Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=724270
images/icones/carnet.gif  ( 724270 )Mgr Thomas et l'affaire du curé savoyard par Jean Kinzler (2013-06-15 10:43:53) 

Évêque émérite de Versailles, Mgr Jean-Charles Thomas fait partie des rares à s’être penché sur ces liens conflictuels entre Église et maçonnerie : à ses yeux, cette réflexion rend nécessaire un dialogue authentique au plus haut niveau.

« Les hasards du ministère ont mis sur ma route un certain nombre de francs-maçons chrétiens. J’avais 35 ans lorsque l’un d’eux me demanda de l’aider spirituellement à l’approche de la mort. Il m’expliqua qu’il avait, chaque jour de sa vie, prié le Notre Père et m’invita à le faire savoir lors de ses obsèques religieuses devant de hauts représentants de l’éducation nationale. Par la suite, j’ai rencontré de façon suivie d’autres maçons de diverses obédiences. Nous avons même publié une cassette vidéo intitulée Jardin caché résumant ces dialogues. L’un d’eux, aujourd’hui âgé de 93 ans, me disait récemment : ‘‘La maçonnerie fut un moyen de construction spirituelle. Je n’en ai plus besoin. C’est la foi chrétienne qui me fait vivre maintenant.’’ Je reconnais ces faits : ils m’éclairent plus que les débats trop théoriques ayant un faible rapport avec les réalités.

La position romaine n’a pas varié ces dernières décennies. Le 23 novembre 1983, le cardinal Ratzinger est allé très loin en affirmant : ‘‘Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave.’’ Il a précisé le 23 février 1985 : ‘‘Une telle inscription constitue objectivement un péché grave.’’ Pour ma part, j’ai préféré écrire, dans une étude publiée en 1994 à ce sujet : ‘‘Le fidèle éclairé doit réfléchir sérieusement aux risques qu’il court en acceptant l’initiation à une loge maçonnique : il lui appartient, ainsi éclairé, de s’appliquer éventuellement la sanction de ne pas communier s’il a conscience d’avoir librement, volontairement, pris une décision qui le mettait en état de rupture grave avec Dieu.’’

SEUL LE DIALOGUE PEUT PERMETTRE L’ÉCOUTE MUTUELLE
Du 8 mars 1992 au 3 avril 1997, j’ai échangé largement avec le cardinal Ratzinger sur la maçonnerie : la prudence de l’Église vis-à-vis des loges s’explique par le fait que le chrétien y fréquente des personnes de toutes appartenances religieuses, les écoutant sans entrer en débat avec elles, qu’il peut tomber dans le syncrétisme religieux, qu’il y fait un travail de construction spirituelle par ses propres forces et principes, qu’il est susceptible d’y croiser des adversaires fortement opposés aux Églises et à leurs principes religieux, qu’il s’associe à des rites qu’il pourrait confondre avec des sacrements, qu’il peut en arriver à préférer son adhésion maçonnique à sa foi chrétienne…

Le ‘‘secret maçonnique’’ complique les relations ‘‘hors loges’’ et peut donner libre cours à toutes sortes de fantasmes antimaçonniques. Ajoutons qu’historiquement, des açons italiens comme Garibaldi ont affronté le pouvoir pontifical et l’ont privé de ses États en 1870. On ne dépassera jamais le blocage entre l’Église et les loges maçonniques si on en reste à des réflexions théoriques et séparées entre les deux institutions. Seul le dialogue librement consenti entre des responsables de l’Église catholique et des obédiences maçonniques peut permettre l’écoute mutuelle aboutissant à une vraie connaissance réciproque, sans jugement préalable. Des questionnements deviendront possibles. Des constats de différences irréductibles apparaîtront. Alors seulement, on aura les éléments indispensables pour répondre honnêtement à la question de la ‘‘double appartenance’’. »

Recueilli par François-Xavier MAIGREla Croix
---
images/icones/neutre.gif  ( 724273 )Fallait-il par Diafoirus (2013-06-15 11:17:50) 
[en réponse à 724270]

que ces prélats soit seuls et isolés, moralement, psychologiquement, et spirituellement pour aller chercher dans la Franc-Maçonnerie ce qu'il aurait du trouver au sein de l'Eglise par le biais de leur confrère et épiscope.
La crise dans l'Eglise la voilà.
Un "ancien" prêtre devenu laïc, m'a fait la confidence qu'en sortant du séminaire il attendait une affectation; personne ne lui en a donné; il a de sa propre initiative été voir un curé de sa région pour le seconder sans aucune nomination. Il a écrit, sollicité une "place". Il n'y a pas eu de réponse.
Alors comme il avait fait des études universitaires, il a continuer et a "réussi" une belle carrière.
L'Eglise n'avait pas besoin de pretres.Le temps de son séminaire doit se situer un peu avant le concile Vatican II.
Sous reserve de la sincérité des propos que j'ai reçu en confidence.
images/icones/bravo.gif  ( 724276 )Exactement par Don Rodrigue (2013-06-15 11:58:54) 
[en réponse à 724273]

