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images/icones/fleche3.gif  ( 746120 )le Concile Vatican II a-t-il commis une erreur capitale pastorale sur "les signes des temps" ? par jejomau (2014-03-13 08:36:03) 

Dans la Revue Item, un long et bel article très fourni et argumenté intitulé : "Le prêtre de Jésus-Christ face au Léviathan moderne" analyse en grande partie les rapports entre l'Eglise et le "monde". Je vous livre ci-dessous le chapitre II qui me parait susciter un intérèt sur le sujet:


Chapitre 2



Un changement de « politique » avec Vatican II



Avec le Concile Vatican II, l’Eglise va changer d’attitude vis-à-vis du monde moderne. Ce changement est manifeste.

Nous allons le voir en analysant le discours inaugural de Jean XXIII au Concile Vatican II, en analysant le texte de « Gaudium et Spes », le discours de clôture du Concile prononcé par Paul VI, en analysant le discours de Jean-Paul II à l’UNESCO et son jugement exprimé dans « Mémoire et Identité », son livre posthume que j’ai appelé, son « testament politique », (cf. La doctrine politique de Jean Paul II)



Section 1



Le discours inaugural de Jean XXIII



Certes, Jean XXIII, au début de son discours, rappelle bien la nécessité de confesser le Christ. Il rappelle bien l’opposition dont l’Eglise sera l’objet, puisque le Christ sera un « signe de contradiction » (Luc 2 34). Il rappelle bien aussi le texte où le Christ lui-même dit que : « Celui qui n’est pas avec moi est contre moi » (Lc 11 23). Mais, outre que ces deux textes ne seront plus jamais cités dans les documents conciliaires, comme le fait remarquer Romano Amério, dans son livre Iota Unum, (p. 68), - c’est là tout un symbole – Jean XXIII condamnera dans ce discours très sévèrement et d’une manière très claire, les « prophètes de malheur » qui « dans la situation actuelle de la société ne voient que « ruines et calamités ». Mais plus encore et surtout, l’Eglise, nous dit le pape, sans abandonner son opposition aux erreurs, « préfère recourir au remède de la miséricorde plutôt que de brandir les armes de la sévérité ». Elle met certes « en valeur les richesses de sa doctrine », mais ne veut plus « condamner ». On parlera alors entre l’Eglise et la société humaine de « rencontre », de « connaissance » et « d’amour réciproques ». Ce sont les trois mots utilisés par Paul VI, dans son Encyclique « Ecclesiam suam ». "Cette annonce du principe de la « miséricorde » , comme le fait encore remarquer Romano Amerio, "opposée à celui de la « sévérité » néglige le fait que, dans l’Eglise, la condamnation de l’erreur est, elle-même, œuvre de miséricorde, puisqu’en frappant l’erreur, on corrige celui qui errait et on préserve d’erreur les autres » (p. 74). La miséricorde ne peut toucher « l’erreur » mais seulement « l’errant » que l’on secourt en lui présentant la vérité et en réfutant l’erreur.

Enfin, Jean XXIII laisse entendre que l’erreur se reconnaîtrait par elle-même et se corrigerait d’elle-même. Ce principe est clairement démenti par les faits de l’histoire. Les hommes ne se ravisent pas des erreurs mais, bien au contraire, les confirment et vont même jusqu’à leur donner force de loi. Ainsi du divorce, ainsi de l’avortement. Ainsi de toutes les nouvelles unions contre natures. « Comme le dit encore Amerio, « voilà un point où la clairvoyance du pape a été irréfutablement prise à défaut » (p.75)

Voilà une variation importante dans l’attitude de l’Eglise catholique face au monde moderne.



Section 2



Gaudium et Spes



Cette « variation » est celle aussi du document conciliaire « Gaudium et Spes » Le cardinal Ratzinger nous a présenté ce document dans son livre « Les principes de la théologie catholique ». Pour lui, ce texte est comme le « véritable testament » du Concile Vatican II, il est comme « une somme consacrée à l’anthropologie chrétienne et aux problèmes centraux de l’éthique chrétienne ». Et là, nous avons un essai de définition du « monde ». Et c’est ainsi, nous dit le cardinal, que la constitution (n° 2) comprend par « monde » « un vis-à-vis de l’Eglise ». Le texte doit les amener tous les deux dans un rapport positif de coopération dont le but est la construction du « monde ». L’Eglise « coopère » avec le « monde » pour « construire le monde » – Voilà, dit le cardinal, la vision déterminante du texte. Comme on est loin de la pensée de Saint Pie X étudiée plus haut.

