Le Forum Catholique

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images/icones/1n.gif  ( 742454 )Novlangue des modernistes : l'insulte "tradi" = "catholique" par Aétilius (2014-01-21 12:08:03) 

Comme soulevé à propos de ce qui arrive au cardinal Burke, lorsque l'on écoute les modernistes, qui tiennent malheureusement pour une large part les structures de l'Eglise, du moins en France, l'accusation infamante d'être "tradi" signifie en fait souvent "catholique", ou du moins désireux de vivre du mieux la foi catholique authentique, ce qui n'est pas toujours facile...

L'autre insulte moderniste est "intégriste". Plus vous la proférez contre un catholique, plus a priori vous êtes vous-même "désintégré"... par rapport aux exigences de la foi catholique, considérant :

-De façon très néo-arienne que Jésus n'est qu'un homme

-Que toutes les religions se valent, la vôtre vous ressemblant juste

-Que l'avortement n'est pas aussi terrible que cela

-Idem pour la pratique et le militantisme homosexuels

-Idem pour le mariage des prêtres

-Idem pour l'ordination des femmes

Sur ces observations (on pourrait malheureusement continuer la liste très longtemps), très bonne journée à tous !
images/icones/fleche2.gif  ( 742637 )"On ira tous au paradis, sauf les cathos qui sont tradis". par Scrutator Sapientiæ (2014-01-24 07:01:00) 
[en réponse à 742454]

Bonjour et merci, Aétilius,

1. Je suis catholique diocésain pratiquant, malgré tous mes défauts, tous mes péchés, toutes mes contradictions, toutes mes velléités ; chacun a plus ou moins les siens, les siennes, ce qui importe, ce n'est pas d'en faire état, c'est de s'en libérer, c'est de leur résister, avec l'aide de la grâce de Dieu, dans la Foi, l'Espérance, la Charité.

2. Mais si je suis catholique diocésain pratiquant, c'est aussi malgré le climat ambiant qui règne et sévit aujourd'hui dans l'Eglise et dans le monde, je dis bien dans l'Eglise et dans le monde, et qui désarme les âmes en douceur, presque partout où il sévit ; ce climat ambiant, comme je l'ai déjà écrit, est placé sous le signe de la confusion contemporaine entre consensus et vérité, entre Espérance et optimisme, entre sainteté et sympathie, et l'Eglise catholique, mais aussi les Etats, les familles, mais aussi les nations, sont victimes de cet état d'esprit.

3. A partir de là, je considère que tout catholique qui manifeste publiquement le fait qu'il ne se soumet pas à ce climat ambiant, sur quelque sujet que ce soit, s'expose au risque de se faire traiter un jour de "tradi", voire d'"intégriste", même si, pour aller vite et pour faire court, il n'est pas avant tout positivement sensible

- à l'adhésion systématique à la liturgie ante-montinienne,

et / ou

- à la critique systématique du Concile et de l'après-Concile.

4. A la limite, je distinguerai ici entre les trois âges du catholicisme contemporain :

- l'âge objectiviste, de Léon XIII à Pie XII inclus, mais le moins que l'on puisse dire est qu'il y a de nombreux éléments constitutifs d'objectivisme chez Jean-Paul II et chez Benoît XVI,

- l'âge intégraliste, notamment et surtout dans l'acception maritaino-montinienne de ce terme, mais j'apporte cette précision non avant tout pour diaboliser, mais avant tout pour périodiser,

- l'âge évangélique, dans l'acception la plus arrupienne, bergoglienne, martinienne, et /ou contemporaine de ce terme.

5. Si vous avez le malheur d'être plutôt un catholique objectiviste, ou susceptible d'être considéré, ringardisé, stigmatisé, en tant que tel, eh bien, comme on dit aujourd'hui, "c'est mort" : vous êtes irrémédiablement un "catho", un "tradi", voire, si vous "l'ouvrez", si vous vous mobilisez, si vous vous organisez, si vous faites nombre contre les menaces, tendances, risques, sources de soumission à l'atlantisme ou à l'islamisme, au maçonnisme ou au socialisme, un "intégriste".

