Le Forum Catholique

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images/icones/ancre2.gif  ( 726604 )Reprendre une tradition interrompue, c'est quoi pour vous ? par Philippe F. (2013-07-15 11:24:56) 

Au large de La Rochelle, une association de laïcs attachés à la tradition catholique, association que j'ai l'honneur de présider, rétablit depuis l'année dernière une ancienne tradition maritime et religieuse, "la bénédiction de la mer, des péris en mer et des bateaux" le 15 août qui avait été supprimée dans le passé.

J'aimerais avec votre aide "conceptualiser" un peu plus notre démarche. "Reprendre une tradition interrompue pour la faire revivre", c'est quoi pour vous ?

Philosophes du Forum, pouvez-vous m'aider s'il vous plait ?
images/icones/ancre2.gif  ( 726699 )Racines par Paterculus (2013-07-16 15:48:55) 
[en réponse à 726604]

C'est une belle tradition que la fraternité Saint Pie X a remise à l'honneur à La Rochelle.

Relever une tradition interrompue, c'est revenir à ses racines. Ou adopter les valeurs des racines d'un groupe.

La comparaison qui m'est venue à l'esprit en lisant votre question est celle des jeux olympiques. Ils avaient disparu depuis près de deux millénaires. Et puis on s'est rendu compte que les idéaux qui y avaient présidé - de concurrence pacifique entre cités souvent rivales mais voulant affirmer que ce qui les unit est plus fort que ce qui les divise - devaient être remis à l'honneur mais en les appliquant à l'humanité entière.
Cet exemple montre d'ailleurs que cette remise à l'honneur de valeurs du passé peut s'accompagner d'une adaptation qui tient compte des évolutions intervenues entre-temps.
Et là, on ne peut nier l'influence du christianisme qui, par son message universel, a fait prendre conscience de l'unité du genre humain.

Pour votre démarche, je vois donc trois urgences :
- voir les valeurs pérennes de cette tradition,
- voir ce qui a conduit à son abandon,
- voir ce qui a évolué depuis et qui peut conduire à des adaptations et des améliorations.

C'est un peu bref, mais j'espère en amorçant la discussion amener d'autres liseurs à intervenir sur ce sujet intéressant.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 726705 )Autres points par Glycéra (2013-07-16 17:26:11) 
[en réponse à 726699]



Sieur Paterculus a développé les racines...


J'y vois cette révélation de notre sens :
Qu'est-ce que notre vie ?
Quand nous circulons dans le verger de Dieu, c'est à dire quand nous parcourons la vie sur terre, nous voyons les branches, pas les racines.
A quoi sert de regarder les branches ? A se souvenir que nous ne voyons de la création que la part visible, celle que Dieu nous propose à voir.
La regarder, la lire, c'est prendre notre leçon : lire le visible, c'est savoir accéder à l'invisible que nous ne devinerions même pas autrement.
La création est cela : notre livre de lecture.

Qui regarde les branches peut aussi accéder à l'existence dès racines.
Pas besoin de déterre un baobab pour comprendre ce que l'invisible veut dire : tirer un brin d'herbe ou un buisson qui sort de terre, et lire le sens des racines, donne l'évidence (ex-videre, la vision qui en sort) de la vie entière du baobab.

Voici pourquoi les racines sont nourrissantes : elles pompent dans l'invisible des profondeurs, là où le fond trouve le ciel et la raison d'être de la terre.



Autres points ?

Les traditions remises en vie ?

- Pédagogie de transmission : faire accomplir des gestes justes et riches de sens, les donner en relais aux cours des générations, protéger les trésors reçus, et les développer au gré des moments propices. C'est imiter Dieu et sa pédagogie avec son peuple. C'est ainsi que les apôtres ont pu recevoir et enraciner les paroles des Anciens, en les éclairant des présentations et des rapprochements faits par Jésus.


- Fruit de l'incarnation : Familles qui se reconnaîtront au Ciel, retrouvailles des proches, de ceux qui sont en proximité d'habitudes, de gestes, de spiritualité.
Cela participe de l'Incarnation. Nous "sommes" un corps, dont nous décrocherons les attaches pourrissables pour trouver le corps éternel qui est le nôtre. On n'a pas un corps, on est un corps, et les traditions le construisent.
La boucle est là, la transmission est nourriture et fruit à la fois.


- Fidélité = gratitude et admiration de ce qui a été conçu, travaillé, reçu et développé par les autres. Une tradition de procession ou de geste, même la forme de notre signe de croix, ou la manière familiale de célébrer la vie du clan, est un geste de remerciement, un symbole, une manière de savourer les dons que Dieu nous a légués pour vivre.



- Ancrage dans une relation, conscience des liens qui entraînent ou qui soutiennent nos âmes fragiles et généreuses à la fois. Nous sommes individués... mais non séparés. Même Dieu est relation intime et intérieure dans sa Trinité. Les manières communes sont cela, et sans relations consciemment vécues, pas de développement des âmes, pas de sauvetage hors des océans de boue terrestre, pas de salut pour chaque.



