Le Forum Catholique

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images/icones/op2.gif  ( 744195 )Il y a cinquante ans mourait un illustre « chien du Seigneur »… par Vianney (2014-02-15 10:37:57) 





…le R.P. dominicain Réginald Garrigou-Lagrange. À l’occasion de son 80e anniversaire (31 janvier 1957) le pape Pie XII lui avait écrit (en latin !) :



Nous savons fort bien avec quelle insigne piété vous remplissez vos devoirs religieux, quel renom vous vous êtes acquis au service de la philosophie thomiste et de la théologie sacrée, cette théologie que vous avez enseignée pendant cinquante ans et que depuis quarante-huit ans vous professez dans cet havre romain de doctrines sacrées qui a nom l’Angelicum. Et nous avons eu souvent la preuve du talent et du zèle avec lesquels vous avez, par la parole et par l’écrit, défendu et sauvegardé l’intégrité du dogme chrétien.



Il ne nous échappe pas non plus que, dans les Sacrés Congrégations de la Curie romaine, vous avez par un labeur silencieux mais de grand prix, apporté un zèle constant et la lumière de votre sagesse : que vous nous dépensez généreusement dans l’administration du sacrement de pénitence et dans la prédication des sermons et d’exercices spirituels.





C’était, au témoignage du P. Benoît Lavaud qui l’a bien connu, un remarquable professeur et un prédicateur émouvant : « Les instructions du Père étaient admirables. L’auditoire passionnément attentif l’inspirait. J’y ai vu pleurer Henri Ghéon, et Charles du Bos y parut aussi bien ému. » (In memoriam, Revue thomiste, avril-juin 1964). Mais la plus belle qualité que le P. Lavaud reconnaît en son ami est d’être demeuré toute sa vie, en dépit de sa renommée, un humble fils de saint Dominique :



Il n’avait pas de talent spécial pour les tâches administratives. Aussi est-il toujours resté simple religieux, à son humble rang, et n’a connu d’honneurs qu’académiques. Religieux exemplaire, il a fait toute sa vie l’édification de ses supérieurs et de ses frères par son obéissance simple comme celle d’un enfant, sa régularité, son assiduité au choeur, à l’oraison, à tous les exercices communs. Pour rien au monde, dans une ville ayant un couvent de l’Ordre, il n’eût accepté une invitation dans un restaurant. Il n’usait d’aucune des dispenses accordées par les Constitutions de l’Ordre aux lecteurs en exercice et aux maîtres en théologie. Il récitait chaque jour le Rosaire, et les dernières années à l’Angelicum, ne pouvant plus guère travailler, il multipliait les chapelets. Au temps de Noël, il allait prier longuement à genoux devant la crèche dressée dans le choeur de l’église. Il ne s’asseyait jamais à l’oraison, malgré l’incommodité grande de l’agenouilloir des stalles. Il était d’une extrême sobriété et réserve dans le boire et le manger : potus cibique parcitas. Il prenait un petit déjeuner vraiment très réduit. Jamais rien entre les repas. Il fallait le prier, quand il était grippé, pour lui faire accepter une tasse de tisane ou de thé. Jamais il ne fuma ; il était même sévère sur le chapitre du tabac, « nisi forsitan eutrapeliae causa ». Il pratiqua toujours une très stricte pauvreté et l’usage du tabac lui paraissait peu compatible avec la pauvreté religieuse. Sauf les livres qui s’entassaient chez lui sur les rayons ou d’étroites petites tables (on lui en envoyait beaucoup que vers la fin il ne pouvait même pas lire, et parfois la pile s’effondrait), sa cellule était la plus dépouillée, sans le moindre ornement. Le prie-Dieu où il s’agenouillait et où s’agenouillaient ses pénitents était misérable. Une année, ce n’était pas sans besoin, on mit l’eau courante dans les cellules ; une autre, on repeignit les murs et le plafond, ce qui n’était pas de trop non plus. Il demanda en grâce qu’on ne touchât rien chez lui : « Qu’on attende mon départ ou ma mort. » De fait, on ne rafraîchit sa cellule que lorsqu’il fut parti pour la clinique et qu’il ne devait plus rentrer.



