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Une phrase non relevée + quelques remarques. par Scrutator Sapientiæ (2014-05-01 09:17:00)
[en réponse à 749611]
Bonjour à tous,
1. Personne ne semble avoir relevé cette phrase :
"C'est en effet tomber sous la condamnation des papes que de garder le silence devant les erreurs qu'ils ont combattues (position des ralliés dans le meilleur des cas)."
Est-ce en effet tomber sous la condamnation des papes que de garder le silence devant une des erreurs que le Pape Pie XI a combattue (à tort ou à raison ?) juste après le milieu des années 1920, et est-ce alors la position des (futurs ?) ralliés, dans le meilleur des cas ?
2. J'aime assez cette notion de ligne de crête ; beaucoup de malentendus et de mésententes, au sein du catholicisme, pourraient être évités, quand on aborde un concept, un dogme, un mystère, un problème, un sujet, un thème, si l'on commençait par dire ce qu'il n'est pas, et sur quelle erreur d'analyse, d'appréciation, d'évaluation ou de formulation il n'a pas vocation à déboucher, avant de dire ce qu'il est, et à quelles conséquences ou répercussions il a vocation à donner lieu, conformément à l'Ecriture, à la Tradition, au Magistère, en ce que celui-ci est descriptif, mais aussi prescripteur.
3. Nul n'est d'autant plus catholique orthodoxe qu'il consacre, ou donne fréquemment l'impression de consacrer, d'une manière prioritaire, une assez grande partie de son temps de cerveau disponible,
- ou bien à la condamnation totale, ou, en tout cas, à la dénonciation globale, du Concile Vatican II, du Magistère, de la liturgie, et de la pastorale qui en découlent, plus ou moins directement ou plus ou moins fidèlement, par rapport au Concile lui-même,
- ou bien à l'attribution à l'homme et au monde modernes, aux chrétiens non catholiques, aux croyants non chrétiens, et aux non croyants, de toutes les valeurs ou de toutes les vertus chrétiennes, christiques, ou humaines.
4. Je m'efforce pour ma part de penser et de vivre à distance de chacune de ces deux tendances, même si "à distance" ne veut pas dire "à égale distance" ; je suppose que cela fait de moi un pleutre, un centriste, un ni-niste, quelqu'un d'excessivement modéré ou nuancé, réfléchi ou timoré, mais c'est ainsi, c'est ma "ligne de crête".
5. Je le formule sans doute bien mal, mais voici ce que je pense : si tous les catholiques traditionnels voulaient bien, dans le cadre de leurs échanges, prendre appui davantage sur l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, la Foi, l'Espérance, la Charité, faire référence, plus fréquemment, au Père, au Fils, à l'Esprit, à la Trinité, à l'Incarnation, à la Rédemption, leurs échanges auraient peut-être une autre allure, seraient peut-être moins polémiques, et seraient peut-être encore plus au service du "recevoir-pour-transmettre" la Foi catholique.
6. A mon avis, le drame du Magistère contemporain, c'est que, sauf exceptions marquantes mais ponctuelles, dans le meilleur des cas, il est prioritairement prescripteur de la vérité, sans être complémentairement proscripteur des erreurs qui en éloignent ou qui s'y opposent ; cette attitude intellectuelle débouche sur une pastorale hémiplégique, ambivalente, pusillanime.
7. A mon avis, c'est CELA qu'il faut dénoncer sans relâche, car il y a là, pour ainsi dire, un défaut de pédagogie biaisé par un excès de diplomatie, quand ce n'est pas une pédagogie dévoyée par la démagogie.
8. Volontairement, je n'en dis pas plus ; je suis un nain au milieu de géants, j'arrive sur le champ de bataille au beau milieu des combats, ou bien entre des catholiques traditionnels, ou bien entre des catholiques traditionnels et, si j'ose dire, une partie de leur environnement axiologique extérieur, et je ne vais pas jouer à l'avocat ou au procureur, mais je voudrais, après d'autres et moins bien qu'eux, exhorter les uns et les autres à davantage de compréhension mutuelle.
