Bonsoir à tous,
Cette semaine a été marquée, le 16 octobre, par le dixième anniversaire de la publication de l'exhortation apostolique post-synodale Pastores gregis, du Pape Jean-Paul II, sur "l'évêque, serviteur de l'Evangile de Jésus-Christ, pour l'Espérance du monde".
Voici :
Ici.
" Le cheminement spirituel de l'Évêque
13. Un Évêque ne peut s'estimer vraiment ministre de la communion et de l'espérance pour le peuple saint de Dieu que lorsqu'il chemine en présence du Seigneur. Il n'est pas possible, en effet, d'être au service des hommes sans être d'abord « serviteur de Dieu ». Et l'on ne peut être serviteur de Dieu si l'on n'est pas d'abord « homme de Dieu ». C'est pourquoi j'ai dit dans l'homélie d'ouverture du Synode : « Le Pasteur doit être un “homme de Dieu” ; sa vie et son ministère sont entièrement placés sous la seigneurie divine; ils tirent lumière et vigueur du mystère suréminent de Dieu ».52
En ce qui concerne l'Évêque, l'appel à la sainteté est inhérent à l'événement sacramentel même qui se trouve à l'origine de son ministère, à savoir son Ordination épiscopale. L'antique Eucologe de Sérapion formule en ces termes l'invocation rituelle de la consécration: « Dieu de vérité, fais de ton serviteur un Évêque vivant, un Évêque saint dans la succession des saints Apôtres ».53Toutefois, parce que l'Ordination épiscopale n'infuse pas la perfection des vertus, « l'Évêque est appelé à poursuivre son chemin de sanctification avec plus d'intensité, pour arriver à la hauteur du Christ, Homme parfait ».54
Le caractère christologique et trinitaire de son mystère et de son ministère exige pour l'Évêque un cheminement de sainteté, qui consiste à avancer progressivement vers une maturité spirituelle et apostolique toujours plus profonde, marquée par le primat de la charité pastorale. Un cheminement vécu bien sûr avec son peuple, dans un itinéraire qui est en même temps personnel et communautaire, comme la vie même de l'Église. Dans ce cheminement, cependant, l'Évêque, en intime communion avec le Christ et dans une docilité vigilante à l'Esprit, devient témoin, modèle, promoteur et animateur. C'est ainsi que s'exprime également la loi canonique : « L'Évêque diocésain, se souvenant qu'il est tenu par l'obligation de donner l'exemple de la sainteté dans la charité, l'humilité et la simplicité de vie, s'appliquera à promouvoir de toutes ses forces la sainteté des fidèles, selon la vocation propre à chacun, et comme il est le principal dispensateur des mystères de Dieu, il n'épargnera aucun effort pour que les fidèles dont il a la charge grandissent en grâce par la célébration sacramentelle, qu'ils connaissent le mystère pascal et en vivent ».55
Le cheminement spirituel de l'Évêque, comme celui de tout fidèle chrétien, s'enracine assurément dans la grâce sacramentelle du Baptême et de la Confirmation. Cette grâce l'unit à tous les fidèles, puisque, comme le rappelle le Concile Vatican II, « tous les fidèles, quel que soit leur état ou leur rang, sont appelés à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité ».56 L'affirmation bien connue de saint Augustin, riche de réalisme et de sagesse surnaturelle, prend tout son sens dans ce cas: « Ce que je suis pour vous me terrifie, mais ce que je suis avec vous me console : car pour vous je suis Évêque, avec vous je suis chrétien. Le premier titre est celui d'une charge, le second, d'une grâce. Celui-là désigne le péril, celui-ci, le salut ».57 Toutefois, grâce à la charité pastorale, la charge devient service et le danger se transforme en occasion de croissance et de maturation. Le ministère épiscopal n'est pas seulement une source de sainteté pour les autres, mais il est déjà un motif de sanctification pour celui qui laisse passer la charité de Dieu à travers son cœur et sa vie.