Je n'ai pas plus de temps pour chercher des exemples de traditions revivifiées...
J'espère que vous ne m'en voudrez pas.


J'ai juste repensé à la procession du Doudou de Mons, et au grand cortège du Car d'Or, avec la châsse de Ste Waudru. Cela vaut même le déplacement d'y participer.

J'ai été nourrie de procession de bénédiction de la mer là où je suis née, et cela donne force pour survivre aux poids des "tout le monde le fait" qu'on entend maintenant pour justifier les abandons de tout. A l'époque "tout le monde chantait" et "tout le village de port de pêche" était là aux bateaux pavoisés pour être bénis. Hélas, c'est abandonné...

Avec mes bonnes salutations
Glycéra



qui vous remercie de la question...
dont il serait si doux de trouver plus d'exemples sur le Forum au lieu des renvois de balles sans consistances !

images/icones/fleche2.gif  ( 726736 )Je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur exemple. par Scrutator Sapientiæ (2013-07-16 23:04:20) 
[en réponse à 726699]

Bonsoir Paterculus,

Je ne suis pas tout à fait sûr que l'exemple des Jeux Olympiques soit le meilleur exemple, en matière de "réactivation" ou de "réinstauration" d'une tradition, compte tenu de ce que sont devenus les Jeux Olympiques, au cours du XX° siècle.

Au cours du siècle dernier, ainsi qu'au début de ce siècle, ils ont en effet été soumis à bien des détournements de finalité, à bien des instrumentalisations, ou encore à bien des soumissions à des logiques, économiques ou diplomatiques, étatiques ou marchandes, fort éloignées de ce que l'on appelle "les valeurs de l'olympisme".

Cela n'est évidemment pas de votre faute, ni de la faute des spectateurs, ni même de la faute de la plupart des sportifs, mais c'est de la faute de tous ceux qui font faire ou qui laissent faire, que ce soit au sein ou autour des instances du CIO.

Je vous souhaite une bonne nuit et vous dis à bientôt.

Scrutator.
images/icones/1b.gif  ( 726740 )Je m'y attendais un peu... par Paterculus (2013-07-16 23:21:35) 
[en réponse à 726736]

... à ce qu'on critique l'exemple des J.O.

Mais il reste valable dans son esprit initial.


Et pour nous détendre, rappelez-vous le discours du président de la république aux J.O. d'Albertville.

Il s'avance à pas lents, un haut fonctionnaire court à toute vitesse pour mettre le micro à hauteur de sa petite taille, et arrivé sur place le président commence :

-Oh ! Ooh ! Oooh...

Le ministre de la culture bondit, se rapproche et lui chuchote à l'oreille :






- Lisez pas ça M'sieur l'Président, c'est l'logo des Jeux Olympiques !

VdP
images/icones/1a.gif  ( 726721 )Pour avoir d'autres avis ... par Glycéra (2013-07-16 20:50:03) 
[en réponse à 726604]


Sujet qui vaut vraiment la peine d'y penser ....

Comment savoir si une coutume, une tradition vaut d'être remise au jour, d'être ressuscitée ou si elle serait mal venue ?

Ou trouver des études ou des articles fondés ?
Qui a travaillé le sujet et nous servira de base ?
Si je citais RG, JB, FS, ou d'autres, je me ferais allumer vite fait... Alors, dans les autres auteurs ?

A vos réflexions !
Glycéra


qui désire sortir des vanités.... (sujets vains) et remonte le fil...
images/icones/fleche2.gif  ( 726748 )Quelques remarques, au passage. par Scrutator Sapientiæ (2013-07-17 00:03:59) 
[en réponse à 726721]

Bonsoir, Glycéra.

1. D'abord, apparemment, il ne faut pas confondre, ou il faut distinguer, entre coutume et tradition.

Coutume.

Tradition.

2. Ensuite, je trouve qu'il y a quelque chose qui est à la fois embarrassant et intéressant, dans votre formulation.

Je vous cite :

" Comment SAVOIR

- si une coutume, une tradition VAUT

a) d'être remise au jour,

b) d'être ressuscitée,

ou

- si elle serait MAL VENUE ? "

3. Je crois que la question de la tradition renvoie à la question de l'attribution d'un sens, et à celle de la distribution de ce sens, à l'intérieur d'une communauté, à travers les générations.

4. Ce qui fait tradition, c'est ce qui est à la fois récepteur et transmetteur d'une même "représentation significative", au sein d'un groupe humain, que ce soit pour les plus jeunes ou pour les plus âgés.

5. La question n'est peut-être donc pas avant tout de savoir si une tradition est mal venue, au sens de : incongrue, car elle peut très bien l'être pour les personnes situées à l'extérieur du groupe humain concerné, tout en conservant toute son importance et toute son influence, toute sa VALEUR, pour les personnes situées à l'intérieur.

