Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 745784 )Oui à la globalisation ! par Abbé Néri (2014-03-06 19:49:32) 

Oui à la globalisation, mais avec l'homme au centre et dans le respect de la particularité de chaque peuple : c'est ce que souhaite le pape François dans un long entretien publié dans le quotidien italien « Corriere della sera » et dans La Nacion, en Argentine, le 5 mars 2014.



On est toujours pas revenu du rêve « montinien » que l'abbé de Nantes désignait par la sigle M.A.S.D.U. (mouvement d'animation spirituelle pour la démocratie universelle).



L’Église ne peut pas proclamer pure et simplement « le respect de la particularité de chaque peuple » où se trouve inclus toute forme de religion.



Pour l’Église, ajoute le pape, la globalisation doit être à l'image du « polygone », avec « ses diverses faces, où chaque peuple conserve sa culture, langue, religion, identité ».



Il suffit de reprendre l'enseignement de saint Pie X sur la notion de fraternité universelle du sillon dans son encyclique Notre charge Apostolique du 25 août 1910 pour constater quelle est la véritable doctrine de l’Église dans ce domaine : 



« Il en est de même de la notion de fraternité, dont ils mettent la base



- dans l'amour des intérêts communs,

- ou, par delà toutes les philosophies et toutes les religions, dans la simple notion d'humanité, englobant ainsi dans le même amour et une égale tolérance tous les hommes avec toutes leurs misères, aussi bien intellectuelles et morales que physiques et temporelles.



Or, la doctrine catholique nous enseigne que le premier devoir de la charité



- n'est pas dans la tolérance des convictions erronées, quelques sincères qu'elles soient,

- ni dans l'indifférence théorique ou pratique pour l'erreur ou le vice où nous voyons plongés nos frères,



mais dans le zèle pour leur amélioration intellectuelle et morale non moins que pour leur bien-être matériel.



Cette même doctrine catholique nous enseigne aussi que la source de l'amour du prochain se trouve



- dans l'amour de Dieu, père commun et fin commune de toute la famille humaine,

- et dans l'amour de Jésus-Christ, dont nous sommes les membres au point que soulager un malheureux, c'est faire du bien à Jésus-Christ lui-même.



Tout autre amour est illusion ou sentiment stérile et passager.



Certes, l'expérience humaine est là, dans les sociétés païennes ou laïques de tous les temps, pour prouver qu'à certaines heures la considération des intérêts communs ou de la similitude de nature pèse fort peu devant les passions et les convoitises du cœur.



Non, Vénérables Frères, il n'y a pas de vraie fraternité en dehors de la charité chrétienne, qui, par amour pour Dieu et son Fils Jésus-Christ notre Sauveur, embrasse tous les hommes



- pour les soulager tous

- et pour les amener tous à la même foi et au même bonheur du ciel.



En séparant la fraternité de la charité chrétienne ainsi entendue, la démocratie, loin d'être un progrès, constituerait un recul désastreux pour la civilisation. »








images/icones/fleche2.gif  ( 745789 )La phrase citée me semble être une contradiction dans les termes. par Scrutator Sapientiæ (2014-03-06 21:44:42) 
[en réponse à 745784]

Bonsoir et merci, Abbé Néri.

"Oui à la globalisation, mais avec l'homme au centre et dans le respect de la particularité de chaque peuple."

1. La phrase que vous citez au début de votre message me semble être une contradiction dans les termes, quel que soit son auteur, je dis bien "quel que soit son auteur" car j'ai déjà entendu, dans les années 1990, ce genre d'"antinomie aporétique", dans la bouche de personnes, évidemment totalement à l'abri des conséquences les plus dramatiques de la globalisation, qui en vantaient les mérites, tout en souhaitant que l'on y mette davantage la personne humaine au centre, et qu'on y respecte davantage l'identité de chaque nation.

2. Ce n'est pas pour des raisons accidentelles ou conjoncturelles, momentanées ou provisoires, mais c'est pour des raisons tout à fait intentionnelles, programmatiques, volontaristes, que la globalisation contemporaine est ce qu'elle est, surtout depuis le début des années 1990 ; pour être encore plus clair, je rappelle ceci : ce que nous appelons globalisation n'est autre que l'américanisation du monde, ce qui ne signifie pas que le processus ne va pas finir par échapper aux continuateurs de ses initiateurs.

3. D'une part, de quel homme parle-t-on ? De quel regard sur l'homme, de quelle vision de l'homme, parle-t-on exactement, concrètement, précisément ? A qui donc fera-t-on croire que la vision homosexualiste de l'homme est la même que la vision judéo-chrétienne ? Et en quoi la référence à l'homme constitue-elle une instance d'humanisation effective, et pas seulement incantatoire, de la globalisation ?

