Le Forum Catholique

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images/icones/fleche2.gif  ( 723862 )La langue française n’est pas une langue liturgique par Diafoirus (2013-06-09 18:00:56) 

La langue française n’est pas une langue liturgique

«... En racontant l’histoire de la liturgie, je me suis trouvé amené à faire voir comment les livres liturgiques actuellement en usage dans un grand nombre d’églises [...] ont détruit l’unité de culte qui existait avant leur fabrication, comment ils ont été rédigés contrairement à tous les principes admis en matière de liturgie, quelle part ont pris les sectateurs de l’hérésie [...] à cette grande révolution, qui a tant influé sur le sort de la piété chrétienne parmi nous.
Dom Guéranger, Défense des Institutions liturgiques

Pas plus que les autres langues vernaculaires, la langue française ne peut servir de langue liturgique.

Le Concile de Trente en sa XXIIe session (can. IX) avait condamné formellement la liturgie en langue vernaculaire (Si quis dixerit lingua tantum vulgari missam celebrari debere, anathema sit.)
Pourquoi ? Parce que la liturgie s’adresse à Dieu, et donc dans une langue sacrée, consacrée à Dieu, et non d’usage vulgaire.
Quelles sont les langues sacrées ? Ce sont d’abord les trois langues du Titre de la Croix, soit l’hébreu, le grec et le latin, qui sont aussi les trois langues de l’Ecriture Sainte.

Par la suite s’y sont adjointes d’autres langues que la tradition a consacrées : le syriaque ou araméen, l’arménien, le copte, le guèze (éthiopien), le slavon et l’arabe.

« En lisant l’Ecriture sainte dans les langues sacrées pendant le service divin, l’Eglise n’a fait que continuer les traditions de l’ancienne Loi. Personne n’ignore que la langue hébraïque cessa d’être vulgaire en Judée peu après le retour de la captivité de Babylone ; ce qui n’empêcha pas qu’on ne continuât, dans le Temple et dans les synagogues, de lire la Loi et de faire plusieurs prières en pur hébreu, quoique le peuple… n’entendît déjà plus la langue de ses pères. Après la lecture liturgique des passages déterminés, on lisait des paraphrases (en langue vulgaire) sur ces mêmes passages. » (1)
Car, nous rappelle le même Dom Guéranger, « il faut distinguer le ministère de la prédication et la célébration du saint Sacrifice… Si toutes les langues ont été admises pour la prédication de l’Evangile, l’honneur d’être employées dans le service divin n’a été accordé qu’à un bien petit nombre ».

Malheureusement, depuis la révolution montinienne, c’est la règle inverse qui a prévalu : toute langue et dialecte peut servir et sert effectivement à la liturgie (du grec : leitourgia, fonction publique ou office divin). Cela va, hélas ! de pair avec l’avilissement de la liturgie.

Pour peu que l’on ait voyagé, on a pu se rendre compte de la diversité, pour ne pas dire du foisonnement d’un prétendu rite romain, et surtout de l’incompréhensibilité du rite célébré. Or, c’est bien au prétexte de l’intelligibilité de la liturgie qu’on a voulu supprimer le latin pour y substituer une langue vernaculaire, et même toutes les langues vernaculaires.

Les modernistes qui furent les inspirateurs de ces réformes se piquaient d’antiquité, de retour aux sources ; ils ont voulu ignorer que Notre Seigneur Jésus-Christ lui-même usait d’une langue sacrée (et non vernaculaire), à savoir l’hébreu, pour les prières officielles, et que conformément à l’usage de la Synagogue, seules ses prédications adressées au peuple étaient en langue vulgaire.

Pour nous en tenir au français, ce qui frappe est la vulgarité du style, si loin de la noblesse du latin et plus loin encore de l’élégance du français classique.

Et, comme il fallait s’y attendre, c’est à la faveur de ces traductions en langue vulgaire que l’hérésie, l’équivoque et le douteux se sont glissés.

On ne se lassera pas de répéter que, dans le Credo, « consubstantialem Patri » qui a été remplacé par « de même nature que le Père » tombe sous les anathèmes du Concile de Nicée et que des saints et des martyrs ont souffert l’exil et la mort pour avoir refusé ces formules faussées.

