
( 739802 )
les chrétiens qui prennent les armes et la doctrine de l'Eglise par jejomau (2013-12-11 19:42:03)
La dernière information parue sur
Fides me fait réfléchir. En Syrie, un appel aux armes par l’évêque grec orthodoxe Lukas el-Khoury vient d'être lancée pour que :
« tout jeune chrétien en mesure de prendre les armes devrait le faire afin de protéger la Syrie, les églises et les couvents » parce que, face à ce qui arrive au peuple syrien, « nous ne pouvons pas rester les bras croisés ».
MAIS, Mgr Jacques Behnan Hindo de l'Eglise syro catholique prétend que cela ne correspond pas à la doctrine de l'Eglise.
On notera que des mouvements de résistance armée sont en train de naître un peu partout . En Angola, le gouvernement a décidé de raser les mosquées . En RCA (République Centre Africaine), des groupes armées de machettes se sont constituées pour se défendre contre les miliciens musulmans qui venaient les agresser violemment... Ne parlons pas du Soudan...
Dans ce contexte d'éveil progressif, la question de l'usage de la force pour se défendre se pose avec plus d'acuité .
Mgr Behnan Hindo a-t-il entièrement raison quand il affirme qu'au nom de l'Evangile, on ne doit pas prendre les armes quand les fidèles chrétiens sont agressés ? Je le cite :
« En tant qu’hommes d’Eglise, nous ne pouvons pas inciter les chrétiens à prendre les armes pour participer au conflit. Nous ne pouvons pas dire ces choses. C’est insensé. Cela va à l’encontre de l’Evangile et de la doctrine chrétienne ».
Quelle est la position de l'Eglise sur ce sujet ? Quelle est la position de Saint Thomas d'Aquin ? Comment le chrétien doit-il se comporter ?

( 739809 )
Position de l'Eglise par Paterculus (2013-12-11 20:14:58)
[en réponse à 739802]
La position de l'Eglise en cette matière est complexe.
Notons d'abord que la légitime défense est toujours permise quand on est seul en cause, et obligatoire quand on a d'autres personnes à défendre, ainsi que les valeurs de ces personnes.
Toutefois, s'il s'agit d'une défense armée et en groupe, elle est soumise aux règles de discernement de la guerre juste.
Je ne les ai pas toutes en tête, mais celles qui me reviennent à l'esprit en lisant votre question sont les suivantes.
a) Les chances de victoire sont suffisantes ;
b) Les dégâts occasionnés seront selon toute vraisemblance inférieurs aux gains escomptés.
On voit par là que la légitimité d'un engagement armé aux yeux de l'Eglise n'apparaît qu'au terme d'un bilan de probabilités, et par conséquent il est possible que la différence d'appréciation de ces deux prélats vienne d'une pondération différente des facteurs.
Votre dévoué Paterculus
PS Cela me fait penser à la différence d'appréciation par rapport à la peine de mort. Dans l'absolu, elle est permise, si c'est le seul moyen de protéger les personnes et la société ; dans la pratique il faut apprécier si effectivement les autres moyens sont suffisants - et là, il peut y avoir des avis divergents.

( 739815 )
Légitime défense / guerre juste par Meneau (2013-12-11 21:08:56)
[en réponse à 739809]
la légitime défense est toujours permise quand on est seul en cause, et obligatoire quand on a d'autres personnes à défendre, ainsi que les valeurs de ces personnes.
Mais la réaction doit être proportionnée à l'attaque : vous ne pouvez faire mourir dans d'atroces souffrances celui qui vous a agressé d'une chiquenaude.
