Le Forum Catholique

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images/icones/1f.gif  ( 744133 )Question générale, par AVV-VVK (2014-02-14 20:32:50) 

compliquée, complexe,... mais où en sommes-nous actuellement dans le débat de l' herméneutique du dernier concile? Y a-t-il une amélioration visible, palpable? Ne qu'en lisant des lettres de lecteur modestes dans "mon" bulletin paroissial je sens presque d'une façon physique une opposition latente devenant intenable à ma propre (et aussi d'autres) conception de l' Eglise (post)conciliaire.
images/icones/ancre2.gif  ( 744158 )Sur les progrès de l'herméneutique de Vatican II par Paterculus (2014-02-14 22:06:24) 
[en réponse à 744133]

Votre titre, mon cher AVV-VVK est de nature à dissuader les liseurs de cliquer dessus.
Mais bon, puisque je l'ai fait, voici où j'en suis de mes réflexions.

Les évêques français, dans leur quasi-totalité, vivent depuis les débuts de leur sacerdoce ou même depuis leur séminaire dans l'herméneutique de la rupture sans s'en apercevoir. Ils sont comme dans l'incapacité de reprendre leurs analyses à zéro.
J'ai souvent l'impression que le Pape lui-même est dans ce cas, avec tout de même l'intelligence et l'honnêteté suffisantes pour comprendre les ratzingériens de son entourage, qui l'ont considérablement fait évoluer : c'est sensible depuis deux mois.

Il faudra assez longtemps pour qu'on en arrive à une lecture convenable du Concile : ce qui manque aux lecteurs d'aujourd'hui c'est la connaissance du contexte de l'époque, et celui où nous nous trouvons est extrêmement différent.

Toutefois les choses pourraient s'accélérer bientôt.
Les jeunes prêtres, même passés par les séminaires (inter)diocésains), sont dans leur majorité insatisfaits de ce qu'ils y ont reçu et cherchent autre chose. A cet égard, ce qu'a semé Benoît XVI pourrait bien fructifier rapidement.
Mais quant à moi je ne verrai pas le redressement, je le crains.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleche2.gif  ( 744177 )Je suis tout à fait d'accord avec l'essentiel de votre analyse. par Scrutator Sapientiæ (2014-02-14 23:42:38) 
[en réponse à 744158]

Bonsoir et merci Paterculus,

Je suis tout à fait d'accord avec l'essentiel de votre analyse, en ce qui concerne les évêques français ; cela rejoint, indirectement, une récente remarque de Aigle, qui a écrit il y a peu sa certitude selon laquelle, pour beaucoup de catholiques contemporains, notamment en France, l'essence du christianisme catholique n'a réellement été découverte, valorisée, qu'au moyen et qu'à partir du Concile Vatican II.

Je ne dispose pas d'informations susceptibles de me permettre d'abonder ou non dans votre sens, en ce qui concerne l'influence bienfaisante qu'auraient ou qu'ont certains ratzinguériens sur le Pape François ; si c'est vrai, tant mieux, mais je persiste à penser, pour ma part, qu'il n'y a, pour ainsi dire, qu'un seul ratzinguérien "de stricte observance" : Benoît XVI lui-même...

Je pense que pour comprendre le Concile, il faut prendre appui sur une connaissance optimale de l'Ecriture, de la Tradition, du Magistère, mais aussi sur une connaissance optimale de l'ambiance, du contexte, de l'époque, du Concile ; or, la connaissance de tout cela fait défaut chez beaucoup aujourd'hui.

Enfin, l'insatisfaction à laquelle vous faites allusion est extrêmement intéressante ; puisque le Concile est si fécond, si génial que cela, et puisque que le déficit de fécondité et de génialité de l'après-Concile, officiellement, ne doit rien au Concile lui-même, comment se fait-il qu'un Concile aussi potentiellement nourrissant ait abouti, et, en un sens, continue à aboutir, à un après-Concile effectivement aussi peu nourrissant, notamment en matière de catéchèse et sur le plan liturgique ?

