Le Forum Catholique

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images/icones/fsspx.gif  ( 734058 )A propos de la future "canonisation" du pape Jean XXIII , abbé Simoulin par La Porte Latine (2013-10-06 11:07:58) 

A propos de la future "canonisation" du pape Jean XXIII - Une étude et une synthèse de M. l'abbé Michel Simoulin



[...]« Le pape bon a-t-il été un bon pape ? » se demandait en 1988 le cardinal Oddi, avant de répondre : oui, bien sûr! Toute révérence gardée, je me permets de n'être pas de cet avis. N'étant guère sentimental, un sourire perpétuel ne m'émeut pas, et je persiste à préférer cette charité qui sait sourire mais aussi gronder, à ce sourire conciliaire qui trahit l'ordre de la charité en se distribuant également aux docteurs de vérité et à ceux de l'erreur.[...]

- La "bonté" de Jean XXIII - Etude complète , par l'abbé Michel Simoulin - Mars-avril 2000
- "La bonté du pape Jean ?", par l'abbé Michel Simoulin - Fideliter juillet-août 2000
images/icones/info2.gif  ( 734069 )s'agit-il de cela ? par Luc Perrin (2013-10-06 15:29:04) 
[en réponse à 734058]

"Si l'Église conciliaire se doit de « confesser » les « péchés » des catholiques pour asseoir sa légitimité, comment l'Église catholique pourrait-elle pour sa part béatifier l'Église conciliaire?

Abbé Michel Simoulin, in Fideliter n° 136 de juillet-août 2000"


En d'autres termes, pourquoi faudrait-il à Fideliter et à la F.S.S.P.X - et ailleurs - tomber dans le joli piège de l'interprétation de cette béatification/canonisation, piège bien mis en scène par feu G. Alberigo ?

A-t-on symétriquement béatifié l'Église du Syllabus en 2000 en mettant le Bienheureux Pie IX sur les autels ?

Les vertus personnelles sont en cause et c'est bien ce qui gêne, ce qui me gêne, en dehors des martyrs, dans ces canonisations de papes à tout va. Gardons nous de leur conférer une valeur qu'elles n'ont pas : d'en faire une super-infaillibilité attribuée à chacun de leurs gestes et de leurs actes.


ps. réduire le pontificat de Jean XXIII (1958-1963) à deux textes et encore le dernier est-il sorti quelques semaines avant la mort du pape, très atteint par la maladie, me semble un peu léger M. l'abbé.
Au demeurant, il faut lire la Gaudet Mater Ecclesia dans sa totalité, c'est une auberge espagnole et on y trouve tout et son contraire, y compris un éloge de Trente et Vatican I (!!!) dont la précision est donnée en modèle à ... Vatican II.
Il est cependant exact que l'optimisme qui s'y exprime notamment à la fin est au choix complètement délirant ou "surnaturel". Quelques semaines après la crise des fusées de Cuba où le monde a été à un cheveu d'une 3è guerre mondiale nucléaire ...
Ce n'est pas sans inquiétude qu'on retrouve le même optimisme échevelé dans des phrases récentes du pape François.

Toutefois on ne saurait oublier que le pontificat de Jean XXIII, c'est aussi : l'encyclique sur le sacerdoce de 1959, ultra-traditionnelle et qui devrait être commentée dans les séminaires, l'arrêt total des prêtres ouvriers, la relance du latin Veterum sapientia (1962), saint Joseph au Canon (1962), une plus grande rigueur formelle dans la liturgie pontificale, le synode archi-tridentin du diocèse de Rome de 1960, une mise en garde sur Teilhard de Chardin (1962), la tentative en 1962 de contrer les tendances les plus "progressistes" du mouvement liturgique (mise de côté de Bugnini, nomination du cardinal Larraona futur membre du Coetus), l'encyclique Mater et Magistra dans la pure ligne de la doctrine sociale de l'Église ... sans oublier les schémas préparatoires à Vatican II tant prisés par la Minorité conciliaire et que le "bon pape Jean" trouvaient fort bons !
Incidemment, si les relations avec Mgr Lefebvre étaient parfois à fleuret moucheté, le pape Jean a donné son accord à sa postulation comme Supérieur général des Spiritains alors qu'au départ ce choix n'était pas prisé à Rome.

