Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=738169
images/icones/porrectus.png  ( 738169 )Schola Bellarmina - 15ème volume, 3 CDs - Commun des Saints par zejack (2013-11-19 20:32:05) 

Schola Bellarmina publie son 15ème volume, 3 CDs (disponible ce 8 décembre), pour le Commun des Saints et un CD spécial pour les Saints Patrons de France... et de Paris !

http://www.musique-liturgique.com/boutique/chant-gregorien/saints-france-apotres-communs.html

CD 30 Communs des saints

Souverain Pontife: Si diligis me
Martyr pontife : Statuit
Martyr non pontife : In virtute tua
Confesseur pontife
Docteur : In medio
Confesseur non pontife : Os iusti
Confesseur non pontife : Iustus ut palma
Abbé

CD 31 Communs des saints (suite)

Vierge martyr : Loquebar
Vierge non martyr : Vultum tuum
Ni vierge ni martyr : Cognovi
Sainte Vierge : Salve sancta Parens
Dédicace d’une église : Terribilis est
11 novembre : saint Martin
22 novembre : sainte Cécile
Allelúia des 8 tons

CD 32 Saints de France et Apôtres

3 janvier : sainte Geneviève
11 février : apparitions de N.-D. à Lourdes
30 mai : sainte Jeanne d’Arc
3 octobre : sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus
Les messes des apôtres : les saints André, Thomas, Matthias, Barnabé, Jacques le Majeur, Bartholomée, Matthieu, Luc, Simon et Jude
images/icones/2a.gif  ( 738179 )Un inconvénient par Quaerere Deum (2013-11-19 21:18:38) 
[en réponse à 738169]

l'accompagnement du grégorien à l'orgue. Hérésie !
images/icones/1a.gif  ( 738191 )Hérésie par Nemo (2013-11-19 22:28:55) 
[en réponse à 738179]

Je ne vois pas en quoi c'est une hérésie.
J'aime bien quand c'est modal et bien fait.
Ce qui est rare.
Pourquoi y aurait-il un grégorien orthodoxe et des grégoriens hérétiques ?

En revanche dire qu'il y a les saints de Paris et ne pas mentionner Saint Denis est plus que cocasse !
images/icones/porrectus.png  ( 738193 )Le grégorien par Quaerere Deum (2013-11-19 22:36:11) 
[en réponse à 738191]

n'est pas polyphonique. Alors si c'est pour créer une polyphonie artificiellement, autant chanter de la vraie polyphonie.
Le terme d'hérésie est un peu fort, mais sérieusement, je trouve que cela gâche le chant.

Je parle du propre de la messe seulement.
Je ne suis pas du tout défavorable à un discret accompagnement de la psalmodie de l'office les jours de fête.
images/icones/1a.gif  ( 738199 )Organum par Nemo (2013-11-19 23:14:20) 
[en réponse à 738193]

Les premières polyphonies sont issues du plain-chant. On avite découvert la beauté étrange qu'apportait une quinte voire une quarte ajoutée à la mélodie. Il y a aussi l'ison. Et puis les compositions des organistes qui gardent le plain-chant en valeurs longues. Pas plus qu'il n'existe de vrai grégorien, il n'existe de vraie polyphonie. Et pourquoi admettre l'accompagnement du kyriale et de la psalmodie et pas celui du propre ?
Solesmes du reste chantait le propre accompagné à certaines fêtes. Cela-dit le grégorien de Solesmes n'est pas du grégorien mais des gémissements monastiques pseudo-éthérés !
images/icones/porrectus.png  ( 738208 )Exemple de "bon" chant gégorien ? par zejack (2013-11-20 00:46:39) 
[en réponse à 738199]

