Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 730603 )La façon de prêcher le Christianisme par AVV-VVK (2013-09-02 10:12:48) 

était-elle autrefois impeccable? Ce que je trouve dans une étude imprimée en 1940: "On a trop souligné l' élément négatif, l' angoisse pour le péché [dans une note en bas de la page : "Et encore surtout pour un péché spécial"], avec comme motif prépondérant, l'angoisse pour l'enfer, tandis que l' élément positif, la pratique des vertus, avant tout celle de l'Amour, comme objectif de l'homme, n'est que négligé de trop."
P.S. L'original a été écrit en néerlandais.
images/icones/fleche3.gif  ( 730608 )est-elle aujourd'hui impeccable ? par jejomau (2013-09-02 10:55:36) 
[en réponse à 730603]

En réalité je me suis posé cette question hier : "pourquoi le Concile Vatican II avec sa nouvelle messe fut-il en grande partie un échec ? "

Il y a un élèment qui me parait intéressant de souligner. C'est que parallèlement - ou conjointement - à l'instauration de la nouvelle messe (et nous touchons là à l'évangélisation, sujet que vous abordez) nous avons l'instauration d'une nouvelle discipline dans l'Eglise. Or ceci n'était pas obligatoire. Par exemple, AVANT , on mangeait du poisson tous les vendredis : APRES ce ne fut que le vendredi Saint. Autre exemple : AVANT, le jeûne du carême était rigoureux, APRES c'est devenu ... comment dire... très accessoire !

D'ailleurs, c'est Jean-Paul II qui aborde cela pour la première fois en recommandant de pratiquer le jeûne de la télévision par exemple pendant le temps du carême.

Il insiste donc sur la nécessité d'une discipline.

Je pense que l'abandon de toute discipline, de toute ... croix dans notre vie de chrétiens a tué dans l'œuf mieux que le problème liturgique l'évangélisation avec la nouvelle messe . Mais d'ailleurs on pourrait souligner que la messe dite "en latin" porte en soi une exigence par sa rigueur, l'emploi du latin qu'il faut étudier , une discipline qui pousse l'homme qui participe à cette messe au respect envers Dieu et à le mettre à son écoute avec plus de générosité.

Votre remarque concernant LA FACON DE VOIR Dieu, et d'EXPRIMER ensuite dans notre vie montre surtout que l'homme PAR NATURE a BESOIN d'être encadré comme il a besoin qu'on lui "fasse peur" en lui montrant ce qui pourrait l'attendre s'il ne correspond pas aux désirs de Dieu. En revanche, abandonner cette exigence impliquera SYSTEMATIQUEMENT chez la créature humaine un relâchement des mœurs et de la Foi jusqu'à l'étiolement complet je le crains.

Dans le premier cas : on prend en compte le fait que l'homme est soumis au péché originel et qu'il a besoin d'être repris en main. Dans le deuxième cas, on édulcore - voire on élimine - le dogme du péché originel et l'on pense qu'il se redressera par lui-même .

Le Concile Vatican II peut-il être appliqué avec une discipline aussi rigoureuse qu'elle l'était autrefois (pendant deux millénaires quand même): c'est-à-dire avec la certitude que l'homme soumis au péché originel a besoin de la crainte pour éviter qu'il ne se relâche ? Et ceci parce qu'il faut tenir compte de la nature humaine ?
images/icones/neutre.gif  ( 730619 )en effet par Aigle (2013-09-02 13:47:50) 
[en réponse à 730608]

je suis assez sensible à ce que vous écrivez jejomeau.

Je crois en effet qu'il y a eu un Concile (dont les textes et l'esprit furent en fait globalement peu contestables) et un para concile qui reflétait les aspirations d'une bonne partie de ceux qui ont préparé et commenté les textes votés. Et ces gens étaient sincèrement désireux de rajeunir l'Eglise afin de conduire tous les hommes à la Foi et de là à la vie éternelle. Ils le croyaient sincèrement mais en étant imprégnés des stéréotypes négatifs qui régnaient sur l'Eglise et le clergé dans la première moitié du XXè siècle.

Ces stéréotypes portaient sur le fond : une doctrine trop négative, reposant sur la peur, lisez jean Delumeau dans les années 1960, voire sur la superstition, trop politisée, éloignée des préoccupations quotidiennes des contemporains, etc ...

Et sur la forme : une liturgie archaïque et insultante pour les pauvres, des rites magiques, etc...