Il faut noter un deuxième élément de base caractéristique du texte conciliaire : « le concept de dialogue comme étant son caractère formel fondamental ». "Le Concile", lit-on sous la plume du cardinal, « ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d’amour à l’ensemble de la famille humaine… qu’en dialoguant avec elle… ». Le rapport entre l’Eglise et le monde est donc vu comme un « colloque », comme « un parler ensemble » et comme la recherche en commun de la solution des problèmes, l’Eglise apportant dans le dialogue ses propres possibilités et attendant un progrès grâce à l’échange de ses propres possibilités avec celles des autres. Ainsi serait finie l’attitude de réserve critique à l’égard des forces déterminantes du monde moderne. Cette attitude de réserve devait être effacée par une insertion résolue dans leur mouvement. « L’acquiescement au présent » est désormais de rigueur. Et la pensée du cardinal se termine par ces mots : « Si l’on veut un diagnostic global du texte, on pourrait dire qu’il est (en liaison avec les textes sur la liberté religieuse et sur les religions du monde) une révision du Syllabus de Pie IX, une sorte de contre Syllabus…Ce texte fut considéré comme « un défi à son siècle. Il a tracé une ligne de séparation devant les forces déterminantes du XIXème siècle : les conceptions scientifiques et politiques du libéralisme »… « Contentons nous ici de constater que le texte (Gaudium et Spes) joue le rôle d’un contre syllabus dans la mesure où il représente une tentative pour une réconciliation officielle de l’Eglise avec le monde tel qu’il était devenu depuis 1789 ».

S’il n’y a pas ici de « rupture » dans la pensée d’avec la position de toujours de l’Eglise, c’est que les mots n’ont plus de sens. Il est clair qu’après l’analyse que nous avons faite du monde moderne issu de la Révolution dans les chapitres précédents , nous ne pouvons pas partager un tel discours.

Cette nouvelle attitude face au monde est également celle de Jean-Paul II.



Section 3



JP II et « Mémoire et identité ».



Jean-Paul II, après avoir analysé très justement le monde moderne, ce qui le rapproche tout à fait de Pie X, parle de « dialogue », il propose iterum et iterum l’Evangile, la concertation et « l’aide fraternelle » avec le monde moderne. Il l’exprime très bien au chapitre 18 de son livre « Mémoire et Identité »: « Le souci d’aider l’homme est incomparablement plus important que les polémiques et que les accusations concernant, par exemple, le fond illuministe des grandes catastrophes historiques du XXe siècle. En effet, l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle » (p. 135).

Là, Jean-Paul II nous livre, entre autres choses, son jugement sur l’attitude qu’il convient d’avoir envers le monde moderne. Il s’inspire de « Gaudium et Spes ».

Face au monde actuel issu de la Révolution française, le Concile avait le choix entre deux attitudes pastorales, écrit Jean Madiran, dans un article de Présent, que Jean-Paul II tient pour également légitimes :

soit une attitude de contestation polémique et de condamnation doctrinale, ce fut celle de l’Eglise depuis (et contre) la Révolution française. Nous l’avons vu en analysant l’attitude de Saint Pie X

soit une attitude refusant désormais, à la suite de Jean XXIII, de prononcer des condamnations doctrinales, préférant aller « à la rencontre du monde contemporain » et engager avec lui un « dialogue constructif ».

Selon Jean-Paul II, le Concile a volontairement et clairement choisi son camp, il a adopté la seconde attitude, nous venons de le voir, décrétée plus conforme à « l’esprit de l’Evangile », car l’esprit de l’Evangile s’exprime avant tout dans « la disponibilité à offrir au prochain une aide fraternelle ».

Sur ce point, dit Jean Madiran à qui j’emprunte cette synthèse, il n’y a pas eu continuité, il y a eu rupture délibérée. Amério le disait déjà au sujet de l’attitude de Jean XXIII, nous l’avons vu.

« Je laisserai aux théologiens le soin d’examiner s’il est vrai en théorie que la seconde attitude soit plus « évangélique » que la première et si elle doit obligatoirement l’exclure (comme si l’on ne pouvait admettre que la première concerne les doctrines, les institutions, les lois et que, simultanément, la seconde concerne les personnes ». (C’est la position d’Amerio dans Iota Unum, nous venons de le voir).



Mais il y a aussi les faits : le monde issu de la Révolution française refuse, lui, le « dialogue constructif » ou plutôt, c’est encore plus grave, il ne feint de l’accepter que par tromperie.



A l’offre d’une « aide fraternelle », ce monde contemporain répond en imposant l’avortement, la promotion de l’homosexualité, le métissage des religions, l’égalitarisme suppresseur de toutes les discriminations, la supériorité de la loi politique sur la loi religieuse et, par-dessus tout, le diabolique enseignement obligatoire, dans les écoles, des dépravations sexuelles aux plus jeunes enfants.