Avez-vous des enregistrements qui selon vous sont du vrai chant grégorien, meilleur que Solesmes ? Peut-être des enregistrements de vous ou votre chorale ?
Que recommenderiez-vous comme méthode pour chanter le grégorien correctement ?
J'ai soif d'apprendre de ceux qui savent...
images/icones/1a.gif  ( 738210 )L'offre de formation par Philippe F. (2013-11-20 07:25:19) 
[en réponse à 738208]

du Centre grégorien Saint Pie X est décrite sur ce site:
Cursus et sessions de formation du Centre grégorien
images/icones/bravo.gif  ( 738217 )Un peu loin... par zejack (2013-11-20 12:22:58) 
[en réponse à 738210]

Oui un peu loin mais merci quand même (j'habite en Angleterre). J'avais vu cette formation qui me semble sérieuse et très complète, à l'instar de ses 9 modules : http://www.centre-gregorien-saint-pie-x.fr/content/blogcategory/317/237/

J'ai suivi une formation de chant grégorien ici il y a 3 ans qui m'a mis le pied à l'étrier. La pratique régulière à la messe a fait le reste. Mais on peut toujours s'améliorer et je suis régulièrement à la recherche d'enregistrements. On est à l'époque d'Internet et de la révolution numérique donc : YouTube et MP3.

Une technique pour améliorer le chant produit par notre chorale : nous enregistrer (*) ; ça paraît bête mais c'est fascinant le nombre d'erreurs qu'on remarque quand on s'écoute après-coup...

Et donc si certains parmi vous ont des enregistrements personnels de qualité j'aimerais écouter. On apporterait chacun ses enregistrements et on apprendrait les uns des autres. Après tout ceci est un forum d'échange.

_________________________________
(*) Sony PCM-M10 pour les connaisseurs.
http://www.sony.fr/pro/product/broadcast-products-professional-audio-portable/pcm-m10/overview
images/icones/musique.gif  ( 738311 )Modestement par Amandus (2013-11-21 12:04:02) 
[en réponse à 738217]


Et donc si certains parmi vous ont des enregistrements personnels de qualité j'aimerais écouter. On apporterait chacun ses enregistrements et on apprendrait les uns des autres. Après tout ceci est un forum d'échange.



Si ça peut vous stimuler :



http://www.saint-jerome.fr/aurea-luce.html

Écouter un extrait

Disponible ici.

Un nouveau disque devrait paraître en 2014...
images/icones/porrectus.png  ( 738375 )Ah très bien merci. A mon tour... par zejack (2013-11-21 17:46:10) 
[en réponse à 738311]

Ah ! Merci Amandus.
Très belle interprétation, légère et méditative, qui invite à la prière. Bonne prononciation latine.
Jam lucis orto sidere, hymne de Prime en férie. Partition dans l'Antiphonale Romanum : http://www.gregorianbooks.com/p.php?p=AR65

______________________
A mon tour de partager avec vous un exemple de chant de notre chorale. L'enregistrement "live" de la messe de la Toussaint le 1er novembre 2013.
http://www.gregorianbooks.com/p.php?p=list|swy/2013-11-01_all_saints

Le contexte : la messe de la Toussaint, forme extraordinaire, était célébrée le soir à 19H30 par un de nos prêtres FSSP. Contrairement à l'habitude l'église était plutôt vide (paroissiens ayant assisté à une autre messe), ce qui fait que l'acoustique était bonne ; le son n'était pas "étouffé" par les personnes dans la nef, il se propageait sur le sol et les murs, et rebondissait en écho. On chante au balcon dans le fond de l'église.

Nous sommes habituellement 3 dans notre chorale grégorienne mais ce soir-là le 3ème s'était absenté. Je dirige les propres et mon pote Michael dirige l'ordinaire : il a toujours été à la messe Tridentine ce qui fait qu'il connaît bien l'ordinaire (ici : Kyriale VIII). A l'image de la Patrouille de France : je suis le leader des propres, lui mon ailier, et pour l'ordinaire on échange les rôles.

Nous ne sommes pas professionels, juste amateurs entrainés. Ceci est notre meilleure performance. On s'entend très bien tous les deux sur la façon de rendre les pièces grégoriennes. Evidemment ce n'est jamais aussi parfait qu'un enregistrement en studio mais je suis assez content de la dynamique de l'ensemble. Et c'est en cela que j'aurais aimé comparer avec d'autres chorales et avoir votre avis...

