemption du Christ et dans la vie de l’Église » (Catéchèse sur La présence de Marie dans le concile Vatican II, le 13 décembre 1995, G. 40).
De tout cela il résulte clairement que les trois vérités signalées plus haut (association unique et privilégiée à l’œuvre du salut, médiation fondée sur la maternité divine, Marie avocate) sont bien présentes dans le magistère, non seulement papal, mais conciliaire et dans son magistère ordinaire au suprême degré.
À l’époque même où Jean-Paul II commençait ses catéchèses mariales, en l’année 1995, le 25 mai, il signait l’encyclique Ut sint unum, qui comportait notamment les pensées suivantes :
« Il est possible de discerner les thèmes à approfondir pour parvenir (entre chrétiens) à un vrai consentement dans la foi. (...) La Vierge Marie, Mère de Dieu et Icône de l’Église, Mère spirituelle qui intercède pour les disciples du Christ et pour toute l’humanité. (...) Si nous devions nous demander si cela est possible, la réponse serrait : oui. La réponse est la même qu’entendit Marie de Nazareth, parce que « rien n’est impossible à Dieu. »20
Autrement dit, l’accord doctrinal sur Marie, entre chrétiens, n’est pas impossible à Dieu. Les vérités que nous avons analysées avec l’aide du Concile Vatican II et de la catéchèse pontificale font, ainsi que l’a souligné dans son récent ouvrage sur Marie corédemptrice, Mgr Brunero Gherardini, partie du patrimoine doctrinal de l’Église :
« Les conditions par lesquelles une doctrine est et doit être considérée comme une doctrine de l’Église sont totalement et amplement vérifiées dans la Corédemption mariale; le fondement est indirect et implicite, mais solide dans les Écritures21, étendu chez les Pères22 et la théologie, sans équivoque dans le magistère. Il en résulte que la Corédemption appartient au patrimoine doctrinal de l’Église.
La nature de cette appartenance, due à une conclusion théologique déduite des prémisses de l’Ancien et du Nouveau Testament, trouve son expression dans la note : « Proche de la foi ». Ses limites résultent du fait qu’elle a été proposée sans définition (non definitorio modo). Mais, proposée, elle doit être tenue de manière définitive. »
Il ajoute :
« Le terme de Corédemptrice apparaît dans le vocabulaire même du Siège Apostolique à partir de 1908, avec S. Pie X, pour y demeurer jusqu’à Pie XI et après une parenthèse pendant laquelle les papes préfèrent insister sur l’association salvifique de Marie au Christ ».23
Mais le terme est revenu dans sa splendeur directe et indirecte sous le règne du Pape Jean-Paul II.24
Dans sa substance, le terme évoque la collaboration unique et privilégiée de Marie avec le Fils de Dieu pour le salut du monde. C’est la doctrine enseignée par le magistère conciliaire dont Jean-Paul II est le témoin à la fois historique (présent comme membre au Concile Vatican II) et charismatique (en tant que pontife aujourd’hui).
En fait, cette doctrine n’est-elle pas, et depuis toujours, (c’est-à-dire notamment avant Nicée I, et donc bien avant Éphèse) l’objet de l’enseignement du magistère ordinaire et universel tout autant que le canon des Écritures, et le symbole baptismal25, dans un lien étroit avec l’infaillibilité des fidèles in credendo, et surtout comme l’expression de l’infaillibilité du témoignage épiscopal, à la fois dispersé et réuni, pendant les trois premiers siècles ? Avant Nicée et Éphèse, les évêques unanimes ne croyaient-ils pas que Marie avait été associée d’une manière unique au Christ sauveur en lui donnant la vie de manière consciente, libre et volontaire. Irénée n’en fut-il pas le témoin ?
Il pourrait sembler à première vue que nous contredisons ici ce que nous avions énoncé plus haut ; nous disions :
« La vérification et nécessaire en chaque cas particulier montrant que le point affirmé a été cru, toujours, partout et par tous ! »
Mais nous disions :
« Certains pensent que cette vérification est nécessaire. » Ce n’est pas la pensée des historiens du christianisme.
