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Relance du fil sur les modes grégoriens / Pour Le Torrentiel par Fennec (2013-05-15 13:50:41)
Ce fil s’étant perdu dans les pages déjà lointaines du Forum, je relance celui-ci ; chose promise, chose due, je retrace ici dans un long post un résumé du cours que je donne à ma petite schola sur les modes grégoriens (quand je dis "résumé", c'est que cette présentation dure environ 9 séances de 20mn – à résumer ici en quelques lignes…).
Je précise avant toute chose que je ne suis pas du tout ce qu’on pourrait appeler un expert dans le domaine, comme Bertrand Décaillet par exemple ; j’ai seulement étudié quelques livres, et l’oreille et la pratique ont fait le reste.
1. RÈGLE GÉNÉRALE
Il y a 8 modes grégoriens, numérotés de 1 à 8.
2. CARACTÉRISTIQUES DES MODES
On peut différencier ces 8 modes en leur appliquant 3 critères cumulatifs ou caractéristiques.
2.1 1ÈRE CARACTÉRISTIQUE : DISTINCTION MODES MINEURS/MODES MAJEURS
La note la plus importante est ici la finale. Il existe 4 finales principales : RE, MI, FA, SOL.
1 et 2 : Ré
3 et 4 : Mi
5 et 6 : Fa
7 et 8 : Sol
2.1.1 Technique
Pour chaque finale, la tierce (i.e. 3ème note au-dessus en comptant la 1ère) est dite :
• mineure si elle ne fait qu'1,5 ton,
• majeure si elle fait 2 tons.
Finale en Ré -> Tierce en Fa : 1,5 ton => tierce mineure.
Finale en Mi -> Tierce en Sol : 1,5 ton => tierce mineure.
Finale en Fa -> Tierce en La : 2 tons => tierce majeure.
Finale en Sol -> Tierce en Si : 2 tons => tierce majeure.
2.1.2 Expression
Grosso modo : la tierce mineure d'une finale laisse sur une impression de sérieux, pas de joie particulière exprimée, tandis que la tierce majeure d'une finale laisse sur une impression évidente de joie, de contentement, de satisfaction.
Les modes 1, 2, 3, 4 sont donc mineurs (-> sérieux), les modes 5, 6, 7, 8 sont majeurs (-> joyeux).
2.2 2ÈME CARACTÉRISTIQUE : DISTINCTION MODES CONCLUANTS/MODES EXPECTANTS
Certaines notes finales concluent la pièce et laissent bien sur une impression de fin ; d'autres laissent une impression d'attente, comme si la mélodie n'était pas finie.
2.2.1 Technique
"Tentative" d'explication :
- Modes mineurs :
si on descend sur la finale par un intervalle d'1 ton : impression de fin ; Mi -> Ré : 1 ton -> finale en Ré concluante.
si on descend sur la finale par un intervalle d'1/2 ton : impression d'inachevé ; Fa -> Mi : ½ ton -> finale en Mi expectante.
- Modes majeurs :
si on remonte sur la finale par un intervalle d'1/2 ton : impression de fin ; Mi -> Fa : ½ ton -> finale en Fa concluante.
si on remonte sur la finale par un intervalle d'1 ton : impression d'inachevé ; Fa -> Sol : 1 ton -> finale en Sol expectante.
Cette explication vaut ce qu’elle vaut, les mystères de la musique ne sont pas tous aisément explicables...
2.2.2 Expression
- Une finale concluante laisse une impression affirmative ; comme son nom l’indique, elle « conclut » et ne laisse pas la place au doute ni au flou.
- Une finale expectante tend à laisser la réflexion, la méditation, la prière se poursuivre, sans leur indiquer de terme : impression de mystère, pas de limites connues, sentiment d’infini… La mélodie, même terminée, semble nous dire : « Moi, je m’arrête, mais vous, continuez sur la lancée... Poursuivez votre contemplation, votre prière, même en sachant que vous n’en ferez pas le tour, car vous abordez l’infini... ».