Best regards.
Jacques P.
images/icones/porrectus.png  ( 738211 )Termes par Quaerere Deum (2013-11-20 08:56:46) 
[en réponse à 738199]

Usons alors du terme "monodie" au lien de chant grégorien, si vous préférez.
Evidemment, les polyphonies sont issues du chant (tout court, et non pas "plain-chant" qui est un terme lié à la polyphonie).
Mais, nous serons d'accord que ce n'est donc plus de la monodie.

L'accompagnement du kyriale et de la psalmodie est plus logique dès lors qu'il soutient le chant de foule ou simplement un groupe plus large que la schola, sans quoi on risque d'attendre des profondeurs abyssales.

Je remarque la petite pique envers le chant de Solesmes.
Pour ma part, je ne vois aucun inconvénient à ce qu'il y ait plusieurs interprétations du chant. Je pense que le chant grégorien est un chemin personnel, tout comme l'est la quête spirituelle.
Le chant monastique contemporain n'est peut-être pas sans lien avec la vie monastique. Pas étonnant que ce chant soit différent dans d'autres contextes.

Je préfère personnellement une interprétation plus dynamique avec les neumes médiévaux, des ralissements, des accélérations, loin de la méthode Mocquereau. Mais c'est une quête personnelle.
D'ailleurs, je conseille à ce titre le dernier enregistrement "Hymnes de l'univers" de l'abbaye de Ligugé : très audacieux pour des moines !
images/icones/neutre.gif  ( 738215 )Monodie accompagnée par Ewe (2013-11-20 12:00:04) 
[en réponse à 738211]

Le grégorien accompagné ne me gène pas du tout.
C'est d'ailleurs le cas de la kyriale.
Du moment que c'est bien fait, avec goût. Je n'y vois que des avantages. Les modes majeurs et mineurs sont en réalité deux modes ecclésiastiques qui ont survécu et ont donné une belle postérité.
Il reste que même dans une monodie, en mode tonal ou modal, un son émis contient une fondamental et des harmoniques.
Certains compositeurs se sont amusés à jouer du mineur/majeur. Ainsi une des canzones de Gabrielli alterne un écho majeur/mineur.
Ecoutez bien le sanctus du requiem de Fauré. Fauré alterne une phrase à la tournure mineure et une autre à la tournure majeure. Puis vient une phrase plus longue qui s'achève sans résolution car au lieu de placer une sensible (par exemple do-si-do) pour résoudre en majeur (dans cet exemple do majeur) il place une note au ton en dessous (dans cet exemple do-si bémol-do) et ne résout pas l'accord en mettant une tierce soit majeure ou mineure.
En fait on s'attend à une cadence mineure sauf que la tierce (qui donne le caractère majeur ou mineur) n'y est pas. On a la tonique et la quinte de l'accord. C'est tout. Cela donne une tournure "archaïsante" à l'oreille. Et pourtant notre oreille entend une tierce majeure bien que celle-ci soit absente. C'est l'effet des harmoniques.
Alors l'accompagnement du grégorien pour les pièces chantées avec l'assistance comme la kyriale ne me choque pas du tout à condition que cela soit fait proprement.
images/icones/neutre.gif  ( 738235 )L’accompagnement du propre grégorien est nécessaire parfois pour soutenir les chantres.. par Minger (2013-11-20 16:47:11) 
[en réponse à 738215]

