Le Forum Catholique

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images/icones/coeurbrise.gif  ( 724000 )Du latin liturgique (et autre ?) Coup de gueule par Eucher (2013-06-11 17:57:35) 

Cher amis,

Je profite de mon anonymat pour me délester d'un souci, souci dû à une attitude concernant le latin qui semble avoir des assises dans « nos milieux ». À la relecture je me rends compte que j'ai trop écrit pour un post mais soit, je m'en remets à votre patience.

Certains semblent penser que le latin étant une langue sacrée dans son usage liturgique, il est donc réservé à cet usage. Autrement dit l'on passe de « seulement le latin à la messe » (selon une mauvaise lecture du concile de Trente, relevée par Paterculus, à qui on ne la fait pas, laquelle lecture indique bien que si l'on sait faire un copié-collé impeccable l'on ne sait pas lire ce que l'on copie--Cassiodore reviens il sont fous !) à « le latin à la messe seulement ». Ainsi l'on fait mine d'être scandalisé à l'idée du latin en dehors de la liturgie, ou même du latin souillé par des lèvres de simple fidèle (dans le contexte anglo-saxon en tout cas où seuls ceux portant la soutane[-lle] font les répons).

L'idée que le latin est une langue liturgique précisément parce que les fidèles ne l'entendent pas participe à cet état d'esprit. Nous avons déjà eu un échange à ce sujet ici, certains louant le latin pour son incompréhensibilité (là on frise le délire). Le pire est que le même état d'esprit parvient, de façon plus ou moins consciente, à excuser la paresse des séminaristes : pourquoi apprendre le latin, après tout ? Ce qui importe c'est qu'il soit dit, la compréhension n'étant qu'un fardeau de plus. D'où un certain charabia dans le sanctuaire, parfois.

Quand je constate le niveau de latin des récentes promotions de prêtres traditionalistes (enfin celles dont j'ai pu juger), j'en reste pantois. Parfois l'on me montre d'un doigt d'une fierté désolante tel jeune abbé en disant « Et il sait le latin, lui ! » Mon manque de sourire congratulatoire est blessant dans ces cas-là mais je n'y puis rien. Il était un temps où l'on montrait du doigt le seul séminariste sur des centaines qui ne savait pas passer ses examens oraux en latin, voyez-vous. Et c'était pour le congédier, son manque de latin étant la preuve éclatante qu'il n'avait pas la vocation.

Cet état d'esprit anti latin (car en fait c'est de cela qu'il s'agit) est, il va sans dire, né d'une ignorance crasse du rôle du latin en occident depuis toujours. Sans lui, ni Utopie de S. Thomas More, ni éléments de mathématique de Newton, etc. Le pire est que cet état d'esprit n'existe que grâce à la mort à petit feu qu'ont soufferte les lettres classiques aux mains de l'éducation nationale (ou son équivalent selon les lieux et époques) depuis, en fait, le début du XIXe siècle: Léon XIII s'en désolait déjà quand il écrivait aux évêques de France que la raison pour laquelle le clergé français n'était plus capable de composer de bons vers latins (lui-même était un versificateur d'un certain talent) était que la prosodie latine avait été abolie des programmes des lycées cinquante ans auparavant.

En quoi cela est-il grave ? Quelques réponses pêle-mêle:
-On assiste à la publication de missels des fidèles truffés de coquilles que personne n'a su relever ;
-Certains prêtres, voulant sans doute bien faire, lisent s. Alphonse de Liguori dans le texte pour se préparer à confesser, mais le comprennent à tort et à travers et finissent par lire dans le texte leurs idées toutes faites, faisant du docteur de la Morale un Janséniste débridé ou encore détruisant les consciences des fidèles ;
-Les richesses de la tradition, dont beaucoup ne sont pas traduites ou dont les traductions sont introuvables, sont inaccessibles aux clergé ;
-Le clergé n'a plus de langue internationale, ce qui fait qu'au sein de congrégations même « traditionnelles » les groupes linguistiques forment autant de « solitudes » cloisonnées les unes des autres...

Voilà. Alors si vous avez de bonnes nouvelles à ce niveau, donnez-les nous, j'en aurai besoin.

-Eucher.
images/icones/bravo.gif  ( 724002 )Le latin, langue de culture ou grigri? par PEB (2013-06-11 18:20:05) 
[en réponse à 724000]

L'usage d'une langue volontairement inaccessible aux fidèles relève, pour partie, de la pensée magique. Les flamines usaient de latin archaïque de la Royauté et les augures ânonnaient trois litanies en vieil étrusque. Si le rit romain se résume à quelques formules mystérieuses, la sainte messe n'est plus qu'un exercice de piété d'où est exclu le bas peuple.

Trente a dit que la langue latine était toujours valide en tous cas. Elle est donc normative du rit au niveau international en tant que langage définitivement fixé. Dans sa forme ecclésiastique, le latin a d'ailleurs été simplifié même si un saint augustin reste un auteur classique. Le latin conserve ainsi l'avantage de permettre aux fidèles de toute nation de chanter d'une seule voix la louange du Seigneur.

[L'enseignement au séminaire français de Rome était encore en latin, il y a 80 ans encore (y compris les carnets de notes!). Elle était donc encore vivante dans les échanges avec les maîtres. Elle reliait les élèves aux trésors de la patristique latine.]

