Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 736643 )A propos des limbes... par A.Bricteux (2013-11-02 18:49:50) 

A l'heure où l'on tait de plus en plus l'existence même du purgatoire, voire aussi de l'enfer, il est difficile d'en savoir plus concernant les limbes... Pourriez-vous m'aider à éclaircir un peu le sujet?

J'ai cru comprendre que les limbes étaient un endroit où les âmes restaient sans souffrance. Que c'est là que séjournaient les saintes âmes décédées avant que Jésus Christ n'ouvre les portes du paradis. Que de nos jours, par exemple, des bébés morts avant d'avoir pu être baptisés y séjournaient également, car n'ayant pas encore eu la possibilité de pécher, ils n'avaient pas de raison d'être damnés ou condamnés au purgatoire, mais ayant toujours la tache du péché originel, ils ne pouvaient pas non plus être admis au paradis...
Par contre, une des autres caractéristiques des limbes ai-je cru comprendre, est que les âmes s'y trouvant à présent, n'auront jamais la possibilité de voir Dieu un jour!

Cette non-souffrance et cette impossibilité de voir Dieu me semblent quelque peu paradoxales, dans la mesure où j'ai également lu que la plus grande de toutes les souffrances de l'enfer était précisément pour les âmes qui s'y trouvent, de savoir qu'elles ne verraient jamais Dieu!

Pouvez-vous m'éclairer sur le sujet?

images/icones/fleche2.gif  ( 736648 )Tentative de réponse par Alonié de Lestre (2013-11-02 19:13:42) 
[en réponse à 736643]


Cette non-souffrance et cette impossibilité de voir Dieu me semblent quelque peu paradoxales, dans la mesure où j'ai également lu que la plus grande de toutes les souffrances de l'enfer était précisément pour les âmes qui s'y trouvent, de savoir qu'elles ne verraient jamais Dieu!



Ces âmes ne peuvent pas souffrir de ne pas voir Dieu puisqu'elles ne savent pas que Dieu existe.
images/icones/fleche2.gif  ( 736654 )Les âmes qui seraient dans les Limbes par Jean-Paul PARFU (2013-11-02 19:26:19) 
[en réponse à 736648]

sauraient que Dieu existe, mais ne souffriraient pas (de ne pas Le voir).

Elles connaîtraient un bonheur naturel (et donc non surnaturel), le bonheur surnaturel consistant précisément dans la vision de Celui qui est Le Surnaturel subsistant Lui-même : Dieu !
images/icones/vatican.gif  ( 736666 )Benoît XVI et les limbes par Chicoutimi (2013-11-02 20:03:46) 
[en réponse à 736654]

Bonjour,

1- En 2007, sous le pontificat du Pape Benoît XVI, la Commission théologique internationale a publié un texte sur le sujet des limbes. Les médias ont alors faussement dit que le Vatican abolissait les limbes de sa doctrine. Or, on ne peut pas dire que la question des limbes a été tranchée. La Commission théologique n'a pas l'autorité pour trancher une question dogmatique. Son but était de susciter une réflexion théologique pour aujourd'hui.