Quant à la nouvelle version du Notre Père, outre son tutoiement protestant, il inclut la scandaleuse demande « et ne nous soumets pas à la tentation », que Bossuet aurait réprouvée, mais que nos évêques soutiennent ou supportent depuis des lustres.

Enfin, il est bien remarquable que la liturgie en français ait eu un précédent fameux en France, de la même veine que le protestantisme, dans ce calvinisme mitigé que fut le courant janséniste : quoiqu’il ait encouru les condamnations romaines (Bulle Unigenitus de 1713), c’est bien lui qui, au cours du XVIIIe siècle, a institué la messe en français ; un jansénisme qui proliféra et fit tant de mal dans certaines de nos provinces. (2)

Usage de la langue vernaculaire

Qui dit langue vernaculaire dit langue familière (verna en latin désigne le domestique ou l’esclave), langue commune, celle du petit peuple.

Voici ce que dit le Concile de Trente au sujet de l’instruction des fidèles :

« Quoique la Messe renferme un grand fond d’instruction pour le peuple fidèle, il n’a pas semblé aux Pères qu’il fût à propos qu’on la célébrât en langue vulgaire. C’est pourquoi chaque Eglise retiendra ses rites antiques et approuvés par la sainte Eglise romaine, mère et maîtresse de toutes les Eglises ; mais, afin que les brebis du Christ ne souffrent pas de la faim, et que les petits enfants ne demandent pas du pain quand il n’y aurait personne qui le leur rompît, le saint concile ordonne aux pasteurs et à tous ceux qui ont charge d’âmes, d’expliquer souvent, durant la célébration de la Messe, par eux ou par d’autres, quelque chose des formules qui se lisent à la Messe (au sermon ou au prône) ; et entre autres d’exposer quelques détails sur le mystère de ce très saint Sacrifice, principalement les dimanches et fêtes. » (Session XXII, chapitre VIII.)

Il est remarquable que, dans cette inversion des valeurs qui a présidé à la révolution montinienne, en France nous ayons des messes en français et dans un certain nombre de nos langues régionales ; mais du fait de la pénétration de l’esprit jacobin jusque dans l’Eglise, il est bien rare d’entendre un sermon ou une homélie dans la langue locale : c’est bien le monde à l’envers !

Pourtant, même si l’on doit se mettre à la portée du commun des fidèles, il faut toujours bannir la vulgarité, la trivialité, la grossièreté ; et saint Paul en particulier recommande à ses ouailles de proscrire certains sujets et certaines expressions grossières (Epître aux Ephésiens, 5, 3-4).

Genèse de la Révolution montinienne

II n’est pas inutile de rappeler ce qui fut à l’origine de ces changements.

Outre les différents courants modernistes qui se manifestèrent au Concile Vatican II, il faut mentionner les méthodes de recyclage utilisant toutes les ressources de la psychologie moderne : dynamique de groupe et surtout groupes de réflexion (3) à base de libéralisme et d’abolition de toute autorité. Bien des prêtres récalcitrants y furent soumis pour les contraindre à adopter la messe de Paul VI et toutes les innovations qui l’accompagnaient : communion dans la main, suppression des agenouillements, célébration face au peuple… Paul Claudel, qui voyait déjà se profiler tout ce chamboulement, appelait cette fantaisie liturgique « la messe à l’envers ».

Car il s’agit bien d’une inversion : la société moderne prétend se fonder sur l’individualisme, la philosophie moderne est principalement à base de subjectivisme et la nouvelle théologie n’est plus théocentrée : mais au contraire c’est l’Homme qui est la mesure de toutes choses (4).

Alors le prêtre lui-même n’est plus tourné vers Dieu durant la messe, mais vers l’assistance qui, selon les conceptions protestantes ou néo-catholiques, assume la foi de l’Eglise.

Remarquons dans nos églises mises au goût du jour la disparition du maître-autel remplacé par une table, l’absence du tabernacle relégué très souvent dans un coin obscur d’une chapelle latérale.
Nous avons eu, avec Benoît XVI, un essai de restauration de la liturgie, mais en nombre de pays européens il a été bien mal secondé, si bien qu’aujourd’hui encore c’est la liturgie de Paul VI, en ses multiples avatars, qui sévit presque partout (malgré le motu proprio Summorum Pontificum) : jusqu’à Lourdes ou devant la Grotte on est forcé de subir des cérémonies lamentables qui auraient consterné Bernadette Soubirous.