En réalité, cette vérification paraît évidente à propos du symbole baptismal. Il est tout aussi clair que, pendant les trois premiers siècles avant Nicée, Marie a été vue par le magistère ordinaire et universel des Évêques comme ayant collaboré d’une façon unique à l’Incarnation rédemptrice par son acceptation virginale de la Maternité divine (cf. Ignace d’Antioche et Irénée).
Cependant jusqu’ici, disait Vatican I, le magistère ordinaire ne paraît avoir transformé aucune doctrine, même certaine, en dogme de foi (Constitutions du Concile du Vatican, Paris, 1895, t. II, p. 123).
Conclusion de ce paragraphe
Nous rejoignons ainsi la problématique de Pie IX (Tuas Libenter)26 de Vatican I (infaillibilité du magistère ordinaire et universel) et de Ad Tuendam fidem (première catégorie de vérités révélées) et aussi la seconde catégorie des vérités, soit historiquement, soit spéculativement connexes à la vérité révélée.27
La vérité de Marie corédemptrice, non encore dogmatiquement définie par le magistère extraordinaire, est à la fois crue comme divinement révélée par le magistère ordinaire et universel depuis toujours, définitivement crue, plus que proche de la foi et tenue dans sa technicité comme connexe à la Révélation.28
Le Pape a exprimé cet ensemble complexe dans sa catéchèse de 1995–1997. Même si elle n’a pas été jusqu’ici l’objet d’une grande attention de la part du monde théologique, le Pape pourrait, s’il le voulait, résumer l’ensemble de cet enseignement dans une encyclique concentrée autour de la présentation de la collaboration unique et privilégiée de Marie à l’œuvre du salut. Il faut même dire que les enseignements de Vatican II sur ce point lui offrent déjà une base très suffisante à une définition dogmatique de ce qui est déjà la certitude de la foi de l’Église.
c. De manière implicite mais substantielle, l’Église a toujours présenté la coopération privilégiée de Marie à l’œuvre de la Rédemption.
Tout d’abord en présentant clairement, à travers les Évangiles et l’Épître aux Galates, Marie comme la Mère vierge de Jésus Sauveur. Quelle coopération plus intime pourrait-il y avoir que de donner au Fils de Dieu la vie terrestre qu’il allait sacrifier pour le salut du monde ? L’affirmation du Credo dans ses deux versions est la proclamation la plus ancienne par le Magistère des Apôtres du mystère de la Corédemption.
Pendant les trois premiers siècles, l’Église reconnaît comme une vérité constituant le fondement même de la foi chrétienne que Jésus Sauveur est le Fils de Marie ; ce qui veut dire que Marie l’a engendré et élevé en vue du salut du monde.
L’affirmation de la Corédemption commence avec le christianisme et il est assez étonnant de penser qu’on ait pu omettre de souligner ce point. Annoncer l’Évangile, c’est annoncer le Christ Fils de Marie, c’est donc annoncer que Marie a été, dès le début de la vie humaine de Jésus, mêlée à son projet de sauver le monde.
Bien avant Éphèse, bien avant Nicée I, pendant l’époque où seul existait le magistère ordinaire d’une Église déjà universelle, avant même Irénée de Lyon, Méliton de Sardes proclamait en Asie Mineure que Marie est « la belle Agnelle » qui nous a livré le salut du monde.
Irénée de Lyon traduira peu après cette image en l’affirmation bien connue : Marie a été cause de salut pour le monde entier, évidemment sous la dépendance du Christ. Il apparaît donc que dès le IIe siècle, l’Église confesse le Christ comme sauveur par et avec Marie.
Aux yeux de Scheeben et du cardinal Newman, les Pères du Ve siècle notamment sous l’influence du concile d’Éphèse, ont vu en Marie la Nouvelle Ève et la mère du Dieu sauveur.
Déjà dans sa période anglicane, Newman exalte la coopération de Marie à l’œuvre de notre Rédemption, comme seconde et meilleure Ève. La première Ève avait collaboré à la chute d’Adam en lui étant subordonnée ; pour Newman, la participation de Marie à la réparation de la chute était essentielle et subordonnée au Second Adam.
S’inspirant des écrits de Jérôme, Ambroise et Pierre Chrysologue, Newman souligne le rôle actif des deux Ève ; il va jusqu’à parler du rôle « méritoire et réel » de Marie dans la mission salvifique du Christ au sein de l’économie de sa grâce, au point d’être digne de notre invocation.