Les modes 1, 2, 5, 6 sont donc concluants, les modes 3, 4, 7, 8 sont expectants.
2.3 3ÈME CARACTÉRISTIQUE : DISTINCTION MODES ÉLANCÉS/MODES RECUEILLIS
2.3.1 Technique
2 approches :
- étude de la position de la dominante,
- registre de composition.
2.3.1.1 Dominante
La dominante est :
- la note qui revient le plus souvent dans la mélodie, ou/et
- la note autour de laquelle se structure l'ensemble de la mélodie, ou/et
- la note qui, avec la finale, forme un couple en lui-même caractéristique.
2.3.1.2 Registre de composition
2 possibilités :
- La mélodie a droit à l'espace (ambitus) s'étendant entre :
. 1 note en-dessous de la finale, et
. tout l'octave au-dessus de celle-ci.
- La mélodie a droit à l'espace s'étendant entre:
. la quarte en–dessous de la finale, et
. la quinte au-dessus de celle-ci.
2.3.2 Expression
- Une dominante élevée, donc avec une mélodie élevée dans l’ensemble, mais qui redescend toujours sur la finale beaucoup plus bas, donne une impression de hauteur, de grandeur, d'élévation, d'élan… On prend les grands moyens pour exprimer ce qu'on veut dire ! Le mode (dit « authente ») peut se dire également « élancé ».
- Une dominante peu au-dessus de la finale, donc avec une mélodie qui va se cantonner principalement dans l'espace "finale – dominante", laisse une impression de recueillement, d'intériorité… La prière est alors toute intérieure, beaucoup moins expressive. On peut parler de mode « recueilli ».
On peut dire que dans un cas, on prend le mégaphone, dans l’autre, on médite intérieurement ! Ou, plus sérieusement, que dans le 1er cas, on prie debout, et dans le 2ème, à genoux.
2.3.3 Correspondance modes/dominantes/registres de composition
Finale et dominante de chaque mode :
1 : Ré-La
2 : Ré-Fa
3 : Mi-Do
4 : Mi-La
5 : Fa-Do
6 : Fa-La
7 : Sol-Ré
8 : Sol-Do
Ainsi, les modes 1, 3, 5, 7 sont élancés, les modes 2, 4, 6, 8 sont recueillis.
3. RÉCAPITULATIF
L'étude des 3 caractéristiques d'expression pour chacun des 8 modes permet de dresser le tableau récapitulatif suivant :
1 : mineur concluant élancé
2 : mineur concluant recueilli
3 : mineur expectant élancé
4 : mineur expectant recueilli
5 : majeur concluant élancé
6 : majeur concluant recueilli
7 : majeur expectant élancé
8 : majeur expectant recueilli
Bien-sûr, il n’est pas toujours évident de se souvenir des 3 caractéristiques de chacun des 8 modes ci-avant expliquées. Je demande alors à mes choristes de se choisir un terme, une image, une expression,... ce qu’ils veulent, qui leur permette de se souvenir de l’expression associée à un mode particulier.
