Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 731405 )Islam et rationalité par Candidus (2013-09-11 13:03:23) 

Suite à différentes lectures concernant le binôme raison-Islam, je me suis efforcé d'écrire une synthèse qui reprend, je pense, le point principal que le pape Benoît XVI avait abordé dans son discours de Ratisbonne. Evidemment, je m'exprime d'une manière un peu irénique et je fais l'impasse sur des aspects très condamnables de l'Islam, mais ce texte s'efforce d'éviter la polémique afin de permettre une réflexion qui pourrait être l'amorce d'une conversion. S'il y a parmi les liseurs certains qui s'intéressent à cette question où qui possèdent une connaissance particulière de l'Islam, je serais heureux d'avoir leur commentaire.

L’Islam a connu dans ses débuts une longue querelle théologique dont l'issue a permis le développement d’une pensée largement dominante dans l’Islam contemporain et qui apparaît de plus en plus incompatible avec la modernité et sa forme politique, la démocratie.

A partir du VIIème siècle une école théologique dénommée Mu’tazila a promu dans les villes de Bagdad et Basra (Irak) une philosophie inspirée de la pensée grecque qui reconnaissait le rôle de la raison dans la détermination par l’homme du bien et du mal et identifiait Dieu à la rationalité et à la justice. Cette pensée a été développée et conduite à son apogée par le plus illustre des intellectuels musulmans, Averroès (1126-1198).

A partir du IXème siècle, un autre mouvement, l’école traditionaliste fidéiste ash’arite s’est opposée progressivement et victorieusement à la pensée hellénisante promue par l’école mu’tazilite. Les ash’arites concevaient Dieu comme pures volonté et omnipotence, non soumis à la rationalité ; ils affirmaient l’incompréhensibilité de Dieu et l’arbitrarité de ses actions.

La doctrine ash’arite nie l’intelligibilité du monde et l'existence d'une loi naturelle ; pour ses adeptes Dieu n'est pas le logos ; la raison n’est pas ce qui le définit, ce n’est qu’un de ses attributs et l’homme ne peut pas, au moyen de sa raison, appréhender ce qui est bien et ce qui est mal ; seul Dieu peut le déterminer d’une manière arbitraire et nous le révéler par son prophète. Cette conception explique que dans la pensée musulmane prévalente actuelle, ce qui est haram l’est parce que Dieu l'a révélé par la bouche de Mohamed, alors que dans la pensée musulmane mu’tazilite, Dieu n’interdit certaines choses que parce qu'elles sont mauvaises, c’est-à-dire contraire à la raison dont il est lui-même tributaire.

Le problème de l'Islam contemporain est que la majorité de ses intellectuels ont tourné le dos à la synthèse hellénisante initiée par les mu’tazilites et perfectionnée par Averroès que des musulmans accusèrent d’hérésie et dont ils brûlèrent les livres

Le triomphe dans l’Islam de la pensée ash’arite a eu pour effet de momifier et stériliser la pensée islamique en rendant difficile tout dialogue avec les non-croyants, les autres religions et toutes formes de modernité ; si le monde n’est intelligible que par et dans la Révélation divine faite à Mohamed et si le Bien et le Mal ne sont que l’expression de la volonté arbitraire de Dieu, sur quel terrain solide des musulmans pourraient-ils se retrouver avec des non musulmans ?

Par ailleurs, une telle doctrine entraîne nécessairement l’impossible distinction entre les pouvoirs civils et religieux. En effet, si une loi, une prescription, ne peut avoir de légitimité morale que parce qu’elle est divinement révélée, une loi civile qui se réclame uniquement de la raison a-t-elle un sens ?

Si le logos ne fait pas partie de l’essence divine mais n’est qu’un attribut de Dieu, si ce qui régit le monde n’est pas la raison mais seulement la volonté divine, alors le pouvoir politique ne peut que se fonder sur une théologie de l’arbitraire divin qui prône une pure soumission (sens du mot Islam) à un pouvoir théocratique.

