Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=747106
images/icones/ancre2.gif  ( 747106 )COMECE : de bonnes réflexions sur les élections européennes par Paterculus (2014-03-27 19:09:40) 

J'ai critiqué récemment le thème retenu pour la réunion de la COMECE.

Je me dois donc de signaler la déclaration que ces évêques ont faite à propos des élections européennes, et qui me paraît bonne dans l'ensemble. Par exemple elle cite le principe de subsidiarité, qui a trop souvent été ignoré de l'épiscopat français.


Du 22 au 25 mai 2014, nous serons appelés à élire les députés qui siègeront au Parlement européen. Le résultat de ces élections déterminera la nature de la législature pour l’UE dans les cinq prochaines années et aura des implications majeures pour ceux qui dirigent l’UE.

Il est essentiel que les citoyens de l’UE participent au processus démocratique en votant le jour des élections. Une forte participation renforcera d’autant la nouvelle législature.

La perspective de ces élections offre la possibilité à l’ensemble de la société européenne de débattre de questions socio-économiques centrales qui marqueront l’Union européenne dans les années qui viennent.

En tant qu’évêques de la COMECE, nous estimons qu’il est de notre devoir de proposer des orientations à l’électeur/électrice européen(ne) pour qu’il/elle forme sa conscience. Pour ce faire, nous souhaitons attirer leur attention sur des questions importantes en les examinant à la lumière de la pensée sociale de l’Eglise.

Bien que nous nous adressions en première instance aux citoyens de confession catholique, nous espérons que notre conseil/avis recevra également un accueil favorable auprès des hommes et femmes de bonne volonté qui se soucient du succès du projet européen. Nous espérons que notre voix sera également entendue par les candidats aux élections au Parlement européen.

Pour commencer, nous souhaiterions attirer l’attention sur quelques considérations d’ordre général:

1. Voter est un droit et un devoir pour chaque citoyen de l’UE. Plusieurs millions de jeunes citoyens voteront pour la première fois. Parmi eux, certains sont encore en formation, d’autres sont déjà sur le marché du travail, et beaucoup, hélas, sont sans emploi. Nous encourageons nos jeunes à faire entendre leur voix en s’impliquant dans le débat politique et surtout en votant.

2. Il est important que les candidats et les députés qui se représentent pour un mandat au Parlement européen soient conscients des dommages collatéraux causés par la crise économique et bancaire qui a débuté en 2008. Le Pape François a attiré l’attention de l’opinion publique sur la détresse de ceux qui étaient déjà pauvres et vulnérables - les jeunes et les handicapés - sans oublier ceux qui ont été jetés dans la pauvreté par la crise actuelle. Le nombre de « nouveaux pauvres » est en train de croître de manière alarmante.

3. Le message chrétien est un message d’espoir. Nous croyons que le projet européen est inspiré par une vision noble de l’homme. Chaque citoyen, chaque communauté et même chaque Etat-nation doit être capable de mettre de côté ses intérêts particuliers en vue de la poursuite du Bien commun. L’exhortation apostolique Ecclesia in Europa publiée par le Pape Jean Paul II en 2003 était un message d’espoir et c’est avec la même foi solide dans un avenir meilleur que l’Eglise aborde les défis européens actuels.

4. La Tempérance est l’une des vertus naturelles au cœur de la spiritualité chrétienne. Une culture de retenue doit guider l’Economie sociale de marché et les politiques de l’environnement. Nous devons apprendre à vivre avec moins et, par là même, veiller à ce que les personnes qui vivent dans la vraie pauvreté obtiennent une meilleure part.

Nous aimerions également attirer l’attention de nos concitoyens sur certains domaines spécifiques des politiques de l’UE :

1. Il faut veiller à ce que les démarches de plus en plus nombreuses visant à l’unité au sein de l’UE ne sacrifient pas le principe de subsidiarité, qui est le pilier de cette famille d’Etats nations unique au monde que représente l’UE ; ni ne compromettent les traditions bien établies qui prévalent dans tant d’Etats membres.

2. Un autre pilier de l’Union européenne, qui est également un principe de la doctrine sociale de l’Eglise, est celui de la Solidarité. Ce principe devrait guider les politiques menées à tous les niveaux de l’UE, entre nations, régions et groupes de population. Il nous faut construire un monde nouveau, qui soit centré sur la solidarité.

3. Il est fondamental de rappeler qu’à la base de toute politique sociale et économique se trouve une vision de l’homme enracinée dans un profond respect de la dignité humaine. La vie humaine doit être protégée de la conception à la mort naturelle. La famille, qui est la composante de base de la société, doit bénéficier de la même protection.