Le bourdon de : 8 est conseillé , avec un fond continu doux.
De plus , si les chantres sont peu nombreux ,ça aide et couvre le vide.
A moins d’avoir une bonne résonnance dans l’église et un chœur performant pour le plain -chant …Ou un chantre avec bonne maîtrise est tout à fait agréable.
Indispensable pour le Kriale , reprises avec assemblée, ça donne de l’élan .Quoi de mieux !
L’Orgue ou l’harmonium ( Manneborg Allemand est le mieux , les autres font un peu accordéon ).
Chacun fait partie intégrante de la Messe chantée.
Par contre à éviter absolument , le genre chanté peu agréable comme cette messe de sépulture , tout est strident , même l’orgue la note principale est jouée trop fortement sans les accords.
L’accompagnement du grégorien doit être un fond doux , la note principale ne doit pas couvrir ni s’interposer aux chantres…
Ceci dit , avec tout le respect pour ce saint prêtre , il faut noter que les prêtres pour cette messe , ont fait au mieux pour participer.
Egalement pour cette brave chorale , un très gentil conseil serait utile pour parfaire l'envolée des voix résonnantes.
Le chant grégorien doit être lié sans débordement de voix.
fr.gloria.tv/?media=53408"> funérailles Monsieur l'abbé Sulmont
images/icones/fsspx.gif  ( 738238 )Abbé Bernard Lorber (de la Schola Bellarmina) par zejack (2013-11-20 17:32:31) 
[en réponse à 738235]

Tiens, en parcourant d'autres vidéos de la même source on voit l'Abbé Bernard Lorber (de la Schola Bellarmina), sermon à la Septuagésime :

http://fr.gloria.tv/?media=20990

images/icones/1a.gif  ( 738223 )Petite pique vis à vis de Solesmes par Nemo (2013-11-20 14:03:37) 
[en réponse à 738211]

Que voulez-vous dire, Monseigneur, lorsque dans le domaine musical vous attaquez Solesmes ?

Mgr B.: Je veux dire que le chant grégorien est modal et non pas tonal. Il est libre, et non pas rythmé. Ce n'est pas « 1-2 ; 1-2-3 ». Il ne fallait pas dénigrer la façon de chanter dans nos cathédrales pour lui substituer un chuchotement pseudo-monastique et affecté. On n'interprète pas le chant du Moyen-âge avec des théories d'aujourd'hui, mais il faut le prendre comme il nous est parvenu. De plus, le grégorien d'autrefois savait être aussi un chant populaire, chanté avec force et vigueur, comme le peuple exprimait sa foi avec force et vigueur. Et c'est cela que Solesmes n'a pas compris. Cela étant dit, il faut bien sûr reconnaître l'immense et savant travail paléographique qui y a été fait en ce qui concerne l'étude des manuscrits antiques.

Cardinal Bartolucci


Le chant grégorien interprété par Solesmes est pour moi une façon parmi tant d'autres. Mes critiques contre l'Abbaye sont dues à l'hégémonisme qu'elle a prétendu exercer, voire la tyrannie qui fait qu'elle a discrédité tous ceux qui ne faisaient pas comme elle. Elle a donc articipé à la mort du grégorien paroissial en jetant le discrédit sur les chantres. Les travaux de Dom Mocquereau sont très indigestes pour le moins. La façon effeminée de chanter est relativement récente. Elle ne correspond pas à une tradition monastique. Mais on sait que ça peut soutenir une spiritualité. J'allais souvent faire retraite à Solesmes quand j'étais plus jeune.

images/icones/porrectus.png  ( 738265 )Solesmes par Quaerere Deum (2013-11-20 20:57:49) 
[en réponse à 738223]

est injustement associée à la méthode qui porte son nom mais qu'elle n'a jamais utilisée. C'est plutôt dom Mocquereau qui en est l'inventeur et qu'il a diffusé à l'extérieur du monastère.

La façon de chanter d'avant la «réforme» solesmienne semblait plus virile, en effet. Néanmoins, les témoignages ne semblent pas très élogieux sur cette époque. Les caricatures sont bien connues.

