Après trois ans de travail commun le Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens et la Fédération luthérienne mondiale ont publié, le 17 juin 2013, un document intitulé “Du conflit à la communion : Commémoration commune luthérienne-catholique en 2017“. Il y est question de l’histoire et de la théologie de Martin Luther (1483-1546), des réactions de l’Eglise catholique à la Réforme ou encore des évolutions du dialogue entre catholiques et luthériens qui reconnaissent leurs « péchés » respectifs contre l’unité.
A quatre ans du 500e anniversaire de la Réforme, en 2017, ce document commun se veut un appel à une commémoration commune où il s’agira de reconnaître échecs et erreurs, de souligner les éléments qui unissent mais aussi ceux qui divisent. Dans un entretien à l’AFP, en février dernier, le cardinal Kurt Koch (sur la photo), président du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, avouait que des reconnaissances théologiques avaient été accomplies, mais que les chemins s’éloignaient en particulier « sur la pratique de la bioéthique », dont le document du 17 juin ne parle pas.
Au cours de la présentation du document à la presse, le cardinal Koch n’a pas craint de situer le dialogue œcuménique avec les luthériens dans la ligne voulue par la Réforme : « le vrai succès de la Réforme ne peut être atteint qu’à travers le dépassement des divisions héritées » et par conséquent « les efforts œcuméniques visant l’unité sont en fait un achèvement des travaux de la Réforme elle-même (sic) ».
Dans un entretien accordé, le 24 juin, à Charles de Pechpeyrou pour l’agence romaine I.Media, le cardinal Koch a résumé ce document en trois points : « Comment voulez-vous arriver à la réconciliation sans repentance ? Cette dernière est la condition pour trouver le chemin de la réconciliation. Le document contient trois points fondamentaux, celui de la repentance est seulement l’un d’entre eux. Nous avons beaucoup de raisons d’en parler, car après la Réforme, après la division de l’Eglise, nous avons eu des Guerres de religion horribles, surtout la Guerre de Trente ans, nous avons eu beaucoup de malentendus et beaucoup de blessures et on ne peut pas dépasser ce passé sans repentance. C’est un fait historique : si l’on observe l’histoire après la Réforme et toutes les guerres, on ne peut pas nier cette réalité. Mais le deuxième point est la gratitude pour tout ce que nous avons pu faire durant les 50 dernières années pour retrouver des bases communes pour l’unité. L’essentiel de ce document traite de cela, du succès du dialogue œcuménique au cours du demi-siècle passé. Le troisième point est l’espérance que la commémoration commune de la Réforme nous fera faire des nouveaux pas à l’avenir. »
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Commentaire : Ce document catholico-luthérien fait état de nombreux progrès théologiques et mentionne aussi les obstacles qui subsistent, comme la conception du sacerdoce ou la vision du rôle de l’Eglise… Malgré cela, catholiques et luthériens sont désormais conscients, écrivent-ils, que « la lutte du 16e siècle est terminée ».
Cette confusion n’est pas sans rappeler qu’en 1998 la Déclaration conjointe sur la doctrine de la justification n’avait pu être signée par les catholiques et les luthériens, de l’aveu même du cardinal Walter Kasper, alors Président du Conseil pour la promotion de l’unité des chrétiens, que grâce à un « consensus différencié », – autrement dit une « différence consensuelle ».
L’étude de la Fraternité Saint-Pie X, adressée à tous les cardinaux en 2004 – et à ce jour demeurée sans réponse de la part de ses destinataires –, De l’œcuménisme à l’apostasie silencieuse, affirmait sans détours : « Méprisant l’enseignement constant et unanime de la Tradition selon lequel le Corps mystique du Christ est l’Eglise catholique et qu’en dehors d’elle il n’y a pas de salut, cet œcuménisme a comme détruit les plus beaux trésors de l’Eglise parce que, au lieu d’accepter l’unité fondée sur la vérité entière, il a voulu construire une unité adaptée à une vérité mariée d’erreur. » (p.4)