J'ai un ami prêtre âgé de plus de 90 ans, quand il a été ordonné son évêque ne savait plus quoi faire tellement il avait de prêtres, il a donc été "prêté" au diocèse voisin. La situation a bien changé depuis...

L'effectif d'un séminaire diocésain et le nombre d'ordinations chaque année à l'époque pour un diocèse bat largement les statistiques mondiales annuelles actuelles de la FSSPX.
images/icones/neutre.gif  ( 724289 )Bien sur... par Pol (2013-06-15 16:20:04) 
[en réponse à 724276]

...c'etait avant le concile et la Sainte Eglise etait dans une situation plutot normale. Et la Fsspx n'existait pas, et on ignorait alors qu'on aurait un jour puissamment besoin d'une telle Fraternité Sacerdotale pour sauver beaucoup....
Oui, les choses ont change, et aussitot que l'Eglise sera retournée a la normale, la Fsspx aura terminé son oeuvre historique et salutaire. Elle est quand meme passionnante cette histoire depuis 1970. Salus animarum suprema lex.
images/icones/1d.gif  ( 724299 )Pardon ? par Don Rodrigue (2013-06-15 21:13:23) 
[en réponse à 724289]

Aucun rapport avec ce que j'ai dit !

Quand à dire que le Concile est la source de tous les maux actuels de l’Église, il faut vraiment l'oser...
images/icones/ancre2.gif  ( 724305 )Contradiction ? par Paterculus (2013-06-16 00:17:16) 
[en réponse à 724270]

Je n'ai peut-être pas bien compris, mais n'y a-t-il pas une contradiction dans ce paragraphe :

Seul le dialogue librement consenti entre des responsables de l’Église catholique et des obédiences maçonniques peut permettre l’écoute mutuelle aboutissant à une vraie connaissance réciproque, sans jugement préalable. Des questionnements deviendront possibles. Des constats de différences irréductibles apparaîtront.


Si cet évêque est sûr que des "différences irréductibles" vont être constatées, comment-peut-il prôner un dialogue "sans jugement préalable" ?
On a l'impression d'un nuage de fumée pour occulter le franc-parler des autorités romaines.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/neutre.gif  ( 724306 )Nuage de fumée assurément par Meneau (2013-06-16 00:33:51) 
[en réponse à 724305]

et pas seulement dans le passage que vous relevez. Ce que je trouve terrifiant, c'est l'opposition entre :


‘‘Les fidèles qui appartiennent aux associations maçonniques sont en état de péché grave.’’

Règle de discernement simple et efficace.

ET

il [le fidèle] lui appartient, ainsi éclairé, de s’appliquer éventuellement la sanction de ne pas communier s’il a conscience d’avoir librement, volontairement, pris une décision qui le mettait en état de rupture grave avec Dieu.

Au fidèle de décider s'il "pense" avoir commis un péché grave...

Comment perdre les âmes...

Ou pourrait aussi relever :

Alors seulement, on aura les éléments indispensables pour répondre honnêtement à la question de la ‘‘double appartenance

Autrement dit, la "double appartenance" n'est pas inenvisageable. Se mettre en état de péché grave n'est pas à exclure a priori....

Cordialement
Meneau
images/icones/bravo.gif  ( 724307 )Oui, et on a surtout l'impression... par Michel (2013-06-16 00:34:17) 
[en réponse à 724305]

...qu'il doit en faire partie...

Comment faire pour savoir si tel ou tel en fait partie ?...

Il y a un évêque qui s'était exprimé dans un livre récent sur l'impossibilité de la double appartenance.

Et puis il y a le livre "Fils de la veuve" qui décrypte la mythologie maç. : venger Hiram injustement châtié, c'est vouloir venger Lucifer injustement puni par un Dieu despotique.

Liberté - égalité : liberté = je ne servirai pas, "non serviam" ...et effectivement il ne sert pas, on serait tenté de dire : il ne sert à rien. égalité : le démon prétend être l'égal de Dieu.