Ainsi le Concile Vatican II, par un aveuglement sur les « signes des temps », a commis une capitale erreur pastorale. Au nom d’une attitude supposée « plus évangélique », mais radicalement inappropriée aux circonstances, il a exclu la contestation des erreurs, la dénonciation des lois injustes, la condamnation des abominations subversives, il a intellectuellement désarmé les fidèles, le clergé, et sa hiérarchie.

Dans le regard personnel que Jean-Paul II portait à la fin de sa vie sur le Concile, il apparaît donc que l’erreur décisive sur l’appréciation des « signes des temps » n’a pas été une dérive post-conciliaire, elle n’a pas été seulement le fait d’un faux « esprit du Concile », elle a bien été une faute du Concile lui-même. Jean XXIII l’avait convoqué pour cela : exclure désormais toute condamnation des lois et des mœurs contre nature, disqualifier comme « prophètes de malheur » ceux qui restaient réfractaires à une telle rupture. Et le malheur s’est aggravé.

"Les tactiques pastorales, par définition, sont discutables et elles n’ont qu’un temps. Quelquefois un temps insupportablement long, quand la réactivité intellectuelle est endormie par l’abrutissement médiatique." (Jean Madiran Article extrait du n° 7314 de Présent du Vendredi 25 mars 2011)


images/icones/vatican.gif  ( 746122 )Jean XXIII a commencé par être un de ces “prophètes de malheur”... par Vianney (2014-03-13 09:54:44) 
[en réponse à 746120]

 
...qu’il réprouvait dans son discours d’ouverture de Vatican II. Il suffit de relire l’encyclique Mater et Magistra pour y découvrir de nombreux jugements que n’auraient pas désavoués les pontificats antérieurs :

Il n’en reste pas moins que l’aspect plus sinistrement typique de l’époque moderne se trouve dans la tentative absurde de vouloir bâtir un ordre temporel solide et fécond en dehors de Dieu, unique fondement sur lequel il puisse subsister, et de vouloir proclamer la grandeur de l'homme en le coupant de la source dont cette grandeur jaillit et où elle s’alimente ; en réprimant, et si possible en éteignant, ses aspirations vers Dieu. Mais l'expérience de tous les jours continue à attester, au milieu des désillusions les plus amères, et souvent en langage de sang, ce qu'affirme le Livre inspiré : « Si ce n'est pas Dieu qui bâtit la maison, c’est en vain que travaillent ceux qui la construisent. » (Ps. CXXVI 1)


V.
 
images/icones/fleche2.gif  ( 746271 )Il y a ici plusieurs propos exigeants et réalistes de Jean XXIII. par Scrutator Sapientiæ (2014-03-15 00:14:28) 
[en réponse à 746122]

Bonsoir Vianney,

Voici plusieurs paragraphes issus des deux dernières parties de Mater et Magistra.

" Eviter les erreurs du passé

C'est sagesse que les pays qui sont au début ou aux premiers stades de leur développement économique tiennent compte des expériences vécues par les pays économiquement développés.

Produire plus et mieux est raison et inévitable nécessité. Il est non moins nécessaire et juste que les richesses produites soient équitablement réparties parmi tous les membres de la communauté. Il faut donc veiller à ce que développement économique et progrès social aillent de pair. Cela comporte que ce développement soit autant que possible graduel et harmonieux entre les secteurs de production : agriculture, industrie, services. "

" Respect dû aux caractéristiques de chaque pays

Les communautés politiques en voie de développement économique ont, d'ordinaire, leur individualité qui ne peut être confondue ; qu'il s'agisse de leurs ressources, des caractères spécifiques de leur milieu naturel, de leurs traditions souvent riches de valeurs humaines, des qualités typiques de leurs membres. Les pays économiquement développés, leur venant en aide, doivent discerner, respecter cette individualité, vaincre la tentation qui les porte à projeter leur propre image sur les pays en voie de développement. "

" Action désintéressée

Les Etats économiquement développés doivent, en outre, veiller avec le plus grand soin, tandis qu'ils viennent en aide aux pays en voie de développement, à ne pas chercher en cela leur avantage politique, en esprit de domination.

Si cela venait à se produire, il faudrait déclarer hautement que c'est là établir une colonisation d'un genre nouveau, voilée sans doute, mais non moins dominante que celles dont de nombreuses communautés politiques sont sorties récemment. Il en résulterait une gêne pour les relations internationales et un danger pour la paix du monde.

Il est donc indispensable, et la justice exige, que cette aide technique et financière soit apportée dans le désintéressement politique le plus sincère. Elle doit avoir pour objet de mettre les communautés en voie de développement économique à même de réaliser par leur propre effort leur montée économique et sociale.