Le premier millénaire a été dominé, dans son expression de la mission de Marie au service du Dieu sauveur, par une forte conviction concernant la maternité divine non séparée de la virginité perpétuelle ; c’est comme Vierge que Marie est Mère de Dieu et comme vierge non seulement dans l’enfantement mais perpétuellement ; il est aussi permis de comprendre dans cette virginité en tant que maternelle une obscure pré-perception du sacrifice rédempteur, auquel sa virginité la faisait participer.
Participation plus claire et plus explicite dans la pensée d’Arnaud de Chartres.29
Il serait suivi dans cette voie par saint Bonaventure30 :
« La bienheureuse Vierge a payé entièrement le prix de notre Rédemption quand le Christ a souffert sur la croix pour le payer entièrement afin de nous racheter ; la vierge présente, acceptait et communiait à la volonté divine ; elle paya le prix de la Rédemption du genre humain. »
Bonaventure ne se contente plus de l’affirmation d’une contribution de Marie au salut du genre humain par le consentement même douloureux à l’Incarnation passible et mortelle du Fils unique de Dieu. Il nous montre Marie payant le prix du Sang au pied de la Croix.
Selon son ami saint Thomas d’Aquin, le Christ, pour que nous pussions, en consentant à nos propres morts, nous sauver nous-mêmes, s’est incarné. Marie, à l’Annonciation et au pied de la Croix, représentait le genre humain et consentait en son nom à la mort sacrificielle du Christ. Grâce à ce consentement de Marie, nous pouvons joindre au sien nos consentements individuels à notre propre salut.
Ce point résulte clairement de la considération de l’ensemble des affirmations de Saint Thomas, vues dans leur connexion mutuelle. Pour lui, la grâce de Marie, dès l’Annonciation et, a fortiori, au pied de la Croix (car elle avait augmenté entre temps) était si grande qu’elle suffisait pour le salut de toute l’humanité.31 Notre salut consiste précisément à nous approprier les mérites et satisfactions du Christ en Marie, par Marie, avec Marie en nous tenant debout avec elle au pied de la Croix.
Pendant le second millénaire, l’activité méritoire et satisfactoire de Marie lors de l’Incarnation et au pied de la Croix, non ignorée mais peu soulignée durant le premier, a été beaucoup plus accentuée. Notamment durant le XIXe siècle.
À la veille du concile Vatican II, la maternité sotériologique de Marie, c’est-à-dire sa collaboration maternelle à l’œuvre de la Rédemption du genre humain, était très largement admise par l’ensemble des théologiens catholiques.32
Telle était la situation au moment où s’ouvrait le Concile. Les actes de la commission préparatoire, s’ils soulignent la volonté de ne pas parler de Marie « corédemptrice »,33 manifestent aussi que la substance de cette doctrine était largement tenue, comme allait le montrer le vote en faveur du ch. VIII de Lumen Gentium, en affirmant à de multiples reprises l’association unique et privilégiée de Marie au Christ rédempteur et en dépendance de lui..
Le terrain d’ailleurs avait été préparé par le témoignage des saints34, des candidats à la sainteté et des auteurs spirituels de bonne note dans l’Église. Depuis plusieurs siècles ils parlaient des mérites et des satisfactions de Marie corédemptrice, intimement associée au sacrifice du Christ en croix.
Les catéchèses, soit occasionnelles, soit systématiques, du Pape Jean-Paul II, déjà avant 1995 et surtout après, jusqu’en 1997, prolongèrent les enseignements du concile Vatican II et les interprétèrent dans le sens d’une affirmation de la médiation corédemptrice de Marie.
Conclusions
Certes les affirmations du concile Vatican II et des Papes récents (XIXe et XXe siècles) dans un sens équivalent en substance à la corédemption ont plus d’importance que des opinions théologiques les interprétant.
Il reste (et ce n’est pas négligeable) qu’aux yeux de beaucoup de théologiens de bonne note l’affirmation « corédemptrice » à propos de Marie fait partie du trésor exposé par le magistère ordinaire de l’Église.