Les Pères synodaux ont résumé quelques exigences propres à ce cheminement. Ils ont tout d'abord rappelé le caractère baptismal et chrismal, qui depuis le début de l'existence chrétienne, au moyen des vertus théologales, rend capable de croire en Dieu, d'espérer en lui et de l'aimer. Pour sa part, l'Esprit Saint infuse ses dons, favorisant la croissance dans le bien à travers l'exercice des vertus morales, qui donnent aussi une consistance humaine à la vie spirituelle.58 En vertu du Baptême qu'il a reçu, l'Évêque participe, comme tout chrétien, à la spiritualité qui est enracinée dans l'incorporation au Christ et qui se manifeste dans la suite du Christ selon l'Évangile. C'est pourquoi il partage la vocation de tous les fidèles à la sainteté. Il doit donc cultiver une vie de prière et de foi profonde et mettre en Dieu toute sa confiance, en témoignant de l'Évangile dans une obéissance docile à ce que l'Esprit Saint lui suggère, et en réservant une dévotion particulière et filiale à la Vierge Marie, qui est maîtresse parfaite de vie spirituelle.59
La spiritualité de l'Évêque sera donc une spiritualité de communion, vécue en syntonie avec tous les autres baptisés, tous fils avec lui de l'unique Père du ciel et de l'unique Mère sur la terre, la sainte Église. Comme tous ceux qui croient au Christ, il a besoin d'entretenir sa vie spirituelle en se nourrissant de la parole vivante et efficace de l'Évangile, et du pain de vie de la sainte Eucharistie, nourriture de vie éternelle. À cause de la fragilité humaine, l'Évêque est lui aussi appelé à fréquenter à intervalles réguliers le sacrement de la Pénitence, afin d'obtenir le don de la miséricorde dont il est aussi devenu le ministre. Conscient, donc, de sa faiblesse humaine et de ses péchés, tout Évêque, en même temps que ses prêtres, vit avant tout pour lui-même le sacrement de la Réconciliation, comme une exigence profonde et comme une grâce toujours attendue de manière nouvelle, pour donner un élan renouvelé à son engagement de sanctification dans l'exercice du ministère. En agissant ainsi, il exprime visiblement aussi le mystère d'une Église qui est en elle-même sainte, mais également composée de pécheurs qui ont besoin d'être pardonnés.
Comme tous les prêtres, et bien sûr en communion spéciale avec les prêtres du presbytérium diocésain, l'Évêque s'emploiera à parcourir un chemin de spiritualité spécifique. En effet, il est appelé aussi à la sainteté à un nouveau titre qui découle de l'Ordre sacré. C'est pourquoi l'Évêque vit de foi, d'espérance et de charité en tant que ministre de la Parole du Seigneur, de la sanctification et du progrès spirituel du peuple de Dieu. Il doit être saint parce qu'il doit servir l'Église comme maître, sanctificateur et guide. Comme tel, il doit aussi aimer profondément et intensément l'Église. Tout Évêque est conformé au Christ pour aimer l'Église avec l'amour du Christ époux et pour être, dans l'Église, ministre de son unité, c'est-à-dire pour faire de l'Église « le peuple uni de l'unité du Père et du Fils et de l'Esprit Saint ».60
La spiritualité propre à l'Évêque, les Pères synodaux l'ont souligné de manière répétée, s'enrichit ultérieurement de l'apport de grâce inhérent à la plénitude du Sacerdoce qui lui est conférée au moment de l'Ordination. En tant que pasteur du troupeau et serviteur de l'Évangile de Jésus Christ dans l'espérance, l'Évêque doit refléter et faire transparaître pour ainsi dire en lui la personne même du Christ, Pasteur suprême. Dans le Pontifical romain, cet engagement est explicitement rappelé : « Recevez la mitre ; que brille en vous l'éclat de la sainteté, pour que vous puissiez recevoir l'impérissable couronne de gloire, lorsque paraîtra le chef des pasteurs ».61
C'est pourquoi l'Évêque a besoin constamment de la grâce de Dieu, qui fortifie et qui perfectionne sa nature humaine. Il peut affirmer avec l'Apôtre Paul : « Notre capacité vient de Dieu: c'est lui qui nous a rendus capables d'être les ministres d'une Alliance nouvelle » (2 Co 3, 5-6). Il faut donc le souligner : le ministère apostolique est pour l'Évêque une source de spiritualité, à laquelle il doit puiser les ressources spirituelles qui le font croître en sainteté et qui lui permettent de découvrir l'action de l'Esprit Saint dans le peuple de Dieu confié à sa sollicitude pastorale.62