De la sorte, une contribution précieuse aura été apportée à la formation d'une communauté mondiale, dont tous les membres seront sujets conscients de leurs devoirs et de leurs droits, travailleront en situation d'égalité à la réalisation du bien commun universel. "

" Respect de la hiérarchie des valeurs

Le progrès scientifique et technique, le développement économique, de meilleures conditions de vie, voilà des éléments incontestablement positifs d'une civilisation. Il Nous faut toutefois rappeler que ce ne sont, en aucune manière, des valeurs suprêmes, mais essentiellement des moyens en vue de la valeur absolue.

Avec amertume il Nous faut observer que dans les pays économiquement développés la conscience de la hiérarchie des valeurs s'est affaiblie, éteinte, inversée en trop d'êtres humains. Les valeurs de l'esprit sont négligées, oubliées, niées. Le progrès des sciences et des techniques, le développement économique, le bien-être matériel ont les faveurs ; souvent on les recherche comme biens supérieurs, on en fait l’unique raison de vivre. C'est l'embûche la plus dissolvante, la plus délétère, insinuée dans l'action qu'exercent les peuples économiquement, développés auprès des peuples en voie de développement, alors que parmi ces derniers souvent les traditions ancestrales ont conservé vif et efficace le sens de certaines valeurs humaines et des plus importantes.

Blesser cette conscience est immoral par essence. Elle doit, au contraire, être respectée, éclairée autant que possible et développée, afin de demeurer ce qu'elle est : fondement de civilisation vraie. "

" L'apport de l'Eglise

L'Eglise, on le sait, est universelle de droit divin ; elle l'est également en fait puisqu'elle est présente à tous les peuples ou tend à le devenir.

L'insertion de l’Eglise dans un peuple comporte toujours d'heureuses conséquences dans le domaine économique et social, comme le montrent l'histoire et l'expérience. Nul, en effet, de ceux qui deviennent chrétiens ne pourrait ne pas se sentir obligé d'améliorer les institutions temporelles par respect pour la dignité humaine et pour éliminer les obstacles à la diffusion du bien.

De plus, l'Eglise, entrant dans la vie des peuples, n'est pas une institution imposée du dehors et le sait. Sa présence, en effet, coïncide avec la nouvelle naissance ou la résurrection des hommes dans le Christ ; celui qui naît à nouveau ou ressuscite dans le Christ, n'éprouve jamais de contrainte extérieure ; il se sent, au contraire, libéré au plus profond de lui-même pour s'ouvrir à Dieu ; tout ce qui, en lui, a quelque valeur se renforce et s'ennoblit.

« L'Eglise du Christ, observe avec sagesse Notre Prédécesseur Pie XII, fidèle dépositaire de la divine sagesse éducatrice, ne peut penser ni ne pense à attaquer ou à mésestimer les caractéristiques particulières que chaque peuple, avec une piété jalouse et une compréhensible fierté, conserve et considère comme un précieux patrimoine. Son but est l'unité surnaturelle dans l'amour universel senti et pratiqué, et non l'uniformité exclusivement extérieure, superficielle, et par là débilitante. Toutes les orientations, toutes les sollicitudes, dirigées vers un développement sage et ordonné des forces et tendances particulières, qui ont leurs racines dans les fibres les plus profondes de chaque rameau ethnique, pourvu qu'elles ne s'opposent pas aux devoirs dérivant pour l'humanité de son unité d'origine et de sa commune destinée, l'Eglise les salue avec joie et les accompagne de ses vœux maternels. » (43) Nous constatons avec profonde satisfaction qu'aujourd'hui les citoyens catholiques des nations en voie de développement économique ne le cèdent, en général, à personne pour participer à l'effort de développement et d'élévation de leurs pays dans le domaine économique et social.

D'autre part, les catholiques des nations de niveau économique élevé multiplient les initiatives pour améliorer l'aide apportée aux nations en voie de développement. Nous apprécions spécialement l'assistance variée, toujours croissante, qu'ils apportent aux étudiants d'Afrique et d'Asie dispersés dans les universités d'Europe et d'Amérique ; Nous louons ceux qui se préparent à porter aux pays sous-développés leur aide technique et professionnelle.

A tous Nos chers fils qui témoignent sur tous les continents de l'éternelle vitalité de l'Eglise, par leur zèle pour le vrai progrès des peuples et la civilisation, Nous voulons adresser une parole paternellement affectueuse de louange et d'encouragement. "

(...)

" Respect des lois de la vie

Il Nous faut proclamer solennellement que la vie humaine doit être transmise par la famille fondée sur le mariage, un et indissoluble, élevé pour les chrétiens à la dignité de sacrement. La transmission de la vie humaine est confiée par la nature à un acte personnel et conscient, et comme tel soumis aux lois très sages de Dieu, lois inviolables et immuables, que tous doivent reconnaître et observer.

