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images/icones/bible.gif  ( 743315 )La nouvelle traduction liturgique de la Bible par Jean Ferrand (2014-02-05 15:14:01) 

La nouvelle traduction liturgique de la Bible

En acceptant la nouvelle traduction liturgique pour les pays francophones, la Congrégation pour le culte divin demandait en même temps que deux exemplaires de l'édition imprimée lui fussent transmis. C'est dire qu'ayant pris connaissance des préfaces, des notes, ou des documents annexes de cette nouvelle Bible, elle en avalisait tacitement le contenu puisque elle ne l'a pas renié. On peut donc considérer que ces préfaces, notes ou autres annexes ne sont pas contraires à la foi catholique, qu'ils sont conformes à l'enseignement actuel de l’Église et que le fidèle peut les utiliser en toute sûreté.

On observera constamment que ces préfaces, dont nous donnons ci-dessous de larges extraits, tiennent peu compte des décisions de la Commission biblique qui avaient été prises au début du XXe siècle. Elles les considèrent presque comme des quantités négligeables. Le fidèle peut en conclure que ces décisions ne sont plus d'actualité, ni normatives pour la foi. Elles n'ont jamais été, d'ailleurs, des décisions infaillibles et irréformables.

Dans l'introduction au livre de la Genèse, on peut relever les affirmations suivantes : « L'utilisation des mythes d'origine mésopotamienne est l'une des originalités de ces pages. » Ce qui sous-entend, par exemple, que le récit du Déluge est un mythe emprunté aux civilisations païennes de l'Orient. Ou encore : « Le livre de la Genèse n’est pas l’œuvre d'un seul auteur. » Moïse n'est pas l'auteur, ou l'auteur principal, de la Genèse, contrairement à ce que professait la tradition ancienne. « Une trame narrative émane de cercles sacerdotaux aux alentours de l'exil. » La Genèse, comme l'ensemble du Pentateuque, aurait été mise en forme seulement au moment de l'exil à Babylone.

Quant au livre de l'Exode : « Rédigé, sous sa forme actuelle, après l'exil babylonien, c'est-à-dire plusieurs siècles après les événements rapportés, il contient des visions théologiques diversifiées. Il unifie et synthétise des documents écrits qui eux-mêmes puisent aux sources de la tradition orale... ». Ce livre ne remonte donc que de façon lointaine à Moïse, dont il est censé nous raconter l'histoire.

Le livre du Lévitique tient dans un intervalle d'un mois : car le livre de l'Exode, précédent, s'achève « le premier jour du premier mois de la deuxième année » (Ex 40,16) et le livre des Nombres, suivant, débute « le premier jour du deuxième mois, la deuxième année. » (Nb 1,1). « L'attribution à des prêtres de cette œuvre imposante ne fait guère de doute. Le contexte le meilleur est celui de l'exil, voire du retour de l'exil. » Là encore l'attribution à Moïse, comme auteur, n'est que fort lointaine. Le Lévitique est un ensemble de discours divins (en tout : 36) qui sont adressés littérairement à Moïse.

Le livre des Nombres, quant à lui, nous amène du Sinaï jusqu'en face de la Terre promise, en 39 ans. Il est formé de « différents matériaux littéraires ». « La composition finale des Nombres, vraisemblablement très tardive, les agence selon une perspective qui reflète davantage la réflexion théologique des milieux sacerdotaux dans la période postexilique. » Là encore l'attribution à Moïse reste lointaine, bien qu'il soit le personnage principal du livre.

Le Deutéronome est la « Seconde Loi. » « Il se présente comme le Testament de Moïse, prononcé à la fin du séjour au désert. Il s'agit assurément d'une fiction, car le peuple auquel s'adresse Moïse est sédentarisé depuis fort longtemps. Mais le recours à Moïse est significatif du rôle prépondérant qui lui est assigné par les rédacteurs dans la fondation d'Israël. »

Le livre de Josué, pour sa part, nous introduit en Palestine. C'est le récit de la conquête. « L'archéologie conteste l'historicité des événements rapportés dans ce livre, et l'analyse littéraire montre que la 'conquête' procède de l'aménagement tardif de récits isolés. » Tel n'est pas mon avis personnel. Si le livre de Josué paraît anachronique, d'un point de vue archéologique, c'est qu'on place trop tardivement l'entrée en Terre promise : au XIIIe siècle avant Jésus-Christ, au temps de Ramsès II. Les fouilles de Jéricho ont bien montré que la ville ancienne a été effectivement détruite et incendiée. Il subsiste d'ailleurs un Tell imposant, inhabité depuis. Mais cela se passait au plus tard au début du XVe siècle avant notre ère. La sortie d’Égypte n'a pu avoir lieu que vers la fin du XVIe siècle, et même antérieurement à la XVIIIe dynastie des Pharaons, au temps de la deuxième période intermédiaire. Les israélites en Égypte furent contemporains des Hyksos, s'ils n'étaient pas des Hyksos eux-mêmes. D'ailleurs les hébreux sont partis d’Égypte au moment où les Hyksos disparaissent de l'histoire, cela est très significatif. Selon le livre de Josué, les israélites, lors de leur conquête de Canaan, n'incendièrent pas seulement la ville de Jéricho, mais encore les villes d'Aï et d'Hasor (cf. Josué 8,18-19 et 11,11). Ces destructions, à pareille date, sont bel et bien confirmées par l'archéologie. Et d'ailleurs, si le livre de Josué n'était pas historique, on ne voit pas comment celui de l'Exode pourrait l'être.

Les livres de Samuel. « Une tradition juive en attribuait la rédaction au juge et prophète Samuel lui-même et, après sa mort, au voyant Gad et au prophète Nathan. Aujourd'hui, on les attribue, pour leur plus grande partie, aux rédacteurs 'deutéronomistes' pendant l'exil à Babylone, au VIe siècle av. J.-C. Les aventures de David sont nombreuses et, pour partie, symboliques (voir le combat contre Goliath). »

Les livres des Rois. « Une tradition juive a attribué leur rédaction au prophète Jérémie. […] Aujourd'hui, on considère cet ensemble comme le dernier grand volet de l''histoire deutéronomiste', rédigée au VIe siècle av. J.-C, par des scribes exilés à Babylone. » La nouvelle traduction biblique place « la mort de David à Jérusalem (vers 970 av. J.-C.) » Mais selon la chronologie établie scientifiquement par Gérard Gertoux (par la mise en parallèle des rois d'Israël et de Juda, et par des synchronismes) elle serait à placer plutôt en 1017 av. J.-C., la dédicace du Temple en 1013, et la mort de Salomon en 977, soit un très net allongement, et vieillissement, de la chronologie des Rois par rapport à la chronologie admise.

Les livres des Chroniques. « Vu l'importance accordée au Temple et au rôle des lévites, on pense que l'auteur – appelé 'Chroniste' par commodité – était un lévite (ou plusieurs lévites) du Temple de Jérusalem reconstruit après l'exil. »

« Probablement écrits au début de la période hellénistique (vers 330-300 av. J.-C.), utilisant des documents d'archive partiellement rédigés en araméen, les livres d'Esdras et de Néhémie sont comme les deux parties d'un même ouvrage. Ils sont assez proches, par bien des aspects, des livres des Chroniques, dont ils se présentent comme la suite, et rapportent des événements survenus après le drame de l'exil à Babylone. »

« Le livre de Tobie présente toutes les caractéristiques d'un roman, et c'en est un en effet. » « L'action est censée se déroulée dans l'empire assyrien, au VIIIe siècle, mais le récit date au plus tôt du IVe siècle av. J.-C. »

Le livre de Judith. « Le premier verset du livre montre déjà clairement qu'il ne faut pas y chercher l'exactitude historique. Nabuchodonosor, le roi de Babylone qui détruit Jérusalem en 587 et déporta les habitants de Juda vers la Mésopotamie, y est dit roi des Assyriens, dans la ville de Ninive. Plus loin on apprend que les fils d'Israël sont déjà revenus de la déportation, que le Temple a été reconstruit et consacré. » Le nom de Nabuchodonosor est donc anachronique et la ville où se passe l'action, Béthulie, n'a jamais existé. « Le livre de Judith peut donc être qualifié de 'parabole historique' » On pourrait dire : roman historique.

Le livre d'Esther. « L'intrigue, unanimement reconnue aujourd'hui comme fictive, porte sur la pérennité du peuple juif. » « La fête de Pourim est liée au livre d'Esther. » « La réception de ce livre apparaît problématique en milieu juif. » « Cette réception est encore plus problématique pour les chrétiens : hésitation des Pères, perspective de vengeance assez éloignée de l’Évangile. Le passage relatant le massacre perpétré par les Juifs a été omis par les manuscrits vieux latins, mais rétabli par saint Jérôme traduisant l'hébreu. Malgré cela ce livre, témoignant de la menace de pogrom qui n'a cessé de peser sur le peuple juif, a été reconnu par le concile de Trente comme livre inspiré. »

Le premier livre des Macchabées. « L'auteur, ardent partisan des Hasmonéens, fait un éloge inconditionnel des fils de Mattathias, au risque de déformer parfois la vérité historique. Il écrit peut-être à la demande de Jean Hyrcan ou peu après la mort de celui-ci, en 100 av. J.-C. Scribe du Temple, il semble proche de la tendance sadducéenne. »

« Le deuxième livre fut probablement écrit dans le dernier quart du IIe siècle av. J.-C., à Alexandrie dans la Diaspora. » « Ce livre témoigne d'une spiritualité profonde et vécue, clairement influencée par le milieu des Pharisiens. »

Rien n'est indiqué sur la datation du livre de Job, ni sur le milieu littéraire qui l'a rédigé, sauf que c'est un livre sapientiel.

Les psaumes. « Ils étaient accompagnés d'un instrument à cordes, le psaltérion, d'où vient le mot 'psautier'. » « La datation des psaumes […] est controversée. Certains pourraient avoir été composés avant l'exil à Babylone, qui eut lieu en 587 ; d'autres se réfèrent à l'exil (Ps 125 ; 136) ; les autres enfin datent de l'époque du second Temple (consacré en 515). » La nouvelle Bible ne semble donc pas les attribuer à David, même pas ceux qui portent expressément le nom de David dans leur titre.

Le livre des Proverbes. « Attribué à Salomon, ce livre est un recueil de collections anciennes de proverbes et autres expressions sapientielles. »

Le livre de Qohèleth. « En français, on dit l'Ecclésiaste, celui qui parle dans une assemblée. C'est un pseudonyme obscur. L'auteur, du IIIe siècle avant notre ère, est inconnu, et il se présente comme s'il était Salomon. »

Le livre de la Sagesse ou Sagesse de Salomon. « Écrit en grec aux abords de l'ère chrétienne, ce livre est solidement unifié. L'auteur, un inconnu d'Alexandrie, se présente sous les traits de Salomon dans toute sa gloire, non encore entaché de ses erreurs et s'adressant à ses collègues qui gouvernent les peuples. En réalité l'auteur est un Juif totalement fidèle à la tradition biblique, et en même temps très au courant de la culture et des pratiques de l’Égypte hellénisée. »

L'Ecclésiastique. « Jésus Ben Sira fut maître de sagesse à Jérusalem. Entre 200 et 175 avant notre ère, il rassembla en hébreu l'ensemble de son enseignement. Un demi-siècle plus tard, à Alexandrie, son petit-fils traduisit en grec l’œuvre de son aïeul, en ajoutant un prologue à sa traduction. Puis, au début de l'ère chrétienne, on procéda en hébreu et en grec à une réédition du livre avec corrections et additions. » La dernière version du livre serait donc, d'après les auteurs, contemporaine peut-être de Jésus-Christ.

« Isaïe, le prophète de Jérusalem, nous est bien connu grâce à l'information contenue dans le livre qui porte son nom. Il est né vers 765 av. J.-C. » « A partir du chapitre 40, le climat change complètement. […] Depuis la fin du XVIIIe siècle s'est lentement imposé parmi les spécialistes la conviction que ces chapitres ne peuvent être de la main d'Isaïe, le prophète du VIIIe siècle av. J.-C. Ils doivent provenir d'un prophète anonyme qui a exercé son activité vers la fin de l'exil. On l'appelle le 'Second Isaïe'. Malgré un décret de la Commission biblique (1908), cette conviction est communément reçue aujourd'hui, même dans l’Église catholique. Elle ne se fonde pas seulement sur le changement du cadre historique des oracles, mais aussi sur le style littéraire et le message, qui diffèrent à l'évidence des chapitres précédents. A la fin du XIXe siècle, un exégète émit l'hypothèse que les chapitres 40 à 66 eux-mêmes ne provenaient pas d'un seul auteur. Il attribua les chapitres 56 à 66 à un troisième auteur, appelé le 'Trito-Isaïe', ayant vécu à Jérusalem après l'exil. On pense aujourd'hui que ces chapitres du 'Trito-Isaïe' non seulement ne sont pas l’œuvre du 'Deutéro-Isaïe' mais qu'ils sont eux-mêmes une collection faite de prophéties émanant d'auteurs disparates. » Les décisions de la Commission biblique du début du 20e siècle ne sont donc pas à considérer comme des dogmes de foi, mais peuvent être prudemment remises en cause par les exégètes, sous le contrôle du magistère romain. C'étaient des décisions que l'on peut qualifier de 'prudentielles'. Bien que la nouvelle traduction rende toujours le tétragramme (YHWH) par 'le Seigneur', selon les nouvelles directives romaines, elle laisse entendre dans la préface d'Isaïe qu'elle le regrette presque. C'était bien au nom de Yahvé (quelle qu'en fût la prononciation exacte) qu'étaient annoncés les oracles d'Isaïe (le premier, le second ou les autres...) Elle le fait remarquer plusieurs fois. 'Le Seigneur', traduction approximative, bien qu'imitée de la Septante grecque et de la Vulgate latine, appauvrit l'original hébreu. YHWH n'était pas seulement 'le Seigneur', mais 'Il est'.