2- le Vatican n'a donc pas abolit les limbes. Le document est une réflexion théologique qui dit, entre autre, que les interventions pontificales, pendant des siècles, protégèrent la liberté des écoles de pensée sur cette question. Il n'a jamais été dit, par le passé, que la théorie des limbes était une doctrine de foi. Cependant, la théorie des limbes fut la doctrine catholique commune jusqu’à la moitié du XXe siècle (car il y a plusieurs degrés de vérité, et celle des limbes - bien qu'enseignée dans des catéchismes - ne fut jamais reconnu comme une vérité de foi catholique et définitive). Le document, dans son introduction, précise à propos des limbes que "cette théorie, élaborée par les théologiens à partir du moyen âge, n’a jamais pris rang parmi les définitions dogmatiques du magistère, même si, jusqu’au second concile du Vatican, ce même magistère a parfois mentionné cette théorie dans son enseignement. Elle demeure donc une hypothèse théologique possible. Toutefois, dans le Catéchisme de l’Église catholique(1992), la théorie des limbes n’est pas mentionnée. En revanche, le Catéchisme enseigne que les enfants qui meurent sans baptême sont confiés par l’Église à la miséricorde de Dieu, ce qui ressort du rite des funérailles propre à ces enfants. Le principe selon lequel Dieu désire le salut de tout homme suscite l’espérance qu’il puisse y avoir un chemin de salut pour les enfants qui meurent sans baptême et donc aussi au désir théologique de trouver une articulation cohérente et logique entre les diverses affirmations de la foi catholique: la volonté salvifique universelle de Dieu; l’unicité de la médiation du Christ; la nécessité du baptême pour le salut; l’action universelle de la grâce en relation aux sacrements; le lien entre le péché originel et la privation de la vision béatifique; la création de l’homme «dans le Christ».

La conclusion de cette étude est qu’il existe des raisons théologiques et liturgiques d’espérer que les enfants qui meurent sans baptême puissent être sauvés et conduits à la béatitude éternelle, même si aucun enseignement explicite sur ce point ne se trouve dans la Révélation". Donc, la doctrine des limbes est laissée à la liberté des écoles de pensée et demeure une opinion théologique possible.

3- Voici le lien dudit document : LIMBES
images/icones/carnet.gif  ( 736667 )Pour défendre les Limbes par Jean-Paul PARFU (2013-11-02 20:14:05) 
[en réponse à 736666]

Un exposé de l'abbé de Tanoüarn ici
images/icones/vatican.gif  ( 736692 )Et les Saints Innocents ? par Ecclesiola (2013-11-03 00:18:12) 
[en réponse à 736667]

Le document "L'espérance du salut pour les enfants qui meurent sans baptême" évoque les Saints Innocents au paragraphe 86 b. C'est un argument "en béton" contre l'existence des limbes.
Ce texte, rédigé par une commission théologique internationale, a été approuvé par Benoît XVI en 2007. Il donne une somme impressionnante d'arguments, qui incline plus à l'abandon de l'hypothèse des limbes qu'à son maintien :

« Nous pensons que, dans le développement de la doctrine, la solution des limbes peut être dépassée à la lumière d’une plus grande espérance théologique. »

images/icones/neutre.gif  ( 736693 )Argument béton, vraiment ??? par Meneau (2013-11-03 01:03:27) 
[en réponse à 736692]

Les Saints Innocents sont dans la Tradition de l'Eglise des martyrs.

Martyr = Baptême du sang. Baptême du sang = ils ne sont pas morts sans baptême.

Cordialement
Meneau

images/icones/neutre.gif  ( 736695 )Vous êtes plus affirmatif que la commission elle-même ! par Meneau (2013-11-03 01:13:51) 
[en réponse à 736692]

La CTI présente elle-même le document ainsi :

Notre conclusion est que les nombreux facteurs que nous avons pris en considération donnent des fondements théologiques et liturgiques sérieux pour espérer que les enfants non-baptisés qui meurent seront sauvés et bénéficieront de la vision béatifique...
Nous soulignons le fait que ce sont des raisons pour une pieuse espérance, plutôt que des motifs de connaissance sûre...