4. D'autre part, pourquoi donc l'homme devrait-il au centre de la globalisation ? Puisque, ou si, c'est si bien que cela, la mondialisation, pourquoi donc la référence à Dieu, Père, Fils, Esprit, ne pourrait-elle pas être placée au centre de la mondialisation, non dans une optique théocratique, mais dans une logique théonomique, respectueuse et soucieuse du Créateur, de la création, et des créatures ?

5. Enfin, qu'arriverait-il si la particularité d'un peuple, ou d'un groupe de peuples, consistait précisément à s'en prendre à l'homme, et à faire en sorte que ce soit le marché, et non l'homme, ou la charia, et non l'homme, qui soit placé(e) au centre de la globalisation ?

6. Je préfère, pour ma part, la notion de mondialisation, qui implique, non l'humanisation, mais la mondanisation des êtres et de l'agir humain, des idées et des actions, des préoccupations et des activités, sous couvert de modernisation économique, éducative, culturelle, matérielle, sociale, technique.

7. C'est cela, et pas autre chose, l'intrinsèquement pervers d'aujourd'hui, et c'est cela qui aboutit à des pratiques qui ne sont pas seulement injustes, mais qui sont aussi absurdes, quand on pense, par exemple, au nombre de kilomètres parcourus par un cageot de tomates, entre le producteur et le consommateur, ou au fait qu'il y a aujourd'hui plus de personnes qui ont accès à un téléphone portable que de personnes qui ont accès à une eau naturellement potable.

8. Je termine ce message en pensant au mot de Pie XII, repris par Jean XXIII dans Mater et Magistra :

" Un grave danger

Comme Nous l'avons déjà fait remarquer, les hommes ont aujourd'hui approfondi et grandement étendu la connaissance des lois de la nature ; ils ont créé des instruments pour accaparer ses forces ; ils ont produit et continuent à produire des œuvres gigantesques et spectaculaires. Cependant, dans leur volonté de dominer et de transformer le monde extérieur, ils risquent de se négliger et de s'affaiblir eux-mêmes. Comme le notait avec une profonde amertume Notre Prédécesseur Pie XI dans l'Encyclique Quadragesimo anno : « Le travail corporel que la divine Providence, même après le péché originel, avait destiné au perfectionnement matériel et moral de l'homme, tend, dans ces conditions, à devenir un instrument de dépravation : la matière inerte sort ennoblie de l'atelier, tandis que les hommes s'y corrompent et s'y dégradent. » (48)

De même le Souverain Pontife Pie XII affirme avec raison que notre époque se distingue par le contraste existant entre l'immense progrès scientifique et technique et un recul effrayant de l'humanité : notre époque achèvera « son chef-d'œuvre monstrueux, en transformant l'homme en un géant du monde physique aux dépens de son esprit, réduit à l'état de pygmée du monde surnaturel et éternel » (49).

Aujourd'hui encore se vérifie sur une très vaste échelle ce que le Psalmiste affirmait des païens : l'activité des hommes leur fait oublier leur nature ; ils admirent leurs propres œuvres au point d'en faire des idoles : « Leurs idoles, or et argent ; une œuvre de main d'homme. » (50) "

La mutation du psychisme humain et la soumission au progrès technique font partie des origines et des conséquences de la mondialisation ; ce qui nous tend les bras, ce n'est pas un polygone libérateur, égalitaire, fraternitaire, c'est un véritable panoptikon totalitaire.

Ce qu'il y a de bien, avec les prophètes de malheur, c'est qu'ils sont presque toujours remplis d'espoir paradoxal : l'espoir de ne pas avoir raison...

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 745797 )"Exclusif" : les deux messages de Noel de Pie XII, en 1953 et en 1954. par Scrutator Sapientiæ (2014-03-07 07:51:08) 
[en réponse à 745789]

Bonjour à tous,

Dans le prolongement de mon message d'hier soir, voici l'intégralité de ces deux radio-messages du Pape Pie XII, dans le premier desquels on trouve cette référence à ce que nous sommes devenus, ou risquons de devenir : à la fois des "géants" et des "pygmées".

Chaque radio-message se trouve dans la deuxième moitié, la plus basse, de la page-écran.

Ici.

Ici..

J'espère que ces liens internet sont fonctionnels ; si tel n'est pas le cas, je m'y prendrai autrement, pour faire figurer ces deux textes sur le FC.

Bonne journée à tous.

Scrutator.