9. Deux expressions, me semblent-ils, nuisent beaucoup à la compréhension de la situation actuelle : le mot hérésie et le mot libéralisme ; je pense à ces deux notions au contact du texte dont il est question ici, mais je voudrais rapidement élargir, et non alourdir, la problématique.
10. En stricte rigueur de termes, le plus souvent,
- nous ne sommes pas avant tout en présence d'attitudes hérétiques de contestation formelle, mais d'attitudes équivoques, de contournement herméneutiste ou de dépassement historiciste, du dépôt de la Foi, des dogmes de la Foi ;
- bon nombre de ceux qui sont souvent tenus, par des catholiques traditionnels, pour des adeptes et des apôtres du libéralisme, en théologie catholique, se présentent fréquemment comme des adversaires du libéralisme, en économie et en philosophie politiques.
11. Je vous parle donc de deux expressions qui, pour des raisons de contenu ou de contexte, ont plutôt tendance à nuire à la compréhension, par autrui, de ce que l'on veut bien décrire, avant, le cas échéant, de bien le dénoncer.
12. Ce que TOUS les catholiques traditionnels devraient pouvoir dénoncer, ce n'est pas avant tout telle ou telle hérésie, ou tel ou tel libéralisme, c'est avant tout une illusion d'optique fondamentale de la majorité des hommes d'Eglise, les plus importants ou les plus influents, depuis au moins et bientôt trois quarts de siècle.
13. Cette illusion d'optique, notamment sur l'homme et le monde modernes, est plus ou moins consciente, plus ou moins volontaire, en un sens, peu importe, car elle est réelle ; elle débouche sur la reproduction et la consommation, au sein même de l'Eglise,
- d'images, de gestes et de signes,
- d'un langage, d'un verbe et d'une ligne,
- d'un message doctrinal anthropocentrique,
- de passages (de l'intérieur vers l'extérieur, du passé vers l'avenir),
- d'usages pastoraux "fraternitaires",
- d'un visage, asservi aux médias, ou amputé par eux,
qui ont plutôt tendance à faire obstacle à la réception et à la transmission, au sein même de l'Eglise catholique, de la structure et de la substance de la Foi catholique, qu'à être propices à cette réception et à cette transmission.
14. Nous devrions tous pouvoir nous mettre d'accord, pour dénoncer ensemble la tentation, latente ou patente, de l'exitus sans reditus, qui est ou semble vraiment être celle de bon nombre de ceux qui ne jurent que par la pastorale du Père Yfféric, en oubliant ou en semblant vraiment oublier que l'exitus, ou la sortie, n'a de sens que si elle est ordonnée par et vers le reditus, le retour, non vers "l'Homme", ni vers un "D-i-e-u" adaptatif, indéfini, mais vers le seul vrai Dieu, Père, Fils, Esprit.
15. Je vous remercie par avance pour votre bienveillance et votre compréhension, au contact de ces quelques éléments de réflexion, volontairement non polémiques ; à la limite, je dis bien à la limite, dans mon esprit, certaines querelles, même étayées, qui découlent du positionnement canonique ou institutionnel de tels ou tels, sont secondes, je n'ai pas dit : secondaires, par rapport à ce que je crois être le diagnostic le plus essentiel et le plus objectif.
16. Nous sommes en 2014 ; l'une des erreurs commises, entre 1914 et 1918, a "parfois" consisté à s'acharner à "nourrir la bataille", pendant des mois et des mois, à tel ou tel endroit, au lieu de consentir à un repli stratégique, ou à la mise en sommeil d'une offensive ; je voudrais, avec une candeur sans limites, que certains cessent de nourrir certaines batailles, intestines, ou quasiment intestines.
Bonne journée et à bientôt ; je suis vraiment désolé pour ce texte, qui doit faire soupirer ou sourire, d'autant plus que je n'ai aucune légitimité particulière pour l'écrire, mais il m'arrive d'écrire ce que j'aimerais pouvoir lire, et que d'ailleurs je lis parfois.
Scrutator.