règles de discernement de la guerre juste
Pour qu'une guerre soit juste, trois conditions sont requises: 1° L'autorité du prince, sur l'ordre de qui on doit faire la guerre. Il n'est pas du ressort d'une personne privée d'engager une guerre, car elle peut faire valoir son droit au tribunal de son supérieur; parce qu'aussi le fait de convoquer la multitude, nécessaire pour la guerre, n'appartient pas à une personne privée. Puisque le soin des affaires publiques a été confié aux princes, c'est à eux qu'il appartient de veiller au bien public de la cité, du royaume ou de la province soumis à leur autorité. De même qu'ils le défendent licitement par le glaive contre les perturbateurs du dedans quand ils punissent les malfaiteurs, selon cette parole de l'Apôtre (Rm 13, 4): " Ce n'est pas en vain qu'il porte le glaive; il est ministre de Dieu pour faire justice et châtier celui qui fait le mal "; de même aussi il leur appartient de défendre le bien public par le glaive de la guerre contre les ennemis du dehors. C'est pour cela qu'il est dit aux princes dans le Psaume (82, 4): " Soutenez le pauvre, et délivrez le malheureux de la main des pécheurs ". et que S. Augustin écrit: " L'ordre naturel, appliqué à la paix des mortels, demande que l'autorité et le conseil pour engager la guerre appartiennent aux princes. "
2° Une cause juste: il est requis que l'on attaque l'ennemi en raison de quelque faute. C'est pour cela que S. Augustin écrit: " On a coutume de définir guerres justes celles qui punissent des injustices quand il y a lieu, par exemple de châtier un peuple ou une cité qui a négligé de punir un tort commis par les siens, ou de restituer ce qui a été enlevé par violence. "
3° Une intention droite chez ceux qui font la guerre: on doit se proposer de promouvoir le bien ou d'éviter le mal. C'est pour cela que S. Augustin écrit: " Chez les vrais adorateurs de Dieu les guerres mêmes sont pacifiques, car elles ne sont pas faites par cupidité ou par cruauté, mais dans un souci de paix, pour réprimer les méchants et secourir les bons. " En effet, même si l'autorité de celui qui déclare la guerre est légitime et sa cause juste, il arrive néanmoins que la guerre soit rendue illicite par le fait d'une intention mauvaise. S. Augustin écrit en effet: " Le désir de nuire, la cruauté dans la vengeance, la violence et l'inflexibilité de l'esprit, la sauvagerie dans le combat, la passion de dominer et autres choses semblables, voilà ce qui dans les guerres est jugé coupable par le droit. "
II-II, q40 a1.
Cordialement
Meneau

( 739825 )
Merci pour vos 2 posts... Mais... par Michel (2013-12-11 21:42:02)
[en réponse à 739819]
...quand il y a génocide manifeste ou dissimulé (le "Grand Remplacement" qui ne présage rien de bon), ou quand les représentants officiels de la nation sont coupables de haute trahison, il faut appliquer ces critères avec une certaine souplesse - et une rapidité suffisante dans la réaction.
Si vous subissez un véritable génocide (comme actuellement dans un certain nombre de pays), les critères suivants :
– Que tous les autres moyens d’y mettre fin se soient révélés impraticables ou inefficaces.
– Que soient réunies les conditions sérieuses de succès.
– Que l’emploi des armes n’entraîne pas des maux et des désordres plus graves que le mal à éliminer
prennent un caractère bien différent.
En sachant cependant, certes, que les moindres représailles de chrétiens contre des assassins musulmans auront un battage médiatique mondial et causeront des répercutions mondiales.
Il en allait de même des protestations contre les massacres de juifs il y a 72 ans : cela aggravait leur sort. Mais on ne pouvait pas ne pas réagir.
Cela dit, on fera la guerre en ayant vraiment le souci permanent de trouver une solution pacifique.

( 739820 )
Un remède héroïque par Abbé Néri (2013-12-11 21:19:13)
[en réponse à 739815]
Dans une lettre collective que les évêques espagnols ont écrit à ceux du monde entier à propos de la guerre d'Espagne en juillet 1937, on peut voir deux points très intéressantes qui apportent un éclairage particulier aux questions posées :
1°- La guerre est quelquefois le remède héroïque, le seul possible, pour ramener les choses dans l'orbe de la justice et dans le royaume de la paix.
2°- Des catholiques obéissant aux injonctions de leur conscience et de leur patriotisme et sous leur responsabilité personnelle, aient pris les armes pour sauver les principes de religion et de justice chrétienne qui avaient, séculairement, formé la Nation.
* Ce deuxième point s'était réalisé déjà quelques années plus tôt au Mexique ou les catholiques prirent aussi les armes dans le même but.
Voici le texte des évêques espagnols où ses points sont extraits :
NOTRE POSITION DEVANT LA GUERRE
« Qu'on sache, avant tout, ceci (puisque la guerre a pu être prévue dès qu'on attaqua avec violence et sans aucune mesure l'esprit national) : l'Épiscopat espagnol a donné, depuis 1931 jusqu'à présent, les exemples les plus élevés de prudence apostolique et civique. Se conformant à la tradition de l'Église et suivant les règles dictées par le Saint-Siège, il se rangea résolument du côté des pouvoirs constitués, avec lesquels il s'efforça de collaborer pour le bien commun. Et malgré les offenses répétées faites aux personnes, aux choses et aux droits de l'Église, il persista dans son ferme propos de ne pas troubler le régime de concorde établi auparavant. "Etiam dyscolis" : aux vexations nous avons toujours répondu par l'exemple de l'humble soumission, dans tous les cas où cela nous était possible ; par des protestations graves, raisonnées et apostoliques quand c'était notre devoir ; et en exhortant sincèrement et souvent nos ouailles à la soumission légitime, à la prière, à la patience et à la paix.