Un tel programme est cependant exigeant et mérite une formation soignée des clercs mais aussi des fidèles. C'est aussi une ouverture d'esprit à la pensée antique des Virgile, Ovide, Tacite, Cicéron &al. et une porte vers un monde perdu délicieux et terrible.
images/icones/1a.gif  ( 724003 )Je vais être iconoclaste par jejomau (2013-06-11 18:30:21) 
[en réponse à 724000]

pourquoi ne pas utiliser aujourd'hui l'anglais comme langue internationale au sein du clergé ? Je me fais l'avocat du diable mais qu'on me donne une réponse argumentée pourtant... En effet, autrefois on apprenait les bases du latin dès le collège et quand le jeune se destinait à la prêtrise, l'approfondissement de cette langue allait de soi.

Mais aujourd'hui, c'est l'anglais qui est appris dès le primaire et quand un jeune entre au séminaire : il découvre pour la première fois de sa vie cette langue ! Vous reconnaîtrez qu'il lui manque de nombreuses années de latin !

Par ailleurs, le latin était enseigné universellement surtout en Occident , lequel fournissait les gros bataillons de prêtres... Or, aujourd'hui , prenez par exemple le séminaire international de Rome : péruviens, sénégalais, indous, chinois, espagnols, etc..... s'y côtoient. Et c'est bien l'anglais qu'ils ont comme langue de référence pour échanger et se comprendre entre eux...

Alors ?
images/icones/ancre2.gif  ( 724016 )Pas d'opposition entre latin et anglais, mais complémentarité par Paterculus (2013-06-11 20:22:30) 
[en réponse à 724003]

L'anglais est très pratique pour certains usages.
Comme il est une langue véhiculaire presque universelle, il est aujourd'hui employé par un bon nombre de clercs.

Mais justement son statut de langue véhiculaire en fait une langue très pauvre chez la plupart de ceux qui l'utilisent sans que ce soit leur langue maternelle.
Ce statut peut disparaître en peu de temps (la Chine va dominer le monde dans deux ou trois décennies).
Et c'est la langue des impérialistes, du point de vue de nombreux peuples.

Le latin n'a pas ces inconvénients.
Il est, pour faire court, la langue du dogme et de la liturgie.

Les clercs des rites latins doivent maîtriser le latin : si ce n'était pas une évidence, une sorte de tautologie, le droit canon serait là pour nous le rappeler.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/fleche3.gif  ( 724022 )discutable comme point de vue par jejomau (2013-06-11 20:52:36) 
[en réponse à 724016]

au moins en partie.

Je comprends votre positionnement en ... l'état des choses. Mais je tiens à souligner en fait dans mon intervention précédente le considérable changement qui est survenu dans le monde en quelques décennies. Donc si le latin est(encore) la langue du dogme, de la liturgie, etc... ne peut-on pas penser qu'un certain monde est en train de disparaître pour faire place à un nouveau monde aujourd'hui, monde dont l'usage de l'anglais serait la nouvelle langue qui tendrait à s'imposer de la même façon que le latin s'est imposé avec l'empire romain et avec le Moyen-Age ?

Au temps du Christ, le latin était-il si évident ?

De même aujourd'hui, le latin est-il encore évident ?
images/icones/neutre.gif  ( 724033 )... par Rudy (2013-06-11 22:54:36) 
[en réponse à 724022]

+Au temps du Christ, le latin était-il si évident?+

--> certes non! du reste en Palestine les Romains parlaient grec, quand ils voulaient se faire comprendre

demain l'anglais ne sera plus une langue etrangère
images/icones/abbe1.gif  ( 724035 )Latin: réponse à Jejomau par Père M. Mallet (2013-06-11 23:21:51) 
[en réponse à 724003]

Que le latin ne soit plus enseigné ni utilisé comme il devrait l'être, c'est assurément un grand malheur.
Mais je ne vois pas bien comment changer la situation, surtout avec les dirigeants qui sont actuellement à la tête des pays.
Il reste uniquement l'action capillaire, convaincre les gens de l'étudier;

Pour ce qui est des séminaires de Rome, à mon avis c'est surtout l'italien qui sert de langue commune. Pour les séminaristes et tous les prêtres qui travaillent là-bas.

Une anecdote : dans un certain lieu de pèlerinage (hors Union européenne, mais guère éloigné...), il y a énormément de pèlerins italiens. Les prêtres qui confessent indiquent, par un petit panneau, la ou les langues dans lesquelles ils confessent. Mais les italiens sont trop nombreux, ils forment des queues très longues.
L'un d'eux me demande si je parle italien, je réponds un oui à voix très basse, et lui de rétorquer : "mais c'est incroyable, ici tous les prêtres parlent italien, pourquoi ne l'indiquez-vous pas ?..."

J'en ai d'ailleurs profité pour me confesser en italien à un prêtre allemand...


images/icones/fleche2.gif  ( 724032 )En parfait accord avec vous par Vassilissa (2013-06-11 22:39:47) 
[en réponse à 724000]

L'arrêt quasi total de l'enseignement du latin dans le secondaire est une absolue catastrophe pour notre culture. À commencer par la littérature française : on ne comprend pas un texte du XVIè ou du XVIIè siècle si on n'a pas fait de latin. C'est encore vrai pour des auteurs très latinisants comme Claudel, Bloy, Huysmans, et bien d'autres.

Quant à l'anglais de quoi parle-t-on ? Du vrai bel anglais britannique ou de l'horreur médiatico-américaine qu'on nous sert partout aujourd'hui ?

Et ne pas oublie que le français lui-même, avec les réformes lamentable de l'enseignement , est aussi en bien mauvaise posture.