Le Forum Catholique
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( 742011 )
L'hérésie et le schisme par Abbé Néri (2014-01-14 20:31:37)
Entre les maux auxquels principalement l’Église de Dieu est sujette, ce ne sont pas les moindres que l’hérésie et le schisme, dont le premier corrompt la sincérité de la foi ; et l'autre rompt et découpe l'unité de l’Église, et le lien de la paix, à savoir la charité chrétienne.
Et dans la crise actuelle qui traverse l’Église ils pullulent au point que Paul VI devant ce spectacle effroyable s’écria :
« Assez avec la dissension à l’intérieur de l’Église. Assez avec une interprétation du pluralisme qui pousse à la désagrégation. Assez avec la lésion apporté par les catholiques eux-mêmes à leur indispensable cohésion. Assez de la désobéissance qualifiée en guise de liberté. » (1)
Dans ces paroles on voit les deux maux que nous considérons :
- Le « pluralisme » qui porte jusqu'à la désagrégation de la foi.
- Et deux aspects qui correspondent au schisme : ce qui s'oppose à la cohésion et la désobéissance à l'autorité.
Il est utile d'avoir une connaissance plus précise de ses deux fléaux.
Le terme « hérésie » vient du grec hairesis qui veut dire le choix que l'on fait, l'école que l'on préfère, le parti que l'on prend. Il revêt le sens plus précis d'école philosophique à la période classique sans qu'aucun jugement de valeur n'y soit attaché.
Avec le développement du christianisme, le terme prend un sens péjoratif, finalement retenu dans la langue latine et française.
L'hérésie est une doctrine qui s'oppose à la foi professée par l'Église. Elle s'oppose à l'unité de la foi.
Quant au terme « schisme », passé tel quel du grec au latin (schisma), il désigne la fente, la séparation.
Employée dans les textes dès les premiers siècles du christianisme, la notion de schisme exprime un refus individuel ou collectif de se soumettre à l'autorité religieuse légitime.
Dans leurs acceptions religieuses traditionnelles, l'hérésie est une opposition volontaire sur le contenu de la foi, un rejet partiel des dogmes de l'Église, tandis que le schisme est une séparation volontaire de la communion ecclésiale, sans forcément renoncer aux dogmes.
Théoriquement, il peut donc y avoir schisme sans hérésie, et hérésie sans schisme.
Mais, en pratique, un schisme consommé évolue généralement vers la définition d'une nouvelle doctrine ecclésiale considérée par l'Église comme hérétique.
Et une hérésie dénoncée, et dès lors pourchassée, mène le plus souvent à un schisme de fait, si elle parvient à prospérer malgré les persécutions.
Ce n'est pas étonnant que dans la somme théologique saint Thomas pour déterminer précisément ce qui concerne le schisme fait le rapprochement avec l’hérésie puisque les deux concernent une certaine division.
« L'hérésie et le schisme – dit, le docteur angélique - se distinguent selon les choses auxquelles tous deux s'opposent par soi et directement.
Car l'hérésie s'oppose essentiellement à la foi; et le schisme s'oppose essentiellement à l'unité qui fait l'Église.
C'est pourquoi, de même que la foi et la charité sont des vertus différentes, bien que celui qui manque de foi manque aussi de charité, le schisme et l'hérésie sont aussi des vices différents, bien que tout hérétique soit aussi schismatique, mais non l'inverse.
C'est ce que dit S. Jérôme:
" Entre le schisme et l'hérésie, j'estime qu'il y a cette différence: l'hérésie professe un dogme perverti, tandis que le schisme sépare de l'Église. "
Cependant, de même que la perte de la charité conduit à perdre la foi, selon S. Paul (1 Tm 1, 6):
" Pour s'en être écartés (de la charité et des choses de ce genre), d'aucuns se sont perdus en de vains bavardages "
de même le schisme conduit aussi à l'hérésie.
C'est pourquoi S. Jérôme ajoute que " le schisme, au début, peut bien, d'une certaine façon, être considéré comme différent de l'hérésie; mais il n'est aucun schisme qui ne se façonne quelque hérésie, pour justifier son éloignement de l'Église ". (2)
(1) Paul VI – discours du 18 juillet 1975
(2) II-II q. 39 a. 1 ad 3um