Il ne demandait jamais rien pour lui, avait toujours peur qu’on ne lui donnât trop et rappelait volontiers que Benoît Labre disait toujours : « peu, peu ». Le voyant fatigué (son lit n’était qu’un grabat et le matelas si peu épais que c’était presque un sac vide), je suggérai au prieur de lui donner un fauteuil, mais usagé, car il se serait récrié qu’on lui en achetât un neuf. Il ne voulut même pas du vieux qui lui semblait encore du luxe et, malgré mes instances, n’eut de paix que quand on l’eût enlevé de sa chambre.



Il a toujours voyagé comme les pauvres. C’est qu’il avait à un rare degré l’intelligence et le souci constant des pauvres : Beatus qui intelligit super egenum et pauperem ! Il compatissait profondément à la misère des nécessiteux qui l’assaillaient. On le voyait bouleversé par les détresses dont il recevait la confidence au parloir. Il ne redoutait pas d’être exploité — et il le fut souvent —, mais il craignait fort de manquer à de vrais pauvres.





Le meilleur conseil qu’on pourrait peut-être donner aux ignorants qui, comme moi, auraient tendance a priori à reprocher à la théologie du P. Garrigou-Lagrange de n’avoir ni vie ni âme, ce serait encore de commencer par lire son œuvre, rencontre harmonieuse entre la philosophie thomiste, la mystique de saint Jean de la Croix et la dévotion mariale chère à ses maîtres saint Dominique et saint Louis-Marie Grignon de Montfort. Les quelques lignes de lui que cite Marcel De Corte (Itinéraires n° 86, p. 37) dévoilent un peu quelle devait être la vie intérieure de ce grand contemplatif :



On ne saurait trop le redire en ce temps d’agnosticisme, en un sens nous connaissons Dieu beaucoup mieux que nous ne connaissons les hommes avec lesquels nous vivons le plus intimement. L’homme qui me tend la main se décide peut-être au même instant à me trahir, son geste est peut-être un mensonge, je puis douter de sa parole, de sa vertu, de sa bonté. Je sais au contraire de source absolument certaine, même par ma seule raison, que Dieu ne peut pas mentir, qu’il est infiniment bon, infiniment juste, infiniment saint. De tous les êtres, c’est lui, en un sens, que je connais le mieux, lorsque je récite en le méditant le Pater, comme c’est de Lui que je suis le mieux connu. Nous sommes plus sûr de la rectitude de ses intentions que de la droiture de notre coeur.





V.


images/icones/1a.gif  ( 744197 )vous m'avez devancé par Lycobates (2014-02-15 10:54:42) 
[en réponse à 744195]

cher Vianney, et fort bien de surcroît.
Qui aurait pu manquer de penser en ce jour à ce grand fils de la France et de l'Église, resté fidèle au bout, malgré les signes annonciateurs de la catastrophe? Ceux qui l'ont connu vers la fin de sa vie garderont le souvenir d'une grande bonté.
Prions pour son âme !

En supplément :
Ce site (qui comporte beaucoup dont je ne puis juger) a mis en ligne certains écrits du père en français
(chercher GARRIGOU-LAGRANGE dans le menu à gauche) :
ici

images/icones/neutre.gif  ( 744199 )Mélange invraisemblable... par Vianney (2014-02-15 11:13:08) 
[en réponse à 744197]

 
...du meilleur et du pire, ce site de “livres mystiques” ! Mais vous avez raison, cher Lycobates, on y trouve quelques écrits intéressants du R. P. Garrigou-Lagrange ici.