Contenue dans les Écritures (Lc 1 et 2, Jn 19) du Nouveau Testament, cette affirmation est transmise par la Tradition de l’Église autant que d’autres ayant donné lieu à l’élaboration de catégories non explicitement biblique : « consubstantiel » et « transubstantiation » ; l’Église a dû recourir à ces vocables non bibliques pour défendre et pour exposer l’enseignement des Écritures sur la divinité du Christ égal au Père et sur la Présence réelle. L’association de Marie au Rédempteur ne supprime en rien le fait que Marie est créature du Christ, rachetée et sauvée par son Créateur et Fils, rémunérée par Lui dans le mystère d’une Assomption anticipée. Oui, Marie est tout ce qu’elle est par Lui. Son association privilégiée avec le Rédempteur vient de Lui.
Oui, d’autres expressions (« coopératrice privilégiée, collaboratrice ») ont été employées par le Concile et par Jean-Paul II pour désigner la même réalité, mais « corédemptrice » dit plus brièvement, sans périphrase, le même fait doctrinal, l’association unique de Marie avec le Christ pour sauver le monde.
L’évolution historique et magistérielle de la doctrine mariale incline à penser que l’Immaculée, ayant triomphé de tant d’obstacles conceptuels et verbaux au cours des siècles, sera plus facilement proclamée d’abord très clairement par le magistère ordinaire et universel, puis par le magistère extraordinaire, « corédemptrice » au service de l’unique Rédempteur.
Si, en un premier moment, certains ont pu penser que le mot de « corédemptrice » était un « mauvais vocable exprimant une bonne intention », une réflexion plus approfondie pourra les incliner à admettre sa continuité réelle avec la « langue de l’Écriture et des Pères », pourvu qu’il soit bien expliqué.
Appendice
Note sur une déclaration d’une Commission théologique internationale.
Le 4 juin 1997, l’Osservatore Romano, organe officieux, mais non officiel, du Saint-Siège, publiait une déclaration d’une commission théologique internationale constituée à Czestochowa pendant un congrès mariologique également international.
À cette déclaration qualifiant de non désirable une définition dogmatique concernant Marie Corédemptrice, Médiatrice et Avocate, adhéra peu après l’Académie pontificale mariale internationale (Documentation Catholique, 1997, 693–696 : textes complets).
Dans le volume III de Théological Foundations, trois articles (du Prof. Miravalle, de Mgr Calkins et du père O’Carroll) répondent à ces objections (pp. 109–148).
Mgr Calkins remarque que les textes de la Commission et de l’Académie pontificale ne sont pas des documents officiels du Saint-Siège.
Postérieurement, comme l’a montré notre ch. VII dans les pages précédentes, le pape Jean-Paul II a présenté comme doctrine du Magistère ordinaire de l’Église celle qui concerne Marie Médiatrice et Avocate. Il avait déjà parlé au moins cinq fois de Marie corédemptrice. Citons ce discours prononcé à Guyaquil (Équateur) le 11 janvier 1985 :
« Crucifiée spirituellement avec son fils crucifié (Ga 2, 20), Marie contempla avec un amour héroïque la mort de son Dieu, elle consentit à l’immolation de la victime née de sa chair (LG 58). En fait au calvaire, elle s’est unie au Sacrifice de son Fils qui a conduit à la fondation de l’Église (...) (Jn 11, 52). Le rôle de Marie comme corédemptrice n’a pas cessé avec la glorification de son Fils » (Insegn. VIII / 1, 1985, 318–319).
On peut dire que les catéchèses mariales ont répondu en substance aux objections de la commission de Czestochowa.
Les fidèles ont, suivant le code de droit canonique (212, § 2 et 3) le droit de communiquer aux Pasteurs et aux autres fidèles leur opinion sur ce que demande le bien de l’Église, par exemple, le cas échéant, une définition dogmatique.
Le Card. J. Ratzinger dans Voici quel est notre Dieu – Plon-Mame, 2001 – nous dit :
« Je ne crois pas qu’on satisfera ce souhait, exprimé entre-temps par plusieurs millions, dans un délai prévisible. La réponse de la Congrégation pour la doctrine de la foi consiste à dire que ce qui est visé ici est déjà mieux exprimé par d’autres titres de Marie et que le concept de « corédemptrice » s’écarte aussi bien de l’Écriture que des écrits patristiques, ce qui suscite des malentendus.
