
( 736086 )
Les deux discours conflictuels de Rome. par Johanis (2013-10-27 22:09:11)
Un article intéressant d'Isabelle de Gaulmin, à propos de ce qui semble un grand écart entre ce qu'a dit le pape et le texte du Mgr Müller sur les divorcés-remariés :
http://religion-gaulmyn.blogs.la-croix.com/quand-rome-hesite-entre-pastorale-et-magistere/2013/10/24/
Car elle souligne le problème créé par le contexte hyper médiatique. Selon elle le premier et plus proche pasteur de la plupart des personnes est le pape; et elle a peut-être bien raison. Mais une approche pastorale des personnes loin du Christ et de l'Eglise,qui doit prendre en compte le point où en est la personne, le (petit) éclairage qu'on peut espérer lui apporter est-elle dans la possibilité du pape qui doit rester "norme" d'une doctrine intégralement professée, et dont la proximité avec les individus reste artificielle car virtuelle ?
Le pape a souligné le problème du contexte c'est-à-dire de la prise en compte de la ou des personnes à qui on s'adresse; or dans la mesure où les paroles du pape sont répercutées par les media chacun les prend comme s'adressant à lui, les interlocuteurs ne sont pas triés. Si un échange avec un journaliste est publié dans un grand journal et même par les organes de presse du Vatican on ne peut plus dire qu'ils s'adressent à ce journaliste, qui se trouve dans un état d'esprit très éloigné de la foi dont il faut tenir compte.
En outre l'approche pastorale ne doit pas sembler contredire l'approche enseignante.
Dernière remarque : le pape a donné un plein accord à la publicaation du texte de Mgr Müller dont le contenu semble si loin des orientations qu'il exprime par ailleurs ; la journaliste écrit :
"
contradictions
Ainsi, lorsque le préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi explique qu’avec ce qui est « objectivement un faux appel à la miséricorde, on court de plus le risque d’une banalisation de l’image de Dieu, selon laquelle Dieu ne pourrait rien faire d’autre que pardonner ». Ou encore lorsqu’il oppose la conscience des fidèles à l’obéissance au magistère, on peut trouver une certaine contradiction avec les propos du pape, sur ce sujet, dans un entretien avec l’éditorialiste italien Eugenio Scalfari."
Assurément "Rome", et le pape François en premier lieu ne pourra pas rester dans une situation en réalité intenable, et à mon avis va devoir se rendre compte que sa parole doit rester magistérielle.

( 736092 )
Deux précisions sur la miséricorde et les points non négociables. par Scrutator Sapientiæ (2013-10-28 08:27:11)
[en réponse à 736086]
Bonjour et merci, Johanis.
1. D'une part, les oeuvres de miséricorde ne se limitent pas aux oeuvre de miséricorde corporelle, et comportent aussi les oeuvres de miséricorde spirituelle, parmi lesquelles on trouve celle-ci :
" 1. Conseiller ceux qui doutent.
2. Enseigner ceux qui sont ignorants.
3. Réprimander les pécheurs. "
2. D'autre part, non seulement il y a des points non négociables dans le domaine de la morale chrétienne, mais en plus il y a des points non négociables dans la Foi catholique, en l'occurrence, dans le Credo.
3. J'ai l'impression que, dans l'esprit de beaucoup,
- les oeuvres de miséricorde spirituelle que je viens de rappeler sont devenues facultatives,
et
- que les points non négociables, dans le domaine de la Foi, sont devenus escamotables.
4. Et j'ai l'impression que certains catholiques ont la conviction d'être
- d'autant plus "charitables" qu'ils ne pratiquent pas les oeuvres de miséricorde spirituelle dont il est question,
- d'autant plus "adultes" dans "leur foi" qu'ils ont une relation relâchée au Credo, qui est l'expression du contenu de la Foi.
5. J'ai connu des laics et des prêtres qui étaient comme cela, tellement "ouverts" qu'ils n'étaient plus ouverts sur ces oeuvres de miséricorde spirituelle, tellement "tolérants" qu'ils ne toléraient plus une partie du contenu du Credo.
6. Ce qui m'intéresse le plus,
- ce n'est pas que les récents propos de Mgr Muller soient en contradiction plus que latente avec les moins récents propos du Pape, qu'il semble avoir tenus devant le jourlaliste italien "Irenismo SPARADRAP", ce qui ne veut pas dire que cet aspect là m'indiffère,
- c'est que Mgr Muller ait eu le courage et la franchise de tenir ces propos, qui sont valables en ce qui concerne les divorcés - remariés, mais dont la validité va bien au-delà, puisqu'ils portent sur la falsification contemporaine
- de la miséricorde chrétienne, hémiplégique, si elle ne comporte pas ces oeuvres de miséricorde spirituelle,
- de la relation entre la conscience des fidèles et l'autorité du Magistère, dans les domaines de la Foi et des moeurs.
Bonne journée et à bientôt.
Scrutator.