Je vous souhaite une bonne nuit et vous dis à bientôt ; peut-être ne verrons-nous pas "le redressement", pour reprendre votre expression, mais peut-être verrons-nous, en amont du redressement, la sortie du déni, dont l'Eglise a tant besoin.

Scrutator.
images/icones/fleche2.gif  ( 744175 )Deux conditions, parmi d'autres, pour que ce débat ait lieu. par Scrutator Sapientiæ (2014-02-14 23:18:58) 
[en réponse à 744133]

Bonsoir AVV-VVK,

1. Pour que ce débat ait enfin lieu, au niveau des diocèses, sinon dans les paroisses, il faut, à mon sens, réunir les deux conditions suivantes :

1) cesser de faire du Concile Vatican II un objet totem

2) cesser de faire de l'après-Concile un sujet tabou.

2. Autant vous dire que le débat que vous appelez de vos voeux, en vue d'aboutir à l'analyse la plus éclairante et à l'appréciation la plus objective, sur le Concile Vatican II, n'aura JAMAIS lieu, publiquement, à ciel ouvert, au sein de l'Eglise qui est en France.

3. Si vous en avez l'occasion, faites donc un jour le test suivant : à un clerc qui encensera devant vous le Concile, demandez donc pourquoi les très bons évêques et très bons théologiens qui ont "fait" Vatican II ont tous été remplacés, vraisemblablement dans la nuit du 31 décembre 1965 au 1er janvier 1966, par des évêques et par des théologiens nettement moins bons, auxquels ont doit l'après-Concile que l'on a eu par la suite ? Car c'est bien comme cela que cela s'est passé, n'est-ce pas ?

4. Ecoutez, pour vous dire à quel point je suis convaincu qu'il y a un mélange d'aveuglement et de résilience, voici ce à quoi j'ai pensé, il y a quelques jours ; en substance, dans le contexte français,

- dans un premier temps, on nous a dit : "Vous avez totalement tort, car le Concile est bien appliqué, et ce que l'on perd quantitativement est amplement compensé par ce que l'on gagne qualitativement" ;

- dans un deuxième temps, on nous a dit : "Vous avez partiellement tort, car le Concile est mieux appliqué, au sens de : moins mal appliqué que dans les années 1960-1970" ;

- dans un troisième temps, on nous a dit : "Vous avez partiellement raison, car le Concile est mal appliqué", ce qui ne signifie pas qu'il est plus mal appliqué que dans les années 1960-1970, mais ce qui signifie que le caractère dysfonctionnel de la continuité entre l'avant et l'après Vatican II commence à se manifester dans la longue durée et en profondeur, notamment dans le domaine des vocations ;

- dans un quatrième temps, on nous a dit : "Vous avez totalement raison, et d'ailleurs, çà tombe bien, on en parlait, tiens, justement : NOUS ALLONS ENFIN COMMENCER à nous approprier le Concile Vatican II, puis NOUS ALLONS ENFIN COMMENCER à appliquer le Concile Vatican II, comme il a vocation à être appliqué."

J'ai volontairement forcé le trait, dans l'espoir de bien me faire comprendre, merci bien de me dire à quel point je m'y suis mal pris...

5. Comprenez-moi bien : ma conviction est que nous sommes en présence d'apparatchiki et d'une intelligentsia ; jamais celle-ci, jamais ceux-là, ne reconnaîtront volontiers qu'ils sont les continuateurs de clercs qui ont été trompés, qui se sont trompés, et qui ont trompé.

6. J'ajoute ici le point suivant : vous avez, en défaveur de l'ouverture d'un débat honnête et loyal, sur cette question, en France, deux caractéristiques fondamentales : d'une part, le cléricalisme, d'autre part, le sociologisme :

- dans le cadre du cléricalisme, il y a un axiome : en cas de divergence d'appréciation entre le clerc et le laic, le clerc a toujours raison, et le laic a toujours tort, même si, éventuellement, le laic connaît plus, comprend mieux, que le clerc, la doctrine et l'histoire du Concile...