« Jérémie ne s'entoura pas de disciples et resta seul pendant des années, jusqu'au jour où lui fut donné Baruch, qui lui servit de 'secrétaire' et qui participa sans doute largement à la rédaction de son livre. Les chapitres autobiographiques peuvent facilement être attribués en grande partie au prophète lui-même, tant l'accent d'authenticité est grand, surtout dans les textes où Jérémie épanche son cœur devant Dieu. Les chapitres biographiques sont d'un autre style et peuvent être attribués à Baruch ou à quelque autre scribe inconnu, mais fidèle au message du prophète. »

Les Lamentations. « A s'en tenir au texte hébreu, on peut considérer ces Lamentations comme étant d'un auteur inconnu, de l'époque de Jérémie. »

Le prêtre Ézéchiel, déporté à Babylone voit en Orient la gloire de Yahvé, échappée du Temple détruit. Il rêve de la reconstruction d'un Temple immense. La nouvelle traduction liturgique fait se terminer le livre par les mots : 'Adonaï-shamma', le Seigneur est là. Mais en réalité il est bien marqué dans l'original hébreu : 'Yahvé-sham', c'est-à-dire : Yahvé est là.

« Le livre de Daniel regroupe plusieurs ensembles rédigés en trois langues : en hébreu, en araméen et en grec.  Cette diversité laisse entrevoir l'histoire compliquée d'une œuvre qui a été reçue, développée et actualisée dans des communautés diverses. » « Le point sensible de l’œuvre est l'établissement de l'empire d'un Fils de l'homme face à tous les peuples de la terre. Ce message vise à stimuler la fidélité de croyants exposés ou soumis à la persécution à l'époque d'Antiochus Épiphane. » Le livre de Daniel, qui est censé se passer du temps de Nabuchodonosor, rappelons-le, ne serait donc pas authentique au sens d'historique.

« Parmi les vingt-sept écrits du Nouveau Testament, les quatre évangiles sont des récits assez complets concernant l'activité publique de Jésus, qui aboutit à sa passion et à sa résurrection ; ils combinent des paroles et des actes, en particulier des miracles ; deux d'entre eux (Matthieu et Luc) ajoutent à cela des récits concernant l'enfance de Jésus. » Les évangiles sont donc de véritables biographies de Jésus, au moins au sens ancien du terme, bien que nos auteurs ne le disent pas, ou ne l'avouent pas.

Les synoptiques. « Les récits concernant le Christ, portés par la tradition orale, ont été rassemblés dans des recueils qui ont servi de sources aux auteurs des évangiles 'synoptiques'. L'existence d'une première source est déduite du fait que ces trois évangiles ont beaucoup en commun. Marc a 661 versets ; Matthieu en a 1068 et Luc, 1149. Or 80 % des versets de Marc sont reproduits (non sans modifications) dans Matthieu, et 65 % chez Luc. Ce qui est transmis en commun par les trois synoptiques est appelé 'la triple tradition' ; la plupart des spécialistes pensent qu'ici c'est Marc qui est la source des deux autres. Telle est du moins l'hypothèse qui permet d'expliquer de la façon la plus simple la plupart des passages convergents. Mais il y a aussi d'importants passages que Matthieu et Luc ont en commun et qui ne figurent pas chez Marc ; c'est ce qu'on appelle 'la double tradition', qui compte environ 220 à 235 versets, parmi lesquels notamment les Béatitudes et le Notre Père. Beaucoup de spécialistes expliquent ce fait en supposant l'existence d'un recueil, inconnu par ailleurs, que l'on appelle 'la source Q', du mot allemand Quelle, qui veut dire 'source'. Cette hypothèse reste discutée, et surtout son contenu précis, mais elle est commode pour rendre compte de la double tradition, qui, elle, est un fait. Matthieu et Luc auraient donc pour sources l'évangile de Marc et la source Q, ainsi que des sources propres à chacun. » Présentation qui reste non satisfaisante. Si les auteurs présentent la Théorie des deux sources comme la seule théorie explicative de la formation des évangiles (ils n'en proposent pas d'autre), ils ne signalent pas sa principale difficulté, qui pour certains est rédhibitoire : si Matthieu et Luc se sont inspirés indépendamment l'un de l'autre de deux sources : Marc et la source Q, comment se fait-il qu'il y ait entre eux des points communs contre Marc ? C'est ce qu'on appelle les accords mineurs de Matthieu et Luc, contre Marc. Ils sont assez nombreux. On peut les évaluer de l'ordre de 200.

Les auteurs se contentent de dire que la Théorie des deux sources est encore contestée, mais ils ne proposent rien pour la remplacer. On reste donc dans le brouillard pour expliquer la genèse exacte des évangiles synoptiques. Et leur datation aussi devient, de ce fait, aléatoire.

L'évangile de Matthieu. « L'auteur est-il l'Apôtre Matthieu qui est d'ailleurs nommé (Mt 9,9) ? En faveur de l'identification , on peut faire valoir le témoignage de Papias (vers 150), rapporté par Eusèbe de Césarée (255-340) : 'Matthieu mit en ordre les logia (les paroles de Jésus) dans la langue hébraïque et chacun les interpréta comme il pouvait'. » Mais les auteurs ne semblent pas s'apercevoir que ce premier Matthieu, hébreu ou araméen, ces logia, pourrait être précisément la fameuse source Q détectée par les exégètes allemands du XIXe siècle. Il est certain qu'elle ne comprenait guère que des paroles de Jésus, précisément. Il ne s'aperçoivent pas non plus qu'on pourrait comprendre le verbe 'interpréter' dans le sens plus obvie de : 'traduire'. Chacun les traduisit (de l'araméen au grec, ou autre langue) comme il pouvait. « Remarquons ensuite que le texte dans son état final n'est pas la traduction d'un original sémitique mais un véritable écrit grec. Les sémitismes sont nombreux, il est vrai. Mais le fait n'a rien d'anormal, si l'on songe que l'araméen était la langue de la Terre Sainte à l'époque de Jésus. Par ailleurs les citations de l'Ancien Testament sont faites le plus souvent d'après la version grecque des Septante. » Ici les auteurs s'opposent, pour moi avec raison, à la thèse des pères Carmignac ou autres, qui voyaient les évangiles d'abord écrits en hébreu. Or même les logia de Matthieu araméen avaient d'abord étaient traduits en grec avant d'être retranscrits dans Matthieu grec. On le voit d'après les parallèles avec le troisième évangile. « Lui-même judéo-chrétien, le dernier rédacteur écrit pour une communauté d'origine judéo-chrétienne, sans doute celle d'Antioche. » C'était donc un juif helléniste écrivant pour des hellénistes. Le portrait correspondrait bien au diacre Philippe, lui-même 'évangéliste' (cf. Ac 21,8). Mais la localisation à Antioche est tout-à-fait arbitraire, non prouvée. Pourquoi pas Césarée maritime et la Palestine ? La tension forte, que les auteurs détectent entre Israël et la nouvelle Église, s'explique en effet bien mieux en Palestine qu'à Antioche. Souvenons-nous des nombreuses persécutions rapportées dans les Actes. « Celle-ci [cette tension] est au cœur de l'évangile de Matthieu, écrit probablement vers l'année 85, donc bien après la chute de Jérusalem, en 70. » Encore une datation tout à fait arbitraire, et même invraisemblable. La tension à son maximum, c'était en Palestine avant la chute de Jérusalem, et non à Antioche en l'an 85 ! A cette dernière date la tension était retombée, par anéantissement ou marginalisation, de la nation juive. Et ce n'est certes pas ce spectacle qu'offre le premier évangile.

L'évangile de Marc. « C'est à une époque relativement récente (milieu du XIXe siècle) que la critique a reconnu l'évangile de Marc comme le plus ancien. De ce fait, il a acquis quelques titres de noblesse, tout en restant largement méconnu : on considérait surtout cet évangile comme un maillon permettant de remonter au Jésus de l'histoire. Ce faisant, on oubliait que proximité n'est pas nécessairement synonyme d'authenticité, et, surtout, on ne s'intéressait pas à l’œuvre de Marc pour elle-même. Il faudra attendre le milieu du XXe siècle pour que l'on regarde l'évangile de Marc comme un véritable évangile mettant en œuvre une christologie très élaborée. Reprenant les éléments d'une catéchèse ancienne (provenant sans doute d'un milieu influencé par l'apôtre Pierre), Marc les réécrit sous l'influence de la théologie paulinienne. » Les auteurs acceptent ici encore la Théorie des deux sources : Marc est l'une des sources de Matthieu et Luc, mais l'origine de Marc lui-même reste brumeuse. Les auteurs n'acceptent pas le fait, rapporté par l'ancienne tradition, que l'évangéliste Marc fut l'interprète et le secrétaire de saint Pierre, en même temps que, pendant longtemps, le compagnon de Paul. Ainsi on ne voit guère comment les récits de Marc peuvent se rattacher à la vie du Christ. De plus, les auteurs ne datent pas cet évangile. S'il n'est qu'une œuvre théologique, sans lien avec la biographie de Jésus, pour moi il n'a pas beaucoup de valeur. Et les évangiles qui le recopient dans sa presque totalité non plus...

Évangile de Luc. « Nous reprenons ici à notre compte l'hypothèse retenue par une majorité de biblistes et formulée ci-dessus, concernant les sources des synoptiques. Luc a connu une forme de l'évangile de Marc et l'a utilisée ; s'il écrit son évangile, c'est notamment pour que ses lecteurs n'aient pas à lire Marc, comme le laisse entendre le prologue. En second lieu il a puisé, comme Matthieu, à une collection de paroles de Jésus, 'la source Q'. Il a disposé enfin de sources qui lui sont propres. » Les auteurs reprennent ici sans vergogne la Théorie des deux sources, mais sans plus mentionner ni expliquer son aporie fondamentale : le problème des accords mineurs entre Matthieu grec et Luc, contre Marc. De plus, pourquoi Matthieu et Luc accordent-ils une telle autorité à l’œuvre de Marc, au point d'en faire le canevas de leur propre ouvrage, s'ils ne la savent pas issue d'un apôtre, et authentique sur le fond ? C'est incompréhensible. Et si l’œuvre de Marc n'est pas authentique, comment Matthieu et Luc peuvent-ils l'être ? La vie de Jésus dans les synoptiques tiendrait du roman édifiant. « L’œuvre est à dater des années 80-90. » Datation totalement arbitraire et non justifiée. On ne voit pas vivre Luc si longtemps, si c'est lui, et si ce n'est lui, qui est-ce ? Un inconnu sans autorité et sans mandat. Les évangiles ne peuvent se rapporter qu'aux apôtres ou à leurs adjoints. Les auteurs présentent l'évangile de Luc et les Actes comme un seul ouvrage, arbitrairement ou accidentellement séparé (depuis l'antiquité !). C'est oublier que Luc lui-même affirme avoir composé deux livres, avec deux dédicaces distinctes au même Théophile. Si c'était un seul tome il n'y aurait qu'une seule dédicace. « A-t-il accompagné Paul, comme le rapporte la tradition ? La réponse à cette dernière question dépend de la façon dont on interprète les sections en 'nous' du livre des Actes. » Mais si on se reporte par avance à l'introduction du lire des Actes, on voit que les auteurs concluent négativement à cette question. Luc, pour écrire les Actes, aurait seulement utilisé le livre de voyage d'un compagnon de Paul. Luc reste donc un pur inconnu et sa communauté absolument imprécise.

