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La déconstruction est le stéréotype que nul n'a le droit de déconstruire. par Scrutator Sapientiæ (2014-02-15 14:10:57)
Bonjour à tous,
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1. Très rapidement, d'autant plus que je ne suis sans doute pas le premier à l'écrire, je voudrai faire remarquer ceci : ce que l'on appelle la déconstruction, en philosophie, en théologie, et quand elle est appliquée aux sciences humaines, aux sciences sociales, est le type-même du stéréotype (pseudo) intellectuel que nul n'a "le droit", aujourd'hui, de chercher à déconstruire.
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2. Grâce à la déconstruction, on a "le droit" de s'en prendre aux prénotions, aux prérequis, et de les réduire au rang de préjugés arbitraires et archaiques.
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3. Grâce à la déconstruction, on s'expose au risque de succomber à la tentation
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- de démythologiser l'Ecriture, et de donner à croire qu'il n'y a presque aucun miracle, presque aucune prophétie, dans l'Ancien Testament comme dans le Nouveau Testament,
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- de désarticuler ou de délégitimer une partie de ce qui, au coeur de la Tradition, est situé en amont et en surplomb, par rapport à l'endroit et au moment où l'on parle, ou par rapport aux principes et aux méthodes de déconstruction que l'on utilise.
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4. La déconstruction est LE stéréotype, disons analytique et programmatique, que nul n'a "le droit" de chercher à déconstruire, que nul n'a "le droit" de remettre en cause, car nul n'a "le droit" de s'en prendre à son prestige, à sa puissance, à son autorité, à son potentiel de destitution.
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5. Je suis demandeur et preneur de toute orientation bibliographique, sur, et contre, la déconstruction, en tant que stéréotype, mais j'ai récemment effectué une recherche rapide, et je me suis aperçu de ceci : la déconstruction, comme une partie de la psychanalyse ou une partie de la sociologie, est souvent utilisée comme une instance d'auto-légitimation permanente, et de délégitimation systématique de tout ce qui ne vient pas d'elle.
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6. Pour autant, si les déconstructeurs étaient cohérents, et puisqu'ils veulent s'en prendre à tous les stéréotypes, ou à bien des stéréotypes, à leur place, je m'en prendrai à la déconstruction, qui est le stéréotype, ou, en tous cas, l'un des stéréotypes hégémoniques contemporains.
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7. Je n'ai jamais été marxiste, mais je recours ici à un vocabulaire (para) marxiste, pour faire remarquer que la déconstruction, considérée pour ce qu'elle, un stéréotype hégémonique, est l'instrument d'une aliénation, une instance de domination, une auto-illusion imposée à autrui, à chaque fois qu'elle se refuse à la plus élémentaire auto-analyse de ses mérites, si elle en a, ET de ses limites, de ses avantages, s'il y en a, ET de ses inconvénients.
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8. Je ne sais, à la réflexion, si quelqu'un d'autre, avant moi, s'est déjà exprimé, sur le FC, de cette façon, et a procédé ainsi un début de renversement de la charge de la preuve : à mon sens, il appartient et il incombe aux déconstructeurs de prouver que le coeur nucléaire de leur manière d'analyser les "stéréotypes", pour les démanteler, n'est pas lui-même un stéréoype, un a priori méthodologique, tout à fait arbitraire et despotique, dès lors qu'il se refuse à toute (auto)limitation de son bien-fondé éventuel.
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Si j'en ai le temps, j'écrirai prochainement sur un autre stéréotype que nul n'a "le droit", aujourd'hui, d'essayer de déconstruire.
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Bon après-midi et à bientôt.
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Scrutator.

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Dans l'absolu, c'est la destitution de toute différence structurante. par Scrutator Sapientiæ (2014-02-15 23:24:14)
[en réponse à 744211]
Bonsoir et merci, Jean Ferrand.
1. Il me semble que dans l'absolu, la déconstruction n'est pas avant tout destructrice, mais est avant tout destituante : elle procède à la destitution de toute différence structurante, en tant que différence, et en tant que structurante, dans la mesure où
- la différence structurante structure "ad intra" les relations qui existent, en puissance ou en acte, entre deux réalités qui sont, précisément, différentes l'une de l'autre : les élèves et les enseignants, les enfants et les parents, les femmes et les hommes, les jeunes et les vieux, la justice et les injustices, la vérité et les mensonges, etc.
- la différence structurante structure "ad extra" la conception que l'on a de la relation structurante elle-même, ou la relation que l'on a à la différence structurante elle-même : en d'autres termes, la différence structurante structure le regard que l'on a sur l'école, la vision que l'on a de la famille, la conception que l'on a du mariage et des générations, la compréhension que l'on a du discernement de la justice et de la vérité, etc.
2. La déconstruction, dans cet ordre d'idées, est presque toujours synonyme de destitution, de délégitimation, de démantèlement, d'une institution génératrice d'obligations, en d'autres termes, d'une institution génératrice d'humanité.