Quoiqu'on en dise et veuille nous faire croire, l'existence des limbres reste une question disputée.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 736704 )Les limbes : une hypothèse à abandonner par Denis SUREAU (2013-11-03 07:42:34) 
[en réponse à 736643]

Les limbes ont été imaginées comme un état définitif où l’homme est privé de sa fin dernière qui est surnaturelle (voir l’essence divine) sans pourtant en souffrir, du moins dans la version de saint Thomas. Comme le dit avec humour John Milbank, « chez Thomas, admirablement humain et compatissant, les âmes des bébés morts restent éternellement des bébé-âmes, heureuses de leur bébé-paradis » (Le milieu suspendu, p. 109).
D’où cette première objection, que l’on retrouve d’ailleurs dans le rapport de la Commission internationale de théologie sur L’espoir de salut pour les enfants qui meurent sans être baptisés. C’est au paragraphe 95, je cite :
« Bien qu’un ordre purement naturel soit concevable, aucun être humain ne vit véritablement dans un tel ordre. L’ordre actuel est surnaturel ; les voies de la grâce sont ouvertes dès les premiers instants de chaque vie humaine. Tous sont nés avec cette humanité que le Christ lui-même a assumé et tous vivent en quelque sorte en relation avec Lui, selon différents degrés d’explicitation (cf. LG 16) et d’acceptation, à chaque instant. Il n’y a que deux fins possibles pour un être humain dans un tel ordre : soit la vision de Dieu soit l’enfer (cf. GS 22). Quoique certains théologiens médiévaux maintenaient la possibilité d’une destinée intermédiaire, naturelle, obtenue par la grâce du Christ, appelée limbes, nous estimons une telle solution problématique… »

La Commission de théologie développe une seconde objection, qui est un peu le corollaire de la précédente.
Elle rappelle le rôle central de Notre Seigneur Jésus Christ dans toute l’histoire du salut, Lui qui est Principe et Fin, Alpha et Oméga, comme dit le prêtre lors de la bénédiction du cierge pascal.
Notre Rédempteur est l’unique médiateur. Je cite le rapport au paragraphe 90 :

« Les Ecritures mettent en relation l’humanité sans exception et le Christ. Une faiblesse majeure de la conception traditionnelle des limbes est qu’elle ne dit pas clairement si les âmes qui y demeurent ont la moindre relation avec le Christ ; le caractère christocentrique de cette doctrine semble déficient. En quelque sorte, les âmes des limbes semblent avoir un bonheur naturel qui appartient à un ordre différent de l’ordre surnaturel où les gens doivent choisir pour ou contre le Christ. Cela semble une particularité de la conception de saint Thomas d’Aquin, quoique Suarez et les scolastiques tardifs soulignèrent que Christ restaure la nature humaine (sa grâce est gratia sanans, guérissant la nature humaine) et de ce fait rend possible le bonheur pleinement naturel que saint Thomas attribue aux âmes des limbes. La grâce du Christ était cependant implicite dans la conception de saint Thomas, bien que non développée. C’est ainsi que la scolastique tardive envisagea trois destinées possibles (au moins en pratique, bien qu’en principe deux seules destinées n’étaient acceptables : le Ciel et l’Enfer), et comprit, contre saint Augustin, que c’était par la grâce du Christ que les nombreux enfants des limbes y étaient plutôt qu’en enfer ! »

On voit encore ici ce que la thèse des limbes présente un je-ne-sais-quoi d’inconvenant par rapport au sens de toute l’histoire humaine, cet exitus puis reditus, retour à Dieu par le Christ et dans l’Esprit.

Ll"hypothèse des limbes est bien peu traditionnelle.

Je dirais même plus : c’est une hypothèse très moderne, très naturaliste. Une hypothèse qui va de pair avec le dualisme fondateur de la modernité. Car enfin, la modernité repose sur la séparation de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel.
images/icones/neutre.gif  ( 736708 )Si on abandonne cette hypothèse... par A.Bricteux (2013-11-03 09:32:07) 
[en réponse à 736704]

...je vois qu'il y a un véritable débat et aucune certitude quant à l'existence ou non des limbes.