Aujourd’hui plus que jamais, l’Islam doit réhabiliter la raison en renouant avec sa tradition mu’tazilite, fruit d’une synthèse entre foi musulmane et philosophie grecque. Une telle syntèse est possible, elle a été à l’origine de l’Age d’or islamique et a permis l'essor et la fécondité intellectuelle du christianisme et de l’Occident.
images/icones/fleche3.gif  ( 731425 )A première vue par Jean Ferrand (2013-09-11 16:43:08) 
[en réponse à 731405]

A première vue (a prima vista, diraient je crois les italiens) je ne suis pas entièrement d'accord avec votre analyse, bien qu'elle soit particulièrement éclairante sur le plan de la pensée musulmane et de son histoire.

Elle est si éclairante que je vais de ce pas l'imprimer et la conserver dans mes archives.

Mais vous laissez entendre que dans la doctrine Mu'tazila et par conséquent dans la pensée grecque (aristotélicienne) et par conséquent dans la pensée thomiste qui en est issue, Dieu serait soumis au Logos, par conséquent à la Raison, et c'est la Raison, plus que Dieu, qui créerait et gouvernerait le monde.

Pris à la lettre, c'est faux. Dieu est vraiment transcendant à toute chose, et par conséquent non soumis à personne, même pas à la raison.

C'est faux d'après l'aristotélisme bien compris. Dieu, pour le péripatéticien, est acte pur, être pur accompli éternellement en lui-même, sans référence à rien d'extérieur à lui.

Dieu est pensée de sa pensée, et en lui-même reflet de lui-même et de rien d'autre.

Dieu est lui-même le Logos, ou la Raison transcendante. Autrement dit le Logos et lui ne font qu'un car Dieu est en lui-même infiniment simple.

Dieu ne peut pas mentir, ni se contredire, car le mensonge et la contradiction sont en eux-mêmes des non-êtres. Or Dieu est l'Etre, l'Etre pur si l'on veut.

Le Logos un attribut de Dieu ? Oui, si l'on veut, de notre point de vue. Mais en réalité Dieu ne fait qu'un avec ses attributs par rapport à lui-même, car Dieu est simple, infiniment simple.

Vous savez que dans tout être, ontologiquement parlant, on peut distinguer l'essence et l'existence et même l'hypostase (ou sujet de l'être). Mais en réalité en Dieu, du point de vue rationnel ou philosophique, essence, existence, hypostase ne sont qu'une seule et même réalité, et cette réalité est Dieu. Même s'il en est un peu différement, vous le savez, théologiquement ou surnaturellement parlant.

Mais les musulmans ignorent la Trinité. En dialoguant avec eux sur un pied d'égalité, on ne peut faire état de la susdite Trinité.
images/icones/neutre.gif  ( 731445 )In principio erat verbum par Candidus (2013-09-11 18:51:23) 
[en réponse à 731425]

Merci pour votre réaction et vos commentaires. Evidemment, Dieu n'est pas soumis au logos, il EST le Logos.
images/icones/fleche2.gif  ( 731459 )Déjà par Jean Ferrand (2013-09-11 19:35:51) 
[en réponse à 731445]

Déja du simple point de vue rationnel, ou philosophique. Le Logos était une catégorie philosophique courante, dans la pensée grecque. Le fatum en latin, du vieux verbe fari, parler, racine indoeuropéenne bha, était son équivalent.

Le fatum, ou Logos était considéré comme supérieur aux dieux, et maître de leur destin. Une amorce vers le monothéisme, qui est dans le susbstrat de la pensée humaine.
images/icones/neutre.gif  ( 731515 )Un Dieu "soumis" à la rationalité ? par Candidus (2013-09-12 01:14:19) 
[en réponse à 731425]

Ce que j'entends par cette formule c'est que Dieu ne peut se contredire.

Dieu est Charité, Il est Logos.

Il ne peut donc pas ne pas être bon, comme Il ne peut pas ne pas être rationnel.

C'est en ce sens que j'utilise le verbe "soumettre" qui n'est effectivement pas très heureux.