Comment se fait-il que les travaux solesmiens aient opéré une telle séduction ?
images/icones/hein.gif  ( 738274 )Une telle séduction ? par Nemo (2013-11-20 21:59:27) 
[en réponse à 738265]

Je ne saisis pas
images/icones/neutre.gif  ( 738290 )Parlons par Quaerere Deum (2013-11-21 08:41:16) 
[en réponse à 738274]

d'engouement, d'enthousiasme, si vous préférez.
Les commentaires des gens qui passèrent à Solesmes fin XIXème, début XXème ne furent qu'élogieux.
images/icones/1a.gif  ( 738218 )En passant par Quaerere Deum (2013-11-20 13:12:49) 
[en réponse à 738199]

quel est votre avis sur le grégorien chanté à Saint-Sulpice samedi dernier, SVP ?
images/icones/1a.gif  ( 738219 )J'en faisais partie par Nemo (2013-11-20 13:25:26) 
[en réponse à 738218]

La musique à Saint-Sulpice fut désastreuse.
Je faisais partie des choeurs et j'assume.
Nous étions tous entre amis ce qui n'excuse rien mais me dispense de prendre parti.
images/icones/1b.gif  ( 738220 )J'ai préféré par Quaerere Deum (2013-11-20 13:35:29) 
[en réponse à 738219]

la polyphonie au grégorien, qui passe très mal à travers la sonorisation.
images/icones/1a.gif  ( 738224 )La sonorisation par Nemo (2013-11-20 14:07:03) 
[en réponse à 738220]

La sonorisation est toujours une erreur, que ce soit à l'église ou à l'opéra. La messe à Saint-Pierre de Rome en a beaucoup souffert aussi.

Il aurait fallu s'organiser autrement. Le problème est que les organisateurs ne connaissaient pas Saint-sulpice, on n'y chante pas le même répertoire et de la même façon que dans une chapelle.
images/icones/neutre.gif  ( 738266 )L'emplacement par Quaerere Deum (2013-11-20 21:02:08) 
[en réponse à 738224]

de la chorale a son importance.
Chanter depuis les stalles n'était pas forcément très avantageux.
images/icones/1a.gif  ( 738273 )C'est pourtant le meilleur emplacement par Nemo (2013-11-20 21:57:17) 
[en réponse à 738266]

Prévu pour accueillir le choeur, avec un orgue. Leson est renvoyé à la nef. Je me souviens avoir participé à l'enregistrement d'un disque avec mes amis d'Hortus et après beaucoup de tests, c'est bien le meilleur emplacement. Mais il ne faut surtout pas de micros. Et puis pas cette musique. Et puis si on avait répété... une fois ensemble... etc.
images/icones/neutre.gif  ( 738291 )En principe par Quaerere Deum (2013-11-21 08:49:24) 
[en réponse à 738273]

vous avez raison, car c'est bien la place d'un choeur que d'être dans le choeur.
Quelle musique faut-il?
images/icones/carnet.gif  ( 738298 )Un avis d'une autre époque par La Favillana (2013-11-21 10:51:51) 
[en réponse à 738218]


Joris-Karl Huysmans
En route

Stock, 1896 (pp. 13-33).