6. La question est peut-être plutôt de savoir si la "représentation significative" dont il est question est encore appropriable, communicable, compréhensible, identifiable, pour les jeunes générations, au sein du groupe humain concerné.

7. La limite du rétablissement d'une tradition interrompue serait donc le fait que son rétablissement ne serait distributeur ou propagateur de sens que pour (vous me pardonnerez l'expression...) un "carré de fidèles", ou une "génération de nostalgiques", sans que ce rétablissement survive, par exemple, à la mort du dernier de ces "fidèles" ou de ces "nostalgiques".

8. Il me semble que c'est ce que certains auraient bien aimé voir, auraient bien voulu voir, en ce qui concerne le catholicisme traditionnel...

9. A contrario, je trouve très sain qu'une tradition soit jugée, non seulement attirante dans sa forme, mais aussi convaincante dans son fond, par les membres de jeunes générations ; à mon sens, mais je me trompe peut-être, l'un des critères d'appréciation du bien-fondé, ou, en tout cas, de la solidité, dans la durée et en profondeur, d'une tradition, réside vraiment dans son aptitude à (ré)générer une forme de solidarité significative inter-générationnelle.

10. Compte tenu du fait que nous sommes passés, à partir du début du XIX° siècle, d'une société "aristocratique", traditionnelle et rurale, à une société "démocratique", industrielle et urbaine, pour reprendre ici une terminologie d'inspiration tocquevilienne, j'ajouterai deux caractéristiques supplémentaires :

- une tradition porte en elle une part d'exigence, d'exigence de fidélité, reçue et transmise, le plus possible, par ceux qui la partagent et la propagent ;

- une tradition porte en elle une part d'exotisme, une apparence d'exotisme ou d'antiquité, du point de vue de ceux qui, pour diverses raisons, axiologiques, sociologiques, cognitives, culturelles, ne sont pas capables ou pas désireux d'aller "du phénomène au fondement", de la manifestation extérieure à la signification intérieure de la tradition concernée.

Bonne nuit et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/fleche3.gif  ( 726867 )Merci de l'approfondissement par Glycéra (2013-07-18 00:12:53) 
[en réponse à 726748]

Il me convient beaucoup, par :

- Etude du contenu de la transmission envisagée, sans ce fond, rien ne porte fruit.

- Dis-tribution et at-tribution mis en balance.

- Convenir à l'intérieur d'un groupe dont les membres se relient en communauté à d'autres. Vérification de la perception par l'extérieur du groupe.


Toutes ces richesses qui mettent un parallèle évident, une analogie vivante entre Tradition et Symbole. Les deux étant doubles : ce sont des respirations, donc des représentations de ce qui vit :
Tradition = contenants/contenu (=tenir en commun)
et Symbole = signifiant/signifié (signe, signature)

L'un ne peut vivre sans l'autre.
Ni mourir sans l'autre, ou l'entraîner dans la mort.


Je maintiens que ce sujet vaut d'être travaillé...
Merci encore
Bonne nuit à vous aussi

Glycéra
images/icones/fleche2.gif  ( 726738 )Je pense, peut-être à tort, à "revivifier". par Scrutator Sapientiæ (2013-07-16 23:12:42) 
[en réponse à 726604]

Bonsoir, Philippe F.

Je pense, peut-être à tort, à "revivifier", mais il y a aussi "réactiver", "réinstaurer", "rétablir", etc.

Revivifier.

Synonymes.

Je ne sais trop si ce qui précède vous aide en quoi que ce soit.

Je vous souhaite une bonne nuit et vous dis à bientôt.

Scrutator.
images/icones/bravo.gif  ( 726852 )Merci, merci pour toute cette aide.... par Philippe F. (2013-07-17 21:40:23) 
[en réponse à 726738]

Elle me sera précieuse pour faire comprendre la nature de la reprise de la bénédiction de la mer, supprimée jadis, l'intention qui préside à cette initiative, sa portée pour les anciens, sa valeur pour les jeunes, l'intérêt de soutenir l'initiative et de la faire connaître.
Et puis aussi: ..."J'ai transmis ce que j'ai reçu"... évidemment !
images/icones/ancre2.gif  ( 726861 )Votre succès ... par Paterculus (2013-07-17 23:36:02) 
[en réponse à 726852]

... est déjà grand, si j'en juge par le nombre de sites qui en parlent et que j'ai trouvés en gougueuliant "bénédiction de la mer La Rochelle".
Bravo !
VdP
images/icones/neutre.gif  ( 726903 )J'en redemande, car.... par Philippe F. (2013-07-18 16:37:56) 
[en réponse à 726738]

chaque année il faudra faire un petit discours à l'occasion du verre de l'amitié qui suivra la bénédiction. Il faudra avoir beaucoup de ressources....
D'avance merci.