On ne peut donc pas employer des moyens, suivre des méthodes qui seraient illicites dans la transmission de la vie des plantes et des animaux. La vie humaine est sacrée, puisque, dès son origine, elle requiert l'action créatrice de Dieu. Celui qui viole ses lois offense la divine Majesté, se dégrade et avec soi l'humanité, affaiblit en outre la communauté dont il est membre. "

" Education au sens de la responsabilité

Il est de la plus haute importance que les nouvelles générations reçoivent non seulement une formation culturelle et religieuse adéquate - ce qui est le droit et le devoir des parents - mais aussi une éducation solide au sens de la responsabilité dans toutes les manifestations de la vie ; particulièrement en ce qui touche la fondation d'une famille, le devoir de mettre au monde et élever des enfants. Il faut leur inculquer une foi vive, une confiance profonde en la divine Providence, afin qu'ils aient le courage d'accepter peines et sacrifices dans l'accomplissement d'une mission aussi noble, souvent aussi ardue, que celle de collaborer avec Dieu dans la transmission de la vie et l'éducation des enfants. Pour cette éducation, aucune institution ne dispose d'autant de moyens efficaces que l'Eglise qui, pour ce motif, a le droit d'exercer sa mission en toute liberté. "

" Au service de la vie

On se rappelle que dans la Genèse, Dieu a adressé aux premiers hommes deux commandements qui se complètent : celui de transmettre la vie : « Croissez et multipliez » (44) ; et celui de soumettre la nature : « Remplissez la terre et soumettez-la » (45).

Le commandement de soumettre la nature, loin d'avoir un but destructeur, est orienté au service de la vie.

Nous relevons avec tristesse une des contradictions les plus déconcertantes qui affligent notre époque : d'une part, on met l'accent sur les pires éventualités et l'on agite le spectre de la misère et de la famine ; d'autre part, on utilise largement les inventions scientifiques, les réalisations techniques et les ressources économiques pour produire de terribles instruments de ruine et de mort

La Providence divine a accordé au genre humain des moyens suffisants pour résoudre dans la dignité les problèmes multiples et délicats de la transmission de la vie. Ces problèmes peuvent n'obtenir qu'une solution boiteuse ou même demeurer insolubles, si l'esprit faussé des hommes ou leur volonté pervertie utilisent ces moyens contre la raison, pour des fins qui ne répondent plus à leur nature sociale et au plan de la Providence. "

(...)

" Méconnaissance de l'ordre moral

L'absence de confiance réciproque trouve son explication dans le fait que les hommes, les plus responsables surtout, s'inspirent dans leurs activités de conceptions de vie différentes ou radicalement opposées. Malheureusement, certaines de ces conceptions ne reconnaissent pas l'existence d'un ordre moral, d'un ordre transcendant, universel, absolu, d'égale valeur pour tous. Il devient ainsi impossible de se rencontrer et de se mettre pleinement d'accord, avec sécurité, à la lumière d'une même loi de justice admise et suivie par tous. Il est vrai que le mot « justice » et l'expression « les exigences de la justice » continuent à sortir des lèvres de tous ; mais ce mot et cette expression prennent chez les uns et chez les autres des contenus différents ou opposés.

C'est pourquoi les appels répétés et passionnés à la justice et aux exigences de la justice, loin d'offrir une possibilité de rencontre ou d'entente, augmentent la confusion, avivent les contrastes, échauffent les controverses ; en conséquence, la persuasion se répand que pour faire valoir ses droits et poursuivre ses intérêts, il n'est d'autre moyen que le recours à la violence, source de maux très graves. "

" Le vrai Dieu, fondement de l'ordre moral

La confiance réciproque entre les peuples et les États ne peut naître et se renforcer que dans la reconnaissance et le respect de l'ordre moral.

Mais l'ordre moral ne peut s'édifier que sur Dieu ; séparé de Dieu, il se désintègre. Car l'homme n'est pas seulement un organisme matériel ; il est aussi un esprit doué de pensée et de liberté. Il exige donc un ordre moral et religieux qui, plus que toute valeur matérielle, influe sur les orientations et les solutions à donner aux problèmes de la vie individuelle et sociale, à l'intérieur des communautés nationales et dans leurs rapports mutuels.

On a affirmé que, à l'époque des triomphes de la science et de la technique, les hommes pouvaient construire leur civilisation sans avoir besoin de Dieu. La vérité est au contraire que les progrès eux-mêmes de la science et de la technique posent des problèmes humains de dimensions mondiales qui ne peuvent trouver leur solution qu'à la lumière d'une foi sincère et vive en Dieu, principe et fin de l'homme et du monde.

