Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=749021
images/icones/neutre.gif  ( 749021 )Pourquoi la pêche miraculeuse n'est-elle pas le signe sacramentel de l'Eucharistie? par le torrentiel (2014-04-25 11:00:58) 

Aujourd'hui, l'Eglise propose à notre méditation (en tout cas dans le nouveau calendrier liturgique) le texte de la pêche miraculeuse.



Celui-ci me fait m'interroger sur la relation de la Cène du Seigneur avec les gestes eucharistiques.



La Cène du seigneur est le geste par lequel je suis censé absorber à l'intérieur de moi la Présence Même du dieuVivant.



Jusqu'où vais-je être capable de laisser cette Présence habiter en moi, qui ne suis qu'une demeure indigne ? Vais-je approcher de la table ?et si je n'approche pas, vais-je avoir la Vie en moi ?



Comment se fait-il que les gestes non sacramentels eucharistiques du seigneur me semblent a priori mieux faits pour moi ?



Le premier est le lavement des pieds, où le seigneur me lave par le bas du corps. Moi qui ne veux pas servir, Il Se fait mon serviteur. Il se met à genoux devant moi qui n'aime pas me prosterner.



Pour le second geste eucharistique, le Christ me prépare à déjeuner. Il ne Lui suffit pas de S'être Lui-même donné à manger à moi qui ne veux pas nourrir mes frères (cf la réaction des disciples avant la multiplication des pains). Au cas où je déclinerais ma participation au Repas qu'Il me donne et où Il est nourriture, Il cuit pour moi du pain et du poisson, c'est-à-dire qu'Il prélève dans la Création des éléments qui le symbolisent et qu'Il les transforme en ardeur.



Il S'offre à moi en me dominantde la tête et des épaules. Ce feu qu'Il fait brûler pour moi, je le connais, il brûle en moi. Il ne m'intimide pas, et en même temps, la sollicitude de ce ressuscité qui cuisine pour moi me fait fondre.



Comment se fait-il que la pêche miraculeuse soit le seule geste que l'Eglise ne puisse pas reproduire, et pourquoi est-ce celui qui m'attire le plus ? Car son imitation ne peut pas comme l'imitation de la charité dégénérer en condescendance. Jésus S'y donne tout autant, mais sans que ce mode de nutrition qui me réchauffe l'intellect n'entraîne de fragmentation de Sa Personne éparpillée en tous ceux qui vont Le recevoir sans Le refléter.



Pourquoi n'est-ce pas la pêche miraculeuse qui est le signe de l'Eucharistie ? et pourquoi y a-t-il trois modes de nutrition : le service au bas de mon corps, la Libéralité culinaire de Dieu qui me fait perdre la tête, et le Signe eucharistique et sacramentel de la cène qui me prend le cœur parce que Jésus, le Christ, ne cesse de S'y briser jusqu'à la fin des temps ?
images/icones/bible.gif  ( 749029 )La réponse est la suivante par Jean-Paul PARFU (2014-04-25 11:50:55) 
[en réponse à 749021]

C'est parce que :

1) l'Eucharistie est vraiment le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus-Christ ;

2) et que nous communions dans le cadre du sacrifice eucharistique, institué le Jeudi-Saint par la Cène, mais réalisé le Vendredi-Saint sur la Croix !

Déjà symbolisée par "la Manne" que les Hébreux mangeaient dans le désert pendant l'Exode (Ex. 16-2), elle ne peut être que du pain qui rappelle la chair et du vin qui rappelle le sang !
images/icones/fleche2.gif  ( 749039 )Il y a eu deux pêches par Jean Ferrand (2014-04-25 12:30:06) 
[en réponse à 749029]

Il y a eu deux pêches miraculeuses, celle avant la Résurrection qui a précédé le choix des premiers disciples, décrite par saint Luc (5, 1-11), et celle après la Résurrection qui a conforté la foi des apôtres, et qui nous est racontée par saint Jean (21, 1-23).
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 749071 )Des éléments, des composants... par Glycéra (2014-04-25 15:22:48) 
[en réponse à 749021]


Bonjour Le Torrentiel

Pourquoi la pêche miraculeuse n'est-elle pas le signe sacramentel de l'Eucharistie?