Bref l'Eglise était un peu regardée comme la monarchie britannique : beaucoup de faste et peu de contenu. La vraie question est de savoir si cette caricature était vraie. Sans doute y'a t-il un peu de vrai. Mais ce vrai était souvent ressenti par des anticléricaux ou des anticatholiques. Les fidèles catholiques savaient souvent que la gloire de la liturgie n'était pas opposée à l'humilité, à la pauvreté et à la sainteté du prêtre ou de l'évêque qui la célébrait.Le recours en latin pour les sacrements n'excluait pas la clarté pédagogique du catéchisme. Et l'Evangile parle de la porte étroite, du petit nombre de sauvés et de la réalité de l' Enfer.

Renoncer à ce discours sous prétexte de ne pas faire preuve de dureté ou de superstition est absurde car cela vient à vider l'existence humaine de sa dimension douloureuse (issue du péché originel) et à faire du sacrifice du Fils de Dieu un geste difficile à expliquer. Si rien n'a d'importance et que Dieu pardonne toujours tout, pourquoi un tel sacrifice ?
images/icones/coeurbrise.gif  ( 731090 )Scrutator Sapientiae, svp développez sur ces "mitigés" en doctrine et en pratique par Presbu (2013-09-07 19:33:13) 
[en réponse à 730603]

Déjà à la fin du XIV° siècle, beaucoup de congrégations et d'ordres contemplatifs (clarisses, carmélites, cisterciens, etc) étaient malades d'adoucissements, ouvertures au monde et avachissements divers, contre lesquels il a fallu les difficiles efforts des Ste Colette, Thérèse d'Avila, et aliae, comme ceux de leurs parallèles masculins: St Jean de la Croix, l'abbé de Rancé et alii.
Depuis Vatican II, pas beaucoup de soutien romain à des Franciscains du Bronx (déchaussés) ou de l'Immaculée, car la doctrine et la pastorale dominantes sont toujours pour les "mitigés", même si les excès de Boquen sont terminés! Peut-être un léger mieux s'annoncera-t-il avec le Pape François? Que vont en faire les jésuites?
images/icones/fleche2.gif  ( 731242 )On a perdu le sens du Mystère et de la Parole. par Scrutator Sapientiæ (2013-09-10 07:43:41) 
[en réponse à 731090]

Bonjour à tous les quatre, et aux autres liseurs aussi, bien sûr.

1. Tout ce que vous écrivez est fort juste : beaucoup ont perdu

- le sens chrétien de la crainte et de la sagesse, alors que l'une et l'autre sont deux des sept dons du Saint Esprit,

- le respect et le souci de la part d'austérité, d'autorité, de la dépendance, vis-à-vis de Dieu, et de la discipline, inspirée par Dieu, qui sont inhérentes à la vie chrétienne.

2. Or, il n'y a pas de vie chrétienne un tant soit peu solide et valide

- sans une part de crainte de Dieu, et une part de sagesse en Dieu,

- sans une part d'acceptation, voire d'approbation, de l'austérité et de l'autorité, de la dépendance et de la discipline.

3. Encore faut-il que ces notions soient bien comprises, et que ces réalités soient bien vécues : "autant que"..."pas plus que", suis-je tenté d'écrire, mais la tentation de minimiser le bien-fondé théorique et pratique de ces notions et de ces réalités sera toujours plus présente, au sens de : plus courante, plus fréquente, que la tentation de survaloriser leur légitimité.

4. On a entendu être plus accueillant et plus indulgent, moins exigeant et moins objectant, plus dialoguant et moins confessant, on a ouvert l'Eglise sur presque tout et sur presque tous, mais bien peu y sont entrés, et beaucoup en sont sortis : tels sont les moyens, d'ordre anthropologique et axiologique, mais aussi d'ordre programmatique et psychologique, par lesquels, à mon avis, depuis, au moins 1945, les hommes d'Eglise, dans leur majorité, ont pratiqué la confusion entre christianisme catholique et irénisme systémique, ou la soumission de celui-là à celui-ci.

5. Je voudrais par ailleurs, bien que je ne sois évidemment pas toujours à la hauteur des remarques qui suivent, évoquer deux aspects ou enjeux complémentaires, je dirais même les deux aspects ou enjeux les plus fondamentaux : la perte du sens du Mystère de Dieu, et la perte du sens de la Parole de Dieu.