Ces vérités sont confirmées par la constatation que les horizons sans mesure ouverts par la recherche scientifique contribuent eux-mêmes à faire naître dans les esprits la persuasion que les sciences mathématiques peuvent bien manifester les phénomènes, mais sont incapables de saisir et encore moins d'exprimer entièrement les aspects les plus profonds de la réalité. La tragique expérience du passé, que les forces gigantesques mises à la disposition de la technique peuvent être utilisées pour des fins aussi bien constructives que destructives, met en évidence l'importance souveraine des valeurs spirituelles pour que les progrès scientifiques conservent leur caractère essentiel de moyens pour la civilisation.

Le sentiment de croissante insatisfaction qui se propage parmi les membres de communautés nationales à haut niveau de vie détruit l'illusion rêvée d'un paradis sur terre ; mais en même temps se fait toujours plus claire la conscience des droits inviolables et universels de la personne, plus vive l'aspiration à des relations plus justes et plus humaines. Ce sont là des motifs qui tous contribuent à rendre les hommes plus conscients de leurs propres limites, à faire refleurir en eux la recherche des valeurs spirituelles. Tout cela ne peut pas ne pas susciter un espoir d'ententes sincères et de collaborations fécondes. "

" Idéologies tronquées ou erronées

Après tant de progrès scientifiques, et même à cause d'eux, le problème reste encore de relations sociales plus humainement équilibrées tant à l'intérieur de chaque communauté politique que sur le plan international.

A cette fin, diverses idéologies ont été de nos jours élaborées et diffusées ; quelques-unes se sont déjà dissoutes, comme brume au soleil ; d'autres ont subi et subissent des retouches substantielles ; d'autres enfin ont perdu beaucoup et perdent chaque jour davantage leur attirance sur les esprits. La raison en est que ces idéologies ne considèrent de l'homme que certains aspects, et souvent, les moins profonds. De plus, elles ne tiennent pas compte des inévitables imperfections de l'homme, comme la maladie et la souffrance, imperfections que les systèmes sociaux et économiques, même les plus poussés, ne réussissent pas à éliminer. Il y a enfin l'exigence spirituelle, profonde et insatiable, qui s'exprime partout et toujours, même quand elle est écrasée avec violence ou habilement étouffée.

L'erreur la plus radicale de l'époque moderne est bien celle de juger l'exigence religieuse de l'esprit humain comme une expression du sentiment ou de l'imagination, ou bien comme un produit de contingences historiques, qu'il faut éliminer comme un élément anachronique et un obstacle au progrès humain. Les hommes, au contraire, se révèlent justement dans cette exigence ce qu'ils sont en réalité : des êtres créés par Dieu pour Dieu, comme écrit saint Augustin : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est inquiet tant qu'il ne repose pas en toi. » (46)

Quel que soit le progrès technique et économique, il n'y aura donc dans le monde ni justice ni paix tant que les hommes ne retrouveront pas le sens de leur dignité de créatures et de fils de Dieu, première et dernière raison d'être de toute la création. L'homme séparé de Dieu devient inhumain envers lui-même et envers les autres, car des rapports bien ordonnés entre les hommes supposent des rapports bien ordonnés de la conscience personnelle avec Dieu, source de vérité, de justice et d'amour.

Il est vrai que la persécution, qui depuis des dizaines d'années sévit sur de nombreux pays, même d'antique civilisation chrétienne, sur tant de Nos frères et de Nos fils, à Nous pour cela spécialement chers, met toujours mieux en évidence la digne supériorité des persécutés et la barbarie raffinée des persécuteurs ; ce qui ne donne peut-être pas encore des fruits visibles de repentir, mais induit beaucoup d'hommes à réfléchir.

Il n'en reste pas moins que l'aspect plus sinistrement typique de l'époque moderne se trouve dans la tentative absurde de vouloir bâtir un ordre temporel solide et fécond en dehors de Dieu, unique fondement sur lequel il puisse subsister, et de vouloir proclamer la grandeur de l'homme en le coupant de la source dont cette grandeur jaillit et où elle s'alimente ; en réprimant, et si possible en éteignant, ses aspirations vers Dieu. Mais l'expérience de tous les jours continue à attester, au milieu des désillusions les plus amères, et souvent en langage de sang, ce qu'affirme le Livre inspiré : « Si ce n'est pas Dieu qui bâtit la maison, c’est en vain que travaillent ceux qui la construisent. » (47) "

(...)