Permettez-moi de vous livrer les termes qui évoquent pour moi (on entre un peu dans le subjectif ici, alors que les caractéristiques expliquées plus avant sont parfaitement objectives) ces associations ; selon les correspondances suivantes :
mineur : sérieux ; majeur : joyeux,
concluant : affirmatif ; expectant : infini,
élancé : explicite ; recueilli : intérieur,
j’en arrive à la classification suivante - avec toutes les approximations qu’une telle classification suppose - :
1er mode : mineur concluant élancé - on affirme fortement quelque chose de sérieux : Solennité. Exemple parfait : Kyrie XI, mais aussi la messe royale de Du Mont, introït "Gaudeamus" (Toussaint), introït "Rorate" du 4ème dimanche de l'Avent, introït "Suscepimus" de la Purification…
2ème mode : mineur concluant recueilli - on affirme doucement quelque chose de sérieux : Gravité. Le mode le plus triste (dans la mesure où on ose parler de grégorien « triste »)... et également mon préféré... Exemples : 2ème Kyrie de la messe IX, offertoire "De profundis" du dernier dimanche après la Pentecôte, graduel "Tecum principium" de la messe de minuit de Noël, offertoire de la messe de requiem…
3ème mode : mineur expectant élancé - on parle très fortement mais sérieusement de l'infini… Pas facile à caractériser, celui-là... Je n'ai rien trouvé de mieux que Cathédrale... Je n’ai pas trouvé de terme exprimant cette impression à la fois d’immensité (le mode le plus élancé), d’infini (pas de fin), sans joie exprimée... Exemples : "Te Deum" (2ème partie), "Exultet" de la veillée pascale, Préface, introït "Gaudens" de l'Immaculée Conception…
4ème mode : mineur expectant recueilli - c'est plus facile : on murmure sérieusement des considérations sur l'infini : Contemplation, méditation, adoration. Ce mode paraît totalement intérieur, typiquement : Introït « Resurrexi » du dimanche de Pâques mais aussi : alleluia "Ascendit" de l'Ascension, communion "Vidimus" de l'Epiphanie…
5ème mode : majeur concluant élancé – se comprend tout seul : Gloire. Sans conteste, le mode le plus expressif de joie tonitruante si j’ose dire (Kyrie VIII, Allelluia "Assumpta" de l’Assomption, introït "Laetare" du 4ème dimanche de Carême, graduel "Christus factus est" du Jeudi Saint, introït "Circumdederunt" de la Septuagésime, antienne "Alma redemptoris", Credo III...)
6ème mode : majeur concluant recueilli : affirmation d'une joie paisible : Béatitude. La joie toute simple d’un enfant, posée, sans fioritures, allant droit au but de sa confiance simple et naïve. « Au clair de la lune », c’est du 6ème mode ! Autre exemple typique : introït "Requiem" de la messe de requiem (quelle joie extraordinaire et paisible dans cette pièce débutant un office empli de douleur humaine... Déjà la consolation !), introït "Quasimodo" du 1er dimanche après Pâques, introït "Esto mihi" de la Quinquagésime, antienne "Ave Regina Caelorum", antienne "Ubi caritas"…
7ème et 8ème modes : majeurs concluants (pas toujours beaucoup de différences entre eux, la dominante ne variant que d'un ton) : la joie qui n’est pas - encore - concluante ? L’attente joyeuse pour un chrétien ? Espérance ! Quelques fois exubérante dans le 7ème mode, plus posée et sereine dans le 8ème, mais toujours l’espérance. Introït de l’Ascension : on visualise parfaitement les apôtres le nez au ciel, essayant d’apercevoir encore Notre Seigneur, quand les anges leur annoncent qu’Il reviendra... Autres exemples de 7ème mode : antienne "In paradisum" de la messe de requiem, introït "Oculi mei" du 3ème dimanche de Carême, introït "Adorate" du 3ème dimanche après l'Epiphanie, alleluia "Pascha nostrum" de Pâques, introït "Viri Galilei" de l'Ascension… 8ème mode : introït "Ad te levavi" du 1er dimanche de l'Avent, antienne "Et valde mane" du Benedictus des Laudes de la veillée pascale, introït "Spiritus Domini" de la Pentecôte…
Vous pouvez donc compléter votre tableau avec les expressions que vous choisirez d’associer à chaque mode, et qui vous permettront d'appréhender immédiatement, avant même de commencer à chanter, l'expression principale de la pièce.
J'insiste encore sur le choix de ces termes : ce sont les miens, ceux qui me "parlent" personnellement ; libre à vous de choisir des termes, des images, des métaphores, que sais-je... qui correspondront mieux à votre compréhension des expressions intrinsèques à chaque mode.