Ceux qui, comme Denis, pensent que les limbes sont un hypothèse à abandonner, peuvent-ils me dire alors, ce qu'ils imaginent pour le cas des bébés morts sans baptême ou des "sauvages" morts sans baptême parce que non évangélisés mais ayant vécu en "faisant le bien" ?
images/icones/neutre.gif  ( 736709 )Ne mélangeons pas tout par Meneau (2013-11-03 09:47:07) 
[en réponse à 736708]

Le problême de enfants morts sans baptême n'a rien à voir avec celui du bon sauvage. Celui-ci, contrairement au bébé, a la possibilité de poser des actes méritoires ou mauvais et de coopérer ainsi ou pas à la grâce divine, se conformant donc éventuellement à l'Eglise et recevant le baptême de désir.

Ce n'est pas le cas pour l'enfant jusqu'à l'âge de raison.

D'ailleurs jamais personne n'a soutenu que le bon sauvage soit aux Limbes.

Quant á l'abandon des Limbes, il s'agit, je le répète, d'une pieuse opinion (sans plus). Je ferai une réponse plus détaillée plus tard.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 736710 )Désolé par Meneau (2013-11-03 09:52:12) 
[en réponse à 736709]

Pour les fautes d'accent depuis un téléphone.

Cordialement
Meneau
images/icones/neutre.gif  ( 736753 )L'abandon des Limbes, une pieuse opinion (sans plus) par Meneau (2013-11-03 21:08:17) 
[en réponse à 736704]

Tout d'abord, le document de la CTI... n'est qu'un document de la CTI, très indirectement organe du Magistère.
Ensuite, ce même document s'exprime ainsi :

La conclusion de cette étude est qu’il existe des raisons théologiques et liturgiques d’espérer que les enfants qui meurent sans baptême puissent être sauvés et conduits à la béatitude éternelle, même si aucun enseignement explicite sur ce point ne se trouve dans la Révélation.
(...)
Notre conclusion est que les multiples facteurs que nous avons examinés ci-dessus donnent des fondements théologiques et liturgiques sérieux pour espérer que les enfants qui meurent sans baptême seront sauvés et jouiront de la vision béatifique. Nous soulignons que ce sont des raisons d’espérer dans la prière, plutôt que des fondements d’une connaissance certaine.



Et notons au passage cette phrase :

Elle [la théorie des limbes] demeure donc une hypothèse théologique possible




En face de ce document, plus que prudent dans termes employés, nous trouvons les enseignements du Magistère suivants :

Innocent III : "La peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu, mais la peine du péché actuel est le supplice de la géhenne éternelle" (Dz 780)

2è Concile de Lyon : "Pour les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel ou avec le seul péché originel, elles descendent immédiatement en enfer, où elles reçoivent cependant des peines inégales. " (Dz 858)

Jean XXII aux Arméniens : "Les âmes cependant de ceux qui meurent en état de péché mortel ou avec le seul péché originel, descendent immédiatement en enfer où elles reçoivent cependant des peines différentes en des lieux différents." (Dz 926)

Pie VI - Auctorem fidei : ". La doctrine qui rejette comme une fable pélagienne ce lieu des enfers (que les fidèles appellent communément les limbes des enfants) dans lequel les âmes de ceux qui sont morts avec la seule faute originelle sont punis de la peine du dam, sans la peine du feu, comme si ceux qui écartent la peine du feu introduisaient par là ce lieu et cet état intermédiaire, sans faute et sans peine, entre le Royaume de Dieu et la damnation éternelle dont fabulaient les pélagiens, (est) fausse, téméraire, injurieuse pour les écoles catholiques"

Le document de la CTI renvoie à certains de ces enseignements, mais ne parvient pas à les évacuer complètement et proprement.

Je reprends en revanche un post de Réginald sur la question des limbes :

Prop. I: Les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel sont privés de la vision béatifique. (De fide divina et catholica definita).