Mais peut-être faut-il rappeler ce que l’architecte en chef, Hannibal Bugnini, avait en tête lorsqu’il a inventé la « nouvelle messe » ; voici l’aveu qui sert de préface à son œuvre :

« La Cène du Seigneur, appelée aussi la Messe, est la sainte assemblée ou le rassemblement du peuple de Dieu qui se réunit sous la présidence du prêtre afin de célébrer le mémorial du Seigneur. C’est pourquoi, à ce rassemblement local de l’Eglise s’applique éminemment la promesse du Christ : “Là où deux ou trois sont rassemblés en mon nom, là je suis au milieu d’eux” ». (5)

Concluons : « Le nouvel “Ordo Missae” s’éloigne, d’une façon impressionnante, dans l’ensemble comme dans le détail, de la théologie catholique de la Sainte Messe fixée par le Concile de Trente ». (6)

Paul-André Maur

(l) Dom Guéranger, Institutions liturgiques.
(2) N’oublions jamais que Voltaire était l’enfant d’une famille janséniste.
(3) Cf. Adrien Loubier, Groupes réducteurs et noyaux dirigeants (1979).
(4) Selon le sophiste Protagoras (490-420).
(5) Institutio generalis, n°7.
(6) Bref examen critique, par les cardinaux Ottaviani et Bacci.

Article extrait du n° 7869 de Présent
du Samedi 8 juin 2013

http://www.present.fr/index.php?id_rubrique=6
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images/icones/ancre2.gif  ( 723873 )Tantum par Paterculus (2013-06-09 19:19:44) 
[en réponse à 723862]

Tantum veut dire seulement.

Ce qui est condamné par votre citation du concile de Trente, ce n'est pas l'usage du vernaculaire en liturgie, c'est l'affirmation que seul cet usage serait légitime : cela condamne donc ceux qui aujourd'hui refusent absolument le latin, non pas ceux qui disent qu'à côté du latin peuvent exister d'autres langues liturgiques actuellement en usage pour les autres besoins du parler.

D'ailleurs l'histoire de l'Eglise enseigne que celle-ci n'a pas condamné l'usage des langues vernaculaires en liturgie : au contraire elle a encouragé Saint Cyrille et Méthode à persévérer dans cette voie.
Ce dernier fait vient d'ailleurs renforcer la position de ceux qui aiment avoir une langue liturgique différente de celle des autres usages quotidiens : si l'Eglise, encourageant d'une part les Apôtres des Slaves à utiliser dans leur liturgie le slavon, et d'autre part continuant à utiliser pour la liturgie en Occident le latin qui n'était plus parlé dans les familles, c'est qu'elle faisait l'un et l'autre en parfaite connaissance de cause.

Votre dévoué Paterculus
images/icones/ancre2.gif  ( 723874 )Mais là où je suis d'accord... par Paterculus (2013-06-09 19:24:56) 
[en réponse à 723862]

... avec vous, cher Diafoirus, c'est quand vous parlez des traductions françaises actuellement en vigueur.

J'ajoute à vos arguments qu'elles ont été pensées pour des gens qui n'auraient pas été catéchisés (anticipation des dégâts de la réforme des catéchismes !), comme pour mieux parler aux gens qui arriveraient là par hasard. Mais les choses saintes sont pour ceux qui sont sanctifiés par les sacrements !

VdP
images/icones/fleche3.gif  ( 723882 )Voici ce qu'écrivait Etienne GILSON en 1965 par Diafoirus (2013-06-09 20:58:46) 
[en réponse à 723874]

SUIS-JE SCHISMATIQUE ?

Etienne Gilson de l'Académie française.

On parle beaucoup de schisme, ces temps-ci. Cela m'a d'abord surpris, mais sans m'inquiéter. J'avais toujours cru que les schismes étaient des sécessions collectives par lesquelles des groupes de chrétiens se séparaient de l'Eglise en corps pour se constituer eux-mêmes en églises distinctes. Cela n'arrive pas souvent, mais cette manière d'entendre les choses exclut toute crainte de créer pour soi-même un petit schisme personnel. Je viens d'apprendre que cette confiance est mal fondée, et qu'un seul individu peut s'offrir le' luxe d'un schisme privé, pourvu seulement qu'il s'établisse, consciemment et intentionnellement, hors du corps des fidèles.