Parce qu’il n’y a pas le Vin qui est le Sang.
Le sang : ce fluide qui cause les mouvements du coeur dit-on, et l’embryologie le prouverait plutôt que de voir le coeur comme pompe de circulation. IL y a là des études médicales en cours. Le sang serait le porteur, le support de l’information et des nourritures qui y circuleraient, mais pas une énergie cinétique. Il ne coulerait donc que quand il y a une ouverture dans le réseau, débit selon la pression que le coeur assure. Chaque cellule cardiaque bat, en cohésion entre elles, cf le miracle du morceau de coeur à Buenos Aires, que le Cardinal Bergoglio a insisté pour l’envoyer étudier...

parce que le poisson est une nourriture autre.
Périssable sauf sec, peut manger l’homme comme Jonas, a besoin d’eau pour vivre.
Au Paradis nul vivant n’en mangeait un autre, l’homme vivait de végétaux. Nous ne mangeons pas l’agneau non plus pour l’Eucharistie.
Nous devons avaler les poissons comme dit Annick de Souzenelle dans son explication des cycles dans les niveaux de conscience, passant de dessous l’eau à au-dessus des flots en spiralant dans notre progression de plus en plus profond, et de plus en plus haut.

Quelle pêche miraculeuse considérez-vous ? La première qui est appel à recruter ou la deuxième après la résurrection ? Ou celle des 153 gros poissons, qui appelle notre Rosaire et tout le symbolisme du triangulaire de 17 ? Jésus ne nous pèche pas... Dans ses multiplications il y eu aussi pain et poissons. N’est-ce pas pour dire que le poisson est fondation, symbole de l’Ancienne Alliance et que Dieu passe outre les sacrifices grâce au pain azyme. Les Orientaux employaient aussi des azymes (= sans enzymes) au début.

La communion où l’homme semble absorber son Dieu n’est-elle pas en fait, comme cela se passe en homéopathie, Dieu qui absorbe l’homme par l’information thérapeutique qui s’introduit en lui ? Je comm-unis pour que Dieu me mange, et ma vie en sera autre, élargie en Lui. Alors, Il ne m’intimide plus, Il m’adopte, et je l’adopte, nous nous sommes choisis : Il a proposé et j’ai disposé la Table, je me suis invitée là où Il m’invite. Même sècne là que Jésus qui prépare et mange lui aussi, le poisson qui n’est pas Lui. Jésus n’a jamais communié le pain consacré, Il l’a distribué... Et le traître est repéré à ce qu’il a mis la main au plat pour se servir tout seul.

Les autres gestes que la patène et la coupe sont des sacramentels, certainement, et porteurs de grâces, mais non transformante autant que le sacrement. Le Baptême ne peut se gommer, la confirmation non plus. La pénitence a délié ou lié dans le Ciel, elle est ingommable aussi. L’eucharistie est diffusée dans le corps, inséparablement. Le mariage et l’ordination sont définitifs dès que valides. La dernière onction et le Viatique : cf pénitence et communion. La pêche, le lavement, les prêches sont effaçables, sauf dans les souvenirs de notre coeur. Dans la patène et la coupe il y a Jésus lui-même, Dieu entier dans chaque élément. Il n’a pas sanctifié son geste de pêcher, de multiplier ou de guérir les corps.

J’ai aimé votre réflexion, et les croisements qui enrichissent notre contemplation du Don de Dieu.
Merci de l’avoir mise en ligne. Avec mes bonnes et amicales salutations.
Glycéra
images/icones/neutre.gif  ( 749176 )[Réponse] par le torrentiel (2014-04-26 15:47:02) 
[en réponse à 749071]

(Dame Glycéra ne m'en voudra pas de communiquer ici la suite de notre échange à propos de ce sujet fondamental. Je salue au passage Me Parfu dont la réponse était un peu scolaire, matériellement et formellement exacte, mais n'entrant pas dans la question peut-être jugée par lui absurde, d'un changement possible de matière des espèces sacramentelles.

Je salue aussi M. Jean ferrand à qui je réponds que je faisais bien sûr allusion à la pêche miraculeuse d'après la Résurection, et dans l'intervention de qui, en dehors de ce fil, je me suis retrouvé à propos de son émerveillement d'avoir approché un saint en la personne de Jean-Paul II, c'est également mon cas.

Je prends même le risque d'ajouter que j'ai aussi approché soeur Emmanuelle et que j'ai très nettement eu l'impression de ne pas avoir rencontré une sainte ; alors qu'au contraire, l'abbé Pierre que je n'ai jamais rencontré était probablement un saint, mais s'est condamné à un verdict défavorable dans un éventuel procès en béatification pour avoir lui-même révélé des "liaisons passagères" dans son livre d'entretien avec frédéric Lenoir, "Mon dieu, pourquoi?"....