Le dossier "pontificat de Jean XXIII" - qui est distinct de la béatification - ne se résume pas à la vision développée par "l'École" de Bologne et en particulier par G. Alberigo. J'ai toujours contesté, et je ne suis pas le seul tant s'en faut, l'idée d'une "révolution Jean XXIII".
images/icones/fsspx.gif  ( 734081 )Aux origines du Concile Vatican II, par le cardinal Suenens par La Porte Latine (2013-10-06 17:45:32) 
[en réponse à 734069]

Véritable attitude de Jean XXIII dans la préparation du Concile et de ses schémas préparatoires, Cardinal Suenens - 1985

Texte lumineux quant à la duplicité du Bienheureux Pontife...

Mais peut-être que M. Luc Perrin n'a pas pris la peine de lire l'étude complète qui scrute bien plus que le Pape jean XXIII et le Concile, mais examine Giuseppe Roncalli avant et pendant le Concile.

Aux origines du Concile Vatican II, par S.E. le cardinal Suenens
images/icones/neutre.gif  ( 734128 )Intéressant par Aigle (2013-10-07 13:10:10) 
[en réponse à 734081]

Mais que peut on donc déduire de ce texte du cardinal Suenens ?

Outre un certain manque d'humilité de la part du prélat Belge, On peut se dire qu'il n'y a pas eu de révolution dans l'Eglise, les propos tenus dans l'aula ayant auparavant été concertés avec le pape dans le dos de la curie ? Bref les pères conciliaires ont exprimé les vœux du souverain pontife, mieux que ne pouvaient le faire les fonctionnaires curiaux n'est ce pas ?

Je crois d'ailleurs si certaines novations discutables ont été votées par les pères puis approuvées parle pape (Paul VI) c'est probablement parce que les pères croyaient que le pape y étaient favorable.

Conclusion : le concile Vatican II ne fut pas les états généraux et le bon pape Jean n'était pas un naïf ! Paul VI et lui ont tout tenu de bout en bout (même si lors et la dernière session s'est exprimée une vraie tendance ultra réformatrice indépendante du pape). C'est aussi ce qui sort des carnets du cardinal de Lubac.

Comme j'aurais souhaité pour ma part que le pape Benoit XVI ait le quart de la roublardise du "bon pape Jean" !roublardise manque d'élégance pour le vicaire du Christ : disons plutôt savoir faire ecclésiastique .
images/icones/rose.gif  ( 734172 )chère LPL cela ne retire rien à mon objection par Luc Perrin (2013-10-07 22:32:47) 
[en réponse à 734081]

quant au sens d'une béatification/canonisation.

On béatifie un Pontife pas son pontificat. Du moins depuis 2000 en est-il ainsi. Avec le pape François ...

Sur le témoignage du cardinal Suenens : le plan de réorganisation ad intra/ad extra adopté à la fin de la 1ère session figure dans tous les manuels. Vous me ferez la grâce de supposer que je n'ignore pas ce fait archi connu ... je ne vois pas d'ailleurs en quoi il infirme en quoi que ce soit l'évaluation contrastée et non univoque qu'on peut faire du pontificat roncallien.

Revenons au cardinal Suenens et à la prétendue "duplicité" de Jean XXIII. Testis unus, testis nullus comme chacun sait au demeurant.

Mais qui est le cardinal Suenens ? Le prélat de pointe de la majorité conciliaire, tellement en "pointe" que Paul VI dût le désavouer et le rabrouer publiquement avant de se réconcilier sur le tard avec lui.
Je ne prendrais donc pas pour argent comptant la lecture personnelle du Cardinal belge, lecture donnée après coup dans le contexte très tendu du Synode extraordinaire convoqué par Jean-Paul II (1985) et précédé du tonitruant Entretien sur la foi du cardinal Ratzinger (1984 en italien).

Témoignage pour témoignage, Mgr Elchinger, coadjuteur de Strasbourg plus en pointe encore que Suenens, donne un éclairage à l'opposé quand il rencontre le pape en 1962 peu avant l'ouverture du Concile.
On y voit un papa Giovanni satisfait et qui voit comme grande réforme liturgique : ... la suppression du dernier évangile !
L'abbé de Nantes en janvier 1962 voit dans Roncalli un nouveau Pie X etc.

Sur le machiavélisme prétendu dudit pape, sachons qu'en janvier 1963, lors de sa dernière lettre aux Pères conciliaires à l'occasion de l'Épiphanie, il dit son espérance que Vatican II pourra se clore avec les célébrations commémoratives de son très cher concile de Trente en décembre 1963 (cf. 1563). Je m'appuie là sur un document d'archive adressé à tous les Pères et par sur un récit bref 23 ans après.