Cela peut se faire de bien des manières. La plus remarquable que je connaisse est celle de ce prêtre de Boston, qui se fit naguère exclure du corps de l'Eglise pour son obstination à enseigner, ce que l'on m'enseignait pourtant dans mon enfance, que, hors l'Eglise, point de salut. Et le voilà lui-même dehors ! II doit être bien étonné, mais son cas peut inquiéter d'autres que lui, car il suit, en effet, de là qu'une personne particulière peut devenir schismatique sans s'en apercevoir. Il lui suffit pour cela de refuser son adhésion à quelque formule particulière de la doctrine que l'Eglise enseigne et prescrit d'accepter. Je commence à me demander si, contre mon intention la plus profonde, je ne serais pas moi-même engagé sur la voie d'une aussi périlleuse erreur.

Voici les faits.

Dans une des paroisses que je fréquente, on distribue aux fidèles avant la grand-messe, le texte des prières liturgiques qui doivent être chantées en français, ou dans un dialecte approchant, pourvu que ce ne soit pas du latin et encore moins du grec. Je n'y vois pour ma part aucun inconvénient et puisque cette réforme liturgique est en cours, les fidèles n'ont qu'à s'y conformer. Va donc pour "terre entière" puisque entière il y a !

J'avais été pourtant décontenancé, au début par un passage du Credo français, où il est dit que le Fils est "de même nature" que le Père. Je pouvais bien chanter le reste, mais ce de même nature ne passait pas. En y réfléchissant, j'eus tôt fait de voir pourquoi. C'est qu'ayant toujours chanté, en latin, que le Fils est consubstantiel au Père, il me semblait curieux que cette consubstantialité se fût ainsi changée en une simple connaturalité.
Nos prêtres semblent d'ailleurs n'avoir pas été informés de l'événement. A la grand'messe, l'officiant continue imperturbablement de chanter "consubstantialem Patri, comme si rien n'était arrivé, mais, nous autres, laïcs de plat pays, nous n'avons qu'à suivre la liturgie simplifiée à notre usage. C'est ce que me répondit le jeune vicaire à qui je finis un jour par demander, en recevant de lui ma messe française, si de même nature n'était pas une faute d'impression. "Moi, me dit-il, je suis là pour distribuer les feuilles; tout ce que vous avez à faire est de chanter ce qui est écrit dessus."

Au fond, il avait raison. De quoi allais-je me mêler ? Le grand avantage, pour les laïcs, d'être invités à une passivité complète, c'est d'être déchargés par là même de toute responsabilité. Ils le seraient sans ce diable de schisme ! Deux êtres de même nature ne sont pas nécessairement de même substance. Deux hommes, deux chevaux, deux poireaux, sont de même nature, mais chacun d'eux est une substance distincte, et c'est même pourquoi ils sont deux. Si je dis qulils ont même substance, je dis du même coup qu'ils ont même nature, mais ils peuvent être de même nature sans être de même substance. Suis-je encore tenu de croire que le Fils est consubstantiel au Père ? Suis-je au contraire tenu de les croire seulement de même nature ? Et si je m'obstine à les croire d'abord consubstantiels, ne vais-je pas, schismatique en révolte contre la liturgie de ma paroisse, me séparer de l’Eglise à laquelle je suis si profondément attaché ?