L'évangile de Jean. « Plus que les évangiles synoptiques, le quatrième évangile signale l'identité de son auteur. Il s'agit d'un mystérieux 'disciple bien-aimé', présent aux côtés de Jésus lors du dernier repas et considéré comme le témoin direct de sa mort, ainsi que l'auteur du premier acte de foi en la résurrection, au matin de Pâques, à la seule vue du tombeau vide. Certains le reconnaissent encore dans la scène initiale avec Jean-Baptiste – il serait alors le disciple anonyme accompagnant André – ou bien durant la Passion aux côtés de Simon-Pierre, qu'il aurait introduit dans la maison du grand prêtre. Quoi qu'il en soit, il jouit du privilège d'avoir été le témoin oculaire des événements définitifs de la mort et de la résurrection de Jésus. De plus, en lui confiant sa mère, Jésus l'a quasiment reconnu comme son frère, donc son héritier à la tête de la communauté des disciples. Dès lors, il paraît jouir d'une grande autorité et peut être présenté comme le véritable auteur de l'évangile, ayant joué un rôle décisif dans le processus de rédaction du livre. Le chapitre 21 nous informe sur la disparition du disciple, de mort naturelle, à la différence de Pierre, et semble-t-il à un âge avancé. » « L'anonymat du disciple a toujours exercé la sagacité des lecteurs. Depuis Irénée de Lyon (fin du IIe siècle), il est de règle de l'identifier avec Jean le fils de Zébédée, l'un des apôtres les plus proches de Jésus au dire des synoptiques, et le compagnon de Pierre au début de l’Église , si l'on en croit les Actes des Apôtres. Mais si l'on s'en tient au quatrième évangile , aucun élément ne vient étayer cette thèse. Autrement dit, le disciple bien-aimé reste pour nous un inconnu, et sans doute est-ce bien ainsi. » Quel charabias ! Heureusement encore que les auteurs n'identifient pas formellement l'auteur du IVe évangile avec un prêtre nommé Jean (lui aussi) du Temple de Jérusalem, et disciple clandestin de Jésus, ce serait le comble ! Ainsi il y aurait eu treize disciples à table avec Jésus, au moment de la Cène, contrairement aux déclarations formelles des autres évangiles. Les auteurs n'imaginent pas un instant que l'anonymat de l'auteur du IVe évangile pourrait être un anonymat volontaire, par modestie, de la part de l'apôtre Jean, fils de Zébédée. C'est pourtant la seule explication obvie, et que toute la tradition a, non seulement pensée, mais affirmée de façon péremptoire, depuis la plus haute antiquité. Irénée était quand même un témoin de l'âge apostolique, disciple de Polycarpe, qui lui-même avait connu Jean. Irénée sait de première main que Jean est l'auteur de l'évangile, de l'Apocalypse et d'au moins deux épîtres. Imaginer un disciple fantôme, qui suit Jésus depuis le Jourdain jusqu'au Calvaire, puis au tombeau, premier témoin de la Résurrection, sans que son nom soit connu, c'est du pur roman-feuilleton. Il aurait aussi embarqué subrepticement dans la barque de Pierre, pour les traversées du lac de Tibériade. Il eût été encore au puits de Jacob, témoin direct de la rencontre avec la Samaritaine. Pourquoi pas avec son magnétophone en bandoulière, quand on y est. Parlons du chapitre 21 : « Ce dernier chapitre témoigne-t-il de préoccupations relatives à la vie ecclésiale à la fin du Ier siècle, voire au début du IIe siècle, en tout cas après la mort des derniers témoins de l'âge apostolique. Le dernier chapitre est manifestement un ajout postérieur à la rédaction de l'ensemble de l'évangile, mais cela ne lui retire aucune valeur. Bien encore, le chapitre 21 rend compte de la façon dont le quatrième évangile, à bien des points de vue différent des trois autres, a cependant fini par se faire accepter de la Grande Église. Longtemps jalouse de son identité, comme l'atteste l'insistance sur la personnalité du disciple bien-aimé, la communauté johannique finit par accepter l'autorité posthume de Pierre, en quelque sorte réhabilité par Jésus et chargé de la mission de conduire le troupeau. » Le chapitre 21 ne serait ainsi qu'une invention destinée à réconcilier la communauté johannique avec celle de la Grande Église (sans doute Rome) dominée par la figure de l'apôtre Pierre, à la fin du Ier siècle ou au début du second. Exégèse peu vraisemblable, car on sait bien que les diverses communautés ont toujours tendance à évoluer de façon divergente, en accentuant leurs particularismes, ou leurs traditions propres. La querelle autour de la célébration de la fête de Pâques le montrera bientôt. D'autre part on sait que le chapitre 21 se lit dans tous les manuscrits complets du IVe évangile. Il fait partie indubitablement de son archétype. Or le plus ancien papyrus de l'évangile de Jean, trouvé en Égypte, est daté des environs de l'an 125. Ce qui rend peu probable une publication aussi tardive du IVe évangile dans son entier. Cette thèse néglige aussi le fait que ce chapitre 21 est du plus pur style johannique, à la fois par la pensée, par les personnages impliqués que par le vocabulaire et les tournures de phrase. C'est manifestement un ajout de l'auteur lui-même, avant la publication de l'œuvre . Il était bâti sur le même schéma que les autres épisodes du livre : un enseignement (ici la primauté de Pierre), un signe pour l'illustrer (ici une pêche miraculeuse). La scène racontée est un témoignage authentique, au même titre que les autres récits de l'évangile et non une invention. Jean l'affirme clairement dans les dernières lignes (cf. Jn 21,24).

« Le livre des Actes confirme que l'auteur a écrit après la chute du Temple de Jérusalem en 70. D'abord son histoire de la communauté de Jérusalem se clôt sur le dernier voyage qu'y fait Paul et sur son arrestation au début des années 60. Les événements tragiques de la guerre de 66-70 sont totalement oblitérés comme il était nécessaire de faire à l'intention d'un lectorat gréco-romain après l'échec de la révolte juive. » Raisonnement proprement farfelu et ahurissant ! La conclusion logique devrait être inverse : il a obligatoirement écrit avant la chute du Temple en 70. Si son livre se clôt sur le dernier voyage de Paul à Jérusalem, puis à Rome en compagnie de Luc, c'est précisément parce que son livre a été rédigé puis publié avant la catastrophe de 70. Que Luc ait oblitéré volontairement les événements de 66-70 pour faire plaisir à son lectorat gréco-romain, c'est le comble de l'invraisemblance. Ça ne tient pas debout. Dans son évangile, il aurait pu aussi cacher la Passion du Christ pour ne pas affliger son public ! « D'autre part, chaque fondation d’Église est présenté selon un schéma récurrent, qui tend à dissocier le christianisme du judaïsme : c'est parce qu'ils sont chassés des synagogues que les Apôtres portent l’Évangile au monde grec ou même à des barbares venus des extrémités de la terre. » Mais précisément cette dialectique, ou ce conflit, entre la synagogue et l’Église date du jour de la Pentecôte et s'est poursuivie jusqu'à la catastrophe de 70. On l'observe tout au long de la première partie des Actes. Après 70, elle n'a plus lieu d'être car la synagogue se trouve alors vaincue et humiliée, et l’Église bénéficiera d'un temps de paix, au moins jusqu'à Domitien. Après 70, synagogue et Église se trouvent disjointes. Elles deviennent étrangères l'une à l'autre. Avant 70 elles étaient en conflit certes, mais encore étroitement imbriquées. C'est ce premier stade, violent, qu'on observe dans les Actes.

Les épîtres de Paul. « Le 'corpus paulinien' se compose de quatorze lettres, qui sont toutes 'canoniques', c'est-à-dire reconnues par les Églises chrétiennes comme appartenant au recueil d'écrits inspirés qui forment la Bible. Mais toutes ne sont pas nécessairement 'authentiques', c'est-à-dire composées par Paul lui-même. Quelques-unes ont pu être rédigées au nom de Paul par des secrétaires ou par des disciples, qui ont préféré demeurer anonymes et ont attribué leurs écrits à Paul, dont ils estimaient exprimer la pensée. » Fraude pieuse, en quelque sorte. Mais scénario peu convaincant, quand on pense que dès l'origine les épîtres pauliniennes ont été constituées en recueil fermé, auquel on ne pouvait rien ajouter. L'épître aux Hébreux est à considérer à part, car elle ne se présente pas comme une lettre de Paul. Elle pourrait être l’œuvre d'un de ses disciples, ou peut-être même de saint Barnabé. « L'authenticité de sept lettres de Paul (Rm, 1 Co, 2 Co, Ga, 1 Th, Ph, Phm) n'a jamais été sérieusement contestée. Dans la Bible, elles sont classées traditionnellement par ordre de longueur et non par ordre chronologique. » La lettre aux Hébreux échappe à ce classement. Elle est placée en dernier. Preuve qu'elle ne fait pas partie du recueil original.

« La lettre de Jacques n'a d'une épître que l'adresse initiale. » « Elle se présente comme un écrit de sagesse à but d'exhortation. » « Elle manie avec aisance les procédés littéraires de la 'diatribe' (discussion) hellénistique ; son grec assez recherché n'est pas un grec de traduction. » « Elle est capable aussi de s'exprimer dans le registre de la philosophie stoïcienne, comme le faisaient déjà les juifs de la Diaspora. » « Cet ensemble de données internes est peu favorable à la tradition patristique, qui attribue la lettre […] à 'Jacques, le frère du Seigneur' parfois confondu avec l'apôtre Jacques, fils d'Alphée, l'un des Douze. Cette attribution supposerait au moins l'intervention d'un secrétaire et réclamerait une date antérieure à 62 (martyre de Jacques). Il paraît plus satisfaisant de recourir à la pratique, qui était bien reconnue en ce temps, de mettre un écrit sous un nom prestigieux, ici celui de Jacques. Bien que, dans l'adresse, il ne se présente ni comme frère du Seigneur, ni comme apôtre, c'est pourtant cette figure que la tradition a retenue, tellement son relief était grand dans la mémoire des Églises. Cette question de l'auteur littéraire ne met pas en cause l''autorité' ecclésiale de la lettre. » Cependant l'épître de Jude se présentera comme celle du frère de Jacques, et ce Jacques était bien le frère du Seigneur, premier évêque de Jérusalem, et c'est en sa qualité d'évêque qu'il adresse son encyclique 'aux douze tribus de la Diaspora', c'est-à-dire à tous les chrétiens. Assurément, c'est une exhortation apostolique, une parénèse. Mais raison de plus. Il ne fait aucun doute pour moi qu'il fut également apôtre, l'un des Douze. La tradition ancienne de l’Église n'a jamais connu que deux Jacques : le majeur, fils de Zébédée et frère de Jean, le mineur, 'frère du Seigneur', frère de Simon (ou Siméon), frère de Jude et premier évêque de Jérusalem. Tous les deux apôtres. L’Église de Jérusalem était bilingue, araméen et grec, avec en son sein une forte proportion d'hellénistes (les Sept furent des hellénistes). On observe ce fait dès l'origine de l’Église. Évidemment Jacques, s'adressant à la Diaspora, s’exprimait en grec et même dans un grec assez recherché.

La première lettre de Pierre.  « Cette lettre se présente sous le nom et l'autorité de 'Pierre, apôtre de Jésus-Christ'. Elle fait allusion à son rôle de 'témoin (au sens de martyr) des souffrances du Christ'. On peut admettre que, rédigée par un disciple de Pierre, elle a été mise sous son nom ; c'était une pratique courante en ce temps-là, de faire parler une autorité reconnue selon l'image et la mémoire que la tradition en avaient gardées. 'Le brasier' qui atteint la fraternité des chrétiens de par le monde peut difficilement s'identifier avec la persécution très localisée des chrétiens de Rome par Néron en 64, dans laquelle Pierre a succombé. L'épître reflète un climat de vexations qui conduira à des persécutions organisées en fonction du nom de 'chrétien', vers la fin du règne de Domitien ; mais ici elles viennent encore de la base. La lettre pourrait trouver place entre les années 70 et 90. » Autrement dit l'épître serait posthume et pseudépigraphique. Non, l'épître n'a pas été écrite par un disciple postérieur, mais bien par un secrétaire contemporain nommément désigné : Silvain. Le brasier dont est menacé le monde est une prophétie, et même une prophétie eschatologique. Il n'est pas celui de la persécution de Néron, qui n'a pas encore eu lieu, ni celle de la persécution de Domitien, dont l'existence même n'est pas prouvée historiquement (si ce n'est certaines vexations locales dans la ville de Rome).