6. Je vais essayer de m'exprimer comme un observateur, et non comme un imprécateur :

- bon nombre de catholiques n'ont jamais eu et n'auront jamais en eux une exigence intérieure, "spirituelle", de respect et de souci de l'appropriation et de la communication du sens du Mystère de Dieu, en général, des mystères inspirés ou institués par Dieu, en particulier, et ce n'est certes pas le gaudium-et-spisme qui leur donnera l'envie, l'idée, l'intention ou l'occasion de s'ouvrir, d'une manière durable, féconde, profonde, sur cette exigence intérieure d'ouverture de l'âme sur le sens du Mystère de Dieu et sur le sens des mystères de Dieu.

- bon nombre de catholiques n'ont jamais eu et n'auront jamais en eux une exigence intérieure, "doctrinale", de respect et de souci de l'appropriation et de la communication du sens de la Parole de Dieu, en général, des paroles exprimées ou inspirées par Dieu, en particulier, et ce n'est certes pas une exégèse excessivement analytique, herméneutisante et historicisante, qui leur donnera le désir et les moyens de s'ouvrir, d'une manière éclairante, instructive, sur cette exigence intérieure d'ouverture de l'esprit sur le sens de la Parole de Dieu et sur le sens des paroles de Dieu.

7. Je prends ici appui sur une phrase de DV : " Que l’étude de la Sainte Écriture soit donc pour la théologie sacrée comme son âme. "

8. Pourquoi pas ? Mais cette étude n'est-elle pas trop souvent menée au moyens de méthodes de découpage et de décryptage qui doivent bien plus à telle ou telle philosophie contemporaine non chrétienne, voire post-chrétienne, qu'à des des méthode d'analyse et d'exégèse beaucoup plus respectueuses de l'Ecriture elle-même, mais aussi de la Tradition et du Magistère ?

9. Il fut un temps, on parlait fréquemment de l'inerrance de l'Ecriture et d'une Eglise qui, sous certaines conditions et dans certains domaines, était infaillible ; aujourd'hui, dans l'esprit de beaucoup, c'est avant tout la conscience humaine qui est presque inerrante, et c'est avant tout la personne humaine qui est quasiment infaillible, en morale comme en religion.

10. La vérité oblige à dire que si l'homme est capable de Dieu, il est aussi faillible en ce monde ; c'est pourquoi il a besoin de repères, je n'ai pas dit de repaires, qui l'encadrent et l'orientent pour son bien,

- en direction de sa dignité et de sa liberté bien comprises, donc ordonnées, en définitive et en plénitude, au seul vrai Dieu,

et non

- en direction de la conception dominante, selon laquelle tout ce qui est un tant soit peu contraignant ou directif, dans le domaine de la Foi comme en matière de moeurs,

- est potentiellement aliénant, et doit donc être présenté comme si c'était facultatif,

- est potentiellement liberticide, et doit donc être proposé d'une manière non prescriptrice.

11. Le monde actuel, privé, y compris à cause de silences d'hommes d'Eglise, de la possibilité de connaître et de reconnaître Dieu, Père, Fils, Esprit, EN TANT QUE SEUL VRAI DIEU, se rend malade ; il a pourtant besoin du seul vrai médecin, Jésus-Christ, dont la présence, dans les coeurs et dans les moeurs, est absolument indispensable à sa guérison, qui passe par sa conversion.

12. Eh bien, suis-je tenté de dire,

- comment voulez-vous que les coeurs et les moeurs malades s'ouvrent sur le seul vrai médecin, Jésus-Christ, s'ils ne s'ouvrent pas sur le Mystère et les mystères, la Parole et les paroles, qui proviennent du seul vrai Dieu ?

- comment voulez-vous qu'ils soient exhortés à le faire, qu'ils aient l'occasion de le faire, si des hommes d'Eglise leur laissent entendre que les croyants non chrétiens, eux aussi, ont accès à d'autres mystères, à d'autres paroles, qui proviennent différemment, mais également, de "Dieu", et qui contribuent, d'une autre manière, mais sur les mêmes matières (le croire, l'agir), à leur guérison ?

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/croix.gif  ( 731244 )Merci par Aigle (2013-09-10 08:16:16) 
[en réponse à 731242]

Merci cher Scrutator de cette synthèse lumineuse.

J.ai toujours été étonné que certains clercs croient (ou aient longtemps cru) qu'en affadissant le message on allait conserver les fidèles et en attirer d'autres. Pourquoi se convertir à une Foi sans exigence ? Pourquoi le Christ aurait Il donné Sa vie s'Il ne prêchait qu'une religion vague, "sympa" et minimaliste ?