Voici d'abord, dans ce message, ma réponse à celui de dame glycéra, adressé dans ma boîte mail):


Bonjour, dame Glycéra,

j'avais besoin de votre réponse. [...]


Je vais y revenir, la reprendre, je n'en comprends pas tout.


Je "tilte" premièrement sur votre question :C'est la seconde pêche miraculeuse que je considère, celle qui a lieu après la résurrection, j'allais dire, bien entendu.


Ensuite, quelque chose me gêne dans ce que vous dites : l'homme doit certainement traverser la phase du poisson, mais s'il ne s'agissait que de cela, je ne crois pas que le Christ aurait usé de ce symbole à ce moment-là, après la résurrection, ni surtout qu'Il se serait laissé identifier au signe du poisson, si ce n'est pour renouveler le miracle de tobie et guérir justement les yeux de [cet] aveugle, celui qui ne veut pas voir le symbole.


Pourquoi, hormis le sang, y a-t-il usage différent du symbole, selon que les espèces du pain et du vin peuvent être transformées en Christ et que le poisson doit rester un élément puisé dans la nature et préparé pour nous par le ressuscité, non transformé en lui ?


Par contre, ce qui me parle, c'est cquand vous définissez le sens de la communion : il faut que j'absorbe Dieu pour qu'Il m'absorbe, que je Le mange pour qu'Il me mange.

Il y a comme un rétablissement de mon assimilation par Celui dont je suis le "fac simile", créé à Son Image et ressemblance.


Si vous avez aimé ma petite pensée contemplative, c'est qu'il y a très longtemps que je la nourris ou qu'elle pousse sa question en moi, sans que j'aie osé m'y attaquer. Et puis, ce matin, je me suis décidé.


Merci pour la manière dont vous savez servir de guide dans le Jardin et pour cette petite promenade en paradis.

Julien, qui espère avoir le plaisir de vous voir bientôt
images/icones/neutre.gif  ( 749177 )"Le poisson n'est pas un mauvais signe" par le torrentiel (2014-04-26 15:54:37) 
[en réponse à 749176]

(par dame glycéra)

"Bonsoir SIeur Torrentiel

Le poisson n’est pas un mauvais signe... mais est-il le meilleur pour tout dire ?
Il n’y a pas d’eau non plus dans l’Eucharistie, sauf celle qui est substrat du vin.... et du pain aussi.
A part la petite goutte ajoutée dans le calice, qui est l’infime de l’humanité du Christ dans sa divinité...
Pourtant c’est bon et riche l’eau... et Dieu aussi la donne à boire, nous lave avec, et nous y construit puisque nous flottons dans la mer en notre mère.

Le poisson a l’avantage du jeu de mot avec le grec...

Le poisson existe tel quel, et le pécher est facile à quiconque. Il ne s’est même pas agi du nuoc-mam.
Le vin et le pain sont fermentés... cela transforme la matière cueillie.
Les hosties sont faites comme des pains de Pâques : avec les azymes de la sincérité et de la Vérité. (texte de la messe de Pâques)
La fermentation doit être arrêtée à temps pour que cela soit consommable.
Sans travail de l’homme point de pain ni de vin. (sauf coup d’imbécile comme celui de Noé)

L’eau, l’esprit et le sang...est-il dit pour la composition du vivant.
Toujours pas de poisson... En plus, il est dit qu’il pourrit par la tête... jeu de mot avec l’autre formule qui dit que la pourriture des meilleurs est la pire. Il me semble que c’est en grec qu’on a ce double sens.
Je vois le poisson comme un outil de maturation, de guérison, de réfection, de contemplation selon les moments, mais pas comme un mode d’Union Absorbante.

Et si on avait pris le poisson, on aurait éliminé le pain, le vin, pris les trois ?
le Vin a à faire avec l’Esprit... spiritueux ou spirituel ? Pas un hasard non plus.
Ce sont de rapides kaléidoscopes qui tournent ce soir. Pas des concepts étudiés.

Raisonner, pour laisser résonner l’absurde : et si cela avait été autrement, qu’est-ce qui aurait manqué ? qu’est-ce qui en aurait résulté ? Pousser la logique au bout de son couloir... et repérer l’issue absente ! Cela me convient mieux, d’un flash de deviner que je vais m’écraser le nez, que de bâtir brique à brique un ordre de boeuf courageux dans sa logique en ligne.