- dans le cadre du sociologisme, il y a un postulat : "il est impossible que le Concile Vatican II et / ou l'après-Concile Vatican II pose autant de problèmes que ce que l'on dit, puisque, même si nous en avons moins qu'avant, nous avons toujours des vocations religieuses et sacerdotales issues de nos milieux..."

7. Je suis au moins aussi pessimiste que d'habitude, et je me rends bien compte du fait que je suis en train de vous décrire un système à la fois noyauté et verrouillé, aussi je vous prie de bien vouloir m'excuser, si jamais mon pessimisme, dans lequel il y a plus de tristesse que de colère, est déconnecté des réalités.

8. Pour conclure ce message, je reviens un instant sur le totem et sur le tabou : je l'ai déjà écrit, et je le réécrirai :

- il faut DEMYTHOLOGISER le Concile Vatican II, il s'agit là d'une tâche urgente à accomplir, quand je vois dans quelle mesure certains continuent à avoir une relation affective au Concile, une relecture sentimentale du Concile, ou s'y conforment, bien entendu d'une manière restrictive et sélective mais néanmoins en recourant à un argument d'autorité ;

- il faut SE REMEMORER l'après-Concile Vatican II, non seulement le premier après-Concile, du milieu des années 1960 à la fin des années 1970, mais aussi le deuxième après-Concile, notamment de la fin des années 1970 au début des années 1990 ; se remémorer ne signifie pas ressasser, ruminer, mais se souvenir et réfléchir :

a) les prêtres qui ont défait ce qu'ils ont défait ont-il agi plutôt en conformité ou plutôt en contradiction avec leurs évêques, et les évêques qui ont fait faire ou laissé faire ont-ils eux-mêmes été plutôt encouragés par l'inertie romaine, ou plutôt découragés par l'énergie romaine, notamment et surtout sous Paul VI ?

b) il est apparu sous Jean-Paul II que le recentrage était nécessaire, mais il est également apparu, pendant le même pontificat, que le recentrage était insuffisant, pour provoquer un réveil ou un sursaut durablement et profondément féconds : quelles conclusions est-on en droit d'en tirer, pour le présent et pour l'avenir du catholicisme ?

9. Je termine ce message sur une boutade : face aux remarques, critiques ou sceptiques, sur le Concile et/ou sur l'après-Concile, voici, successivement, trois réactions :

- réaction du premier type : "On ne peut pas critiquer le Concile : l'Esprit saint était présent au Concile !" (merci à tout liseur qui me confirmera ou pas que l'auteur de cette phrase est bien Jean-Paul II, au début de son pontificat)

- réaction du deuxième type : "Les fruits du Concile se font encore attendre, mais ils seront bientôt nombreux" ; ce à quoi il est aisé de répondre par la question suivante : "Comment donc savez-vous qu'ils seront bientôt nombreux, puisqu'ils se font encore attendre ?"

- réaction du troisième type : "Les fruits du Concile sont encore largement devant nous" (ce qui, entre nous soit dit, est en contradiction relative avec le discours d'autosatisfaction post-conciliaire auquel nous avons eu droit, pendant quelques décennies), cette phrase étant, sauf erreur de ma part, de Mgr Vingt-Trois, au début de l'automne 2012.

10. Je pense que vous voyez où je veux en venir : dans le meilleur des cas, c'est par toutes petites touches que l'on sortira de l'ornière intellectuelle épiscopale, au fond de laquelle on persiste à refuser de reconnaître qu'il y a un lien de causalité, à tout le moins plus que partiel, entre au moins une partie du Concile et au moins une partie de l'après-Concile.

Je vous remercie pour votre bienveillance et votre compréhension, au contact de ce message, dans lequel j'ai laissé parler mon coeur, un peu plus que d'habitude, et je vous souhaite une bonne nuit.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 744189 )C'est une tres bonne analyse... par Pol (2014-02-15 09:44:16) 
[en réponse à 744175]

...je vous remercie et suis en plein accord avec ce que vous ecrivez(les deux conditions du debut).