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images/icones/fleche2.gif  ( 749446 )Le gaudium-et-spisme ou la tentation de l'endosymbiose. par Scrutator Sapientiæ (2014-04-29 07:59:57) 

Rebonjour à vous tous,

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1. Il m'est déjà arrivé d'être obligé de "fabriquer" mes propres néologismes, mais cette fois-ci je suis amené à recourir à une expression préexistante, pour préciser ou rappeler, mais aussi pour résumer et simplifier, ce que j'entends par gaudium-et-spisme.

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2. D'après moi, le gaudium-et-spisme, c'est la formulation par l'Eglise d'une tentative d'endosymbiose, et l'exposition de l'Eglise à la tentation de l'endosymbiose, vis-à-vis de l'homme et du monde modernes, en tant qu'homme, en tant que monde, et surtout en tant que modernes.

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(On précisera ici que le gaudium-et-spisme n'a certes pas attendu Gaudium et Spes pour commencer à sévir dans l'Eglise, et que le contenu de de document ne se limite certes pas à une consécration magistérielle de cet état d'esprit.)

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(On dirait aussi bien, aujourd'hui, "post-modernes", en ce que la post-modernité est bien plus un dépassement par "la gauche" et vers "l'avenir" qu'un contournement par "la droite" et vers "le passé" de la modernité)

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3. Qu'est-ce qu'une endosymbiose ? D'après Wikipédia, "l’endosymbiose est la coopération mutuellement bénéfique entre deux organismes vivants, donc une forme de symbiose, où l'un est contenu par l'autre. L'organisme interne est appelé un endosymbiote. Cette terminologie est surtout employée au niveau cellulaire pour imager une coopération entre des micro-organismes simples, et les cellules d'organismes plus évolués qui les contiennent et dont ils favorisent le fonctionnement. L'endosymbiose se différencie de l'ectosymbiose", ou de l'exosymbiose.

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4. D'un point de vue ecclésiologique, une attitude endosymbiotique s'oppose ici à une attitude apologétique, ou relève, pour ainsi dire, d'une apologétique inversée : à l'école et à l'écoute de l'homme et du monde modernes, des aspirations légitimes de l'un, de l'évolution légitime de l'autre, l'Eglise retirait avant tout bien des fruits, moraux, spirituels, sociaux, culturels, au contact et au moyen du devenir du monde.

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5. Dans cette optique, l'Eglise se met au service du monde, non pour l'exhorter à devenir chrétien (quelle idée !) mais pour l'exhorter à devenir (encore) plus humain, sans que l'on sache toujours s'il s'agit pour lui de devenir plus humain, selon les critères de l'Eglise, ou s'il s'agit pour elle de contribuer à le rendre (encore) plus humain, selon les critères du monde.

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6. J'essaie ici de rendre compte de l'illusion principielle selon laquelle l'Eglise a avant tout vocation

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- à faire avant tout bon accueil, avec le plus de bienveillance et le moins de vigilance possible, à l'évolution de l'humanité,

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- à tirer presque toujours avant tout parti, avant tout bénéfice, du devenir historique et spirituel de l'homme et du monde.

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7. Si mon analyse n'est pas inexacte, cela signifie que nous nous heurtons vraiment à un mur d'incompréhension, quand nous essayons de faire remarquer à un évêque que telle ou telle composante de l'agir concret des êtres concrets, de l'évolution de l'humanité, du devenir des hommes et du monde, est manifestement contraire à l'Ecriture, à la Tradition, et au Magistère, en ce que celui-ci a de prescripteur, dans l'ordre de la Foi et des moeurs.