Enseignement du magistère:

Innocent III « La peine du péché originel est la privation de la vision de Dieu, mais la peine du péché actuel les tourments de la géhenne perpétuelle ». (Fc 685 Dzs; 780)

De même, le concile de Lyon II « Nous croyons que les âmes de ceux qui ont reçu le baptême sacré n’encourent absolument aucune souillure du péché; et que les âmes qui après contracté la souillure du péché sont purifiées puis ensuite admises au ciel; quant aux âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel ou seulement avec le péché originel elles descendent de suite en enfer mais y subissent des châtiments inégaux ».(H. Denzinger- K. Rahner, Enchiridion Symbolorum27.n° 464)

Le Pape Jean XXII s’exprime en 1321 en termes quasiment identiques « (l’Eglise Romaine) enseigne que ... les âmes de ceux qui sont morts en état de péché mortels ou avec le seul péché originel descendent ensuite en enfer mais sont punies dans des lieux et par de châtiments différents ». ( D. 493a)

Cet enseignement a été repris par le Concile de Florence (1438-1445): « Nous croyons que les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel ou seulement avec le péché originel descendent de suite en enfer mais y subissent des châtiments inégaux ».( D. 693)

Le Concile Vatican I (1870) avait prévu de définir: « Même ceux qui meurent avec seulement le péché originel, seront privés pour l’éternité de la vision béatifique de Dieu » ( CL 7,565)

La raison de cette doctrine repose dans la nécessité absolue de la grâce sanctifiante pour être sauvé. La grâce sanctifiante en effet n’est pas un moyen de salut, elle est l’élément qui nous constitue enfant de Dieu par l’adoption. C’est une « participation à la nature divine » 2P 1,4). Or la peine formelle du péché originel consiste ni dans la perte des dons préternaturels ni dans la concupiscence mais dans la privation de cette grâce sanctifiante. Celui qui a le péché originel est donc privé de cette grâce sanctifiante et ne peut donc accéder s’il meurt à la béatitude surnaturelle. ( St Thomas De malo q.5, a.1).

Prop. II : Pour effacer le péché originel l’homme doit être baptisé. Cependant ce baptême peut être suppléé quant à ses effets par le martyre ou par la charité parfaite uni à un désir implicite ou explicite de baptême. (Certum)


« Une fois que l'homme a commencé à avoir l'usage de la raison, il n'est pas tout à fait excusé de la culpabilité des péchés tant véniels que mortels. Mais la première chose qui doit se présenter à sa réflexion, c'est de délibérer sur lui-même. Et si réellement il s'est ordonné à la fin voulue, il obtiendra par la grâce la rémission du péché originel. Tandis que, s'il ne s'oriente pas vers la bonne fin, autant qu'à cet âge-là il est capable de la discerner, il péchera mortellement, ne faisant pas tout son possible. Et dès lors, il n'y aura plus chez lui péché véniel sans péché mortel, si ce n'est après que tout lui aura été remis par la grâce. » (I-II, 89, 6, c.)

Prop. III : Les enfants qui meurent sans être baptisés n’accèdent pas à la béatitude éternelle mais vont dans les limbes. ( Probabilior)

Cette doctrine découle directement des deux propositions (I et II) ci-dessus. En effet, un enfant qui meurt sans être baptisé n’a aucun moyen d’avoir la grâce sanctifiante qui nous l’avons vu est absolument nécessaire au salut. Se trouvant dans l’état de péché originel, il se trouve par le fait même exclu de la vision béatifique. Il n’est pas possible d’imaginer que la baptême puisse être suppléé. La suppléance par le martyre comme le fut le cas des saints innocents est à rejeter. Tout martyre suppose la mort violente pour le Christ ou à cause du Christ. Or cette mort pour le Christ ou à cause du Christ est certainement absente dans ce cas. Il ne peut non plus y avoir de baptême de désir car l’enfant n’est pas encore doué de raison et ne peut par conséquent poser un acte volontaire qui puisse le sauver en lui donnant la grâce sanctifiante.
Cette doctrine peut sembler dure mais elle est reçue par les plus grands pères docteurs l’Eglise et théologiens de l’Eglise. Elle semble enfin enseignée par le magistère ordinaire.