La seconde lettre de Pierre. « L'attribution à Pierre de cette seconde lettre, au demeurant bien différente de la première, se heurte à de grandes difficultés : le style est très recherché, le langage hellénistique (ainsi 'la nature divine', 2 P 1,4), le démarquage étroit de la lettre tardive de Jude, l'existence supposée d'un recueil des lettres de Paul soumises à débat, les signes avant-coureurs de la crise gnostique (valorisation unilatérale de la connaissance). On pourrait ajouter : la 'haute christologie', selon laquelle le Christ est expressément désigné non seulement comme 'Seigneur', mais aussi comme 'Dieu' et 'Sauveur'. On ne s'étonnera pas dès lors que la plupart des spécialistes datent cette lettre de la première moitié du deuxième siècle (vers 125-130). Écrite d’Alexandrie ou de Rome, elle pourrait avoir eu les mêmes destinataires que la première lettre (Asie mineure et régions voisines). Mais son actualité ne se dément pas : dans les crises que traverse la foi, elle nous renvoie toujours opportunément aux Écritures et à la Tradition apostolique. » Ainsi elle aurait été écrite après la mort du dernier des apôtres, donc après la fin de la révélation divine. Bizarre. Ensuite, elle n'est pas démarquée étroitement de la lettre tardive de Jude ; mais c'est précisément l'inverse ! C'est Jude qui démarque l'épître de Pierre en déclarant réalisées les prophéties que celle-ci annonçait. Vérifiez dans le texte. La deuxième épître de Pierre a été écrite sans doute de Rome, peu avant la mort de Pierre, avec les mêmes destinataires que la première, car Pierre précise que c'est la deuxième lettre qu'il leur envoie. Elle affirme que Jésus est Dieu, comme le faisait déjà Paul, dans ses épîtres. Et dans sa première lettre, Pierre parlait déjà de Dieu comme Père (1 P 1,2) et comme Père de notre Seigneur Jésus-Christ (1 P 1,3) : ce qui suppose que ce dernier était Fils de Dieu, et Dieu. Les lettres de Paul furent rassemblées dès l'origine dans un recueil confectionné par son secrétaire, Luc, et c'est seulement ainsi, en tant que recueil, qu'elles sont parvenues jusqu'à nous. Sinon elles se seraient perdues. D'ailleurs plusieurs furent effectivement perdues. Et Pierre a eu connaissance de ce recueil, dès la venue de Paul à Rome.

L'épître de Jude. « L'auteur de l'épître se présente comme étant Jude, frère de Jacques. Parmi ceux qu'on appelle 'frères du Seigneur', l'évangile cite en effet Jacques, José (ou Joseph), Jude et Simon. Ils jouèrent un rôle important dans la communauté chrétienne de Jérusalem. Cette lettre comporte beaucoup de traits communs avec la Deuxième lettre de Pierre, qu'elle a peut-être influencée. L'une de ses particularités est de contenir une importante citation du livre d'Hénoch considéré comme apocryphe par les Églises chrétiennes, sauf en Éthiopie. » Jude était en effet le frère de Jacques, premier évêque de Jérusalem, et de Simon (ou Siméon) son successeur. Selon Eusèbe de Césarée, ils ont gouverné l’Église de Jérusalem jusqu'en l'an 107. Non ce n'est pas l'épître de Jude, comme nous l'avons déjà dit, qui a influencé la deuxième de Pierre, mais c'est l'inverse. Jude cite implicitement son devancier en posant que les prophéties faites par avance par les apôtres de Jésus-Christ se sont réalisées. Jude cite en outre Hénoch comme un livre inspiré, car en ce temps-là le partage n'était pas fait entre les livres canoniques et les autres. De plus, Hénoch ne peut pas être qualifié d'apocryphe, mais seulement de pseudépigraphique. C'est un livre inter-testamentaire.

L'Apocalypse. « L'auteur de l'Apocalypse dit s'appeler Jean. Cherchant à l'identifier historiquement, la tradition des deux premiers siècles y voit l'apôtre Jean des évangiles, l'un des Douze, à qui est attribué aussi le quatrième évangile (hypothèse à laquelle a succédé celle, privilégiée aujourd'hui, du 'disciple bien-aimé', maître d'une école johannique. C'est l'interprétation de Justin déjà, puis d'Irénée, qui n'hésite pas à prêter longue vie à l'apôtre, puisqu'il situe cette révélation sous le règne de Domitien, vers 94-95 (hypothèse encore majoritairement suivie aujourd'hui, aux dépens de celle des années 68-70, sous Néron). Durant cette période, en Occident et à Alexandrie, du fait de son apostolicité reconnue, l'Apocalypse est reçue comme un livre inspiré, donc canonique. On ne sait trop pourquoi certaines Églises d'Orient, par contre, ne l'inscrivent que tardivement au canon de leurs Écritures (VIe siècle en Syrie, plus tard encore en Grèce). C'est pourtant à Rome que le prêtre Caïus, au IIIe siècle, considérant l'Apocalypse comme un écrit gnostique, la fait proscrire comme hérétique et apocryphe. Peu après, Denys, évêque d'Alexandrie de 248 à 264, sans pour autant la rejeter hors du canon, refuse d'y voir la main de l'apôtre, la différence de style et de thèmes avec le quatrième évangile lui paraissant trop marquée. Prolongeant cette quête d'auteur, Eusèbe de Césarée propose d'identifier Jean de Patmos avec le 'presbytre Jean, disciple du Seigneur', dont il trouve mention dans un écrit de Papias. La question est donc posée : l'auteur est-il Jean l'apôtre, ou un autre Jean ? L'enquête historique ne permet pas d'en décider. S'intéressant comme Denys, à la question littéraire, l'exégèse critique du XIXe siècle échafaude quant à elle deux hypothèses – perdurant jusqu'aujourd'hui – qui sont diamétralement opposées. Se fondant sur des critères de langues et de style, la première juge impossible qu'une même main s'exprime d'une manière incorrecte dans l'Apocalypse (au grec truffé d'erreurs) et raffinée dans l'évangile. Elle renverse donc l'ordonnance chronologique postulée et fait de l'Apocalypse une œuvre antérieure du seul apôtre Jean (peu cultivé et relégué dans son île de Patmos), et de l'évangile un écrit plus tardif rédigé à Éphèse par des disciples lettrés. Quant à la seconde, se fondant principalement sur des repérages thématiques, elle juge que la présence dans l'Apocalypse de figures johanniques caractéristiques (l'Agneau, l'eau de la vie, etc.) permet de postuler une identité d'auteur. Cette position traditionnelle, qui demeure la plus solide, mentionne notamment les traits communs entre le quatrième évangile, les lettres de saint Jean et l'Apocalypse, comme, par exemple, la mention du Verbe de Dieu... » Les Pères apostoliques, Justin, Irénée, l'auteur du Canon de Muratori, Clément d'Alexandrie, Tertullien, étaient bien placés pour savoir que Jean l'apôtre avaient écrit l'Apocalypse, l'évangile et des épîtres. L’Église ancienne n'a connu d'autre Jean que l'apôtre et l'évangéliste, qui se nomme lui-même presbytre dans la 2e et 3e de Jean. C'est plus tard qu'on a cru devoir dissocier tous ces titres. Le texte de l'Apocalypse est unifié par un plan septénaire très solide, avec quelques excursus. En aucun cas elle n'est un écrit composite, fait d'éléments disparates, rédigés à différentes époques. L'Apocalypse ne peut avoir été écrite qu'au plus fort de la persécution de Néron. 666 ne peut désigner que César Néron. Les deux oliviers sont les deux apôtres Pierre et Paul qui viennent d'être mis à mort à Rome, avec une multitude de chrétiens. L'Apocalypse prophétise le triomphe de l’Église des douze apôtres de l'Agneau sur l'empire romain persécuteur.
images/icones/fleche2.gif  ( 743317 )Elle vient d'être présentée au pape par Jean Ferrand (2014-02-05 15:46:22) 
[en réponse à 743315]

Aujourd'hui 5 février, au cours de l'audience générale. Agence Kipa-Apic. ICI.
images/icones/hein.gif  ( 743318 )Ce texte par Quaerere Deum (2014-02-05 15:50:39) 
[en réponse à 743315]

est-il de vous ?

Si oui, quels sont vos conclusions ?
images/icones/fleche2.gif  ( 743319 )Ce texte par Jean Ferrand (2014-02-05 15:58:20) 
[en réponse à 743318]

Ce texte est de moi. Les citations (très nombreuses, et abondantes) des auteurs de la nouvelle Bible sont entre guillemets. J'émets dans le texte beaucoup de critiques, ou de réserves.
images/icones/neutre.gif  ( 743320 )Ces notes par Quaerere Deum (2014-02-05 16:25:22) 
[en réponse à 743319]

introductives n'ont en fait pas grand intérêt. Elles ne seront jamais que des théories historico-critiques.

Des commentaires des Pères auraient été bien plus utiles.

images/icones/5a.gif  ( 743322 )La Septante Française officielle! par PEB (2014-02-05 17:31:18) 
[en réponse à 743320]

Ces notes ne sont d'ailleurs pas le point qui a été le plus travaillé. Il s'agit d'un passage obligé pour l'occasion. En revanche, l'introduction générale est beaucoup plus éclairante sur la réception des Écritures dans les Eglises.

Ce qui importe, c'est la grande unité des textes: les lectures sont raccords avec les hymnes de la liturgie des heures! Ils sont passablement lisibles. Les notes de bas de page feront plaisir aux exégètes car elles contiennent les variantes, ajouts, concordances et suppressions nécessaires à une audition facile.

Chose amusante, l'équipe de traduction se montait à 70 collaborateurs: la Septante française!

En raison de l'autorité signataire, à savoir les évêques francophones sanctionnés par le Siège Apostolique, faut-il considérer que cette version est inspirée?
images/icones/neutre.gif  ( 743337 )La comparaison par Quaerere Deum (2014-02-05 19:28:39) 
[en réponse à 743322]

s'arrête là. Aux 70 traducteurs.

Il existe encore des points de traduction d'autant plus critiquables qu'ils étaient évidents à résoudre.

C'est dans la moyenne des traductions actuelles. Il ne faut rien en attendre de plus.


images/icones/fleche3.gif  ( 743359 )Attention, sur l'inspiration par Jean Ferrand (2014-02-06 00:05:28) 
[en réponse à 743322]

Attention, sur l'inspiration j'ai des idées claires : seuls les textes originaux sont inspirés, et à condition encore que la teneur qui nous est transmise date d'avant la fin de l'âge apostolique. Même la Vulgate n'est pas inspirée. Elle est seulement autorisée, hautement autorisée, et doctrinalement infaillible (ce qui ne signifie pas inspirée).

Pour la Septante (qui remonte avant la fin de l'âge apostolique), il y a discussion. Peut-on la considérer comme un texte original et par conséquent inspiré ? L’Église orthodoxe a tendance à répondre 'oui'. La tradition occidentale serait plus réservée (sauf bien sûr pour les deutérocanoniques écrits directement en grec). Depuis saint Jérôme on a tendance à privilégier la veritas hebraïca, la seule vérité du texte original hébreu (ou araméen, ou grec pour les deutérocanoniques et le Nouveau Testament).

Entre la Septante et l'hébreu, il y a parfois des différences, de dates notamment, qui vont presque jusqu'à la contradiction. Gertoux par exemple (chronologiste professionnel) constate que certaines dates de la Septante ont été volontairement corrigées, et le plus souvent à tort. Quant à lui il considère le texte massorétique comme seul fiable. Il est Témoin de Jéhovah, me direz-vous ? Oui, mais en cela il est parfaitement d'accord avec saint Jérôme...
images/icones/colombe2.png  ( 743367 )sans vouloir jouer sur les mots ... par petitClerc (2014-02-06 07:47:50) 
[en réponse à 743359]

Vous faites la différence :

doctrinalement infaillible (ce qui ne signifie pas inspirée)


Mais je ne vois pas comment sans l'inspiration divine et la révélation, l'Eglise pourrait sur aucun point prétendre à l'infaillibilité ...
Mieux dit ici :

La constitution dogmatique Dei Verbum du 18 novembre 1965, issue du concile Vatican II, explique que la doctrine chrétienne est, pour les catholiques, issue d'une seule source : la Révélation. Cette vérité sur Dieu et sur le salut qu'il accorde aux hommes est connue grâce à trois moyens : La Tradition (christianisme), les Saintes Écritures, et le Magistère vivant dont l'autorité s'exerce au nom du Christ, c'est-à-dire par les évêques en communion avec l'évêque de Rome



en Christ,
petitClerc
images/icones/1a.gif  ( 743368 )en cas où ma source vous déplairait ... par petitClerc (2014-02-06 07:54:12) 
[en réponse à 743367]

« Toutes les fois donc que la parole de ce magistère déclare que telle ou telle vérité fait partie de l’ensemble de la doctrine divinement révélée, chacun doit croire avec certitude que cela est vrai » (Léon XIII: encyclique Satis cognitum, 29 juin 1896).
images/icones/fleche2.gif  ( 743371 )Mais il me semble par Jean Ferrand (2014-02-06 08:21:03) 
[en réponse à 743367]

Mais il me semble que vous confondez les charismes, pourtant très distincts :

1°) d'inspiration, propre à la Sainte Écriture

2°) d'infaillibilité propre au magistère dans ses décisions solennelles, ou encore dans son enseignement ordinaire.