« Ce qui est juste dans cette appellation, c’est que le Christ ne reste pas extérieur et forme une nouvelle et profonde communauté avec nous. Tout ce qui est à lui sera nôtre et tout ce qui est nôtre, il l’a fait sien. Ce grand échange est le contenu spécifique de la rédemption, notre libération et notre accès à la communion avec Dieu. Parce que Marie anticipe l’Église comme telle, qu’elle est l’Église en personne, cet « être-avec » est réalisé en elle de façon exemplaire. Mais cet « avec » ne doit pas faire oublier le « d’abord » du Christ. Tout vient de lui, comme le soulignent les Épîtres aux Éphésiens et aux Colossiens. Marie aussi est tout ce qu’elle est par lui. »
« Le terme de « corédemptrice » obscurcirait cette donnée originelle. Une bonne intention s’exprime dans un mauvais vocable. Dans le domaine de la foi, la continuité avec la langue de l’Écriture et des Pères est essentielle. La langue n’est pas manipulable à volonté » (p. 216).
Cette déclaration récente du cardinal Ratzinger indique son opinion privée et défavorable au sujet de l’expression « corédemptrice ». Il souligne néanmoins que « Marie est l’Église en personne » ; donc en elle se réalise de façon exemplaire le fait d’être avec le Rédempteur.
Le cardinal n’ignore certainement pas que, dans le passé, de nombreux théologiens catholiques, très connus, ont utilisé ce mot d’une manière favorable.
De plus, la Congrégation pour la doctrine de la foi n’a jusqu’ici émis aucune déclaration publique au sujet de ce vocable. Et le cardinal lui-même, dans le texte indiqué ci-dessus, a pris soin de souligner ce qui lui paraît juste en cette expression.
Cependant sa déclaration ne fait aucune allusion à l’usage favorable de cette expression par le pape Jean-Paul II, à plusieurs reprises.
Rien, dans le texte du cardinal, ne semble exclure qu’à ses yeux un pape futur – ou même l’actuel – puisse se prononcer dans le sens d’une définition dogmatique relative à ce sujet. Mais il ne croit pas la chose proche.
Il ne nie pas d’ailleurs que l’Église, dans son magistère ordinaire, ait déjà pris position sur la substance de cette doctrine (Marie a mérité, en dépendance du Christ, le salut du genre humain). Il ne nie pas non plus que l’Église a adopté le terme non biblique de « Mère de Dieu ».
En bref, le cardinal Ratzinger, tout en faisant allusion à quelques réponses données par la Congrégation pour la doctrine de la foi à ce sujet, s’exprime comme un théologien privé et n’exclut pas d’autres opinions, soit au sujet du vocable qu’il trouve mauvais, soit au sujet de ses connexions bibliques et patristiques. Il est clair qu’il préfère d’autres expressions exprimant la même idée. Parmi elles il y aurait la suivante : Marie est la principale coopératrice de Jésus en tant que Sauveur du monde.
* Jésuite, auteur de nombreux ouvrages de théologie et de spiritualité. Membre de l’Académie Pontificale Saint Thomas d’Aquin et de diverses sociétés françaises et américaines d’études mariales.

1. Pie XII, AAS 42 (1950) 800.
2. Schéma de la Commission préparatoire (1962) p. 93 à 110.
3. Gregoris Nicolas, Mary’s cooperation in the “Economia salutis” according to Newman, Roma, 2001, p. 385.
4. Scheeben, M. J. : La Mère virginale du sauveur, ch. 13, 14 et 15, Paris, 1953.
5. J. A. de Aldama, S.J., Posición actual del Magistério eclesiastico en el problema de la Coredención, Estudios Marianos, 19 (1958) 45–75 ; E. Llamas, Eph. Mariol. 12 (1962) 383–422.
6. Cf. E. L. Martinez, Maternitad divina y colaboración de Maria a la Redención, Estudios Marianos, 64, 1998, 87–413.
7. Cardinal Ch. Journet : Petit catéchisme de la Vierge, 1955, S. Maurice (Suisse) ; Sept paroles du Christ en croix, Fribourg, 1952, p. 63 ; Notre Dame des Sept douleurs, Paris, 1934, 52 ss.