4. L’Europe est un continent en mouvement et la migration – qu’elle soit interne ou venant de l’extérieur de l’Europe – a un impact sur la vie des personnes et de la société. L’UE a une frontière extérieure commune. La responsabilité de l’accueil et de l’intégration des migrants et demandeurs d’asile doit être partagée proportionnellement entre les États membres. Il est crucial de traiter avec humanité les migrants à leur arrivée et que leurs droits humains soient scrupuleusement respectés, et que par conséquent, tous, y compris les Eglises, s’efforcent de garantir une intégration réussie dans les sociétés d’accueil sur le territoire de l’Union.

5. Nous sommes les gardiens de la création et nous devons accroître notre détermination à respecter et atteindre les objectifs d’émissions de CO2, à promouvoir une conception globale des changements climatiques, à adopter une approche plus écologique et nous devons exiger que la durabilité devienne un élément fondamental de toute politique de croissance ou de développement.

6. La liberté religieuse est un élément fondamental d’une société tolérante et ouverte. Cette liberté comprend la liberté de manifester sa foi en public. Nous nous réjouissons de l’adoption de Lignes directrices de l'Union sur la promotion et la protection de la liberté de religion ou de conviction et nous espérons que le Parlement européen qui sortira des urnes intensifiera ses efforts en la matière.

7. Nous soutenons toutes les mesures qui peuvent être prises pour protéger un jour de repos commun hebdomadaire, qui est le dimanche.

8. Dans les cinq prochaines années, le changement démographique aura un impact encore plus profond sur l’UE. Nous plaidons en faveur de nos concitoyens âgés, afin qu’ils aient accès au niveau et à la qualité de soins auxquels ils ont droit, et nous plaidons aussi pour la mise en place de politiques qui créent de nouvelles opportunités pour la jeune génération.

L’Union européenne est à un tournant. La crise économique déclenchée par la faillite bancaire de 2008 et le poids de la dette publique, a tendu les relations entre les Etats membres. Elle a mis à rude épreuve le principe fondateur de Solidarité au sein de l’Union. Elle a aussi entrainé dans son sillage une vague de pauvreté qui a frappé un grand nombre de nos concitoyens et a brisé les espoirs de beaucoup de jeunes.

Nous, les évêques catholiques, plaidons pour que le projet européen ne soit pas mis en danger ni abandonné sous la pression des contraintes actuelles. Il est impératif que nous tous – hommes et femmes politiques, candidats, parties prenantes – nous contribuions à forger de façon constructive le futur de l’Europe. Nous avons trop à perdre si le projet européen venait à se disloquer.

Enfin, il est essentiel que nous tous, qui sommes des citoyens européens, nous nous rendions aux urnes le 22-25 mai prochains. Nous, les évêques, nous vous enjoignons à voter suivant votre conscience préalablement bien formée.



Votre dévoué Paterculus
images/icones/hein.gif  ( 747112 )Oui, bien sur, avec un regret par megnace (2014-03-27 19:33:41) 
[en réponse à 747106]

au point 4 de la 2ème partie, concernant la migration.

Certes, nous savons depuis l'Ancien Testament qu'il faut bien traiter la veuve, l'orphelin et l'immigré.

Mais j'aurais bien aimé connaître l'opinion des membres de la COMECE sur l'opportunité d'accueillir les immigrants, surtout venant d'hors UE.

Est-il normal d'ouvrir les frontières à tout vent ? Ou peut-on trier comme la Suisse vient de s'en donner le droit formel ? Ou encore peut-on carrément refuser l'immigration ?

Quelle est, si en existe,la doctrine sociale de l'Eglise à ce sujet ?
images/icones/ancre2.gif  ( 747115 )Des éléments par Paterculus (2014-03-27 20:01:27) 
[en réponse à 747112]

Vous trouverez des éléments dans le texte "Erga migrantes caritas Christi".
Il y a peut-être d'autres textes, mais je n'ai pas le temps de les rechercher.
Le Salon Beige avait fait une recension des textes du Magistère qui vont à l'encontre de l'idéologie mondialiste à ce sujet.

De toutes façons, de simples réflexions de bons sens devraient suffire.
- A propos de l'immigration clandestine : depuis quand la morale exige-t-elle qu'une infraction confère des droits ?
- A quoi sert-il de rappeler les racines chrétiennes de l'Europe, si c'est pour en remplacer la population par une autre, qui n'a pas de racines chrétiennes ?
- Pourquoi dit-on que c'était très mal que des Européens aillent en Afrique pour y faire la loi, lors de la colonisation, alors qu'on dit que c'est très bien que les Africains exigent de modifier les lois européennes selon leurs critères ?
- Pourquoi l'Eglise insiste-t-elle sur l'inculturation du message évangélique dans les pays récemment évangélisés, c'est à dire sur une présentation du message respectueuse des valeurs locales, et ne devrait-elle pas insister sur le respect des valeurs européennes ?
- Etc.