4. EXCEPTIONS, CAS PARTICULIERS.
4.1 FINALES AUTRES QUE RÉ, MI, FA, SOL
~ Mêmes caractéristiques pour le Ré et pour le La -> on peut trouver des 2èmes modes en La.
~ Mêmes caractéristiques pour le Mi et pour le Si -> on peut trouver des 4èmes modes en Si.
~ Mêmes caractéristiques pour le Fa et pour le Do -> on peut trouver des 5èmes et 6èmes modes en Do.
4.2 TYPES DE MODES
- Mode surabondant : la mélodie d'un mode élancé s'élève encore plus haut que l'octave.
- Mode mixte : la mélodie s'élève au-dessus des limites d'un mode recueilli, et descend au-delà des limites d'un mode élancé. Typique dans les pièces à chanter par 2 chœurs : "Kyrie" de la messe IX, "Dies Irae", "Lauda Sion"… Le chiffre du mode est dans ce cas celui du mode élancé (authente) correspondant.
- Mode imparfait : la mélodie n'utilise que quelques notes de la gamme : "Pater", Préface…
4.3 DEVINETTES…
À quels modes appartiennent les mélodies suivantes :
"Sanctus" de la messe de requiem ?
"Agnus Dei" de la messe de requiem ??
5. CONCLUSION
Pour revenir à votre question initiale, ma réponse est celle-ci :
après avoir lu les règles ci-dessus, un peu de pratique, un minimum d'oreille – vous dites en avoir - et... à l’écoute, vous saurez immédiatement (en tout cas, pas plus tard qu’à la finale) à quel mode se rattache le morceau écouté. Simple comme bonjour !
J'espère que vous éprouverez alors la même satisfaction que moi lorsque, après avoir compris ces règles, j'ai pu mettre en balance le texte et le mode et, AVANT de chanter, connaître à l'avance l'expression principale de la pièce et sa manière de mettre en valeur le texte ou au contraire de le "contredire".
L'Alleluia "Assumpta" de l'Assomption en 5ème mode colle parfaitement au texte et le renforce encore par son expression modale, tandis qu'on trouve assez facilement des textes tristes, ténébreux, voire terribles sur un mode joyeux, pour en altérer un peu la dureté… On a même des messes dans lesquelles le texte de l'Alleluia ou celui de l'Offertoire reprend celui de l'Introït, mais dans un mode complètement différent, voire opposé, pour nous le faire aborder et comprendre sous un autre angle. C'est là, à mon sens, la grande richesse du grégorien.
Il est vrai que certaines pièces - particulièrement les communions - changent facilement de mode en cours de route : celle du 2ème dimanche après l’Epiphanie, par exemple, commence bien en 6è mode, mais pour exprimer la joie exubérante du maître de maison aux noces de Cana - qui donne la nette impression qu’il est « complètement pété » -, le « Servasti » s’évade brutalement en un simili 8ème mode, puis revient, j’ose dire « tant bien que mal », en une finale 6ème mode ! Pire : une anomalie, une vraie, qui choque carrément l’oreille (peut-être que Maître Décaillet pourrait m’expliquer comment on en est arrivé à cette « bizarrerie » ?) : Alleluia du 4ème dimanche de l’Avent : Jubilus en 3ème mode, verset à l’évidence en mixte 1er/2ème modes avec finale plutôt 2ème mode, et - horreur - reprise de l’Alleluia en 3ème... Même sans rien connaître aux modes, on ne peut, à l’écoute ou en chantant, qu’avoir l’oreille déboussolée par cette transition !
Bref – si je peux dire... - j'espère seulement 2 choses avec ce message :
- avoir répondu à vos interrogations,
- ne pas avoir dit trop de bêtises qui choqueraient les vrais experts en grégorien (ce que je saurai très vite en fonction des réponses...)
En vous souhaitant bon chant !

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Rapidement par Bertrand Decaillet (2013-05-16 19:18:57)
[en réponse à 721374]
La dénomination IONIEN(do), DORIEN (ré), PHRYGIEN (mi), LYDIEN (fa), MIXOLYDIEN (sol), ÉOLIEN (la) et LOCRIEN (si) relève de la terminologie grecque appliquée
abusivement aux modes grégoriens.