8. Ces catéchèses ont été publiées en français sous le titre de Marie dans le Mystère du Christ et de l’Église, Catéchèse sur le Credo, éd. Parole et Silence, Paris, 1998, 229 p., avec présentation de Juan Miguel Garrigues. Nous les citerons ici par la lettre G. suivie de la page.
9. Comme Mgr B. Gherardini, cité en n. 14 ; ou le livre collectif sur Mary at the foot of the Cross, Acts of the International Symposium on Marian Coredemption, Ratcliffe College, England ; publié par Academy of Immaculate, New Bedford, MA 02741–3003, USA.
10. Augustin d’Hippone, De Sancta Virginitate, PL 40399.
11. Point de vue de saint Ambroise : cf. B. de Margerie, S.J., Le mystère de la mort de Marie dans l’économie du salut. Au-delà du fait, le sens. Marian Library Studies, Dayton, vol. 9, 1977, 189–235.
12. Pour saint François de Sales (sermon 61) la mort de Marie résulte de la blessure d’amour reçue au pied de la Croix, intentionnellement présente et offerte au Calvaire elle fait partie de sa coopération à la Rédemption. Ambroise de Milan l’avait entrevu.
13. Saint Jean Damascène, SC 80, 107 § 10.
14. Voir R. Laurentin, Le titre de Corédemptrice, Paris-Rome, 1951 ; voir aussi J. B. Carol, O.F.M., De Corredemptione B. V. Mariæ, Cité du Vatican, 1950 ; et P. Sträter, S.J., Sententia de immediata cooperatione B. Mariæ Virginis ad Redemptionem cum aliis doctrinis marianis comparatum, Gregorianum 25(1944) 9–37.
15. Arthur Burton Calkins, Pope John Paul II’s teaching on Marian Coredemption in Mary Coredemptrix, Mediatrix, Advocate, Theological Foundations II, Santa Barbara, CA, 1997 ; p. 113–148.
16. Ainsi quand le Pape parle de ses collaborateurs, il ne prétend pas dire qu’il y a égalité entre lui et eux.
17. Malgré le P. Garrigues, cité n. 1, p. 7, le pape actuel utilise donc six fois le terme corédemptrice.
18. DC 42 (1994) : « L’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église » ; le cardinal J. Ratzinger précise (ibid. p. 613 bas) : « Le pape ne propose aucune nouvelle formule dogmatique, (...) il s’agit d’un acte du magistère authentique ordinaire du Souverain Pontife, l’objet de cet acte est la déclaration d’une doctrine enseignée comme définitive et donc non réformable. »
19. P. Delhaye, DTC, Tables, t. III, Vatican II, Autorité des textes conciliaires, col. 4349.
20. DC, Ut sint unum, § 79 et 102, DC 92 (1995) 589 et 595.
21. Gherardini, Marie Coredemptrice, sur la preuve biblique.
22. Gherardini, pp. 222–226 ; cf. Civ. Catt. 151/1, 2000, 87–88 ; voir mon étude sur Ambroise dans Marian Library Studies, cité n. 4.
23. Gherardini, pp. 129–144.
24. Léon XIII ne parle pas de corédemptrice, mais emploie diverses expressions (comme auxiliatrix et reconciliatrix) qui signifient la même chose.
25. B. D. Dupuy, O.P., Encycl. Catholicisme, art. Infaillibilité, t. V, 1566 ; cf. DTC, art. Église : IV.2 (1924) 2193s ; VII.2 (1927) 1705.
26. DS 3011.
27. DC 1998 col. 657 ; le cardinal Ratzinger a montré que la même vérité peut être successivement crue en connexion avec la Révélation puis être reconsidérée comme révélée, cas de l’infaillibilité pontificale.
28. Ibid.
29. Arnaud de Chartres, PL 189, 1727.
30. S. Bonaventure, De donis Spiritus Sancti, VI, 19.
31. S. Thomas d’Aquin, In salutationem Angelicam Expositio.
32. Cf. E. Llamas Martinez, O.C.D., Maternidad divina y colaboración de María a Redención, Estudios Marianos 64 (1998) 387–413.
33. Cf. n. 2 : Schéma de la commission préparatoire (1962) p. 100.
34. Mary at the foot of the Cross, Acts of the International Symposium on Marian Coredemption, Ratcliffe College, England, 2000, p. 173–266.