VdP
images/icones/fleur.gif  ( 747124 )Merci Mr l'Abbé, avec mes excuses par megnace (2014-03-27 22:02:51) 
[en réponse à 747115]

pour avoir tardé : je regardais FR 2, avec une certaine délectation morose et amère.
images/icones/1f.gif  ( 747152 )ces gens-là nous préparent "le camp des saints" par blamont (2014-03-28 10:29:49) 
[en réponse à 747112]

en version longue et sans bonus.

Face à dix ou trente millions de migrants venus du Sud, tenants de critères de civilisation opposés aux nôtres, que feront ces belles âmes?
Combien d’évêchés en Afrique du Nord avant l'invasion musulmane?
Combien de nos jours?
la nature a horreur du vide.
Quant à la subsidiarité, les liseurs ont bien montré l’ambiguïté de la compréhension du terme selon les parties.

ne pas donner la définition de quoi l'on parle, c'est se préparer à perdre.

Idem pour la solidarité, cet alibi étatique et totalitaire pour justifier les ravages issus des contraintes contre la responsabilité, les libertés, la propriété.
images/icones/ancre2.gif  ( 747113 )FAFCE : "Vote for family !" par Paterculus (2014-03-27 19:37:18) 
[en réponse à 747106]

La fédération des associations familiales catholiques en Europe lance une action à propos des européennes.
Voyez le site dédié de cette action.
Bravo !
VdP
images/icones/neutre.gif  ( 747122 )Subsidiarité, oui mais laquelle ? par jl d'André (2014-03-27 21:17:47) 
[en réponse à 747106]

Voici le principe de subsidiarité tel qu'il est énoncé dans le traité de Lisbonne, base de l'actuelle union européenne :

En vertu du principe de subsidiarité, dans les domaines qui ne relèvent pas de sa compétence exclusive, l'Union intervient seulement si, et dans la mesure où, les objectifs de l'action envisagée ne peuvent pas être atteints de manière suffisante par les États membres, tant au niveau central qu'au niveau régional et local, mais peuvent l'être mieux, en raison des dimensions ou des effets de l'action envisagée, au niveau de l'Union.


Et voici le principe de subsidiarité tel qu'il fut énoncé par Pie XI dans Quadragesimo anno :

de même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes


Le pape parle de ne pas retirer aux groupements inférieurs les fonctions qu'ils peuvent remplir eux-mêmes et le traité de les leur retirer si l'échelon supérieur peut le faire mieux C'est exactement le contraire : le professeur fera toujours mieux le devoir que l'élève, pourtant il doit le lui laisser faire et n'intervenir que s'il en était totalement incapable.
Vu le contexte, il est fort vraisemblable que les évêques parlent plutôt de la subsidiarité telle qu'elle est définie par le traité de Lisbonne puisqu'ils le présentent comme un autre pilier de l'union européenne.
images/icones/ancre2.gif  ( 747128 )Très juste ! par Paterculus (2014-03-27 22:27:15) 
[en réponse à 747122]

Je ne suis pas sûr que les évêques en question pensent à la subsidiarité comme les eurocrates, mais en effet ils auraient bien fait de le préciser.
Il y a une vingtaine d'années, la CEF avait fait venir un ténor socialocrate, qui avait parlé de subsidiarité : mais plusieurs évêques, dont Mgr Brincart, lui avaient montré qu'il prenait les choses à l'envers.

Par ailleurs, je crains que votre exemple du devoir que l'élève fera moins bien que le professeur ne s'applique pas vraiment ici. Car l'échelon inférieur, dans les communautés naturelles, est au contact des réalités concrètes et fera mieux que l'échelon supérieur dans la plupart des cas.

VdP
images/icones/neutre.gif  ( 747156 )Certes ! par jl d'André (2014-03-28 10:46:17) 
[en réponse à 747128]

Je sais très bien que l'exemple du professeur et de l'élève ne s'applique pas. Le seul but de cet exemple était de faire comprendre la nuance entre "ne pas pouvoir faire" et "le faire moins bien".
Quant à l'argument

l'échelon inférieur, dans les communautés naturelles, est au contact des réalités concrètes et fera mieux que l'échelon supérieur dans la plupart des cas.

il est très vrai, mais c'est précisément le genre d'argument que j'éviterai d'employer car on se place ainsi sur le terrain de l'adversaire. A partir du moment où on commence à débattre de ce que l'échelon inférieur fera mieux que l'échelon supérieur, c'est qu'on a déjà accepté le critère de la subsidiarité à rebours du traité de Lisbonne.
Il faut au contraire soutenir la légitime autonomie des échelons inférieurs même dans les rares cas où l'échelon supérieur serait susceptible de faire mieux. Cela signifie remettre en cause cette pseudo subsidiarité du traité de Lisbonne et donc soutenir aux élections européennes les seules listes qui le remettent en cause. Le moins que l'on puisse dire, c'est que ce n'est pas la position de nos évêques.