
( 749372 )
Service minimum par le torrentiel (2014-04-28 15:32:34)
[en réponse à 749280]
Bonjour, Scrutator et tous,
J'hésitais à ouvrir un fil sur la cérémonie des canonisations, mais puisque vous l'avez fait pour moi en donnant le lien de cette homélie, je ne résiste pas à livrer quelques-unes de mes impressions, bien que j'aie scrupule à le faire sur un site traditionaliste, où je ne voudrais pas qu'elles soient exploitées comme prouvant que même un "moderniste" comme moi nierait ces canonisations ou leur opportunité, ce n'est pas du tout le cas, et je me suis tenu éloigné des polémiques qui ont fleuri sur le sujet, elles ne sont pas dans mon horizon mental.
Que je me permette aujourd'hui de réagir est sans doute à situer dans un contexte, sinon subjectiviste, du moins de relativisme critique, où j'ai remarqué, depuis la mort de Jean-Paul II et l'élection de Benoît XVI, que tout le monde se permet de discuter des faits et gestes du pape, moins soucieux de le recevoir que de savoir jusqu'où il le reçoit.
Je n'irai pas jusqu'à dire que cette liberté de ton face aux actes de gouvernement du pape traduit un "sédévacantisme pratique" ou latent, car peu de catholiques concevraient simplement l'idée que le Siège de Pierre ne fût pas occupé; mais il y a incontestablement une perte d'autorité du siège pétrinien, et c'est l'aile conservatrice de l'Eglise catholique qui est à l'origine de cette contestation de l'autorité du pape, notamment en replaçant comme elle l'a fait l'infaillibilité dans les limites de son exercice : naguère, out catholique était infaillibiliste jusqu'au "culte de la personnalité"; aujourd'hui, chacun en prend à son aise avec la personne du vicaire du christ, avec son habillement, ses expressions, ses écrits, ses actes de gouvernement; et en m'apprêtant à dire en quoi cette cérémonie des canonisations m'a frustré, je me prête à cet esprit relativiste, et cela m'étone d'autant plus que ma formation et mon éducation ne m'ont pas du tout préparé à donner là-dedans.
Mais venons-en au fait.
Je commencerai par lever un lièvre en tremblant.
Ai-je eu la berlu, ou les paroles de la consécration du corps du christ ont été oubliées, ce qui n'invaliderait certes pas la canonisation en tant que telle, mais poserait des questions sur la validité de la messe qui a suivi? Quelqu'un pourrait-il m'éclairer sur ce point?
Ensuite, il me semble que le pape François a fait une homélie d'une brièveté qui était plus que de la sobriété, mais confinait à l'indigence:
On peut dire qu'il est très difficile à un successeur de Pierre de prendre ses marques par rapport à ses prédécesseurs directs, et cela peut expliquer que le pape François ait préféré ne pas s'apesantir sur le règne des deux papes qu'il élevait sur les autels.
Dans le même ordre d'idées, j'ai trouvé presque cavalier qu'il salue les cardinaux présents à la cérémonie, et ne fasse pas mention de Benoît XVI, bien qu'il l'ait physiquement salué au début et à la fin de la cérémonie.
Assurément, la dimension politique des canonisations n'a pas échappé au pape françois; je dirais même que son homélie donnait l'impression que les débats qui ont eu cours ici même lui étaient connus et qu'il voulait en quelque sorte y répondre.Je m'étonne ainsi que, pour caractériser Jean-Paul II, il ait repris le premier point de l'analyse qu'a fait de son pontificat l'abbé Loiseau (dans sa vidéo postée ici et qu'on peut trouver sur Youtube sous le titre: "Jean-Paul II, saint ou apostat?" Le pape a certes précisé que Jean-Paul II souhaitait lui-même que la mémoire de l'Eglise ait retenu de lui cet aspect de "pape de la famille". Personnellement, je me démarque du traditionalisme, entre autres en regrettant que ce "familialisme" du pape ait été presque unilatéral, et qu'il ne se soit jamais accompagné chez Jean-Paul II d'une dénonciation publique de la tendance qu'ont les familles à se fermer sur elles-mêmes, à se scléroser et à cultiver des névroses en étant ces vases clos où fermentent des secrets difficiles.
La famille est un bien, mais l'homme doit en sortir. La genèse ne dit pas autre chose, et l'attitude de Jésus dans l'Evangile ne nous montre pas non plus un respect aveugle de la famille.
Jean-Paul II qualifié "pape des familles", ce jugement allait de paire avec la canonisation du concile que beaucoup redoutaient ici et qui ne me pose personnellement pas de problèmes, on s'en doute.
Concernant Saint Jean XXIII, François a employé la formule :
"C'est un guide guidé", qui aurait manifesté la disponibilité particulière d'un pape à l'Esprit-Saint.
On retrouve là la généalogie pentecôtiste du concile, sur laquelle s'est appuyé le pari du vatican sur les communautés charismatiques, pari qui n'a pas été sans faire déchanter ceux qui l'ont risqué, à travers les abus dont une fréquentation récente de ces communautés m'a fait toucher du doigt qu'ils sont quasiment consubstantiels à la dérive émotionnelle qui en fait le ciment.
Mais sans prêter de mauvaise intention à ce "pape" qui accuse en lui-même une "sainte ruse", quelque chose me déplaît dans le caractère ostentatoire avec lequel François veut placer le synode sur la famille sous la surveillance spirituelle de Jean-Paul II.
Car de deux choses l'une:
-Ou bien l'ouverture à des catégories sociales brimées par l'Eglise aura lieu, ainsi que le questionnaire sur la famille communiqué par le vatican peut le laisser présager, ce dont je ne serais pas fâché, mais ce qui, à coup sûr, n'aurait pas été du goût de Saint Jean-Paul II. Or prendre ces décisions sous son patronage reviendrait à un détournement moral de sa mémoire.
-Ou bien François, "guide guidé", se demande jusqu'où ne pas aller trop loin, et il se place sous l'autorité de Jean-Paul II afin de se protéger lui-même contre ce qu'il ressent comme de possibles dérives.
Quoi qu'il en soit, même si ces interprétations n'engagent pas plus que la subjectivité qui les produit, le fait qu'autant de fenêtres puissent se laisser ouvrir pour prêter à une critique que je crois assez factuelle montrent les limites de la canonisation des souverains pontifes par leurs successeurs presque directs, voire de l'autosanctification de l'institution éclésiale par ceux qui en ont la charge actuelle.
Pour fielleux qu'aient quelquefois été les débats qui ont eu lieu sur ce forum touchant ces canonisations, ils révèlent néanmoins que la canonisation des papes récents devraient être soumise à une autre procédure, qui assume plus franchement le retour à "la voix populaire".
Ainsi, si Jean-Paul II avait été proclamé "sancto subito" comme le monde entier semblait presque l'exiger au moment de ses funérailles (bien que les Focolari aient porté cette revendication), la signification politique de sa canonisation la polluerait beaucoup moins qu'elle ne le fait aujourd'hui.
La question serait sans doute de savoir comment concilier la prudence éclésiale et la prestesse avec laquelle il faut sans doute faire confiance au "sensus Eclesiae" qui réclame le retour à la canonisation par la voix populaire, qui ferait que le pape ne serait pas le seul à bénéficier du privilège de procéder à des canonisations équipolentes, prenant des libertés avec la procédure.