Chapitre I


PREMIÈRE PARTIE

I


C’était pendant la première semaine de novembre, la semaine où se célèbre l’octave des morts. Durtal entra, le soir, à huit heures, à Saint-Sulpice. Il fréquentait volontiers cette église parce que la maîtrise y était exercée et qu’il pouvait, loin des foules, s’y trier en paix. L’horreur de cette nef, voûtée de pesants berceaux, disparaissait avec la nuit ; les bas côtés étaient souvent déserts, les lampes peu nombreuses éclairaient mal ; l’on pouvait se pouiller l’âme sans être vu, l’on était chez soi.
Durtal s’assit derrière le maître-autel, à gauche, sous la travée qui longe la rue de Saint-Sulpice ; les réverbères de l’orgue de chœur s’allumèrent. Au loin, dans la nef presque vide, un ecclésiastique parlait en chaire. Il reconnut à la vaseline de son débit, à la graisse de son accent, un prêtre, solidement nourri, qui versait, d’habitude, sur ses auditeurs, les moins omises des rengaînes.
Pourquoi sont-ils si dénués d’éloquence ? se disait Durtal. J’ai eu la curiosité d’en écouter un grand nombre et tous se valent. Seul, le son de leurs voix diffère. Suivant leur tempérament, les uns l’ont macéré dans le vinaigre et les autres l’ont mariné dans l’huile. Un mélange habile n’a jamais lieu. Et il se rappelait des orateurs choyés comme des ténors, Monsabré, Didon, ces Coquelin d’église et, plus bas encore que ces produits du conservatoire catholique, la belliqueuse mazette qu’est l’abbé d’Hulst !
Après cela, reprit-il, ce sont ces médiocres-là que réclame la poignée de dévotes qui les écoute. Si ces gargotiers d’âmes avaient du talent, s’ils servaient à leurs pensionnaires des nourritures fines, des essences de théologie, des coulis de prières, des sucs concrets d’idées, ils végéteraient incompris des ouailles. C’est donc pour le mieux, en somme. Il faut un clergé dont l’étiage concorde avec le niveau des fidèles ; et certes, la Providence y a vigilamment pourvu.
Un piétinement de souliers, puis des chaises dérangées qui crissèrent sur les dalles l’interrompirent. Le sermon avait pris fin.
Dans un grand silence, l’orgue préluda, puis s’effaça, soutint seulement l’envolée des voix. Un chant lent, désolé, montait, le « De profundis ». Des gerbes de voix filaient sous les voûtes, fusaient avec les sons presque verts des harmonicas, avec les timbres pointus des cristaux qu’on brise.
Appuyées sur le grondement contenu de l’orgue, étayées par des basses si creuses qu’elles semblaient comme descendues en elles-mêmes, comme souterraines, elles jaillissaient, scandant le verset « De profundis ad te clamavi, Do », puis elles s’arrêtaient exténuées, laissaient tomber ainsi qu’une lourde larme la syllabe finale, mine ; — et ces voix d’enfants proches de la mue reprenaient le deuxième verset du psaume « Domine, exaudi vocem meam » et la seconde moitié du dernier mot restait encore en suspens, mais au lieu de se détacher, de tomber à terre, de s’y écraser telle qu’une goutte, elle semblait se redresser d’un suprême effort et darder jusqu’au ciel le cri d’angoisse de l’âme désincarnée, jetée nue, en pleurs, devant son Dieu.
Et, après une pause, l’orgue assisté de deux contrebasses mugissait, emportant dans son torrent toutes les voix, les barytons, les ténors et les basses, ne servant plus seulement alors de gaines aux lames aiguës des gosses, mais sonnant découvertes, donnant à pleine gorge, et l’élan des petits soprani les perçait quand même, les traversait, pareil à une flèche de cristal, d’un trait.
Puis une nouvelle pause ; — et dans le silence de l’église, les strophes gémissaient à nouveau, lancées, ainsi que sur un tremplin, par l’orgue. En les écoutant avec attention, en tentant de les décomposer, en fermant les yeux, Durtal les voyait d’abord presque horizontales, s’élever peu à peu, s’ériger à la fin, toutes droites, puis vaciller en pleurant et se casser du bout.
Et soudain, à la fin du psaume, alors qu’arrivait le répons de l’antienne « Et lux perpetua luceat eis », les voix enfantines se déchiraient en un cri douloureux de soie, en un sanglot affilé, tremblant sur le mot « eis » qui restait suspendu, dans le vide.
Ces voix d’enfants tendues jusqu’à éclater, ces voix claires et acérées mettaient dans la ténèbre du chant des blancheurs d’aube ; alliant leurs sons de pure mousseline au timbre retentissant des bronzes, forant avec le jet comme en vif argent de leurs eaux les cataractes sombres des gros chantres, elles aiguillaient les plaintes, renforçaient jusqu’à l’amertume le sel ardent des pleurs, mais elles insinuaient aussi une sorte de caresse tutélaire, de fraîcheur balsamique, d’aide lustrale ; elles allumaient dans l’ombre ces brèves clartés que tintent, au petit jour, les angélus ; elles évoquaient, en devançant les prophéties du texte, la compatissante image de la Vierge passant, aux pâles lueurs de leurs sons, dans la nuit de cette prose.
C’était incomparablement beau, ce « De profundi » ainsi chanté. Cette requête sublime finissant dans les sanglots au moment où l’âme des voix allait franchir les frontières humaines tordit les nerfs de Durtal, lui tressailla le cœur. Puis il voulut s’abstraire, s’attacher surtout au sens de la morne plainte où l’être déchu, lamentablement, implore, en gémissant, son Dieu. Et ces cris de la troisième strophe lui revenaient, ceux, où suppliant, désespéré, du fond de l’abîme, son Sauveur, l’homme, maintenant qu’il se sait écouté, hésite, honteux, ne sachant plus que dire. Les excuses qu’il prépara lui paraissent vaines, les arguments qu’il ajusta lui semblent nuls et alors il balbutie : « si vous tenez compte des iniquités, Seigneur, Seigneur, qui trouvera grâce ? »

