Pour comprendre l’étrange présence de certaines “installations” aux messages ésotériques dans nos sanctuaires, rien de plus indiqué que le dernier essai du graveur Aude de Kerros, Sacré Art contemporain : évêques, inspecteurs et commissaires (JC Godefroy, 2013). Elle y livre les clés historiques et idéologiques du nouvel “art sacré” contrôlé par l’État.
Christine Sourgins — Votre ouvrage montre que l’intervention de l’État dans le patrimoine de l’Église aboutit à un « art sacré d’État ».
Aude de Kerros — L’intervention de l’État date des lois de 1906 et 1907, quand les municipalités sont devenues propriétaires des églises construites avant cette date et donc responsables de leur restauration. Après les destructions des deux guerres, les commandes publiques de vitraux ont été nombreuses et ont introduit l’art « moderne » dans les églises. Des artistes modernes, abstraits ou figuratifs, croyants ou non, ont donné le meilleur d’eux-mêmes à cette tâche, en essayant d’être fidèles à l’esprit des lieux. Il y eut de grandes réussites.
Le changement de finalité intervient à partir de 1975. Des fonctionnaires de l’art prennent alors le parti de confier ces commandes à des artistes conceptuels, sans maîtrise des arts plastiques et les plus éloignés possible du christianisme. Leur idée directrice était que seulement ainsi on obtiendrait du nouveau, du jamais vu.
À ce moment-là commence l’histoire de « l’art sacré contemporain » qui va prendre une grande ampleur car les commandes publiques d’art sacré vont se multiplier à partir de 1982, grâce à l’intérêt exceptionnel du « support » pour consacrer l’Art dit Contemporain, « l’AC, » à l’accroissement du budget culturel et quelques autres enjeux.
Dans ce commerce entre les clergés de l’Église et de l’État il s’est opéré d’étranges symbioses et un transfert du sacré en faveur de l’État. On peut dire aujourd’hui qu’il existe un « Art sacré d’État ».
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Propos recueillis par
Christine Sourgins, auteur des
Mirages de l’art contemporain (La Table ronde).