( 736093 )
miséricorde spirituelle en conflit avec la foi ? par jejomau (2013-10-28 08:34:03)
[en réponse à 736092]
Quand vous dites :
3. J'ai l'impression que, dans l'esprit de beaucoup,
- les oeuvres de miséricorde spirituelle que je viens de rappeler sont devenues facultatives,
et
- que les points non négociables, dans le domaine de la Foi, sont devenus escamotables.
Je dirai plutôt et surtout qu'on est parvenu - avec le Concile essentiellement - à faire croire que "
dans l'esprit de beaucoup , les œuvres de miséricorde spirituelle sont là essentiellement pour escamoter les points non-négociables dans le domaine de la Foi."
Dans cette "nouvelle" religion donc, on inculque aux gens une nouvelle définition de la "miséricorde" qui va consister à redéfinir la Justice divine....

( 736111 )
Une miséricorde pour conduire à l'autre par Johanis (2013-10-28 12:32:13)
[en réponse à 736092]
Le Christ est allé jusqu'à interdire qu'on annonce la vérité le concernant; il interdisait qu'on annonce qu'il était le messie; quand à son mystère de filiation divine, la vérité la plus importante, il n'en parlait que de façon voilée dans ses prédications publiques; pourtant assurément pour lui c'étaient des points "non négociables" et "non escamotables". Pour lui encore la miséricorde qu'il était venue apporter c'était la miséricorde intégrale, le salut éternel, et la misère fondamentale était le péché; pourtant le nombre de fois où il est allé au devant d'une misère spirituelle est bien moindre que le nombre de fois où il a a guéri des malades. A travers ces guérisons physiques pourtant il voulait conduire à la guérison spirituelle (mais combien a-t-il réussi à conduire jusque là?).
Si proclamer la vérité et y faire accéder les hommes était la même chose, il n'y aurait qu'un seul registre de parole et de geste dans l'Eglise. L'Eglise comme le Christ ne confond pas proclamer la Vérité et y conduire les hommes.
Je vois au moins trois registres de paroles pour l'Eglise :
- lorsqu'elle s'adresse à ceux qui croient au Christ et qu'elle est gardienne de la foi
- lorsqu'elle s'adresse à des incroyants pour remplir sa mission d'évangélisation ; alors elle doit entrer en communication avec eux et chercher à ouvrir leur âme en les rejoignant dans leurs plus grandes préoccupations pour les conduire plus loin.
- lorsqu'elle témoigne de la vérité sur l'homme accessible à sa raison et à sa conscience (les deux pourtant étant obscurcies).
La tentation de beaucoup de "tradis" est d'ignorer qu'il y a un registre de l'évangélisation des incroyants où la marge est grande entre annoncer la vérité intégrale et y conduire, et que si l'Eglise n'a pas souci de conduire les hommes vers la Vérité en entrant en communication avec eux là où ils en sont elle trahit sa mission. Il y a une loi de progressivité dans le cheminement vers la foi, car les illuminations fulgurantes existent mais ne sont pas le cas courant. Ce n'est pas une trahison de la vérité de ne pas mettre d'abord en avant ce qui est subjectivement plus difficile à accepter (la position de l'Eglise sur le divorce par exemple), et qui s'il est mis en avant va créer un obstacle au cheminement. Ignorer cette loi de progressivité c'est manquer de miséricorde spirituelle, celle qui vise au salut des hommes. Parfois on doit dire une vérité qui brusque, d'autres fois on ne doit pas encore la dire.
Bien sûr à l'opposé beaucoup confondent entrer en communication avec les personnes dans leurs préoccupations et adopter leur vision très tronquée.
Mais s'adresser à tous, comme c'est le cas par les media publics, sur le registre de l'évangélisation des incroyants me semble une (grave) erreur ; car pour le coup cela blesse l'exigence de vérité à laquelle ont droit ceux qui peuvent la recevoir, et c'est présenter comme parole d'Eglise universelle ce qui doit rester parole d'un pasteur à une brebis particulière.
Cordialement,

( 736126 )
relire Mgr lefebvre sur ce qu'il pensait du Concile par jejomau (2013-10-28 13:33:31)
[en réponse à 736111]
sur ce
lien :
nous avons tâché d’atteindre, dans un même texte, des fins sinon opposées, du moins fort diverses ; notamment : mettre en lumière notre doctrine et extirper les erreurs, favoriser l’oecuménisme, manifester la vérité à tous les hommes. Nous sommes des pasteurs et, nous le savons bien, nous ne parlons pas le même langage à des théologiens et à des non-initiés ; et non plus de la même façon à des prêtres et à des laïcs. Comment donc définir notre doctrine de telle sorte qu’elle ne donne plus lieu aux erreurs d’aujourd’hui et, dans une même texte, rendre cette vérité intelligible à des gens non versés dans la science théologique ? Ou bien notre doctrine n’est pas présentée comme il se doit pour devenir intelligible à tout le monde ; ou bien cette doctrine est parfaitement bien exposée, mais la formule n’en est plus intelligible pour les non-initiés.
cette difficulté est accrue dans notre Concile, parce que, du fait des circonstances actuelles et du désir explicite du Souverain pontife, l’exigence de s’adresser directement à tout le monde paraît davantage que dans les Conciles précédents. Les moyens de communication sociale accroissent en nous, de jour en jour, le zèle pour la prédication de la vérité et le désir de l’unité.