images/icones/porrectus.png  ( 738369 )La musique à Saint-Sulpice par Nemo (2013-11-21 16:51:59) 
[en réponse à 738298]

Pour continuer les citations de mon vénéré cousin Huysmans, voici ce qu'on disait de la musique à Saint-Sulpice avec Charles-Marie Widor aux claviers :

Widor à Saint-Sulpice
images/icones/neutre.gif  ( 738222 )Je crois que la question est ailleurs. par Yves Daoudal (2013-11-20 13:55:36) 
[en réponse à 738193]

Le plain chant est originellement une musique non tempérée. En théorie il ne peut donc pas être accompagné par un orgue tempéré. Dans les faits, contrairement au (vrai) chant byzantin, le plain chant moderne est tempéré, parce que notre éducation musicale est faite avec de la musique tempérée. Par conséquent rien n'empêche aujourd'hui d'accompagner le plain chant, puisque personne ne se rend compte du caractère incongru de la chose. Encore que le plain chant non accompagné reste beaucoup plus beau, même s'il est de fait tempéré.
images/icones/neutre.gif  ( 738225 )Je suis presque d'accord par Nemo (2013-11-20 14:11:11) 
[en réponse à 738222]

Sauf qu'un chanteur, quand il n'est pas accompagné, ne tempère plus et fait en principe des intervalles justes. Même s'il est difficile à nos oreilles de l'apprécier.
images/icones/1a.gif  ( 738430 )Physiologiquement... par Glycéra (2013-11-22 10:50:56) 
[en réponse à 738225]



Il est difficile d'apprendre à chanter tempéré.
Celui qui suit un piano juste va chanter "un peu faux" !

Cela ne correspond pas aux fréquences "contructives" du corps.
Toute matière a des fréquence du fait de ses caractéristiques physiques.

L'homme peut certes changer la forme de son gosier, de ses résonateurs, mais il doit pour arriver à suivre les instruments tempérés forcer la physiologie que Dieu lui a faite.
Pour apprendre des sauts de fréquences très bizarres, non simples.

Maintenant, comme un orgue mécanique n'est jamais assez juste, pas moyen de le suivre : il faudrait apprendre à chanter faux comme cet orgue précis !

Le Dr Tomatis a expliqué aussi que la forme des résonateurs induit un chant équilibré sur telle voyelle pour telle note, par tel chanteur. C'est dire que l'art de la prosodie est subtil... et que nous avons vu apapraître les sottises des mélodies aux paroles traduites ou les imbécilités des compositions sur les n'importe quoi depuis quelques décennies.
Cela veut-il dire que telle parole n'aura qu'une mélodie possible ? Non, car l'homme est adaptable et très varié aussi.


Avec mes bonnes salutations
Glycéra

PS Les cordistes (joueurs d'instruments à cordes libres) jouent juste, sauf s'ils suivent l'orchestre vissé dans son "tempérament". Non ?