Le cheminement spirituel de l'Évêque coïncide, dans cette perspective, avec la charité pastorale elle-même, qui à juste titre doit être considérée comme l'âme de son apostolat, comme elle l'est aussi de l'apostolat du prêtre et du diacre. Il s'agit en effet, non seulement d'une existentia, mais aussi d'une pro-existentia, c'est-à-dire d'une vie qui s'inspire du modèle suprême constitué par le Christ Seigneur et qui, par conséquent, se dépense totalement dans l'adoration du Père et dans le service des frères. À ce propos, le Concile Vatican II affirme très justement que les Pasteurs, à l'image du Christ, doivent accomplir avec sainteté et empressement, avec humilité et force, leur ministère, qui, « s'il est exercé de cette façon, sera aussi pour eux un moyen éminent de sanctification ».63Aucun Évêque ne peut ignorer que le sommet de la sainteté demeure le Christ Crucifié, dans son offrande suprême à son Père et à ses frères dans l'Esprit Saint. C'est pourquoi la configuration au Christ et la participation à ses souffrances (cf. 1P 4, 13) devient la voie royale de la sainteté de l'Évêque au milieu de son peuple.
Marie, Mère de l'espérance et maîtresse de vie spirituelle.
14. La présence maternelle de la Vierge Marie, Mater spei et spes nostra, comme l'invoque l'Église, sera aussi un soutien pour la vie spirituelle de l'Évêque. Celui-ci nourrira donc à l'égard de Marie une dévotion authentique et filiale, se sentant appelé à faire sien son fiat, à revivre et à actualiser chaque jour le geste de Jésus confiant Marie, debout au pied de la Croix, au Disciple et le Disciple bien-aimé à Marie (cf. Jn 19, 26-27). De la même manière, l'Évêque est appelé à se refléter dans la prière unanime et persévérante des disciples et des Apôtres du Fils avec sa Mère, avant la Pentecôte. Dans cette icône de l'Église naissante s'exprime le lien indissoluble qui unit Marie et les successeurs des Apôtres (cf. Ac 1, 14).
La sainte Mère de Dieu sera donc pour l'Évêque la maîtresse dans l'écoute et dans l'accomplissement empressé de la Parole de Dieu, dans le fait d'être disciple fidèle de l'unique Maître, dans la stabilité de la foi, dans l'espérance confiante et dans l'ardente charité. Comme Marie, « mémoire » de l'Incarnation du Verbe dans la première communauté chrétienne, l'Évêque sera le gardien et l'intermédiaire de la Tradition vivante de l'Église, dans la communion avec tous les autres Évêques, en union avec le Successeur de Pierre et sous son autorité.
La solide dévotion mariale de l'Évêque s'exprimera dans une référence constante à la Liturgie, où la Vierge a une présence particulière dans la célébration des mystères du salut et où elle est pour toute l'Église un modèle parfait d'écoute et de prière, d'offrande et de maternité spirituelle. C'est même la tâche de l'Évêque de faire en sorte que la Liturgie apparaisse toujours comme « “une forme exemplaire”, une source d'inspiration, un point de référence constant et un but ultime » 64pour la piété mariale du peuple de Dieu. Ce principe restant ferme, l'Évêque nourrira lui aussi sa piété mariale personnelle et communautaire par les pieux exercices approuvés et recommandés par l'Église, spécialement la récitation de ce résumé de l'Évangile qu'est le saint Rosaire. Ayant l'expérience de cette prière, toute centrée sur la contemplation des événements salvifiques de la vie du Christ, auxquels sa Mère fut étroitement associée, tout Évêque est invité à en être un promoteur actif.65
S'en remettre à la Parole
15. L'Assemblée du Synode des Évêques a indiqué quelques moyens nécessaires pour nourrir la vie spirituelle et la faire progresser.66 Parmi ces moyens, on trouve à la première place la lecture et la méditation de la Parole de Dieu. Tout Évêque devra toujours se confier et se sentir confié « à Dieu et à son message de grâce, qui a le pouvoir de construire l'édifice et de faire participer les hommes à l'héritage de ceux qui ont été sanctifiés » (Ac 20, 32). C'est pourquoi, avant d'être un transmetteur de la Parole, l'Évêque, avec ses prêtres et comme tout fidèle, bien plus comme l'Église elle-même,67doit être un auditeur de la Parole. Il doit être comme « à l'intérieur » de la Parole, pour se laisser garder et nourrir par elle, comme dans le sein maternel. Avec saint Ignace d'Antioche, l'Évêque redit : « Je me réfugie dans l'Évangile comme dans la chair de Jésus Christ ».68Tout Évêque se souviendra donc sans cesse pour lui-même de cet avertissement de saint Jérôme, repris par le Concile Vatican II : « L'ignorance des Écritures est, en effet, l'ignorance du Christ ».69En effet, il n'y a pas de primat de la sainteté sans écoute de la Parole de Dieu, qui est un guide et une nourriture de la sainteté.