C'est une situation bien embarrassante. On pourrait supposer que l'Église de France poursuit en cela une fin oecuménique; mais non, les symboles grecs d'Epiphane et de Nicée disent expressément du Fils qu'il est omousion tô patri. Le symbole dit de Damase, usité en Gaule vers l'an 500, dit bien du Père et du Fils qu'ils sont unius naturae. mais il ajoute aussitôt uniusaue substantiee unius potestatis. L'antique symbole Clemens Trinitas est una divinitas affirme en ces termes l'unité de la Trinité divine, parce que les trois personnes sont "une seule source, une seule substance, une seule vertu et une seule puissance". Les personnes ont la même nature, divine, en tant qu'elles sont trois ; en tant qu'elles sont en un seul Dieu, elles ont la même substance : "Trois, ni confondus ni séparés, mais conjoints dans la distinction et distincts dans la conjonction : unis par la substance, mais distincts par les noms; conjoints par la nature, distincts par les personnes". Je citerai autant de formules de la foi qu'on voudra pour anathématiser, avec le Concile romain de 382, ceux qui ne proclament pas ouvertement que le Saint-Esprit, le Père et le Fils, sont unius potestatis atque substantiae, et, redisons-le, l'unité de substance implique l'unité de nature, mais pour tant de textes qui affirment l'unité de substance, en mentionnant ou non l' unité de nature, je ne me souviens d'aucun où l'unité de nature soit seule mentionnée:
"On croit que le Fils est d'une même substance avec le Père :c'est pourquoi on le dit homoousios avec le Père, c'est-à-dire ejusdem cum Patre substantiae, en effet, en grec, omos veut dire un, et ousia veut dire substance, de sorte que les deux ensemble veulent dire : une seule substance."

Ce Concile de Tolède (a. 675) me semble fort bien parler. Les trois personnes divines sont un seul Dieu parce qu'elles sont une seule substance : "Hae tres personae sunt unus Deus, et non très dii : quia trium est una substantia, una essentia, una natura, una divinitas, una immensitas, una aeternitas. " ; ce Décret sur les Jacobites (1441) plaçait encore en premier lieu l'unité de substance, source de tous les autres.

Le symbole français de 1965 est, je crois, le premier qui ne se fasse pas faute de l'éliminer !

Que penser de tout cela ? Le plus sage serait assurément de n'en rien dire. Un texte liturgique vu, certainement examiné de près par de hautes compétences théologiques, et adopté par elles, doit présenter toutes les garanties nécessaires. On ne veut certainement pas nous ramener à l'homoiousios de jadis, source de l'un des schismes les plus redoutables qui aient divisé l'Eglise : le moindre soupçon de ce genre serait absurde. Pourtant, ce ne peut être par hasard, par ignorance ni par négligence que la nature est ici venue remplacer la substance. Pourquoi cette substitution s'est-elle opérée ?

Pour un motif apostolique; je crois, et généreusement chrétien. On veut faciliter aux fidèles l'accès des textes liturgiques. On le veut si ardemment qu'on va jusqu'à éliminer du français certains mots théologiquement précis, pour leur en substituer d'autres qui le sont moins, mais dont on pense, à tort ou à raison, qu'ils "diront quelque chose" aux simples fidèles. De même nature semble plus facile à comprendre que de même substance. Ce l'est, en effet, si on prend ce terme à la lettre, et c'est bien là ce que pensaient les Ariens, mais les liturgistes du texte ne pensent certainement pas que le Fils soit d'essence semblable au Père. Ils ne le pensent, ni le disent, ni ne veulent le dire; alors la seule manière sûre d'exclure ce faux sens est de maintenir le consubstantialem Patri de la tradition.

Il serait troublant de penser qu'une sorte d'avachissement de la pensée théologique puisse tenter certains de se dire qu'au fond ces détails techniques n'ont guère d'importance. Car à quoi bon faciliter l'acte de croire, s'il faut pour cela délester d'une partie de sa substance le contenu même de l'acte de foi ?

La France Catholique, N° 970 2 Juillet 1965.
images/icones/1e.gif  ( 723888 )Consubstantiel : l'anecdote des deux poireaux (sérieux s'abstenir) par Père M. Mallet (2013-06-09 22:42:31) 
[en réponse à 723882]

Juste une anecdote amusante, sans plus.

En 1992-93, j'étais à la Chapelle Ste Rita (100 % catholique, ne pas confondre avec des imitations schismatiques) des O.M.V. à Fontenay aux Roses (92).
Il y avait là, dans un logement un peu à l'écart, un vénérable prêtre (chanoine ?) dont je n'arrive plus à me rappeler le nom.
A table, la conversation vint sur le "de même nature" (expression qu'un cardinal a d'ailleurs par la suite déclarée hérétique), et je repris cette expression "deux poireaux sont de même nature, mais pas consubstantiels", que je pensais avoir lue dans un périodique genre Itinéraires.
Il fut surpris et me demanda pourquoi je parlais de poireaux ; je lui dit que j'avais lu cela sous la plume d'un bon auteur.
Et lui de m'expliquer que c'était pendant un dîner où il était : il y avait des poireaux, et c'est pour cela que l'auteur dans la conversation avait pris cet exemple.