Et le peuple catholique nous a suivis ; ce qui prouve que notre intervention est un facteur efficace de concorde nationale dans les moments de profonde commotion sociale et politique.
Lorsque la guerre éclata, nous l'avons déploré plus que personne, parce qu'elle est toujours un mal des plus graves, bien rarement compensé par un bien problématique, et parce que notre mission est toute de réconciliation et de paix : "Et in terra pax".
Dès son commencement nous avons prié le ciel pour qu'elle cessât. Et, à cette heure, nous répétons les paroles de Pie XI, prononcées en un moment où la défiance mutuelle des grandes puissances risquait de déchaîner la guerre sur l'Europe : "Nous invoquons la paix, nous bénissons la paix, nous prions pour la paix".
Dieu nous est témoin des efforts que nous avons faits pour réduire les dégâts qui en sont toujours la conséquence.
A nos vœux de paix nous joignons notre pardon généreux pour nos persécuteurs, et nos sentiments de charité pour tous. Et nous répétons sur les champs de bataille, et à nos fils de l'une et l'autre faction, la parole de l'Apôtre :
"Le Seigneur sait combien nous vous aimons tous en Jésus-Christ".
Mais la paix est la "tranquillité de l'ordre, divin, national, social et individuel, qui assure à chacun sa place et lui donne ce qui lui est dû, en plaçant la gloire de Dieu au sommet de tous les devoirs et en faisant dériver de son amour le service fraternel de tous".
Et tels sont la condition humaine et l'ordre de la Providence (rien jusqu'ici n'a pu s'y substituer), que la guerre, quoique un des plus terribles fléaux de l'humanité, est quelquefois le remède héroïque, le seul possible, pour ramener les choses dans l'orbe de la justice et dans le royaume de la paix.
C'est pour cela que l'Église, tout en étant la fille du Prince de la Paix, bénit les emblèmes de la guerre, et qu'elle a fondé les Ordres Militaires et organisé les Croisades contre les ennemis de la Foi.
Ce n'est pas ici notre cas. L'Église n'a pas voulu cette guerre, et elle ne l'a pas du tout cherchée et nous ne croyons pas nécessaire de défendre l'Église d'Espagne des accusations de belligérance portées contre elle par certains journaux étrangers.
Il est exact que des milliers de ses fils, obéissant aux injonctions de leur conscience et de leur patriotisme et sous leur responsabilité personnelle, aient pris les armes pour sauver les principes de religion et de justice chrétienne qui avaient, séculairement, formé la Nation ; mais ceux qui l'accusent d'avoir provoqué cette guerre ou d'avoir conspiré en sa faveur, ou même seulement de n'avoir pas fait tout ce qui était en son pouvoir pour l'éviter, ceux-là méconnaissent ou falsifient la vérité.
Telle est la position de l'Épiscopat espagnol, de l'Église espagnole, devant la guerre actuelle.
On la vexa et on la persécuta bien avant le début des hostilités ; elle a été la principale victime de la furie d'une des factions combattantes ; et elle n'a pas cessé de travailler, par ses prières, par ses exhortations, et de toute son influence, à limiter ses dommages et à abréger les jours d'épreuve.
Et si, aujourd'hui, nous rendons collectivement notre verdict sur la question si complexe de la guerre en Espagne, c'est pour deux raisons.
D'abord, parce que, même si la guerre n'avait eu qu'un caractère politique ou social, sa répercussion dans l'ordre religieux a été si grave et il est apparu si clairement, dès le début, qu'une des deux factions belligérantes tendait à éliminer la religion catholique en Espagne, que nous autres, évêques catholiques, nous ne pouvions rester passifs sans abandonner les intérêts de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et sans mériter le terrible sobriquet de "canes muti", dont le Prophète flétrit ceux qui, ayant l'obligation de parler, se taisent devant l'injustice.
Ensuite parce que l'attitude devant la guerre de l'Église espagnole, c'est-à-dire de l'Épiscopat espagnol, a été interprétée faussement à l'étranger.
Un homme politique des plus notoires, écrivant dans une revue étrangère, ne l'attribue rien moins qu'à l'aveuglement des archevêques espagnols, vieillards qui, selon lui, doivent tout ce qu'ils sont au régime monarchique et qui auraient entraîné les autres évêques, pour des raisons de discipline et d'obéissance, dans un sens favorable au mouvement national ; d'autres nous accusent d'être téméraires, en exposant aux hasards d'un régime absorbant et tyrannique l'ordre spirituel de l'Église dont cependant nous sommes obligés de défendre l'indépendance.