" Un grave danger

Comme Nous l'avons déjà fait remarquer, les hommes ont aujourd'hui approfondi et grandement étendu la connaissance des lois de la nature ; ils ont créé des instruments pour accaparer ses forces ; ils ont produit et continuent à produire des œuvres gigantesques et spectaculaires. Cependant, dans leur volonté de dominer et de transformer le monde extérieur, ils risquent de se négliger et de s'affaiblir eux-mêmes. Comme le notait avec une profonde amertume Notre Prédécesseur Pie XI dans l'Encyclique Quadragesimo anno : « Le travail corporel que la divine Providence, même après le péché originel, avait destiné au perfectionnement matériel et moral de l'homme, tend, dans ces conditions, à devenir un instrument de dépravation : la matière inerte sort ennoblie de l'atelier, tandis que les hommes s'y corrompent et s'y dégradent. » (48)

De même le Souverain Pontife Pie XII affirme avec raison que notre époque se distingue par le contraste existant entre l'immense progrès scientifique et technique et un recul effrayant de l'humanité : notre époque achèvera « son chef-d'œuvre monstrueux, en transformant l'homme en un géant du monde physique aux dépens de son esprit, réduit à l'état de pygmée du monde surnaturel et éternel » (49).

Aujourd'hui encore se vérifie sur une très vaste échelle ce que le Psalmiste affirmait des païens : l'activité des hommes leur fait oublier leur nature ; ils admirent leurs propres œuvres au point d'en faire des idoles : « Leurs idoles, or et argent ; une œuvre de main d'homme. » (50) "

" Reconnaissance et respect de la hiérarchie des valeurs

Dans Notre paternelle sollicitude de Pasteur universel des âmes, Nous invitons avec insistance Nos fils à veiller sur eux-mêmes, pour maintenir lucide et vivante la conscience de la hiérarchie des valeurs dans l'exercice de leurs activités temporelles et dans la poursuite des fins particulières à chacune.

Il est vrai qu'en tout temps l'Eglise a enseigné et enseigne toujours que les progrès scientifiques et techniques, le bien-être matériel qui en résulte, sont des biens authentiques et qui marquent donc un pas important dans le progrès de la civilisation humaine. Ils doivent cependant être appréciés selon leur vraie nature, c'est-à-dire comme des instruments ou des moyens utilisés pour atteindre plus sûrement une fin supérieure, qui consiste à faciliter et promouvoir la perfection spirituelle des hommes dans l'ordre naturel et dans l'ordre surnaturel.

La parole du divin Maître retentit comme un avertissement éternel : « Que sert-il à l'homme de gagner l'univers, s'il ruine sa propre vie ? Ou que pourra donner l'homme en échange de sa propre vie ? » (51) "

A la décharge du Pape Jean XXIII, on se doit de préciser ou de rappeler qu'il est mort AVANT LE DEBUT DE LA DEUXIEME SESSION DU CONCILE, et qu'il ne peut donc pas être jugé responsable du déroulement et des résultats des trois dernières sessions, les seules qui ont abouti à la promulgation de documents, au Concile.

Les experts et les Pères qui ont réfléchi et rédigé, en amont et en vue de ce qui allait devenir Gaudium et Spes, se sont comportés comme s'ils avaient voulu faire mieux et plus que Jean XXIII dans Mater et Magistra et dans Pacem in terris ; du coup, si je puis m'exprimer ainsi, comme ils voulaient faire l'événement, marquer les esprits, être à la fois consensuels et exigeants, ils en ont "un peu trop" fait, et nous en payons toujours le prix.

Ce que j'appelle le gaudium-et-spisme est antérieur d'au moins 20 ans à Gaudium et Spes, et la totalité de cette constitution pastorale ne découle pas de cet état d'esprit ; il n'empêche que c'est ce document qui a donné une consécration magistérielle à cette mentalité, tendancieusement et tendanciellement extrêmement indulgente, vis-à-vis de l'homme et du monde modernes en tant que tels.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 746123 )Faut-il pardonner à la gangrène ?... St. Augustin explique... par Sacerdos simplex (2014-03-13 10:25:05) 
[en réponse à 746120]

...que non :

SERMON DE SAINT AUGUSTIN SUR LES PASTEURS

«Les pasteurs ne doivent-ils pas paître le troupeau?»

Puisque nous avons dit ce que c'était que boire le lait des brebis, recherchons ce que signifie s'habiller de leur laine. Fournir du lait, c'est fournir de la nourriture. Fournir de la laine, c'est fournir de l'honneur. Ce sont deux choses que demandent au peuple ceux qui se nourrissent eux-memes, au lieu de nourrir leurs brebis, l'avantage de subvenir à leurs besoins, et l'agrément de recevoir honneur et louanges. En effet, on comprend bien que le vêtement est un honneur, puisqu'il couvre la nudité. Car tout homme est faible. Et si je parle de celui qui est votre évêque, n'est-il pas comme vous? Il a un corps, il est mortel, il mange, il dort et il se lève ; il est né et il doit mourir. Si lu te demandes ce qu'il est en lui-même, c'est un homme. En l'honorant davantage, c'est comme si tu couvrais sa faiblesse.