Je vous cite :

Vous faites la différence :

doctrinalement infaillible (ce qui ne signifie pas inspirée)



Oui, dans la Vulgate il n'y a pas d'erreur doctrinale mais il peut y avoir des erreurs de faits, des fautes de traduction.
images/icones/1d.gif  ( 743383 )Saint Jérôme par Yves Daoudal (2014-02-06 11:07:23) 
[en réponse à 743359]

n'était certainement pas d'accord pour dire que le texte massorétique est le seul fiable, pour la bonne raison que ce texte date d'un demi-millénaire après saint Jérôme.

Septante: IIIe-IIe siècles avant Jésus-Christ.

Vulgate: fin IVe siècle après Jésus-Christ.

Massorétique: IXe-Xe siècle après Jésus-Christ. Texte établi par les rabbins après avoir supprimé les manuscrits. Texte à l'évidence "corrigé" pour atténuer les prophéties christiques, par exemple la suppression de « ils ont percé » (mes mains et mes pieds) dans le psaume 21 (qui rend d’ailleurs le verset proprement incompréhensible).
Et c'est ce texte qui est considéré comme "authentique" par tous les modernes...
images/icones/bible.gif  ( 743385 )En effet Yves ! par Jean-Paul PARFU (2014-02-06 12:04:22) 
[en réponse à 743383]

Le problème des Témoins de Jéhovah, c'est qu'ils croient (comme toutes les sectes bizarres issues du Protestantisme) se rapprocher de la Bible vraie en se rapprochant des versions et interprétations juives talmudiques, alors que ce faisant, en réalité, ils s'en éloignent, le christianisme catholique étant le seul véritable "Nouvel Israël" !

Ceci dit, je suis malgré tout globalement d'accord avec les critiques formulées par Jean Ferrand !
images/icones/fleche3.gif  ( 743397 )J'aurais dû par Jean Ferrand (2014-02-06 13:26:40) 
[en réponse à 743385]

J'aurais dû dire le texte proto-massorétique. ICI.
Saint Jérôme était pour la vérité hébraïque. Il a consulté des rabbins.
Je cite encore Wikipédia :

D’ailleurs, Jérôme profite de cette période pour traduire la Bible en s’appuyant sur l’hébreu : ainsi il traduit en 393 les livres de Samuel et des Rois, en 394 le livre de Job, les livres des Prophètes, en 395 les livres des Chroniques, les cinq livres du Pentateuque (la date est encore discutée par les historiens, aux environs de 398), en 398 le livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclésiaste, les Psaumes, en 399 les livres de Tobie et de Judith, en 400 le livre d’Esdras. Chaque livre qu’il traduit est précédé d’une préface où Jérôme décrit les difficultés de la traduction, mais aussi une défense de l’hébreu dans la traduction vis-à-vis des nombreux critiques et partisans de la Septante

images/icones/fleche2.gif  ( 743439 )un exemple typique par Jean Ferrand (2014-02-06 19:53:22) 
[en réponse à 743385]

Un exemple typique d'erreur chronologique relevée dans la Septante par Gertoux :

Dans le texte massorétique, et dans le texte reçu, on lit en 1 Rois 6,1 : "Quatre cent quatre-vingts ans après la sortie des fils d'Israël du pays d'Egypte, la quatrième année du règne de Salomon, au mois de Ziv - qui est le deuxième mois -, il construisit la maison pour Yahveh."

Dans la Septante on lit (vérifié dans le texte), toujours en 1 Rois 6,1 : "Quatre cent quarante ans après la sortie des fils d'Israël... "

Gertoux démontre que la Septante a soustrait à tort la durée de l'Exode (40 ans) de son décompte, au lieu de les ajouter, si elle voulait partir de la traversée de la Mer Rouge.

- 1533 : Passage de la Mer rouge.

- 1493 : Entrée en Canaan et sortie définitive du territoire égyptien.

- 1013 : 4e année de Salomon, début de la construction du Temple. 480 ans après l'entrée en Canaan.
images/icones/neutre.gif  ( 743323 )Bravo et merci ! - Quelques remarques par Paterculus (2014-02-05 17:42:42) 
[en réponse à 743315]

Tout d'abord bravo pour votre travail et merci pour ce texte, que je considère comme très important.

J'aimerais avoir le temps de tout discuter, mais voici seulement quelques remarques.

La première est que probablement les préfaces et notes de la traduction liturgique de la Bible n'engagent en rien l'Eglise. A ma connaissance les discussions entre Rome et l'équipe des traducteurs n'ont pas porté sur ces textes, seulement sur les écrits inspirés. Si les discussions en question ont porté sur ces introductions, le résultat est regrettable.

La deuxième est que les auteurs de ces préfaces et autres ont mal agi. L'adjonction de leurs écrits à un texte approuvé par Rome donne à leurs hypothèse un crédit usurpé. Ils auraient dû, au minimum, toujours spécifier qu'ils ne donnaient qu'un point de vue, le leur. Au mieux ils auraient dû avoir l'humilité de ne parler que de ce qui est sûr, ou donner toutes les hypothèses.

En ce qui concerne la Thora ou Pentateuque, je ne serais pas trop sévère. En effet, à mon avis, rien ne s'oppose à ce que des gens parlant "dans la chaire de Moïse", comme le dit Jésus des maîtres de son époque, attribuent à Moïse des lois et récits ou discours qu'ils ont élaborés eux-mêmes dans l'esprit de Moïse.

Pour la datation et l'attribution des textes en général, je prends habituellement un exemple, celui de l'icône de la Vierge Marie, Salus Populi Romani, qui est exposée dans Sainte Marie-Majeure. On l'attribue à Saint Luc, que la tradition reconnaît comme peintre. Mais les spécialistes pensent plutôt qu'elle est du huitième siècle, si je me souviens bien. Donc rien ne s'oppose à ce que Saint Luc ait été un peintre largement avant-gardiste, mais en fait on n'a pas de raison sérieuse de penser que cette icône ne soit pas de l'époque où l'on en a fait de semblables.
De même pour un texte. Rien ne s'oppose, par exemple, à ce que Dieu ait parlé à Isaïe en employant un vocabulaire et en manifestant des préoccupations qui auront cours quelques siècles après la vie de ce prophète ; mais il est plus vraisemblable qu'un texte employant un vocabulaire courant après l'exil, et reflétant des questions qu'on se posait à cette époque, ait été effectivement écrit après l'exil.
Je ne vois donc pas d'inconvénient à ce qu'on recherche dans le texte même des éléments pour le dater et trouver son auteur.
Toutefois, et surtout dans une édition officielle, on devrait s'interdire des conclusions hâtives ou représentant des positions partisanes.

Dans cet esprit je m'insurge contre le fait qu'au sujet du Nouveau Testament ces auteurs fassent l'impasse à peu près totale sur les travaux de Carmignac ou de son disciples Philippe Rolland (voir par exemple le très convainquant "La mode pseudo en exégèse" de celui-ci). C'est à peine si on en entrevoit la réfutation dans les extraits que vous nous fournissez.
Je crois d'ailleurs que les travaux en cours sur les textes araméens du Nouveau Testament vont bientôt permettre non seulement de confirmer ceux de Carmignac mais même de les dépasser dans un sens tout à fait opposé à celui des auteurs de ces introductions.
Il est tout à fait regrettable que dans le domaine de l'exégèse, comme dans ceux de la catéchèse ou de la liturgie, il existe une école-de-pensée-des-services-de-la-conférence-des-évêques hors de laquelle on n'a pas droit à la parole.
Car les évêques ne sont pas chargé d'imposer les vues d'une école particulière, ils sont là pour enseigner la vérité, c'est à dire la doctrine sûre de l'Eglise catholique. Encourager ce qui paraît aller dans le bon sens est une chose, imposer des vues partisanes en est une autre.

Je crois que fondamentalement, pour le Nouveau Testament, beaucoup d'exégètes se sont tant penchés sur les textes qu'ils ont fini par oublier le contexte, qui est celui d'une communauté fondée par le Christ. L'Eglise est première par rapport à la Bible, n'en déplaise aux protestants qui sont comme les musulmans dans une "religion du livre".
J'ai constaté ce travers jusqu'à la caricature dans un catéchisme qu'on m'avait donné à enseigner vers la fin des années septante. Au sujet de la formation des évangiles, on énumérait les étapes comme suit :
- on a écrit des petits textes,
- on a fait des recueils de ces textes,
- et enfin on a rédigé les évangiles en se servant de ces recueils.
J'avais corrigé ainsi :
- Jésus vit, agit et parle,
- les Apôtres racontent ce que Jésus a vécu, fait et dit,
- les Apôtres ou leurs disciples mettent par écrit cette prédication.
Cela n'empêche pas à mes yeux des "recueils", mais je les vois comme des schémas de prédication utilisés par les Apôtres eux-mêmes.

Quant aux Actes des Apôtres, ils sont bien évidemment antérieurs à la mort de Saint Pierre et de Saint Paul. En effet on constate qu'ils sont muets sur Saint Pierre après sa libération miraculeuse à Jérusalem : celui-ci était proscrit dans l'empire romain, on ne devait pas dire ce qu'il avait fait ensuite, et s'il dit écrire son épître depuis Babylone, ce peut être pour brouiller les pistes. Bref, si Saint Luc avait écrit les Actes après le martyre de saint Pierre, il n’avait pas besoin de cacher ses faits et gestes après sa libération. Car sur la base des travaux de Philippe Rolland je pense que Saint Pierre et Saint Paul étaient en relations constantes, et donc que Saint Luc n'ignorait pas ce qu'était devenu Saint Pierre.
De plus, on constate que la construction littéraire de l'évangile de Saint Luc est celle d’une montée depuis la Galilée vers Jérusalem, tandis que les Actes ont celle d’une montée de Jérusalem vers Rome : donc si les Actes avaient été rédigés après le martyre de Saint Paul, ils devraient en parler, d’autant plus que Saint Luc fait l’apologie de Saint Paul face à ses détracteurs.
Et comme les Actes sont postérieurs à l’évangile de Saint Luc, auquel ils font référence, il s’ensuit que cet évangile et ceux qui l’ont précédé sont eux-mêmes antérieurs aux martyres de Saint Pierre et Saint Paul.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/neutre.gif  ( 743338 )En même temps par Quaerere Deum (2014-02-05 19:31:40) 
[en réponse à 743323]

on se demande quel peut être l'intérêt de faire des développements sur des hypothèses, qui ne resteront que des hypothèses et seront probablement bientôt désuètes. Cela doit être réservé aux ouvrages spécialisés.

Il serait plus intéressant de se pencher sur la réception de ces textes dans l'Eglise.
images/icones/1n.gif  ( 743365 )désuète par Lycobates (2014-02-06 00:48:27) 
[en réponse à 743338]


quel peut être l'intérêt de faire des développements sur des hypothèses, qui ne resteront que des hypothèses et seront probablement bientôt désuètes.



Désuètes, elles le sont déjà, certaines même, comme celle de l'origine ou dépendance mésopotamienne de certaines parties du récit de la Genèse, voire de toute idée religieuse biblique (appelé "panbabylonisme" dans sa forme la plus extrême), depuis plus de 100 ans. C'est pathétique.
Et il n'est pas trop difficile, si on en avait le temps et le loisir, ce que je n'ai pas, de démonter chacune des affirmations aberrantes que Jean Ferrand a citées entre guillemets dans son post, et sans doute d'autres encore.

L'intétêt, pour les modernistes, éditeurs de cette "traduction", est en revanche très clair: saper la foi des fidèles en le caractère surnaturel, inspiré et inerrant de l'Ecriture, en semant des doutes sur ses auteurs, ses dates, sa composition et sa fiabilité historique.

Tout cela, pour un catholique, est nul et non avenu.
Tout catholique maintiendra aussi un "assensus religiosus" envers les décisions de la Commission biblique, qui ne font que refléter le consensus patrum, sans clore le débat, où ce consensus n'est pas donné. On le maintiendra intégralement, absolument, sans tergiverser, aussi p.ex. concernant l'authenticité du Comma Ioanneum (établie de façon probante pour moi par le P. Hetzenauer dans Wesen und Principien der Bibelkritik auf katholischer Grundlage, de 1900), pour ne donner qu'un exemple.

D'ailleurs qu'on arrête une fois pour toutes de faire des traductions de l'Ecriture.
A quoi bon? Il en existe de bonnes, faites tempore non suspecto.
Mais plutôt: qu'on n'utilise pas de traduction vernaculaire de l'Ecriture; jamais et nullepart.

Nos liturgies utilisent leurs péricopes dans la version latine, qui est un quasi-original (comme la Septante et le NT en grec pour les Grecs et pour leur liturgie), qui est bien fixée, et qui demande, une homélie certes, sur la base des Pères, mais pas de traduction. Fides ex auditu, non ex lectione.