Celle-ci est abusive, car de fait la réalité des modes grecs (liée simplement à la manière d'accorder la lyre) ne correspond pas à nos échelles diatoniques (et leur rôle). Néanmoins c'est Boèce (6e s.) qui en consacre l'erreur, si j'ose dire...
A la renaissance, Glareanus, dans son
Dodecachordon (1547), reprend cette terminologie que le moyen age n'a que très peu utilisée, et renoue par ailleurs avec l'idée - toute théorique - des douze modes antiques.
Le 19-20es siècle appliquent cette terminologie aux modes grégoriens:
Dorien = mode de ré
hypodorien = mode plagal de ré
phrygien = mode de mi
hypophrygien = mode plagal de mi
etc.
Mais cette terminologie est plutôt malheureuse et mérite d'être oubliée, à mon avis, au bénéfice des termes médiévaux:
protus (premier) authente (1er)
protus plagal (2e)
deuterus (deuxième) authente(3e)
deuterus plagal(4e)
tritus authente (5e)
tritus plagal (6e)
Tetrardus authente (7e)
Tetrardus plagal (8e)
Ou encore mieux et plus simple:
1) mode de do, authente
2) mode de do, plagal
3) mode de ré, authente
etc.
Ainsi on parle volontiers de premier ton (protus), lui-même subdivisé en deux modes (authente et plagal).
Il y a donc 4 tons et 8 modes, si l'on veut.
Mais tout cela n'est que convention de vocabulaire, sans grand intérêt dans le fond, sinon celui de s'entendre!
En ce qui concerne l'ethos (sentiment, atmosphère, couleur... des modes), Platon et la Grèce antique en parlent.
Néanmoins le moyen age, à part les théoriciens qu'il faut plus apparenter à des philosophes qu'à des musiciens, en parle quasiment pas jusqu'au XIe siècle. La notion en est alors un peu "artificielle" et reste toute théorique.
Il me semble capital de ne pas avoir une approche trop descriptive et moderne (anachronique) de ces modes, mais plutôt analogique et féconde (symbolique). Ainsi un
resurrexi de Pâques en quatrième ton (mode décrit comme funèbre par les chapiteaux de Cluny, 12e siècle)) serait plus à comprendre comme un point de départ du sens que comme son enfermement...
La notion d'ethos, au moyen-âge, est symbolique et non descriptive. La modernité aurait grand tort, à mon sens, de systématiser er de succomber à la tentation de vouloir enfermer les pièces dans une "atmosphère" expressive. Au contraire, il faudrait plutôt y voir un elément fécond d'expresion, non univoque (cf. encore une fois le resurrexi de Pâques, qui est sans doute l'exemple le plus spectaculaire).
Cette précaution prise, il est fort intéressant de consulter alors les descriptions (analogiques, encore une fois!) des modes au moyen age, comme par exemple - exemple délicieux entre tous - les chapiteaux de Cluny appelés "les tons de la musique" et conservés sur deux colonnes, au farinier de Cluny.
Voici ce qu'on lit sous chaque figurine sculptée:
1er mode
Hic tonus orditur modulamina primus – Voici le premier ton ordonnateur des sons musicaux.
2e mode
Subsequitur ptongus numero vel lege secundus – Vient ensuite le son qui est second par le nombre et par la loi.
3e mode
Tertius impingit Christumque resurgere fingit – Le troisième bondit et montre que le Christ ressuscite
4e mode
Succedit quartus similans in carmine planctus – Suit le 4e ton semblable aux poèmes de plaintes.
NB Voyez ici notre Resurrexi de Pâques!!!! - ce qui est délicieusement beau... et non réductible à un système et une vue "rationaliste" de l'ethos.
5e mode
Ostendit quintus quam sit quisq[u]is tumet imus - Le 5e montre combien est abaissé celui, quel qu’il soit, qui s'enfle (d’orgueil).