V.
 
images/icones/1b.gif  ( 744200 )ce qui me semblait aussi ! par Lycobates (2014-02-15 11:25:19) 
[en réponse à 744199]

et (plus futé que moi) vous avez réussi à mettre le lien direct à la page d'écrits, sans devoir passer par le fatras de la page d'accueil.
Je vous en remercie.
Du coup mon message devient inutile, on pourrait le rayer.

images/icones/fleur.gif  ( 744212 )Permettez... par Vianney (2014-02-15 15:00:59) 
[en réponse à 744200]

 
...vous êtes vraiment trop modeste : non seulement c’est vous qui avez attiré notre attention sur la publication (sur Internet) de ces textes du R. P. Garrigou-Lagrange, mais surtout, vous nous avez invités à prier pour le repos de son âme : et ça, c’est vraiment LE seul service que nous puissions encore lui rendre.

R.I.P. donc !

V.
 
images/icones/fssp.gif  ( 744229 )Oeuvres à lire du P. Garrigou-Lagrange par Abbé Jacques Olivier (2014-02-15 19:51:58) 
[en réponse à 744197]

Vous trouverez ici, sur salve-regina.com de nombreux textes à lire, et (presque) tous ceux de la page du site cité dans le lien précédent qui en a fait de nombreux emprunts.

Bonne lecture d'une oeuvre magnifique à redécouvrir

Qu'il repose en paix, avec nos prières

Abbé Jacques Olivier
images/icones/bravo.gif  ( 744271 )Merci, Monsieur l’Abbé ! par Vianney (2014-02-15 23:15:27) 
[en réponse à 744229]

 
Fort beau site en effet ! Je profite de l’occasion pour vous signaler une erreur qui s’est glissée dans la page consacrée aux articles du Père Emmanuel sur Le drame de la fin des temps : contrairement à ce qu’indique la “remarque particulière” en haut à droite de la page, le dixième article et la conclusion sont bien parues dans le numéro 294 de la revue Itinéraires.

V.
 
images/icones/bravo.gif  ( 744280 )Merci pour cette info ! par Abbé Jacques Olivier (2014-02-16 08:21:57) 
[en réponse à 744271]

Je vais donc corriger et rechercher la partie manquante...
images/icones/hein.gif  ( 744220 )Petite question par LouisL (2014-02-15 16:08:40) 
[en réponse à 744195]


Le meilleur conseil qu’on pourrait peut-être donner aux ignorants qui, comme moi, auraient tendance a priori à reprocher à la théologie du P. Garrigou-Lagrange de n’avoir ni vie ni âme […].


Pourriez-vous, s'il vous plaît, développer sur ce point ?

Ma question n'a aucune visée critique. Je ne connais pas l'oeuvre du Père Garrigou-Lagrange mais votre message me donne envie de m'y intéresser et j'aimerais comprendre votre remarque.
images/icones/1a.gif  ( 744223 )C’est une critique courante... par Vianney (2014-02-15 17:23:54) 
[en réponse à 744220]

...de nos jours, où ceux qui, comme le R. P. Garrigou-Lagrange, croient en l’importance des vérités révélées, sont volontiers flétris comme des “docteurs de la loi” passibles des mêmes reproches que ceux auxquels s’attaquait Notre-Seigneur.

Mais comparaison n’est pas raison. Les lois juives, quoiqu’approuvées par Dieu, restaient des constructions humaines susceptibles d’améliorations. Au contraire, les vérités révélées ont directement Dieu pour auteur : les remettre en question, ce serait Le traiter de menteur et, par la même occasion, se priver du seul moyen qu’Il nous a donné pour nous mener à Lui.

Autant le P. G.-L. croyait à la fécondité de la vérité, autant il craignait les conséquences plus ou moins lointaines d’une erreur de principe. À ce propos, il citait volontiers, paraît-il, la parole de saint Thomas : parvus error in principio, maximus in fine.