( 742014 )
bien par jejomau (2014-01-14 20:56:58)
[en réponse à 742011]
je conclus, après vous avoir lu et surtout après avoir pris connaissance de ce que dit Saint Jérôme comme Saint Thomas d'Aquin que les conséquences du shisme comme celles de l'hérésie sont les mêmes , mais qu'entre le moment où le shisme devient hérésie inversement.... Il se passe un certain laps de temps
Dans ce laps de temps (qui pourrait être égal à 10 ans comme à 50 ans ou plus) : seuls les chrétiens shismatiques mais non encore hérétiques peuvent encore être considérés "dans" l'Eglise et non rejetés par leur Mère , non ? Alors que pour ceux qui sont déjà "hérétiques" sans être encore considérés shismatiques sont en réalité déjà "en-dehors" de l'Eglise...

( 742061 )
réponse par Abbé Néri (2014-01-15 19:48:29)
[en réponse à 742014]
L’Église étant une société (divine-humaine) à de par la volonté de son fondateur une structure visible et hiérarchique, dont il revient de droit à l'autorité et principalement au Pape de juger de l'orthodoxie d'une doctrine.
Quand l'autorité juge qu'un enseignement est contraire à la vérité révélée ou connexe, avertit et admoneste celui qui s'égare dans l'erreur.
Une fois averti si celui qui est dans l'erreur s'obstine et refuse de se soumettre au jugement de l'autorité il dévient ainsi hérétique formel et alors il est proclamé publiquement hors de la communion de l’Église.
Il peut arriver que ce jugement tarde à se faire, mais la circonstance temporelle n'est pas déterminante si ce n'est que par accident puisque une longue période de temps donne lieu à un plus grand attachement à sa propre pensée.
En ce qui concerne le schismatique le temps à plus d'importance pour dériver dans l’hérésie.

( 742025 )
L'hérésie est un "schisme invétéré" (Saint Augustin) par Athanase (2014-01-14 23:30:31)
[en réponse à 742011]
En théorie, les deux se distinguent. Mais davantage sur le papier que dans la pratique, car on voit mal comment une séparation ne peut pas finir par se justifier doctrinalement. En pratique, l'hérésie se profile toujours dans une attitude schismatique. Les vieux-catholiques se sont séparés de l'Eglise en 1870, mais au fonds ils niaient la primauté de juridiction du pape et son infaillibilité pontificale. Ils niaient donc un point de la Foi catholique. Personnellement, je dirais que le schisme professe au moins une hérésie ecclésiologique car il relativise l'Église, fût-ce pratiquement.
Je ne puis que citer ce qu'écrivait Jean-Marie Paupert: "une interprétation stricte et rigoriste de la doctrine chrétienne rend le schismatique coupable déjà d'hérésie, par le fait même qu'il conteste le pouvoir de juridiction du pape et le Magistère authentique du pape. Et ce, même s'il ne le conteste pas en droit: son acte ou son propos, objectivement et de fait, schismatique suffit à le faire dévier de la communion et de la droite doctrine de l'Église dont fait partie la primauté du Pontife romain, avec son pouvoir exclusif de confirmation solennelle et définitive des frères dans la foi." (Libres humeurs, 1998, p. 15)

( 742062 )
réponse par Abbé Néri (2014-01-15 20:06:21)
[en réponse à 742025]
Jean-Marie Pauper a raison de parler d'« une interprétation stricte et rigoriste » puisque effectivement la doctrine commune est plus nuancée.
Une telle interprétation est proche du schématisme gallican, si répandu au XVIIe siècle et qu'utilise sans question le grave Baluze :
« est hérétique, d'après la pratique constante de la curie romaine, quiconque attaque de quelque manière que ce soit l'autorité du Pontife romain et celle de la curie » (1)
(1) Baluze, Vitae pap. Avenion., édit. Mollat, t. II, p. 573