Témoignage de Pères

· Pères grecs

Saint Cyrille de Jérusalem(313-386):

« Si quelqu’un n’a pas reçu le baptême, il ne peut-être sauvé à la seule exception des martyrs qui même sans la baptême d’eau reçoivent le royaume » (Cath. 2.10; MG 33, 440; Rouet de Journel, Enchiridion patristicum,n° 811)

Saint Grégoire de Naziance (330-390)

« Pour le futur, j’estime que... ces derniers ( c’est à dire ceux qui ne sont pas baptisés « peut être à cause de leur bas âge ou pour quelque autre cause involontaire ») ne sont ni glorifiés ni châtiés par des supplices suite à un juste jugement ». ( R. 1012)

Saint Jean Chrysostome (349-407):

« Pleure les infidèles, pleure ceux qui ne différent en rien des infidèles, ceux qui sont morts sans l’illumination et sans le sceau du baptême, ceux-ci sont vraiment dignes de lamentations et de larmes, ils sont en dehors du royaume avec les damnés et les pervertis » ( MG 62, 203; R. 1206)

· Pères latins

Les Pères latins enseignent la même doctrine et sont encore plus sévères car ils prétendent que les enfants morts sans baptême en plus d’être privés de la gloire sont aussi châtiés par la peine des sens.

Saint Ambroise (330-397) :

« Le juif et le grec, quel que soit celui qui croit, doit savoir qu’il doit être délivré du péché pour qu’il puisse être sauvé... car personne n’ira dans le royaume des cieux si ce n’est par le sacrement du baptême. A moins d’être né à nouveau par l’eau et par l’esprit, il ne peut entrer dans le royaume de Dieu »

Saint Augustin ( 354-430):

« Ne crois, ne dis pas, n’enseigne pas, si tu veux être catholique que les enfants morts avant d’être baptisés peuvent parvenir à la rémission du péché originel » ( De anima et ejus origine: 3, 9, 12 : ML 44, 516).



Saint Fulgence (467-533):

« Tiens très fermement que... même les tout petits qui soit sont morts dans le ventre de leur mère soit sont morts après leur naissance sans le saint baptême... quittent le monde pour être punis par le supplice du feu éternel » (R. 2271)




Témoignage des docteurs

Cette position est reçue par:

- Saint Bonaventure: 2 d.33 a.3 q.1
- Saint Thomas d’Aquin: 2 d. 33 q.2 a.1 et sq. et De Malo q.5 a.1-3
- Saint Robert Bellarmin: De amissione gratiae et statu peccati l.6 c.1-7
- Suarez: De vitiis et peccatis d.9 s.6.


Témoignage des théologiens du vingtième siècle

- L. cardinal Billot, De novissimis, Rome, 1922.
- P. cardinal Parente, De creatione universali. De angelorum honminisque elevatione et lapsu, Turin, 1946.
- Ch. cardinal Journet, La volonté divine salvique sur les petits enfants, Bruges, 1948.
-H. Lennerz, De sacramento Baptismi, Rome, 3 éd., 1955, p. 111 .
A. Tanquerey, Synopsis theologiae dogmaticae, t.2, Paris, 29 éd, 1955, n° 914 et t. 3, Paris, 22 éd., 1959, n° 1166 .
- I. F. Sagües, Sacrae Theologiae Summa, t. 2, Madrid, 4 éd., 1964, thesis 47.