3. A la limite, on pourrait très bien envisager un hyper-individualisme et un hyper-utilitarisme tellement développés que cela aboutirait à un monde totalement privé de sagesse et de tendresse, à un monde dans lequel l'affirmation ou l'insurrection narcissique de son identité et de son orientation impliquerait la déconstruction, la destitution, des institutions et obligations qui font que les autres, moins individualistes, moins utilitaristes, sont encore capables de respecter les différentes structurantes, les structures symboliques, indispensables à la civilisation, au développement, à l'humanisation, au vivre ensemble, des uns et des autres.
4. On pourrait envisager un monde dans lequel des mots comme Papa et Maman seraient interdits, car ces mots seraient considérés comme arbitraires, archaiques, aliénants, inutiles, et refléteraient une différenciation asservissante, dominatrice, au préjudice de la construction, à partir d'une page blanche et d'une table rase, de l'identité et de l'orientation du MOI souverain de chaque conjoint, de chaque enfant, de chaque parent.
5. Si l'on considère que tout ce qui est structurant est potentiellement asservissant, pour, ou plutôt contre, l'autonomie individuelle, jusqu'à l'anomie personnelle, alors, il faut tout déconstruire, oui, tout déconstruire, puisque tout à destituer : la personne, la famille, la nation, la culture, l'école, l'effort personnel, non indifférent aux autres, mais désintéressé, etc.
6. Le déboussolement, le décervelage, à hautes doses, de l'humanité, est absolument indispensable, en amont du passage à l'étape suivante du processus actuellement en cours ; que des intellectuels qui se disent, le plus souvent, "de gauche", prêtent la main à cette gigantesque entreprise, en s'imaginant qu'elle est avant tout ou seulement "émancipatrice", en dit long sur l'aveuglement volontaire des clercs d'aujourd'hui, comparable en bien des points à celui des clercs d'hier : au XX° siècle, le communisme n'a-t-il pas été affublé des meilleures intentions du monde, par ceux-là mêmes qui ne voulaient pas que l'on en connaisse, que l'on en discerne, la réalité ?
7. Dans sa dimension anthropologique et axiologique, la crise qui nous est infligée aujourd'hui est à la fois une crise de l'adulte et une crise du sens, en d'autres termes, un ensemble d'agressions et de transgressions, d'une part, contre la pérennisation de la responsabilité individuelle, d'autre part, contre les représentations les plus caractéristiques de notre humanité, les plus significatives pour notre humanité. Les khmers roses ont déjà commencé à sévir.
8. Cela ne peut que mal finir ; je ne dis pas ce qui suit pour faire peur à qui que ce soit, ni parce que je dispose d'une documentation ... ou d'une fantasmagorie, particulière, mais la suite logique de tout cela est située ici :
- le conditionnement, la déstructuration des esprits, seront mis en oeuvre, sont déjà mis en oeuvre, pour que les dissidents, les opposants, soient les moins nombreux, ou les plus facilement marginalisables et qualifiables de "réactionnaires",
et
- les dissidents et opposants axiologiques seront persécutés, psychiatrisés, rééduqués, incarcérés, voire éliminés :
ne sont-ils pas des instruments au service de l'obscurantisme, du passé, de la régression, de la servitude, et des obstacles à l'avenir, au bonheur et au progrès, à la liberté et à la lumière ?
Je ne sais si ce qui précède vous permet de comprendre ce que j'ai essayé de formuler, vous remercie pour votre indulgence, si jamais ce n'est pas le cas, et vous souhaite une bonne nuit.
Scrutator (qui, lui aussi, a constaté une certaine rareté, notamment sur internet, en ce qui concerne la critique de la déconstruction).

( 744281 )
Ce n'est pas moi qui suis contre. Sinon, vous avez tout compris. par Scrutator Sapientiæ (2014-02-16 08:53:34)
[en réponse à 744279]
Bonjour et bon dimanche, Jean Ferrand,
J'ai dû tellement bien ou tellement mal m'y prendre que vous avez peut-être cru un instant que je souscrivais à l'état d'esprit, à la vision des choses, que je réprouve foncièrement.
Sinon, vous avez tout compris. Il n'existe pas de philosophie chrétienne, mais il n'est pas impossible de penser
- que le substantialisme est ce qui s'en rapprocherait le plus, si la philosophie chrétienne existait,
- que l'anti-substantialisme, présent notamment dans l'existentialisme et dans l'évolutionnisme, est ce qui se prête le mieux à la préparation des esprits, en vue de leur adhésion ou de leur soumission ultérieure à la déconstruction.
En un sens, l'évolution des mentalités, cela n'existe pas : ce qui existe, en revanche, aujourd'hui, c'est l'exposition des mentalités,
- à des occasions d'exprimer de qui est vrai et d'accomplir ce qui est juste,
ET
- à des tentations, en l'occurrence, de destituer ce qui est vrai et ce qui est juste.
Bon dimanche et à bientôt.
Scrutator.