6e mode
Si cupis affectum pietatis respice sextum - si tu recherches le sentiment de piété, regarde au sixième.
7e mode
Insinuat flatu[m] cu[m] donis septimus almum - Le septième introduit le souffle bienfaisant avec ses dons.
8e mode
Octavus sanctos omnes docet esse beatos : Le huitième enseigne que tous les saints sont bienheureux.
Ah là là, il y aurait tant de choses à en dire!!!! De plus les sculptures sont si belles! J'ai déjà eu l'opportunité d'en aborder le sujet en conférence. Et à chaque fois ce fut un enchantement absolu pour les audizteurs de découvrir tant de richesse derrière ces figurines clunisiennes... et dans la Foi! car il s'agit surtout de cela.
Bon, concerètement:
- Si vous avez 2 heures (a perdre!)
- un billet de train à m'offrir
- et, le cas échéant, un lit...
je fais volontiers le déplacement pour vous en faire l'exposer.
Le troisième ton de la musique, Cluny:


( 721380 )
All. Veni Domine, Comm. Dicit Dominus, Dom Johner par zejack (2013-05-16 10:35:25)
[en réponse à 721305]
Très intéressant, merci.
Une explication de Dom Johner sur cet Alleluia
Veni Domine : (c'est en anglais, traduit de l'allemand)
http://www.gregorianbooks.com/p.php?p=LU354|0|732|674|298,LU355|0|74|654|190,JO37|0|196|744|836,JO38|0|108|748|820
Il identifie le verset en mode 1 et l'Alleluia en mode 3.
Et pour le propre de communion
Dicit Dominus :
http://www.gregorianbooks.com/p.php?p=LU487|0|838|668|198,LU488|0|72|664|286,VPC45|0|600|796|552,JO92|0|162|746|856,JO93|0|114|742|514
Sans compter que le psaume est en mode 5...
Le livre de Dom Johner "The chants of the Vatican Gradual" (1940) :
http://www.sanctamissa.org/en/music/books-and-articles-on-sacred-music/the-chants-of-the-vatican-gradual.html
http://archive.org/details/chantsofvaticang00john
http://www.archive.org/stream/chantsofvaticang00john#page/n5/mode/2up
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J'avais lu quelque part cette identification des modes :
1 = sérieux : Kyrie XI, Jesu dulcis, Ave maris stella, Gaudeamus, Inclina, Veni Sancte Spiritus, Dies irae
2 = triste/content : Qui habitat, Dominus dixit, Jerusalem (surge), Vir erat, Justus (ut palma)
3 = mystique : Pange lingua, Exsurge, Eripe me
4 = harmonieux : Credo I, Creator alme siderum, Resurrexi, Laetentur, Confirma, plusieurs Alleluias
5 = joyeux : Credo III, Adoro te, Salve Regina, Attende Domine, Cogitationes, Tribulationes, Timebunt
6 = dévôt : Ave verum, Ave Regina, Regina caeli, Ubi caritas, In splendoribus, Pascha nostrum, Requiem
7 = angélique : Asperges me, Hosanna, Oculi mei, Factus est, Ecce panis angelorum, In paradisum
8 = parfait : Ad te levavi, Veni Creator Spiritus, O salutaris Hostia, Jubilate Deo, Pater, Lux aeterna
Le mode 2 effectivement est assez triste dans les traits pendant le Carême mais peut révéler le contentement comme par exemple l'introit
Dominus dixit de la nuit de Noël.
Le mode 5 on le reconnaît si la pièce commence par les trois notes joyeuses Fa-La-Do d'un accord majeur.
Le mode 8 je trouve est difficile mais une fois qu'on le maîtrise on touche à l'essence du chant grégorien.
Les modes c'est comme le bon vin : ça s'apprécie avec le temps, on les reconnaît avec une oreille et une pratique régulière. A la bonne vôtre !