Bonne soirée à vous
Glycéra







images/icones/neutre.gif  ( 749182 )L'Eucharistie a répondu au désir de simone weil... par le torrentiel (2014-04-26 16:34:11) 
[en réponse à 749177]

Bonjour, dame glycéra,

Je vous réponds directement sur le forum.


Avant de m'expliquer sur le titre du présent message, je commence par admettre que ma question n'est pas habituelle.

D'habitude, on se demande:
"Pourquoi la Passion du Christ a-t-elle été le tribut de notre rachat?"
Et saint Thomas de répondre que la question n'est pas absurde, qu'un seule Regard du Fils de dieu aurait suffi à sauver l'homme.

Et voici que j'arrive avec ma question:
"Pourquoi ces signes de l'Eucharistie et non pas d'autres?"

J'ai moi-même relevé l'impossibilité matérielle de reproduire le signe. Après tout, le prêtre pourrait suppléer l'absence du christ. On aurait alors des curés cuistauds, des chefs, des coqs... Sinon que la fonction sacerdotale est, du plus profond de l'anthropologie religieuse, ordonnée à séparer le peuple de son péché, au regard de la divinité. Donc les prêtres cuisiniers manqueraient à la sacralité de la fonction sacerdotale. Galégeade? Non pas.


J'entendais ce midi sur France culture une interview par Dominique souchier de Jacques Julliard, qui vient de sortir un livre sur Simone weil.
Dominique souchier évoqua au cours de la conversation une citation où Simone weil s'exclamait au contraire de Saint-Paul, non pas que vide ou vaine serait sa foi si le Christ n'était pas ressuscité, mais qu'il lui serait beaucoup plus facile de se rapprocher des Evangiles si ceux-ci n'avaient pas mis l'accent sur la Résurrection du Christ.


Ma perplexité à l'égard des signes de l'Eucharistie est inverse de celle de la grande philosophe à l'égard des evangiles : je regrette que l'Eucharistie, non pas reproduise le symbolisme sacrificiel et le sacrifice du christ jusqu'à la fin des temps, mais qu'Il mette l'accent sur le Christ en sa Passion, sans que la résurrection apparaisse comme évidente, au point que les révélations privées n'en parlent quasi pas, et qu'y compris la dévotion catholique s'en réjouise beaucoup moins qu'elle ne médite sur les douleurs du christ.


"Le Christ a versé telle goutte de sang pour moi", s'émouvait Pascal. Cette vision était favorisée par le fait que le Sang fait le quotidien du fidèle de l'Eucharistie qu'est le chrétien.

bien sûr, vous donnez un argument fort en faveur du sang en rappelant que c'est le signe du vivant. Sans le sang, pas de vie de même que, nous dit le lévitique, "l'âme de la chair, c'est le sang." Mais la vie dont nous parle le Sang est celle de "l'être pour la mort" de Heidegher. Ce n'est pas LA VIE EN SOI. De même que la vie dont nous parle le vin mélange la force de la vie et les ravages de l'ubris.


Le sang, le vin, non le poison, mais le poisson, autant de symboles réversibles. Si "le poisson pourrit par la tête", le vin ravage par l'ivresse, et le sang par le goût du sang des hommes sanguinaires.


Si le Poisson est un symbole de si peu d'importance, pourquoi est-il devenu l'emblème du christianisme?


Cela me fait pointer une faiblesse du chemin proposé par annick de souzenelle, il est trop progressif, aux limites du progressisme spirituel: l'homme ne devrait pas rester poisson. Il y aurait une évolution en phase ascensionnelle. Or le christ a manipulé du poisson jusque dans ses actes de ressuscité. C'est même, avec le Pain, la seule matière qu'on le voit toucher. C'est donc qu'elle doit être réévaluée dans notre perception symbolique. Ne croyez-vous pas?


Le torrentiel, qui vous remercie de porter intérêt à cette question.
images/icones/fleche2.gif  ( 749256 )Mais ce n'est quand par Jean Ferrand (2014-04-27 09:22:47) 
[en réponse à 749021]

Mais ce n'est quand même pas notre faute si le Christ a institué l'eucharistie par le signe sacramentel du pain et du vin et non par celui du poisson ! Je ne vois pas où vous voulez en venir.

J'aperçois quant à moi une raison providentielle : le pain et le vin sont universels (ou presque). Pas le poisson qui pourrait même disparaître.

Vous ne voyez pas que le Christ ait pu dire : ce poisson est mon corps, non ? Faudrait-il un poisson vivant ou mort ? Même une baleine ?