Voyez comment saint Paul avait reçu un vêtement du bon peuple de Dieu, lorsqu'il disait: Vous m'avez accueilli comme un ange de Dieu. Car je vous rends ce témoignage: Si vous l'avez pu, vous vous seriez arraché les yeux pour me les donner. Mais puisqu'on l'avait tellement honoré, est-ce qu'il a pardonné à ceux qui s'égaraient, afin d'obtenir cet honneur, de crainte qu'on le lui refuse et que ses reproches ne lui procurent moins de louanges? Car, s'il avait agi ainsi, il aurait été de ceux qui se nourrissent eux-mêmes au lieu de nourrir leur brebis. En ce cas il aurait dit en lui-même « Qu'est-ce que cela me fait ? Que chacun agisse comme il veut; ma nourriture est assurée, mon honneur est assuré : le lait et la laine, cela me suffit ; que chacun aille où il peut.» Donc, pour toi, tout est parfait, si chacun va où il peut ? En ce cas, je ne veux pas faire de toi un évêque, je vois en loi un simple membre du peuple : Si un seul membre souffre, tous souffrent avec lui. Donc l'Apôtre, lorsqu'il rappelle comment ils se sont comportés envers lui, ne veut pas paraître oublier les honneurs qu'ils lui ont rendus, et témoigne qu'ils l'ont accueilli comme un ange de Dieu; que, si cela avait été possible, ils se seraient arraché les yeux pour les lui donner, Et pourtant, il envisage de trancher dans la blessure de la brebis malade, de la brebis gangrenée, non de pardonner à la gangrène. Et maintenant, suis-je devenu votre ennemi parce que je vous dis la vérité ? Ainsi, il a pris du lait des brebis, comme nous venons de le rappeler, il s'est habillé de leur laine, et pourtant il n'a pas négligé les brebis, car il ne cherchait pas ses propres intérêts, mais ceux de Jésus Christ.

images/icones/neutre.gif  ( 746124 )Voir également par AVV-VVK (2014-03-13 10:26:12) 
[en réponse à 746120]

les analyses de la CRC.
images/icones/fleche2.gif  ( 746272 )Il y a une conception sélective et singulière des signes des temps. par Scrutator Sapientiæ (2014-03-15 00:47:10) 
[en réponse à 746120]

Bonsoir jejomau,

Il est incontestable qu'il y a eu, au Concile, au moment de rédiger Gaudium et Spes, ce que l'on appelle, en droit administratif, "une erreur manifeste d'appréciation".

Pourquoi cette erreur, dénoncée dès le début de l'automne 1965, en pleine aula conciliaire, par plusieurs évêques allemands, et par au moins un évêque français, Mgr RENARD, (en plus du futur fondateur de la FSSPX) s'est-elle inscrite dans la longue durée ?

Je suis à la recherche de la meilleure explication de ce phénomène :

- adhésion affective ou soumission effective des clercs d'hier et d'aujourd'hui à l'atmosphère qui se dégage de ce texte ?

- carriérisme ou conformisme intellectuel des théologiens et des évêques d'hier et d'aujourd'hui ?

- ignorance volontaire des conséquences (démotivation, désorientation) de ce positionnement doctrinal et pastoral ?

- lâcheté face aux puissants de ce monde, qu'ils soient atlantistes ou communistes, hier, atlantistes ou islamistes, aujourd'hui ?

- orgueil, qui fait que l'on préfère persévérer dans cette erreur manifeste d'appréciation, plutôt que de reconnaître que l'on a été trompé, que l'on s'est trompé, ou que l'on a trompé ?

- paresse, qui fait que l'on se refuse à consentir à des efforts intellectuels, à nouveaux frais, pour élaborer puis formaliser un positionnement moins "flower-poweriste", face à l'individu contemporain et face à la (post)modernité ?

- perte du sens de la grâce et du péché, du sens chrétien de la nature de l'homme et de l'histoire du monde, du sens de la loi naturelle et de la Foi surnaturelle, du sens de la distinction entre Lumière divine et lumières mondaines ?

- référence insistante à l'autorité d'une Constitution du Concile, alors que Gaudium et Spes est uniquement une Constitution pastorale ?

- refus volontaire de s'affranchir de certaines habitudes mentales, et de se convertir en direction de davantage de sens des réalités ?

- volonté résolue de ne pas combattre l'esprit du monde, et volonté tenace de ne pas déplaire à ceux qui sont ouverts sur cet esprit ?

J'ajoute une dernière possibilité : la volonté de juger le monde moderne sur ses intentions officielles, et de baptiser presque toutes ses intentions officielles, au lieu de juger le monde moderne sur ses résultats effectifs, et critiquer au moins une partie de ses résultats effectifs.

Si vous voyez une autre explication, merci beaucoup pour toute remarque ou suggestion.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.