
( 737429 )
[réponse] par Yves Daoudal (2013-11-11 11:45:27)
[en réponse à 737393]
A mon sens, la papolatrie, ce n'est pas aimer un pape qui a le sens de la liturgie et qui parle comme un père de l'Eglise, c'est aduler tous les papes parce qu'ils sont papes, quoi qu'ils disent et quoi qu'ils fassent, en faisant du Saint-Esprit l'alibi de ce culte à géométrie variable.
Il ne faut pas confondre le libre arbitre et le libre examen. Le catholique doit garder son libre arbitre, même en ce qui concerne le pape.
Ce libre arbitre me fait constater qu'il y a une différence entre un pape qui restaure la liturgie et enseigne les fidèles, et un pape qui détruit la liturgie (Paul VI avant François) et fait des leçons de morale quotidiennes à deux balles (Paul VI c'était hebdomadaire), assez ambiguës pour que des catholiques fassent passer la légalisation du "mariage" homosexuel dans l'Illinois (Paul VI, lui, avait fait Humanae Vitae). Je ne supportais pas Paul VI, je ne me suis jamais senti en dehors de l'Eglise.
Heureusement qu'il y a eu, il y aura exactement 44 ans au premier dimanche de l'Avent, des prêtres qui ont tranquillement dit non à Paul VI (et à leur évêque), et qui ont préféré subir les persécutions de l'Eglise que de renier la messe de saint Pie V. Ce n'était pas par libre examen, c'était par leur libre arbitre qu'ils comprenaient qu'ils devaient, pour l'Eglise, garder la messe traditionnelle. Si ces prêtres-là n'avaient pas désobéi, la messe de saint Pie V aurait disparu (et l'abbé FH n'aurait pas fait son sermon, du moins dans ce cadre-là). Mais elle ne pouvait pas disparaître. C'est pourquoi ces prêtres-là qui ont ouvertement désobéi au pape, et jugé inacceptables ses arguments, ont oeuvré pour le bien de l'Eglise.

( 737441 )
Merci beaucoup pour ces distinctions pertinentes. par Scrutator Sapientiæ (2013-11-11 14:46:03)
[en réponse à 737429]
Bonjour et merci, Yves Daoudal.
1. Cette distinction entre libre arbitre et libre examen est absolument fondamentale ; l'oubli ou le mépris de ce qui se joue ici a tendance à aboutir à la transformation du christianisme en une religion de la conscience, qui légitime toutes les sensibilités, sauf celle qui se traduit, par exemple, par la mise en accusation de ce relativisme ; Jean-Paul II et Benoît XVI ont commencé à combattre ce péril mortel, mais je ne suis pas sûr que ce combat sera poursuivi.
2. Ce que vous écrivez sur la papolâtrie (apparemment, le mot idolâtrie comporte bien un "chapeau chinois") est tout à fait exact ; à cause de ce phénomène d'adoration, à la limite de l'aliénation volontaire, j'ai déjà eu droit, à de nombreuses reprises, et je ne suis évidemment pas le seul, à des arguments, ou plutôt à des procédés, situés au croisement de la bonne conscience et de la mauvaise foi ; pour certains, il vaut mieux "avoir tort avec" qu'"avoir raison contre" la hiérarchie, l'institution, etc...
3. Il ne faut pas se leurrer, nous sommes en présence d'un phénomène d'une extrême gravité
- qui, par certains aspects, est vieux comme l'histoire du monde et comme l'esprit du monde,
- qui, par d'autres aspects (l'industrie du mensonge) n'existe que depuis le début du XX° siècle.
4. Ce phénomène, c'est,
- d'une part, la confusion croissante entre consensus et vérité,
- d'autre part, la diabolisation a priori de ce qui est dissensuel.
5. Nous pouvons tous constater que ce phénomène ne concerne pas que la Foi et les moeurs, ne concerne pas que la politique, la religion, la morale ; la communauté universitaire est soumise en permanence à cette tentation de confondre consensus et vérité et d'éliminer ou d'invalider les dissidences ou les dissonances, y compris dans des disciplines éloignées des sciences humaines et des sciences sociales.
6. Je ne dis pas que j'ai baissé les bras, je ne dis pas que je ne vois pas d'issue : quand je pense par exemple à ce que Raymond ARON et quelques autres ont combattu, pendant quarante à cinquante ans, je me dis que ce qui, en apparence, est perdu d'avance, devrait pouvoir finir par être gagné, mais encore faut-il qu'il y ait combat ; même s'il est apparemment désespéré, il faut qu'il soit persévérant.
Je termine ce message sur le jeu de mots suivants, aussi nul et plat soit-il : je préfère une attitude acribique à un comportement acritique ; je n'ai aucun mérite à cela, car je dois cette préférence à mes convictions, mais aussi à mon tempérament.
Cette préférence m'aide beaucoup à me concentrer et à me motiver pour pratiquer "une lecture attentive, l’art de repérer les contradictions, les formules alambiquées, les faux-fuyants". Sur ce point là, je suis en plein accord avec ceux "pour qui le choix des mots et le sens des mots sont la clef de compréhension de la plupart des questions".
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 737457 )
[réponse] par Yves Daoudal (2013-11-11 17:11:47)
[en réponse à 737447]
Je ne dis pas que l'abbé FH fait cette confusion. Je fais une réflexion à partir de son propos. C'est moi qui ai pensé, à la lecture de son sermon, qu'on pouvait faire cette confusion. Et que certains, manifestement, la font.