Témoignage du magistère

Pie VI rejette comme:

« Fausse, téméraire, injurieuse aux écoles catholiques la proposition selon laquelle doit être rejetée comme une fable pélagienne l’endroit des enfers, appelé vulgairement limbes des enfants, dans lesquels les âmes de ceux qui meurent avec le seul péché originel sont punies de la peine du dam sans la peine du feu, comme si écarter de ces âmes la peine du feu, c’était remettre en honneur la fable pélagienne d’après laquelle il y aurait un lieu et un état intermédiaires exempts de faute et de peine entre le royaume des cieux et la damnation éternelle ». (D. 1526)

Pie XII est encore plus explicite en rejetant, pour les enfants, tout autre moyen que le baptême, pour effacer le péché originel :

« Si ce que nous avons dit jusqu’ici regarde la protection de la vie surnaturelle, à bien plus forte raison, devons-nous l’appliquer à la vie surnaturelle que le nouveau-né reçoit par le baptême.
Dans l’ordre présent, il n’y a pas d’autre moyen de communiquer cette vie à l’enfant qui n’a pas encore l’usage de la raison. Et cependant, l’état de grâce, au moment de la mort, est absolument nécessaire au salut. Sans cela, il n’est pas possible d’arriver à la félicité surnaturelle, à la vision béatifique de Dieu. Un acte d’amour peut suffire à l’adulte pour acquérir la grâce sanctifiante et suppléer au manque du baptême. Pour celui qui n’est pas né, ou pour le nouveau né, cette voie n’est pas encore ouverte ».( Discours aux participants de l’union catholique des sages femmes ( 29 octobre 1951): A.A.S, 43, 1951, p.841. Trad.: Documents pontificaux de S.S. Pie XII, Saint Maurice (Suisse), 1954, vol.13, p. 478)


Prop IV : Il est possible d’admettre un baptême de désir pour les enfants morts sans baptême (pieuse opinion)

Le premier à proposer cette opinion est l’illustre commentateur de St Thomas Cajetan. Celui-ci enseigne en effet que le désir de baptême des parents peut sauver l’enfant. La solution a été reprise et améliorée par plusieurs théologiens au XX e siècle. Ces théologiens proposent que les enfants sont baptisés « in vote ecclesiae » : de même que, chez les adultes, le désir du baptême supplée à la réception du sacrement, de même, chez les enfants, le désir du baptême, formé pour tous par l'Eglise, supplée de façon semblable à la collation du sacrement. Voici à ce sujet ce qu’écrivait naguère Mgr Piolanti, dont je partage l’avis :




« Après le concile Vatican II, qui ne voulut pas affronter l'épineux problème soulevés par certains courants théologiques, de nouvelles solutions, toujours plus bénignes, furent proposées. La plus significative est celle du P. Jean Galot, lequel, dans la ligne du cardinal Cajetan e du P. Héris, pose ce parallélisme: de même que, chez les adultes, le désir du baptême supplée à la réception du sacrement, de même, chez les enfants, le désir du baptême, formé pour tous par l'Eglise, supplée de façon semblable à la collation du sacrement, de sorte que tous les enfants se sauvent in voto Ecclesiae [51]. Cette pieuse conjecture, présentée avec un ample cortège d'arguments et avec une fine perception de ses conséquences [52], est destinée à toucher le cœur chrétien, tandis que l'esprit reste dans l'attente respectueuse d'un jugement du magistère. » Antonio PIOLANTI, I Sacramenti, 3e édition revue et ajournée, Pontificia Accademia Teologica Romana, Libreria Editrice Vaticana, Cité du Vatican, 1990, p. 298.

(Souligné par nous)

[note 51] J. GALOT, La salvezza dei bambini morti senza Battesimo, in La Civiltà Cattolica 1971, II, pp. 228-240; 336-346. C. PORRO s'approche avec modération de cette thèse, in Peccato e riconciliazione, Casale Montferrat 1983, pp. 41-52.

[note 52] L'illustre théologien s'appuie sur la volonté salvifique universelle de Dieu, e sur la solidarité de tous les hommes avec le Christ Rédempteur, laquelle triomphe de la solidarité non moins universelle en Adam, source du péché originel. Cette dernière considération avait déjà été bien traitée par l'abbé E. BOUDES, Réflexions sur la solidarité des hommes avec le Christ, in Nouvelle Revue Théologique 81 (1949), pp. 589-605.