Enfin, il faut comprendre :
1) que beaucoup de frères sont plus ou moins de bonne foi et n'ont pas compris dans quoi ils avaient mis les pieds ;
2) qu'il y a un empilement de structures, dont l'existence, et plus encore les vrais buts, sont cachés au débutant ;
3) que cela fonctionne comme des drogues douces qui conduisent presque inéluctablement à chercher des drogues plus dures (des loges plus "hard") ; mais des idiots utiles, de bonne foi, sont appréciés pour donner une caution morale et pour s'obliger à garder une certaine tenue ;
4) que cette organisation fonctionne de façon non-démocratique, par cooptation des grades supérieurs ; elle cherche aussi à piéger ses membres : on les attire en leur faisant miroiter des avantages plus ou moins illégaux, et de plus en plus illégaux, et ensuite ils seront "tenus" par là. Ou encore en les mettant dans des situations compromettantes.

images/icones/neutre.gif  ( 724319 )Mais, cher Paterculus, vous n'avez pas l'air de vous rendre compte par le torrentiel (2013-06-16 09:07:18) 
[en réponse à 724305]

que certes, un dialogue qui favorise l'écoute (dont l'écoute devient donc le but et non la base), et qui vise à dégager "les différences irréductibles" (et non pas les points d'accord et un terrain d'entente), tout cela relève d'un salmigondi intellectuel, n'était que ce salmigondi intellectuel est la charte du dialogue interreligieux depuis une cinquantaine d'années.


L'originalité de la position de mgr thomas consiste simplement à étendre ce dialogue interreligieux à ce qu'il est convenu d'appeler par litote un dialogue philosophico-religieux en l'occurrence.


J'entends bien que beaucoup tirent argument de ce que le salmigondi dont part le dialogue est un mauvais présage de la qualité de celui-ci pour en conclure qu'il ne faut pas dialoguer, d'autant que, si Luther est en enfer où l'a vu sainte-thérèse d'avila, il n'est pas possible que la cité de dieu dialogue avec "la cité de satan", pour faire allusion à la manière dont Léon XIII définissait la franc-maçonnerie.


Si l'impossibilité est métaphysique, je veux bien. Mais on a sorti Luther de l'enfer.


Ne doit-on pas tenir compte du fait que cette "société (plus ou moins) secrète" qu'est la franc-maçonnerie existe au sein de la république au point d'être la religion séculière de notre laïcité, pour désirer mettre cartes sur table avec elle, un peu comme, simple association d'idées, Satan et dieu ont l'air de faire une partie de cartes au début du livre de Job?


Mettre cartes sur table, voilà l'intérêt d'un tel dialogue, et à mon sens l'objectif quasiment avoué de mgr thomas dans cet entretien.


La question peut donc se reformuler et se décliner approximativement en ces termes:


1. La franc-maçonnerie est-elle l'exception qui confirme la règle de la foncière inopérance de la diabolisation de l'autre, qui finit toujours par être dédiabolisé (cf l'oecuménisme et le dialogue interreligieux antécédent, qui sont une forme de dédiabolisation)? Autrement posé, y a-t-il une impossibilité propre à la franc-maçonnerie qui empêchera toujours l'eglise catholique de dialoguer avec elle au plus haut niveau de leurs hiérarchies respectives, comme le propose mgr thomas?


2. Plus profondément, y a-t-il une impossibilité métaphysique que les enfants de Lumière dialoguent avec les fils des ténèbres avec lesquels ils vivent pourtant, et s'efforcent même de vivre en bonne intelligence, d'autant que la Bible nous montre au moins un exemple où le diable a eu accès à Dieu et a pu parler avec lui, sans compter que l'evangile nous enseigne à ne pas séparer en ce monde l'ivraie et le bon grain, la séparation étant l'apanage du Maître de la moisson à l'entrée dans le royaume, quand les jeux seront faits...?


3. Et pragmatiquement, n'est-il pas nécessairement profitable d'aller le plus loin que l'on peut dans le dialogue avec notre prochain, parce qu'il est notre prochain et sous réserve qu'il puisse aussi être mis fin au dialogue, comme cela m'est arrivé tout récemment et, je crois, définitivement, avec un correspondant et frère d'armes (car adversaire de joute) islamiste avec lequel nous avons poussé très loin l'investigation, jusqu'à ce que mon seuil de tolérance soit atteint, parce que l'échange tournait en boucle, et donc ne rimait plus à rien?