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8. Dans les faits, pour tout clerc qui a succombé à la tentation de l'endosymbiose, il est absolument inenvisageable

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- que le monde puisse être intentionnellement hostile ou volontairement opposé à l'Eglise, en évoluant comme il le doit ou comme il le fait : il n'y aurait que des malentendus provisoires entre l'Eglise et le monde, celui-ci étant toujours un peu en avance, celle-là étant toujours un peu en retard ;

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- que l'Eglise puisse être bénéfique à l'humanité, puisse être profitable aux hommes et au monde, en contestant tel ou tel aspect de son évolution, en critiquant telle ou telle dimension de son devenir, en résistant aux principes ou aux pratiques qui dynamisent l'esprit et la vie du monde.

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9. Si je n'ai pas tort de décrire, de dépeindre ainsi, la tentation de l'endosymbiose, cela veut dire que nous sommes en présence d'hommes et de femmes, néo-progressistes, qui veulent tourner l'Eglise vers l'avenir, en prenant appui sur des catégories, sur une vision des choses, qui provient, à plus d'un titre, du passé, du XIX° siècle.

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10. Quel est l'un des meilleurs remèdes, pour résister à la tentation de l'endosymbiose ? Voir les hommes et le monde comme ils sont vraiment, et non comme ils disent être, ou comme on voudrait qu'ils soient, mais aussi méditer fréquemment, entre autres, Saint Jean et Saint Paul, Saint Augustin et Saint Jean Chrysostome.

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Demandeur et preneur de toute remarque ou suggestion, je vous remercie par avance pour toute réponse à ce message, et je vous souhaite une bonne journée.

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Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 749517 )Le vrai humanisme chrétien par PEB (2014-04-29 17:26:14) 
[en réponse à 749446]

« La vie en l’homme est la gloire de Dieu, la vie de l’homme est la vision de Dieu. » Par cette formule, le docteur lyonnais résume le vrai humanisme chrétien.

C'est quand Jésus est le plus humain qu'il reflète la bonté de Dieu. Sa divinité révèle notre véritable source et destinée d'icône parfaite de la Trinité.

Dans ce cas, oui, appelé à la conversion, chaque homme devenant chaque jour plus humain se rapproche de Dieu et ce mouvement est un effet de la Rédemption qui vient restaurer la Création. C'est depuis ce point de vue que l'Eglise doit rejoindre la condition humaine avec ses aspirations bénignes et ses contradictions malignes. Conformée à Son Chef, elle est ce Bon Samaritain qui se penche sur les blessures de ses fils et de toute bonne volonté qu'elle croise sur son chemin.

Je pense que c'est de cela les périphéries évoquées par le Saint-Père.

L'endosymbiose gaudium-et-spiste - selon votre expression - en est l'antithèse. C'est la tentation de vouloir être comme les autres. On cesse d'imiter le Maître qui fait ce que le Père fait pour imiter le monde. Ce mouvement est fondamentalement le même que le triple reniement du prince des Apôtres. Simon-Pierre était bien content d'être bien au chaud parmi les gardes et les servantes. Il ne voulait rien d'autre que de se fondre en eux, perdant là son identité profonde de premier disciple du Seigneur.

Dans cette endosymbiose, comme vous dîtes si bien, le confort mondain renforce le bien-être fallacieux du pécheur dans une boucle cybernétique de rétroaction positive. Seul le regard de Jésus enchaîné plongeant dans celui de Pierre brise le cercle infernal. Seul la prophétie du coq permet à Pierre d'accepter la miséricorde.
images/icones/fleche2.gif  ( 749585 )Rapidement : merci beaucoup + une petite précision sur G S. par Scrutator Sapientiæ (2014-04-30 07:06:06) 
[en réponse à 749517]

Bonjour et merci, PEB.

Vous avez tout dit, plus brièvement et plus clairement que moi.

Ce que l'on ne dit presque jamais, sur G S, c'est ceci : c'est au sein même de l'assemblée conciliaire, à l'automne 1964 puis à l'automne 1965, que son état d'esprit, en partie "endosymbiotique", a été mis en cause, par des évêques et théologiens allemands, mais aussi par quelques clercs français, dont Mgr Renard (en plus, évidemment, de Mgr Lefebvre)

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.