Eh bien ! non ; cette indépendance, nous la réclamons, avant tout, pour l'exercice de notre ministère ; c'est d'elle que découlent toutes les libertés que nous revendiquons pour l'Église.
C'est en vertu de cette indépendance que nous ne nous sommes attachés à personne - individus, pouvoirs ou institutions - quelque gratitude que nous gardions à ceux qui nous ont protégés contre l'ennemi qui voulait nous perdre ; et nous sommes prêts à collaborer, comme évêques et comme espagnols, avec ceux qui s'efforcent de restaurer en Espagne un régime de paix et de justice. Aucun pouvoir politique ne pourra prétendre que nous nous soyons, à aucun moment, départis de cette ligne de conduite. »

( 739832 )
la doctrine catholique ne défend pas aux chrétiens de prendre part à la guerre par baudelairec2000 (2013-12-11 23:15:43)
[en réponse à 739802]
Il n'y a rien de choquant dans les propos du prélat grec orthodoxe:
"tout jeune chrétien en mesure de prendre les armes devrait le faire afin de protéger la Syrie, les églises et les couvents, parce que, face à ce qui arrive au peuple syrien, nous ne pouvons pas rester les bras croisés."
C'est le bons sens même. Je me demande ce que le représentant de l'Eglise syro-catholique a bien pu fumer pour désavouer les propos de son "frère" orthodoxe et les trouver contraires à la doctrine de l'Eglise.
Décryptage du texte incriminé:
"Tout jeune chrétien en mesure de prendre les armes": cela concerne les jeunes syriens, incorporés ou non à l'armée régulière, qui combattent contre des ennemis de leur pays, un pays envahi; la guerre entreprise par le président syrien est incontestablement une guerre juste. Quand bien même ils n'appartiendraient pas à l'armée régulière, ils auraient raison de défendre leur église, leur quartier, leur maison ou leur famille. Leur combat est justifié, c'est de la légitime défense.
En revanche, les propos de Mgr Behnan H. relève de la malhonnêteté intellectuelle, ce qui n'est pas sans me rappeler les mensonges,la désinformation véhiculée par les porteurs de valise ou les partisans du FLN (suivez mon regard en direction des chrétiens progressistes de l' époque - ce cher André Mandouze, grand spécialiste de saint Augustin). Non, le Mgr en question a tort de distinguer le chrétien et le citoyen; cela n'est pas sans rappeler la distinction fumeuse ente la personne et l'individu: l'Etat serait ordonné à la première et le second serait ordonné à l'Etat. Allez-vous y retrouver sur le terrain politique... De l'enfumage pur destiné à accroître la confusion dans les sociétés. En tout cas, les Syriens, dans les moments difficiles qu'ils vivent acuellement, n'ont pas besoin de ces distinctions débiles. Non, il n'est pas insensé pour un citoyen, chrétien ou non, de prendre les armes afin de défendre son pays, surtout lorsque le chef de l'Etat l'a décrété.
Saint Augustin l'a rappelé maintes fois, le métier des armes n'est pas contradictoire avec le christianisme, prendre les armes n'est pas un péché lorsque la cause est juste. Prôner une attitude contraire, comme le fait le représentant des syro-catholiques, c'est inciter à la désertion, à abandonner le poste que l'on doit occuper en temps de guerre.
Citations de saint Augustin:
- Cité de Dieu, IV, 15: "Faire la guerre aux nations païennes et étendre son royaume, c'est aux yeux des méchants une félicité, pour les bons une nécessité."
- "Que la seule nécessité soit à l'origine de la guerre, pour que, la discorde une fois apaisée, on puisse retrouver la paix."
- "Ils n'ont rien fait contre le précepte tu ne tueras pas ceux qui ont fait la guerre sur l'ordre de Dieu, ou qui, dans l'exercice de la puissance publique, suivant les lois... ont puni de mort un criminel."
- "N'allez pas penser que celui qui sert dans l'armée ne puisse aucunement plaire à Dieu." Le saint Docteur de l'Eglise cite le cas du roi David, du centurion, dont le fils fut guéri par le Christ.
- "Quand tu es armé pour combattre, ta force corporelle est aussi un don de Dieu."
- "Lorsque, obéissant au pouvoir auquel il est légitimement soumis, un soldat tue un homme, il n'est coupable d'aucun homicide. Au contraire, s'il s'y était refusé, il serait coupable d'avoir abandonné le commandement et de l'avoir méprisé."