6. Entendons-nous bien, dans mon esprit, une confusion entre dissensus systématique et vérité, ou entre antipathie systématique et charité, ou encore entre Espérance et pessimisme, ne serait évidemment pas plus chrétienne, pas plus légitime, que la triple confusion que je dénonce ci-dessus.

7. Mais d'après moi, en gros, c'est çà : il existe un climat ambiant, en fonction duquel on considère par exemple qu'il est le plus souvent impossible, infondé, interdit, de tenir, notamment et surtout ad extra, un discours à la fois chrétien, désagréable à entendre, et très profitable à écouter.

8. Le catholique objectiviste sait que tout homme a vocation à se convertir, à adhérer à la vérité, à résister à la tentation de se soumettre à telle ou telle erreur, y compris en matière religieuse.

A partir de là, il ne peut que s'étonner ou s'indigner, de voir des évêques se comporter exactement comme s'ils croyaient en "l'inconvertibilité", voire en "l'inexhortabilité", des croyants non chrétiens.

9. S'il s'en étonne ou s'en indigne publiquement, c'est la sanction, c'est le tarif, il s'expose au risque de se faire traiter de "tradi", voire d'"intégriste", cet étiquetage de son positionnement ayant le grand mérite, du point de vue de ceux qui y recourent, de constituer une dénomination délégitimante a priori, une incrimination disqualifiante par principe : on est catholique intégriste comme on a été, en d'autres temps, "anti-communiste primaire"...

10. S'est insinuée, en d'autres termes, la conception dominante selon laquelle

- quand on dit à quelqu'un qui se trompe en matière religieuse le fait qu'il se trompe en matière religieuse, c'est par dureté exigeante, intégriste, orgueilleuse,

- quand on tait à quelqu'un qui se trompe en matière religieuse le fait qu'il se trompe en matière religieuse, c'est par charité chrétienne, pleinement respectueuse, elle, de l'E-van-gi-le.

D'ailleurs, compte tenu des origines intellectuelles et des conséquences relationnelles de cette conception dominante, quel clerc catholique dit encore, aujourd'hui, à un croyant non chrétien, qu'il adhère à une erreur, en matière religieuse ?

11. Mais alors, que valent des phrases telles que : "Je suis la voie, la vérité, et la vie", ou "Nul ne va au Père que par moi" ?

" Oh, vous savez, c'est une question de contexte historique : pour bien comprendre ces phrases, il faut s'immerger dans le contexte historique des premières communautés chrétiennes, et ne pas succomber à la tentation de lire ces phrases d'une manière qui serait fondamentaliste. Dieu merci, grâce à l'herméneutique contemporaine, authentiquement évangélique, nous savons que le sens de ces phrases n'est pas le même pour nous, aujourd'hui, et que le christianisme a vocation à la reconnaissance du caractère totalement légitime de la totalité des religions ou traditions non chrétiennes, etc..."

12. C'est entendu :

- le catholique évangélique a le droit d'être ouvert avant tout sur les richesses présentes au coeur des confessions chrétiennes non catholiques, des religions ou traditions non chrétiennes, de la philosophie contemporaine, de la mentalité contemporaine ;

- le catholique objectiviste n'a pas le droit d'être ouvert avant tout sur l'Ecriture, la Tradition, le Magistère, en ce qu'il a, précisément, de plus normatif et de plus objectif, ou plutôt, il en a le droit, bien sûr, mais alors, cela veut dire que c'est un catholique fermé, enfermé dans sa nostalgie, replié sur ses préjugés.

En d'autres termes et pour conclure, je me demande parfois si le reproche majeur qui est formulé, en direction des "cathos" "tradis", des "catholiques" "intégristes", n'est pas celui-ci : non seulement vous adhérez à des positions dogmatiques et liturgiques "dépassées", mais en plus, vous ne communiez pas à l'hégémonie de la lénifiance...

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.