S'en remettre à la Parole de Dieu et la garder, comme la Vierge Marie qui fut Virgo audiens,70 implique d'utiliser concrètement certains moyens que la tradition et l'expérience spirituelle de l'Église n'ont jamais manqué de suggérer. Il s'agit avant tout de la lecture personnelle fréquente ainsi que de l'étude attentive et assidue de la sainte Écriture. Un Évêque serait en vain prédicateur de la Parole à l'extérieur, s'il ne l'écoutait pas d'abord de l'intérieur.71 Sans le contact fréquent avec la sainte Écriture, un Évêque serait un ministre peu crédible de l'espérance, s'il est vrai, comme le rappelle saint Paul, que nous possédons « l'espérance grâce à la persévérance et au courage que donne l'Écriture » (Rm 15, 4). Ce qu'écrivait Origène est donc toujours valable : « Telles sont les deux activités du Pontife : apprendre de Dieu en lisant les Écritures et en les méditant très souvent, ou enseigner le peuple. Mais qu'il enseigne ce qu'il a appris de Dieu ».72
Le Synode a rappelé l'importance de la lectio et de la meditatio de la Parole de Dieu dans la vie des Pasteurs et dans leur ministère même au service de la communauté. Comme je l'ai écrit dans la lettre apostolique Novo millennio ineunte, « il est nécessaire que l'écoute de la Parole devienne une rencontre vitale, selon l'antique et toujours actuelle tradition de la lectio divina permettant de puiser dans le texte biblique la parole vivante qui interpelle, qui oriente, qui façonne l'existence ».73 Dans les moments de méditation et de lectio, le cœur qui a déjà accueilli la Parole s'ouvre à la contemplation de l'action de Dieu et, par conséquent, à la conversion au Seigneur de ses pensées et de sa vie, accompagnée de la requête suppliante du pardon et de la grâce de Dieu.
Se nourrir de l'Eucharistie
16. De même que le mystère pascal est au centre de la vie et de la mission du Bon Pasteur, de même aussi l'Eucharistie est au centre de la vie et de la mission de l'Évêque, comme de tout prêtre.
Par la célébration quotidienne de la sainte Messe, il s'offre lui-même avec le Christ. Quand cette célébration se tient dans la cathédrale ou dans les autres églises, spécialement paroissiales, avec le concours et la participation active des fidèles, l'Évêque apparaît aux yeux de tous comme ce qu'il est, c'est-à-dire comme le Sacerdos et Pontifex, car il agit dans la personne du Christ et dans la puissance de son Esprit, et comme le hiereus, le prêtre saint, destiné à célébrer les saints mystères de l'autel, celui qui annonce et qui explique par la prédication.74
L'amour de l'Évêque pour la sainte Eucharistie s'exprime aussi quand, au cours de la journée, il consacre une part assez importante de son temps à l'adoration du Saint-Sacrement. Là, l'Évêque ouvre son âme au Seigneur pour que, par la charité répandue sur la Croix, elle soit toute remplie par le grand Pasteur des brebis et conformée à lui, qui a livré son sang et donné sa vie pour elles. Vers Lui aussi il fait monter sa prière, continuant à intercéder pour les brebis qui lui ont été confiées. "
Bonne nuit à tous et à bientôt.
Scrutator.