Ceux qui veulent et peuvent étudier l'Ecriture, la lire, fort bien, ils la liront et l'étudieront dans ses originaux et dans la Vulgate, la Sixto-Clémentine bien entendu, seule version qui fait foi (avec les originaux bien sûr) dans toute disputation théologique, en tout cas "in publicis lectionibus, disputationibus, praedicationibus et expositionibus".
Aucun autre texte, aucune autre version (hormis les originaux) est probante, zitierfähig, comme le terme académique est chez nous, apte à être cité.

Tout le reste n'a rien à voir. Et ceux qui ne voudront ou ne pourront pas faire cet effort, qu'ils s'abstiennent et qu'ils écoutent les Pères et les pasteurs orthodoxes de l'Eglise.
Qu'on se le dise.
images/icones/fleche3.gif  ( 743373 )Le Comma par Jean Ferrand (2014-02-06 08:50:34) 
[en réponse à 743365]

Le Comma Ioanneum. ICI. J'ai corrigé quelques fautes d'orthographe dans l'article (bien que j'en fasse, hélas, moi-même).
images/icones/neutre.gif  ( 743379 )Qu-est-ce qui par Quaerere Deum (2014-02-06 10:20:54) 
[en réponse à 743365]

vous fait croire en l'authenticité du Comma Ioanneum ?
Pourquoi est-ce si important ?

Pour le reste je suis d'accord globalement avec vous.
Mais l'important est d'avoir de bon commentaires, lorsque la Bible est en français. Il existe de bonnes traductions commentée de la Vulgate, comme Calmet, Sacy, Fillion. Mais, nous sommes radicalement sortis de cette époque.
images/icones/fleche2.gif  ( 743460 )encore le comma Ioanneum par Lycobates (2014-02-07 01:14:25) 
[en réponse à 743379]


Qu-est-ce qui vous fait croire en l'authenticité du Comma Ioanneum ?



L'autorité de l'Eglise, notamment du Concile de Trente (sess.IV, 1546), qui, en pleine connaissance de cause, a déclaré infailliblement qu'il fallait accepter, cum omnibus suis partibus, avec toutes ses parties, comme sacrés et canoniques, tous les livres de l'Ecriture que l'Eglise a coutume de lire, tels qu'ils se trouvent dans la Vulgate.

Si quis autem libros ipsos integros cum omnibus suis partibus, prout in ecclesia catholica legi consueverunt, et in veteri Vulgata Latina editione habentur, pro sacris, et canonicis non susceperit, et traditiones prædictas sciens et prudens contempserit, anathema sit



Pourquoi est-ce si important ?



Parce que ce texte a été utilisé, depuis la controverse arienne, comme preuve scripturaire de la Trinité. C'est vrai que beaucoup de Pères ne le citent pas, et donc probablement l'ignorent, mais cet argumentum e silentio n'est pas probant contre l'authenticité, pour cela il faudrait un refus explicite du texte.
images/icones/5b.gif  ( 743484 )Disparu dans la TOL par PEB (2014-02-07 13:05:37) 
[en réponse à 743460]

Selon nos évêques francophones, il faut et faudra lire et entendre en 1 Jn 5, 7-8:

5.07 En effet, ils sont trois qui rendent témoignage,
5.08 l’Esprit, l’eau et le sang, et les trois n’en font qu’un.

images/icones/hein.gif  ( 743393 )Vulgate par Quaerere Deum (2014-02-06 13:16:43) 
[en réponse à 743365]

Pendant que j'y suis, vous connaissez les différences entre les éditions de la Vulgate : Vercellone, Hezenauer, Colunga et Turrado, etc ?
images/icones/fleche3.gif  ( 743406 )Vulgate par Lycobates (2014-02-06 14:40:33) 
[en réponse à 743393]

Je n'ai jamais vu l'édition de Vercellone qui est je crois de 1861;
j'utilise en principe celle de Hetzenauer, début XXe; celle des PP. Colunga et Turrado dans la B.A.C. est plus récente, je crois qu'elles se valent. Très utile dans cette dernière l' Index biblicus doctrinalis.
images/icones/1b.gif  ( 743411 )Merci par Quaerere Deum (2014-02-06 15:04:42) 
[en réponse à 743406]

Celle de Colunga et Turrado a remplacé les "j" par des "i", mais cela ne gène peut-être pas tout le monde.

A noter ce projet en cours : http://www.churchlatin.com/books.aspx?bookid=63
images/icones/fleche2.gif  ( 743352 )Une simple précision par Jean Ferrand (2014-02-05 21:56:14) 
[en réponse à 743323]

Une simple précision, Paterculus, (merci au passage de votre approbation). Je l'ai noté dès le début de mon article, mais je le répète volontiers : Il est bien évident que la Congrégation pour le culte divin n'approuve formellement que la traduction. Mais il est spécifié dans le Décret pour la France, placé en pages de garde : "De plus, deux exemplaires de l'édition imprimée seront transmis à cette Congrégation." Donc Rome a eu officiellement connaissance de ces préfaces et de ces notes et elle ne les a pas désavoués. J'en conclus (ai-je tort ?) que le catholique de base, le simple fidèle, peut les utiliser avec confiance. Elles ne sont pas contraires à la foi catholique, ni à son enseignement biblique actuel.

Même si, personnellement, je les trouve très déficientes, et apparemment je suis pas le seul.

Mais le principal intérêt n'est pas là. Ces notes ou préfaces désavouent pratiquement, sans le dire, les décisions de la Commission bibliques datant du début du XXe siècle.

J'avoue que pour moi, pour mes propres travaux bibliques, elles étaient parfois trop contraignantes. On le voyait bien lors de certaines discussions sur ce Forum, d'ailleurs fort courtoises, avec notre ami jejomau, quand il me citait à pleines pages, pour me rétorquer, les conclusions de la Commission bibliques, celles de 1906 notamment. En ce sens je m'en trouve plutôt soulagé.
images/icones/bible.gif  ( 743346 )Traduction très décevante par Quodvultdeus (2014-02-05 21:02:40) 
[en réponse à 743315]

Je ne saurais faire une analyse aussi complète que vous, cher Jean Ferrand, mais voici quelques compléments à votre analyse :

Il s'agit, soi-disant, d'une traduction nouvelle. Or le psautier n'a pas été touché, et donc pas corrigé. Les 129 occurrences du mot misericordia dans le psautier de la Vulgate ne sont jamais traduits par miséricorde. C'est tout de même un peu fort !
Quant au psaume 115 (numérotation liturgique), il n'a pas été expurgé de son grotesque contresens : Il en coûte au Seigneur de voir mourir les siens là où la Vulgate dit : Pretiosa in conspectu Domini mors sanctorum eius.
Et c'est d'autant plus grave que le psautier est une des parties les plus utilisées de la Bible. On ne lit pas tous les jours le livre de l'Ecclésiaste, mais beaucoup de personnes disent le bréviaire en français - ce n'est bien sûr pas mon cas - avec un psautier frelaté où le mot miséricorde a été censuré. Il s'agit là d'un véritable scandale.
Par ailleurs, dans les Béatitudes, l'adjectif beati a été traduit par heureux au lieu de bienheureux. Cela a l'air d'un détail sans importance, mais ce n'est pas vrai : l'adjectif heureux appartient au langage profane de tous les jours alors que l'adjectif bienheureux appartient, lui, au langage chrétien.
De même, les épîtres du Nouveau Testament sont appelées lettres. Même chose : lettre appartient au langage de tous les jours, à la différence du mot épître qui a une connotation religieuse.
Et ne parlons pas du Notre Père, légèrement amélioré mais loin d'être satisfaisant.
Je n'ai pas fait une analyse approfondie de cette nouvelle traduction, mais déjà je suis plutôt déçu.

Quodvultdeus
images/icones/hum2.gif  ( 743348 )heureux /bienheureux par AVV-VVK (2014-02-05 21:15:13) 
[en réponse à 743346]

Mutatis mutandis même phénomène dans des traductions en néerlandais où même le mot "fils" (au pluriel) est remplacé par "enfants", où le mot "frère" devient "frère(s) et soeur(s)" (égalité des sexes!)
images/icones/neutre.gif  ( 743351 )Traduire fils ou enfants... par Père M. Mallet (2014-02-05 21:51:55) 
[en réponse à 743348]

J'ai le même problème avec un livre italien que je traduis ; les messages de Jésus commencent par "Figli" ou bien "Figli miei", ou "Figli diletti". Le sens en italien est très large, et cela se justifie de traduire par : "mes enfants".
Il faut voir aussi d'après le contexte.

images/icones/ancre2.gif  ( 743349 )Une analyse est parue dans La Nef par Paterculus (2014-02-05 21:15:53) 
[en réponse à 743346]

Un article paru dans La Nef (N° 255, p. 10) montre qu'il y a encore beaucoup d'à-peu-près.
VdP
images/icones/neutre.gif  ( 743350 )J'ajoute par Quaerere Deum (2014-02-05 21:17:59) 
[en réponse à 743346]

si vous le permettez,
- le Magnificat pas complètement amélioré (une occurrence de miséricorde restaurée sur deux),
- le Bénédictus où la miséricorde n'a pas non plus été restaurée
- Gen 1,2 « le souffle de Dieu » au lieu de l'usage reçu d'« esprit de Dieu » (même si cela a le même sens en hébreux)

Les corrections n'ont pas été faites là où cela était évident.
images/icones/livre.gif  ( 743487 )Raccords avec le bréviaire par PEB (2014-02-07 13:17:24) 
[en réponse à 743350]

Les psaumes et hymnes biblique n'ont volontairement pas été retouché afin de conserver les habitudes de prières. C'est à partir de la version du psautier que le chant de la liturgie des heures a été redéfini. Il aurait fallu tout reprendre et nos évêques n'ont pas oser aller jusque là.

Du coup, à part de très légère relecture, le psautier a directement été inséré à la place d'une retraduction des verset en question. L'idée est que l'oreille du fidèle entendent exactement le même texte à l'ambon ou dans le chœur.


PS: Miséricorde a été souvent traduit par amour.
images/icones/livre.gif  ( 743413 )Certes Quodvultudeus ! par Jean-Paul PARFU (2014-02-06 15:07:33) 
[en réponse à 743346]

Vous nous donnez la mauvaise traduction en français du psaume 115 et la comparez à ce que rapporte correctement la Vulgate en latin.

Fort bien ! Mais pour des nuls comme moi, il aurait été convenable de nous donner aussi la bonne traduction de ce psaume en français !
images/icones/idee.gif  ( 743417 )Dans votre missel par Lycobates (2014-02-06 15:38:11) 
[en réponse à 743413]

au Commun des martyrs pour le temps de Pâques, messe "Sancti tui" pour plusieurs martyrs, voir l'Alleluja après l'épître.

"précieuse est aux yeux du Seigneur la mort de ses saints"
images/icones/fleur.gif  ( 743419 )Merci Lycobates ! par Jean-Paul PARFU (2014-02-06 16:07:01) 
[en réponse à 743417]

En effet, les deux traductions n'ont rien à voir l'une avec l'autre. On peut même dire qu'elles se contredisent totalement !
images/icones/heho.gif  ( 743461 )précieux par Lycobates (2014-02-07 01:59:01) 
[en réponse à 743419]

Tout à fait.
Et pourtant le terme utilisé en hébreu (yqr) dans ce psaume ne laisse pas de doute.
Ailleurs dans l'AT yaqar est souvent utilisé pour caractériser des pierres precieuses, comme dans 2 Sam 12,30.
Les détails dans les dictionnaires.
images/icones/neutre.gif  ( 743435 )De la prise de Jéricho. par Argali (2014-02-06 18:55:44) 
[en réponse à 743315]

Jéricho et sa chute est un bel exemple qui permet l’étude comparée des textes bibliques et des faits archéologiques.

Le site de Jéricho est un site relativement complexe et très ancien (au moins au Xe millénaire av. J.-C.). De nombreuses couches se superposent. Ainsi, plusieurs remparts se succèdent, plusieurs destructions ont eu lieu…


La destruction qui nous intéresse est celle entre le Bronze Moyen et le Bronze tardif. La datation aujourd’hui acceptée est au alentour de 1550 av. JC, ce qui correspond aux datations C14 qui donnent 1617-1530 (Bruins et van der Plicht). La ville a, en effet, été très endommagée et des traces d’incendies ont été découvertes.

Après cette destruction, le lieu a toujours été occupé. En effet, même si les trace d’habitats pour cette période sont encore infimes, plusieurs tombes bien datées sont attestées. De même, la présence de scarabées égyptien datant entre autre d’Amenhotep III atteste d’une occupation (XIVe siècle) après la destruction. Je ne sais pas par quels procédés mais M. Gertoux s'appuie, entre autres, sur ces scarabées pour dater la destruction de 1500 (Chrono-Israelite).

Qui a détruit la ville ? C’est une bonne question et rien ne permet d'affirmer l’une des théories aujourd’hui avancée : tremblement de terre, armée égyptienne (Oxford encyclopedia of archeology in the Near East III, p. 223), Josué...