Cela montre bien qu'en dépit du programme Suenens, malgré ce conseil de pilotage institué tardivement fin 1962, le pape Jean n'avait AUCUN plan préconçu d'aucune sorte, pas même une vraie conscience de l'enlisement considérable dans lequel était son concile à quelques mois de sa mort, mort qu'il pressentait proche la maladie le frappant depuis fin 1962.

On peut voir dans Jean XXIII un grand naïf sur le tard, un homme d'Église excessivement confiant, si je puis dire, dans l'action quotidienne du Saint Esprit - son optimisme ahurissant vient de là -, trop peu soucieux des moyens humains, un caractère volontiers taquin à l'égard de la Curie pacellienne qu'il a maintenue cependant.
Mais un Machiavel portant tiare que nenni.


ps. on se méfiera de même des apologies de Mgr Capovilla, grand thuriféraire du Pontife post-mortem et aussi sûr que Jean Guitton pour l'historien, comme des élucubrations d'un Peter Hebblethwaite.
Sur un point crucial, la question des prêtres-ouvriers, Mgr Roncalli était contre dès sa nonciature et il s'est prononcé contre en 1959, [Mgr Frossard faisait de lui la cheville ouvrière de la condamnation or il était en plein dans le monde de l'A.C.O. et a suivi ensuite étroitement le dossier jusqu'à la reprise après Vatican II] au grand dépit du cardinal Liénart et de quelques autres. Entre 1945 et 1952, le nonce Roncalli se plaisait à Solesmes en particulier et recevait volontiers le petit monde "intégriste" du temps. La Pensée catholique a été soutenue pour son démarrage par Rome, cela a été démontré par Paul Airiau.

Ce n'est pas par hasard que les historiens ont parlé du "mystère Jean XXIII" car l'homme ne se laisse pas mettre dans un seul tiroir, contrairement à ce qu'Alberigo a trop cherché à faire, pour s'en servir de levier contre l'herméneutique de réforme dans la continuité qu'esquissait cahin caha, non sans grands dérapages, Paul VI. Le "Concile de Jean XXIII", je crois que personne ne peut dire ce que le pape avait en tête et que lui-même en premier n'en avait pas d'idée précise.
Cette absence d'idée a été plus néfaste au final car elle a ouvert la période de flottement dont nous ne sommes pas vraiment sortis, malgré Paul VI - Jean-Paul II et Benoît XVI -, flottement sur lequel l'actuel pape semble vouloir "surfer".
images/icones/bravo.gif  ( 734224 )Excellent: ne pas tomber dans le piège de la pseudo-hagiographie progressiste par Athanase (2013-10-08 16:57:26) 
[en réponse à 734069]

Cher Luc,

Bravo pour cette réponse argumentée qui résume la complexité de la question "Jean XXIII". Oui, tout au long du pontificat, il existe de nombreux gestes "traditionnels".

On pourrait rajouter son encyclique sur le sacerdoce où Jean XXIII invoque... le Saint Curé d'Ars. On peut citer d'autres textes. Ils ne sont pas des moindres. Ils sont même nombreux. Que le pape Roncalli ait été naïf, cela ne fait pas l'ombre d'un doute; qu'il ait cru que la question des moyens était relative est également de nature

Et puis, comment ne pas oublier ce pssage de l'encyclique Mater et Magistra du 15 mai 1961 qui n'a pas vieilli; je ne peux m'empêcher de penser qu'il décrit aussi l'époque actuelle:

Léon XIII parla à une époque de transformations radicales, de contrastes accusés et d'âpres révoltes. Les ombres de ce temps-là nous font d'autant mieux apprécier la lumière qui émane de son enseignement.

Comme on le sait, la conception du monde économique alors la plus répandue et traduite le plus communément dans les faits était une conception naturaliste, qui nie tout lien entre morale et économie. Le motif unique de l'activité économique, affirmait-on, est l'intérêt individuel. La loi suprême qui règle les rapports entre les facteurs économiques est la libre concurrence illimitée. L'intérêt du capital, le prix des biens et services, le profit et le salaire sont exclusivement et automatiquement déterminés par les lois du marché. L'Etat doit s'abstenir de toute intervention dans le domaine économique. Les syndicats, suivant les pays, sont interdits, ou tolérés, ou considérés comme personnes juridiques de droit privé.