Ce qui a évolué en lui, explique son ami le P. Lavaud dans l’article déjà cité, c’est donc moins le contenu de son enseignement que la manière de le présenter :

Ce que le P. G.-L. enseignait de l’harmonie des trois sagesses, la philosophique, la théologique, la mystique, emportait la conviction. Lui-même, on le sentait, réalisait de mieux en mieux cette harmonie. Avec le temps, l’enseignement du professeur s’est encore clarifié en se simplifiant. Il aimait à répéter ce qu’il tenait de je ne sais qui : « Les jeunes professeurs enseignent plus qu’ils ne savent, les professeurs mûris enseignent seulement ce qu’ils savent, les professeurs tout à fait expérimentés, seulement ce qu’ils savent devoir servir vraiment aux étudiants. »

Le P. G.-L. a été longtemps un polémiste vigoureux, mais avec les années il s’apaisa beaucoup, sans rien perdre de son attachement raisonné aux positions choisies ni de son opposition à l’éclectisme qui efface les crêtes vives de la pensée. Il garda toujours aussi vif le sens des erreurs rationalistes, agnostiques, modernistes, néomodernistes et autres, mais gagna progressivement en sérénité. Il communiquait le goût et l’amour de la vérité dont il vivait.


V.
 
images/icones/1a.gif  ( 744232 )La définition du hasard par Jean Ferrand (2014-02-15 20:21:23) 
[en réponse à 744195]

La définition du hasard par le père Garrigou-Lagrange :


N'avons-nous pas la définition du hasard ? Pourquoi ne voudrais-tu pas admettre que c'est la cause accidentelle de ce qui arrive rarement de façon, non pas indifférente, mais heureuse ou malheureuse, en dehors de l'intention de la nature ou de l'homme.



Le hasard, c'est l'accidentel. La nécessité c'est la finalité. Il n'existe pas de hasard pur, pas plus que d'accidentel pur. Le hasard, c'est l'entrecroisement, accidentel à nos yeux, d'une multitude presque infinie de causes finales.

Notre ami Scrutator Sapientae devrait nous faire une méditation là-dessus. Ça l'inspirerait je pense.
images/icones/fleche2.gif  ( 744289 )J'ai posé un jour, à qui de droit, la question suivante. par Scrutator Sapientiæ (2014-02-16 11:33:34) 
[en réponse à 744195]

Bonjour, bon dimanche, et merci, Vianney.

J'ai posé un jour, à qui de droit, id est à la FSSPX, la question suivante : pourquoi ne faites-vous donc pas davantage, le plus fermement et le plus fréquemment possible, du Père Garrigou-Lagrange, l'une de vos références explicites (je n'ai pas écrit : votre théologien officiel), notamment dans vos publications et sur vos sites internet ?

Je n'ai jamais obtenu de réponse, alors que ma question était tout à fait bienveillante et constructive.

A votre avis, pourquoi ne mettent-ils pas davantage en avant et en valeur des références explicites, en théologie, telles que celle que constitue le Père Garrigou-Lagrange ?

Merci beaucoup pour tout élément de réponse, y compris, pourquoi pas, en provenance de "qui de droit", bon dimanche et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/5b.gif  ( 744305 )Difficile de répondre à cette question... par Vianney (2014-02-16 15:18:41) 
[en réponse à 744289]

 
...à la place des intéressés, cher Scrutator, et je ne possède pas plus que vous de ligne directe avec la direction de la FSSPX pour en savoir plus long sur ce point !

L’attitude que vous constatez n’est fort heureusement pas générale : récemment encore, le Sel de la terre (n° 81, été 2012) a publié un commentaire du P. Garrigou-Lagrange sur l’encyclique Humani generis, d’autant plus intéressant qu’il complète l’article prémonitoire du même auteur sur “La nouvelle théologie, où va-t-elle ?”.

Mais on a malheureusement l’impression que, face à la part de mystère que comporte la situation actuelle de l’autorité dans l’Église, la FSSPX a un peu trop tendance à inventer de nouvelles règles de conduite que les théologiens romains de la génération du P. G.-L., confrontés à une telle situation, n’auraient vraisemblablement jamais approuvées.

V.