Pour mémoire, voici les campagnes égyptiennes vers le levant entre 1550 et 1500.

Ahmosis :
Vers 1534 : Une campagne au moins jusqu’à Sharouhen (biographie d’Iahmes, fils d’Abana). Rien ne prouve qu’Ahmosis s’est limité à la prise de Sharouhen. Ce fut juste le point d’orgue, ce qui se comprend vu l’importance symbolique de cette ville.
-Iahmes Pennekhbet évoque une campagne vers « Djahy » (« l’Asie »). Il est difficile de dire si il s’agit de la même campagne ou pas.

Amenhotep Ier :
Il existe pas de réelles traces de campagne vers le Levant. Néanmoins, l’évocation de la ville de cananéenne de Qedmi dans la tombe qui lui est attribuée (The Cambridge Ancient History, p. 309) semble évoquer des liens étroits (pas forcément militaire) avec cette région.

Thoutmosis Ier :
Vers 1500 : campagne jusqu’à l’Euphrate
D’après les textes, il n’y a pas de résistance avant le Mitanni (Syrie actuelle). Cette absence s’explique soit par l’absence d’entité politique forte en Canaan, soit un par un système d’alliance, soit un contrôle égyptien de la région.

Aucune de ces campagnes ne parle explicitement de la destruction de Jéricho et nous sommes obligés de rester ouverts sur le sujet.

Néanmoins, ces différentes campagnes et celles des rois suivants empêchent l’installation des hébreux en Terre Promise à cette période. Après celles-ci et pendant environ 300 ans, la Palestine sera sous contrôle égyptien. Il est donc difficile d’attribuer la destruction de Jéricho entre le Bronze Moyen et le Bronze tardif à Josué.
images/icones/fleche2.gif  ( 743442 )Ah oui par Jean Ferrand (2014-02-06 20:30:23) 
[en réponse à 743435]

Ah oui, mais votre chronologie est fausse :

- Séquenenrê Taa : 1544-1533

- Kamosis : 1533-1530

- Ahmosis : 1530-1505

- Amenhotep Ier : 1505-1484

- Thoutmosis Ier : 1484-1472

La chronologie de Gertoux est absolue (et non pas approximative, ou relative). Elle est calée sur des phénomènes astronomiques.

Mais si vous voulez rouvrir ce débat (un autre célèbre marronnier de ce Forum), il vaudrait mieux lancer un nouveau fil. Attendez un mois ou deux, S.V.P...

images/icones/neutre.gif  ( 743454 )Réponses par Argali (2014-02-06 22:46:25) 
[en réponse à 743442]

Je sais bien que c’est un marronnier sur ce forum mais je le replanterai à chaque fois que vous présenterez les résultats de M. Gertoux comme certains, fiables, prouvés ou non critiqués.
Prouvés : Les nombreux biais méthodologiques permettent de dire que ce n'est pas le cas.
Non critiqués : De toutes nos discussions, je ne crois pas que vous ayez résolue les différentes objections ou relevés d'erreurs que j'ai fait dans les textes de M. Gertoux. Je n'attends que cela.
Certains et fiables : Les deux points ci-dessus permettent donc de mettre en doute cela.
Ce n’est pas en laissant passer l’erreur que l’on aide ceux qui veulent apprendre sur l’histoire biblique mais c’est en cherchant toujours la vérité même quand elle dérange.


Si vous dites que ma chronologie est fausse, il faut le prouver . Or la méthode de M. Gertoux possède de plusieurs biais et ses textes de nombreuses erreurs.
-Des biais de méthodologie.
Sur sa page « Notions d’astronomie à l’usage des historiens » ( http://www.chronosynchro.net/wordpress/astronomie/), M. Gertoux étudie, par exemple, le cas du plafond astronomique de senenmout qui date de l’an 9 de Thoutmosis III. Selon lui, il représente le ciel de l’an -1464. Soit, peut être, je ne suis pas astronome.
Néanmoins, rien ne permet de prouver que les artistes ont représenté le ciel de l’année en cours. Ils ont pu représenter un ciel ayant eu lieu des années avant.
Si il ne prouve pas ce dernier point, alors, ce repère temporel ne peut pas être utilisé.

-Des erreurs d’histoire égyptienne.
Elles sont nombreuses et j’en ai relevé un beaucoup sur la période pendant laquelle il date l’Exode (ici, en partie, et vous n'y avez pas répondu : http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=654446). Sur les autres, c’est pareil. Il rallonge des règnes sans preuve (Amenemhat II : 35 attestés et non 38), il se trompe sur l’ordre de certains rois (XIIe dynastie par exemple) et ne semble pas tenir compte des études récentes (M. Baud et la IIIe dynastie, par exemple)…

images/icones/1h.gif  ( 743470 )Il ne s'agit pas d'un marronnier ! par Jean-Paul PARFU (2014-02-07 10:12:49) 
[en réponse à 743454]

Mais il s'agit d'une discussion très intéressante, voire capitale, et qui n'est pas suffisamment menée sur le Forum.

Elle n'est pas suffisamment menée faute d'experts sur le Forum et malheureusement, faute d'intérêts de la plupart des "liseurs" qui ne s'intéressent qu'à l'actualité immédiate !

Enfin, vous pouvez échanger sans vous énerver, surtout sur des thèmes de ce genre.
images/icones/fleche2.gif  ( 743472 )Bien d'accord par Jean Ferrand (2014-02-07 10:34:32) 
[en réponse à 743470]

Bien d'accord avec vous, Me Parfu, mais on s'éloigne du thème de la discussion qui portait sur la nouvelle traduction liturgique de la Bible. Il vaudrait mieux ouvrir un nouveau fil.

D'autre part, je ne suis pas moi-même un spécialiste de première main. Je ne le suis que de seconde (voire de troisième) main. Mais je tiens à mes sources.
images/icones/fleche3.gif  ( 743471 )Le plafond de Senenmout par Jean Ferrand (2014-02-07 10:15:14) 
[en réponse à 743454]

Le plafond astronomique de Senenmout représente la configuration du ciel, très précisément, telle qu'elle était dans la nuit du 14 au 15 novembre - 1463. Les ostraca présents dans cette tombe permettent de fixer l'année de réalisation du plafond, puisque les travaux de maçonnerie et la taille des pierres commencèrent le IV Peret 2, en l'an 7 de Thoutmosis III, et s'étalèrent jusqu'à l'an 9. La célèbre expédition de Pount, datée de l'an 9, est représentée. L'observation astronomique dessinée sur le plafond permet donc de dater l'an 9 de Thoutmosis III en 1463, ce qui fixe son accession en 1472.

1463 + 9 = 1472.

images/icones/hein.gif  ( 743537 )Comment faut-il lire et donc adapter à la chronologie par Ritter (2014-02-07 21:18:06) 
[en réponse à 743471]

Les 10 degrés dont recula l'ombre phénomène mentionné dans le livre des rois;
Et la journée presque entière pendant laquelle (mentionnée par Josué) ou le temps fut suspendu pendant à peu près 24 heures?
images/icones/fleche3.gif  ( 743563 )En toute sincérité par Jean Ferrand (2014-02-08 08:47:37) 
[en réponse à 743537]

En toute sincérité je n'ai pas réfléchi à la question et ne peux donc que vous donner une réponse approximative. Je pense que ce furent des miracles de pure apparence qui n'ont pas eu d'influence réelle sur la chronologie. Je ne vois pas en effet la terre suspendre ou rétrograder son mouvement de rotation de 24 heures sur elle-même. Cela aurait laissé des traces astronomiques... quoique tout soit possible à Dieu !
images/icones/neutre.gif  ( 743573 )Erreur de méthode par Argali (2014-02-08 12:06:00) 
[en réponse à 743471]

Le plafond astronomique de Senenmout représente le ciel à une date donnée. Comme je n'ai pas étudié ce plafond en particulier, je l'admet volontiers même si il faut garder à l'esprit que le plafond astronomique de Denderah prouve que ce type de représentation peut aussi être une recomposition d'événements passés.
L'année de réalisation du plafond est connue, je suis, aussi, tout à fait d'accord.

Néanmoins, je ne peux être d'accord avec votre dernière phrase : "L'observation astronomique dessinée sur le plafond permet donc de dater l'an 9 de Thoutmosis III en 1463, ce qui fixe son accession en 1472."

Rien ne nous prouve que les peintres aient représenté le ciel du jour même. Le peintre n'est pas un photographe et nous savons que les égyptiens gardaient des traces d'événements astronomiques passés.
De même, si je peint aujourd'hui une image du ciel, la position des étoiles ne sera pas une preuve suffisante pour dater le tableau. J'aurai pu utiliser une photo prise par mon grand père ou des tableaux de calculs astronomiques.

Le seul repère chronologique que nous pouvons tirer de ce plafond est que la tombe a été faite après 1463 (Gertoux dit 1464) av. J.C.. Néanmoins, est-ce un an après, 10 ans après, 20, 50 ?
images/icones/fleche2.gif  ( 743603 )La date de 1472 par Jean Ferrand (2014-02-08 19:32:10) 
[en réponse à 743573]

La date de 1472 pour l'accession de Thoutmosis III (1463 + 9) est confirmée par deux dates lunaires. L'une du 21/IX/23 de Thoutmosis III, correspondant à la pleine lune du 7 mai 1450, et celle du 30/VI/24 de Thoutmosis III, correspondant à la pleine lune du 16 février 1448.

Gertoux fixe même l'accession de Thoutmosis III très précisément à juillet 1472.
images/icones/neutre.gif  ( 743630 )Erreurs de méthodologie (étude d'un cas) par Argali (2014-02-09 01:40:07) 
[en réponse à 743603]

Dans un précédent message (http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=654446), j'ai relevé de nombreuses incohérences quant à une portion de l'histoire égyptienne étudiée par M. Gertoux. Ce qui m’intéresse ici est sa méthodologie. L'exemple de la datation du règne de Thoutmosis III en est révélateur.


Nous avons deux dates lunaires qui suffisent pour dater le règne de Thoutmosis III. Les dates lunaires sont le moyen le plus fiable d'étudier la chronologie égyptienne en raison de l'absence de variabilité dans l'observation.
A propos du couronnement, « Il est possible que cette date corresponde au 28 avril 1479 av. JC de notre calendrier. Cette conclusion se fonde sur deux dates lunaires : la nouvelle lune observée le 21 du 1er mois de Chémou de l’an 23 du règne de Thoutmosis III et le début d’un nouveau mois lunaire le 30 du 2e mois de Peret. D’après les calculs établissant la concordance de ces dates avec notre calendrier, l’accession au trône tomberait en 1504, 1479, 1454 av JC. La datation du règne de ses successeurs, et notamment celui d’Aménophis III, permettrait de réduire le chois et de situer l’avènement de Thoutmosis III en l’an 1479 av. JC. » (Florence Maruéjol, docteur en égyptologie).



Dans ce message, je ne souhaite que relever les soucis méthodologiques. Vous pouvez voir la méthode de M. Gertoux à partir de la page 25 de la « chrono-égyptienne ». D’abord, il cite la « doxa » de -1479, puis continue en commençant par une réflexion sur les années sothiaque de ce règne, ce qui donne selon ces calculs, environ 1470.

La datation par lever héliaque est problématique car pleine d’approximations (Lieu géographique et météo de l’observation, acuité visuel de l’observateur (cf : Arcus Visionis), différentes méthodes de calcul, présupposés de calibrage…).
Je vous conseille d'aller voir les sites de calcul pour vous rendre compte de la variabilité des résultats.
http://www.imcce.fr/en/grandpublic/phenomenes/sothis/index.php ou http://users.skynet.be/lacrjean/heliac.htm#LINKvbs

Néanmoins, il repère une incohérence dans les levers sothiaque de ce règne. Au lieu de remettre en cause ses calculs qui sont par principe approximatifs (ce qui aurait été tout à son honneur), il s’en sert pour argument pour considérer que l’une des dates est un coucher sothiaque.
Son deuxième argument est une étude d’un hiéroglyphe. Or, celle-ci ne tient égyptologiquement pas. Les jambes surmonté d’un nœud forment un hiéroglyphe donnant le son s ou js et signifiant un mouvement. Il n'y a pas de sous-entendu quand au fait de "partir" ou d"arriver".
Ses deux seuls arguments sont un calcul approximatif et une erreur. Donc, les levers sothiaques ne sont pas des arguments solides pour dire que Thoutmosis III a été couronné dans les années 1470.

Dans un second temps, il évoque le plafond de Senenmout et date le couronnement de 1472. Nous l’avons déjà vu, cela ne tient pas méthodologiquement.