Passons maintenant à l'objection que relève Denis SUREAU à la suite du document de la CTI. J'en extrais une phrase :

L’ordre actuel est surnaturel ; les voies de la grâce sont ouvertes dès les premiers instants de chaque vie humaine.


Eh bien... ça dépend de quoi on parle. Il manque là un élément important concernant la doctrine du salut : les voies de la grâce sont ouvertes côté divin, certes, mais il est nécessaire que l'homme coopère à la grâce pour que celle-ci produise son effet. Sans quoi tout le monde est sauvé, même sans baptême !

Il y a quand même au coeur de la théologie des limbes un certain nombre de vérités de foi qui ne sont donc pas facultative, et que le document de la CTI rappelle également : en particulier la nécessité du baptême pour le salut, et le lien entre le péché originel et la privation de la vision béatifique.

Concluons :
- l'existence des limbes n'est pas une vérité de foi.
- la CTI produit un avis, en le présentant comme "raisons d'espérer dans la prière". On peut croire à cette option.
- la CTI confirme que l'existence des limbes est une hypothèse théologique possible. On peut croire à cette option également

Mais, ne vous en déplaise, l'existence des limbes reste une question disputée et non pas une "hypothèse à abandonner". Je cite à nouveau : "Elle [la théorie des limbes] demeure donc une hypothèse théologique possible".

Cordialement
Meneau






images/icones/bravo.gif  ( 736813 )Bravo Meneau pour votre synthèse ! par Jean-Paul PARFU (2013-11-04 08:29:03) 
[en réponse à 736753]

Magistère, vérité de foi ou non, possible dogme ...

En tout cas, merci pour votre travail ! A imprimer !
images/icones/hein.gif  ( 736837 )Il est difficile de juger par Ritter (2013-11-04 13:47:00) 
[en réponse à 736753]

Ne sait-on pas si ces enfants ne jouissent pas d'une grâce spéciale, comparable au baptême de désir. Ce qui serait peut-être plus logique, et correspondrait au fait que Dieu a créé l'homme pour le louer et le servir, car dans ce cas comment ne pas penser qu'il aurait créer des âmes qui n'auraient jamais eu la possibilité de le louer et le servir.
images/icones/neutre.gif  ( 736868 )A condition par Meneau (2013-11-04 19:25:35) 
[en réponse à 736837]

de ne mettre aucune vérité de foi au rencard, en particulier, outre celles déjà citées :
- la gratuité de la grâce divine (Dieu n'est tenu à rien)
- la nécessaire coopération humaine à cette grâce.

On peut effectivement imaginer cette grâce spéciale, la coopération étant assurée comme l'écrit Réginald "in vote ecclesiae".

Mais dans ce cas, n'y a-t-il pas une autre injustice contre les adultes cette fois : le désir du baptême, formé pour tous par l'Eglise, suppléerai à la collation du sacrement pour un enfant, mais pas pour un adulte mort sans baptême et qui ne désire pas ce baptême ?

Pas simple. Question disputée.

Cordialement
Meneau
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 736892 )Ce qui semble logique par Vincent F (2013-11-04 23:21:42) 
[en réponse à 736837]

Cher Ritter, je vous rejoins lorsque vous dites que ce serait plus logique. Mais Dieu est-il soumis à notre logique.

Car mes pensées ne sont pas vos pensées et mes chemins ne sont pas vos chemins déclare le Seigneur. (Isaïe 55:8)



Seule la Révélation pourrait nous dire avec certitude ce qu'il advient de ces âmes. Peut-être Dieu n'a-t-il pas jugé bon que nous ayons une réponse définitive à ce sujet.
Il me semble que la connaissance du sort de ces âmes ne change rien à ce sort ni à notre salut et que prier pour ces âmes est plus utile que de savoir si elles vont dans les limbes.