J'ai trouvé l'anecdote amusante, et je m'en souviens encore 20 ans après.

Mais j'aimerais bien savoir le nom de ce prêtre - et du convive : était-ce Gilson, ou bien Gilson l'avait-il comme moi repris d'un autre auteur ?.

Quant au Père Feeney (dont parle l'article sans le nommer), je crois qu'il a été réhabilité sans rétractation (lui, ou ses disciples), car il était injuste d'exiger de se soumettre à une interprétation qui n'était pas la seule possible ou la seule imposée par l'Eglise.



images/icones/hein.gif  ( 723904 )Un cardinal ? par Yves Daoudal (2013-06-10 10:04:26) 
[en réponse à 723888]

J'aimerais savoir qui est ce cardinal qui a déclaré hérétiques tous les pères de l'Eglise...
images/icones/iphone.jpg  ( 723906 )Tous les Pères de l'Eglise ? par Vincent F (2013-06-10 10:40:43) 
[en réponse à 723904]

Vous seriez bien en peine de trouver un Père de l'Eglise niant la consubstantialité du Père et du Fils.
images/icones/1i.gif  ( 723909 )Vous savez lire ? par Yves Daoudal (2013-06-10 11:01:13) 
[en réponse à 723906]


"de même nature" (expression qu'un cardinal a d'ailleurs par la suite déclarée hérétique)



Les pères de l'Eglise disent tous, et souvent, et après le concile de Nicée, que le Père et le Fils sont de même nature. Ce qui n'est évidemment pas nier la consubstantialité.

"Consubstantiel" est théologiquement plus précis, mais n'est pas un mot que les pères utilisent dans leurs homélies. Ils disent "de même nature", parce que, quand on croit en un seul Dieu en trois personnes, il va de soi que sur le plan divin la nature et la substance sont une seule et même chose.

C'est pourquoi il ne peut pas y avoir trois poireaux.

(Mais il faut dire "consubstantiel" dans le Credo - donc dans le catéchisme - parce que c'est plus précis, et que les pères du concile de Nicée ont eu raison de la préciser, et parce qu'on ne doit pas modifier le texte du Credo, surtout si c'est pour l'affaiblir.)
images/icones/carnet.gif  ( 723943 )la demande de Liturgiam authenticam par Luc Perrin (2013-06-10 20:34:07) 
[en réponse à 723909]

Pour le Magistère romain récent, les traductions approuvées pourtant des années 1960 et 1970 sont bel et bien fautives ou imprécises ou contestables et en tout état de cause infidèles au texte latin du missel néo-liturgique.

La nouvelle version anglaise, la seule vraie réforme liturgique de Benoît XVI en matière de Forme extraordinaire - avec la version espagnole -, reprend explicitement le "consubstantiel".
Ce n'est sans doute pas un pur hasard ...

Plus on recule aux origines de l'Église, plus les formulations sont floues, cela se comprend. Les expressions sont ciselées par les débats, les contestations, les hérésies.
Le Bienheureux Jean XXIII n'avait pourtant pas valorisé le moins du monde, l'imprécision, les concepts mous voire cotonneux, les expressions ambiguës. Dans les consignes générales qu'il donne à Vatican II dans sa très fameuse allocution d'ouverture, le pape édictait :

"Cependant, à l'époque actuelle, il faut que la doctrine chrétienne, dans sa totalité et son intégrité, soit acceptée aujourd'hui par tous avec une attention renouvelée, un esprit serein et calme, sous une forme qui garde la précision des concepts et des termes qui brille surtout dans les Actes du Concile de Trente et du premier Concile du Vatican" (Gaudet Mater Ecclesia 1962).

Et mes collègues, éminents et compétents, répètent que cette allocution donne les principes directeurs du Concile et par extension de son application ... ils ont sûrement raison mais alors ... ne tardons pas davantage en version française pour ramener de la précision à la place du "de même nature". Par exemple.