Ce n’est que dans un troisième temps qu’il évoque les dates lunaires. On observe qu'il utilise ce troisième point pour valider les premiers, ce qui est une aberration méthodologique. L’ordre logique des choses aurait été de faire ce raisonnement dans l’autre sens. Au vu de la faiblesse des deux premières étapes, c'est uniquement sur cela que repose la datation du couronnement





C'est pour cela, qu'au vu de la méthodologie de M. Gertoux, j'ai tendance à privilégier les calculs lunaires de Mme Maruéjol.
Néanmoins, j’admet qu’il y a un soucis avec la question du plafond astronomique. En effet, en l’an 9, le ciel représenté n’était pas encore passé.

-Hypothèse 1 : Maruéjol s’est trompé dans ses calculs.
-Hypothèse 2 : Le ciel n’est pas celui de -1463.
-Hypothèse 3 : Les égyptiens avait prédit l’état du ciel quelques années à l’avance.
-Hypothèse 4 : Le plafond n’a pas été peint en l’an 9.

Voila, la rigueur scientifique interdit d’aller plus loin. 4 hypothèses, au moins, l’une est vraie.

Je ne peux pas encore prouver qu’il s’agit de l’hypothèse 4. En revanche, il faut faire attention car les ostraca publiés par Hayes et prouvant la fin des travaux en l’an 9 ont été trouvé à proximité de la tombe/chapelle TT71 alors que le plafond se trouve dans la TT353. Il s’agit de deux tombes appartenant à Senenmout mais différentes et séparées, ce que M. Gertoux ne précise pas. C'est particulièrement grave puisque cela trompe le lecteur.

Or, selon Leitz, la TT353 est inachevée. Senenmout est tombé en disgrâce ou, plus probablement, est mort en l’an 18 ou 19. Il est donc probable que les travaux de la TT353 se soient achevés en l’an 18 ou 19, soit vers l’an 1460 (et donc après le ciel représenté).



J’espère à travers ce message, peut être un peu long,vous avoir suffisamment montré que la méthodologie de M. Gertoux possède des lacunes et des faiblesses.
Il s'agit d'un exemple particulier (Thoutmosis III) mais de telles erreurs se reproduisent malheureusement dans toutes les périodes. Nous ne pouvons donc pas tenir sa chronologie égyptienne pour vraie.

(je ne me prononce que sur mon domaine, l'Egypte et laisse à d'autres le soin de scruter et d'examiner les autres régions)

images/icones/fleche3.gif  ( 743636 )Oui, mais par Jean Ferrand (2014-02-09 08:47:12) 
[en réponse à 743630]

Oui mais vous reconnaissez que le date de juillet 1472 pour l'avènement de Thoutmosis III est exacte. Donc dans ce cas précis Gertoux ne s'est pas trompé.
images/icones/neutre.gif  ( 743637 )Ou ? par Argali (2014-02-09 09:33:46) 
[en réponse à 743636]

J'ai beau relire mon message, je ne vois pas où j'ai écrit que je considère la date de 1472 comme exact.
Non, je pense que Maruéjol a fait les bons calculs et qu'elle a raison. Pour moi, Thoutmosis III a été couronné en 1479 av. JC.
Son calcul est basé sur ce qu'il y a de plus fiable, utilise une méthode approuvée par les égyptologues (et pas encore remise en cause) et n'est pas pollué par des dates déjà fixées qu'il faut étayer.


Pourquoi préférer ceux de Maruéjol à ceux de Gertoux ?
Parce qu'il utilise les dates qu'il a trouvé pour valider sa nouvelle méthode de calcul (https://www.academia.edu/3101782/Fonctionnement_du_calendrier_lunaire_egyptien (p.1).)
Il donne un résultat de calcul dans ses chronologies synchronisées. Dans un second document, il dit que sa méthode de calcul tombe sur les résultats qu'il a trouvé et que donc, cela valide sa méthode de calcul.
C'est un cercle fermé et une aberration méthodologique.



-Reconnaissez vous que la technique des levers héliaque est approximative ?
-Reconnaissez vous que que M. Gertoux a fait des erreurs égyptologiques en vue d'appuyer une hypothèse instable (cf : hiéroglyphe) ?
-Reconnaissez vous que le texte trompe le lecteur en cachant la réalité afin de coller aux résultats initiaux (cf : les deux tombes/chapelles de Senenmout) ?
-Reconnaissez-vous qu'il utilise ses propres résultats comme socle à sa nouvelle théorie de calcul (Cf : calcul des mois lunaires) ?



Petite énigme que je vous propose à tous de faire : essayez son convertisseur de (http://www.chronosynchro.net/wordpress/convertisseur/) Toutes les résultats avant JC sont faux. Pourquoi ?
images/icones/fleche3.gif  ( 743639 )Non je ne reconnais par Jean Ferrand (2014-02-09 10:05:46) 
[en réponse à 743637]

Non je ne reconnais pas les erreurs de Gertoux parce que vous en avez démontré aucune dans un SEUL cas précis.

Les deux dates lunaires de Gertoux, que j'ai citées, restent valables et elles coïncident avec le plafond astronomique de Senenmout. C'est très cohérent.
images/icones/neutre.gif  ( 743658 )Réponse par Argali (2014-02-09 15:37:15) 
[en réponse à 743639]

Je suis désolé de le dire ainsi mais c'est un peu court.
Vous pouvez dire que j'ai tort mais c'est alors point par point que vous devez me répondre.


Pour son calcul lunaire, lisez "fonctionnement du calendrier lunaire" :
"En fait, il est facile de constater, en analysant les jours lunaires 1 (psdntyw) datés dans le calendrier civil égyptien, qu'ils coïncident tous (à 1 jour près) avec une pleine lune
An : 1450
Date égyptienne du jour lunaire 1 :I Shemou 21, an 23 de Thoutmosis III
Date julienne : 8 mai
Pleine lune : 7 mai
Ecart : -1
Comment peut-il donc avoir une date julienne alors que les deux autres méthodes sont approximatives ? M. Gertoux réimplante, comme fiable, dans ce tableau pour prouver ses calculs, les résultats qu'il a calculé dans ses chronologies. Et ces dates, il les a entre autre calculé par les calculs lunaires.


J'ai enfin trouvé le texte de l'ostracon mentionnant la date de construction de la tombe :

Il a été trouvé en 1920 par Norman de Garis Davies dans l'avant-cours de la TT71. (Cf : site du Dr. Karl H. Leser)
Cette date est donc à relier à la TT71 et non à la TT353 dans laquelle se trouve le plafond astronomique.
Dans "Hatshepsout, from Queen to Pharaoh", il est dit que Winlock pense que la tombe 353 date de la fin de la carrière de Senenmout, ce qui est logique vu son état inachevé.
Karl Leser, lui, date cette tombe de l'an 16 en raison d'un ostracon mentionnant Senenmout, l'absence de Néférouré dans la TT353 et le calendrier des constructions d'Hatshepsout.
Cela colle parfaitement.


Pour l'histoire du hiéroglyphe, voici la référence : "cours d’égyptien hiéroglyphique" de P. Grandet et B. Mathieu
images/icones/fleche3.gif  ( 743660 )Je n'ai pas dit par Jean Ferrand (2014-02-09 15:52:06) 
[en réponse à 743658]

Je n'ai pas dit que vous avez tort, j'ai dit que vous ne prouvez rien. La discussion est donc stérile.

Je ne suis capable de raisonner qu'un seul point à la fois.
images/icones/neutre.gif  ( 743694 )Réponse par Argali (2014-02-09 23:19:13) 
[en réponse à 743660]

Lever héliaque de Sirius, année lunaire, synchronisme de Senenmout. Nous sommes d’accord sur le fait qu’il s’agit des trois méthodes de M. Gertoux pour dater le règne de Thoutmosis III.


Sur le premier, je ne prouve rien. C’est à chacun d’entre vous de faire les tests à partir des liens internet que je vous ai donné. Vous verrez qu’une différence, ne serais-ce que de 50km, peut avoir une lourde incidence sur la datation.
Comme il n'est pas prouvé que le lieu d'observation soit toujours le même et que l'arcus visionis ait été stable dans le temps, tous le monde ne peut que se rendre compte de l'approximation et la variabilité de cette première méthode.
Elle ne peut donc pas être utilisée comme argument dans le cadre d'un calibrage de chronologie absolue.


Pour le second, j’ai bien vu votre message « Gertoux dans son dossier ». J’ai bien lu ce dossier et je le critique dans le message de 15h37. En effet, dans sa première page, il utilise ses propres résultats pour prouver sa méthode de calcul.
Néanmoins, j’accepte votre proposition et vous prépare donc une étude plus poussée de ce document. Cela risque de me prendre quelques jours puisque je n’ai pas les documents nécessaires chez moi.


Si nous n’approfondissons qu’un point, prenons le troisième.
Voici le passage en question : « Les ostraca de cette tombe permettent de fixer l'année de réalisation du plafond, car ils précisent que les travaux de maçonnerie et la taille des pierres commencèrent le IV Peret 2 en l'an 7 de Thoutmosis III et s'étalèrent jusqu'à l'an 9. Comme l'ostracon n°80 précise que la porte de la chapelle fut ouverte le III Akhet 27 en l'an 11, on peut supposer que les travaux d'aménagement et de décoration, comme le dessin du plafond astronomique (tiré de l'observation), avaient été exécutés en l'an 9. La célèbre expédition au pays de Pount, par exemple, est représentée sur un mur de soutènement du temple et est datée de l'an 9. L'observation astronomique représentée sur le plafond doit donc dater de cet an 9 de Thoutmosis III, ce qui fixe l'accession de ce pharaon en 1472 (= 1463 + 9). »
M. Gertoux


Pour invalider cette troisième méthode, il faut donc prouver que la datation du plafond de l'an 9 est fausse ou, au moins, non étayée. C'est ce que j’ai fait dans mes précédents messages.

Réfutation de la thèse de la datation en l'an 9 du plafond :
-Les ostraca en question ne furent pas trouvé à proximité de la TT353 contenant le plafond astronomique (Cf : site du Dr. Karl H. Leser / publié parmi les ostraca de la TT71 [Hayes, Ostraka and name stones from the tomb of Sen-Mut (no. 71) at Thebes, 1942]) mais à coté de la TT71. Il n’y a donc aucune raison qu’il date la fin des travaux dans la tombe TT353 et donc le plafond de l’an 9 ne repose plus sur aucun argument.


Arguments pour une datation tardive de la TT353 (et donc du plafond) dans la carrière de Senenmout:
-Elle est inachevée alors qu’il ne disparaît (mort, disgrâce ?) que vers les années 18-19. Il n’y a pas de raison qu’elle ait été inachevée vu la place importante de Senenmout à l’époque.
-Néférouré n’est pas représenté dans la TT353 alors qu’elle est sans cesse associée à Senenmout dans les représentations du début du règne.
-La tombe TT353 est située dans la zone utilisée lors de la construction de la rampe du temple de Deir el-Bahari (principalement entre l’an 4 et l’an 16).
-Un ostracon trouvée à proximité de la TT353 parle de contrats d’ouvriers en l’an 16. Hayes y a vu un contrat pour la construction de la tombe.
-Un événement de l’an XIII est mentionné dans la tombe (Cf : Desroche Noblecourt, La reine mystérieuse, p. 10.). Elle n’a pas pu être fini avant l’an XIII.


Voila, donc pour le troisième point. Il y a suffisement d'éléments objectifs pour dire que la datation de l'an 9 du plafond est une supposition infondée et peu probable. Il est donc prouvé qu'on ne peut utiliser cette méthode comme argument dans le cadre d'un calibrage d'une chronologie absolue.
images/icones/fleche3.gif  ( 743705 )Dont acte par Jean Ferrand (2014-02-10 08:07:28) 
[en réponse à 743694]

Dont acte. Vous prouveriez que le plafond astronomique n'est pas valablement daté de l'an 9 de Thoutmosis III. Il reste à vérifier les dates lunaires qui donnent son accession en 1472. J'attends votre message.
images/icones/fleche3.gif  ( 743672 )Gertoux dans son dossier par Jean Ferrand (2014-02-09 20:52:11) 
[en réponse à 743658]

Gertoux dans son dossier sur l’Égypte (fontionnement du calendrier lunaire égyptien) démontre de façon convaincante que les égyptologues depuis Parker (en 1950) ont mal compris le fonctionnement du calendrier lunaire égyptien, car ils le font commencer à la première invisibilité, au lieu de le faire commencer à la pleine lune, comme le proposait d'abord Macnaughton en 1932.

Êtes-vous convaincu par son raisonnement ? Cela expliquerait les différences de datation entre les égyptologues et Gertoux pour les dates lunaires.

Si vous me répondez négativement (de manière argumentée) je communiquerai (anonymement) votre exposé à Gertoux.

(Il me répond en général dans les 48 heures).
images/icones/fleche2.gif  ( 743523 )La nouvelle Bible par Jean Ferrand (2014-02-07 19:30:46) 
[en réponse à 743315]

La nouvelle Bible remise au pape par Mgr Aubertin. ICI. Elle est aussi mise en ligne sur le site www.aelf.org