Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 720506 )Exercices du cardinal Bergoglio par Aigle (2013-05-07 17:38:24) 

Je viens de terminer la lecture des exercices prêchés aux évêques espagnols en 2006 par l'archevêque de Buenos Aire ("amour, service et humilité")s. Je n'ai pas la compétence suffisante pour m'en livrer à une analyse détaillée mais je voudrais vous proposer quelques réactions rapides et personnelles (et donc subjectives).

1 - on retrouve les traits que nous connaissons bien dans le "style" du pape François : propos clairs et fermes témoignant d'une foi profonde et sincère.

2 - on y voit quelques préoccupations qui semblent être centrales chez lui : refus du Diable (conformément à la doctrine ignacienne des "deux étendards"), dilection inattendue pour St Joseph, nécessité de se débarrasser des richesses (pas seulement matérielles d'ailleurs) pour faire l'effort de de marcher avec le Christ même au prix de changements douloureux, etc ...

3 - ont été moins notés par les journalistes me semble-t-il le refus de la politisation et de l'idéologisation de l'Evangile, le refus de la contestation systématique et de l'hypercritique, le fait qu'on ne peut être Chrétien hors de l'Eglise (locale et universelle), l'affirmation que l'Eglise trouve sa source dans les sacrements (et en premier lieu le baptême), méfiance à l'égard de "l'esprit du monde ... père de l'incrédulité et de toute impiété", amour de l'Eglise et exigence de son unité.

4 - je trouve frappant le choix des citations. Deux sources sont très nombreuses : St Ignace de Loyola (normal s'agissant d'exercices spirituels) et Paul VI (Evangilii Nuntiandii) . En revanche sauf erreur je n'ai trouvé qu'une citation de Jean-Paul II et aucune de Benoît XVI. En revanche une longue citation du cardinal Martini.Et une curieuse théorie de l'"herméneutique de la piété".

Mon interprétation personnelle est que le pape François a été formé dans les années 1960 dans l'esprit d'une application intégrale et sincère du Concile : il est étranger aux débats préconciliaires comme aux dérives ultra réformatrices (théologie de la Libération) et très proches de la doctrine exprimée par Paul VI (sans l'optimisme de Jean XXIII).
images/icones/neutre.gif  ( 720544 )Herméneutique de la piété, par le torrentiel (2013-05-07 21:22:00) 
[en réponse à 720506]

ça, c'est intéressant (comme presque toutes vos analyses, cher aigle):

-non seulement parce que cela constitue une alternative résolutoire à ces débats infinis sur le concile qui en font une sorte de sixième evangile (après le cinquième qui serait le livre des actes, le concile serait le second evangile de l'Esprit-Saint ou le premier evangile éclésiologique...);

-mais encore parce que cela nous permettrait de sortir de l'hypercritique par l'envers de la critique, la piété n'étant pas sans évoquer le piétisme, la foi du charbonnier, tandis que toutes les méthodes historico-critiques et autres exégèses fantaisistes qui se permettent de décider quelle Parole est authentiquement de Jésus et quelle autre est une traduction postérieure des premières communautés chrétiennes, toutes ces écoles ont sévi et prospéré, non pas tant par manque de Foi que par manque de piété. J'ai ainsi récemment approché de tels exégètes, irréprochables au plan de la Foi, mais dont les audaces m'ont fait penser que leur foi manquait de piété.


-Et quant à dépolitiser l'Evangile, je crois qu'on en aurait bien besoin, par les temps qui courent, quand on pose la défense de la loi naturelle comme un absolu, alors que celle-ci ne fait que reprendre le décalogue et la loi mosaïque auxquels NSJC, en les accomplissant, a apporté un incroyable "supplément d'âme". Qui penserait, dans les querelles en cours sur une certaine loi tobira, excessive et donc finalement insignifiante, bien qu'elle touche à des signes, à décalquer ces Paroles de Jésus sur le Sabbat : "La loi est faite pour l'home et non l'homme pour la loi", ce qui fait que... Mais je sais qu'on ne sera pas d'accord avec mes points de suspension!
images/icones/neutre.gif  ( 720558 )Herméneutique de la piété par Aigle (2013-05-07 22:56:42) 
[en réponse à 720544]

A vrai dire j'ai du mal à saisir ce que veut dire notre pape par "herméneutique de la piété". En relisant cette page, je crois percevoir l'idée suivante : la théologie n'est pas un exercice intellectuel coupé de la Foi et de la présence de Dieu. La théologie n'aurait de sens qu'en cherchant le Père par le Christ dans l'Eglise qui prêche le bien et le mal et distribue des sacrements dont l'Eucharistie est le sommet.

Vous avez sans doute raison cher Torrentiel de nous dire que pour François le Concile Vatican II est un acquis - mais finalement n'est peut-être qu'une étape dans la longue histoire de l'Eglise et non pas un point de départ ni un absolu comme il a pu l'être aux yeux de Paul VI et de ses trois premiers successeurs.

images/icones/hein.gif  ( 720559 )Pouvez-vous par Diafoirus (2013-05-07 22:57:27) 
[en réponse à 720544]

préciser le titre du livre, la maison d'édition ?
sous quel nom d'auteur ?
Comment se le procurer ?
Merci.
images/icones/fleche2.gif  ( 720575 )réponse par jean-marie dobrée (2013-05-08 07:18:10) 
[en réponse à 720559]

Jorge Maria Bergoglio
Pape François

Amour, Service et Humilité

Editions Magnificat

préface du Cardinal Philippe Barbarin

On se le procure très facilement sur Internet
images/icones/fleche2.gif  ( 720581 )Brièvement : je suis tout à fait d'accord avec vous. par Scrutator Sapientiæ (2013-05-08 08:52:10) 
[en réponse à 720544]

Bonjour et merci, le torrentiel.

1. Je suis tout à fait d'accord avec le deuxième paragraphe de votre message. Ainsi, j'ai personnellement connu de près un prêtre qui était un puits de science biblique, mais qui n'était pas un puits de piété chrétienne.

2. Sa foi était pensée, elle était même vécue, mais, pour ainsi dire, pas priée, car la relation spirituelle avec celui qui est la cause première et la fin dernière de la Foi catholique, à savoir Dieu lui-même, ne semblait pas être la source d'inspiration et d'orientation de sa relation à l'Ecriture.

3. Je tiens à préciser

- qu'il n'était pas entièrement dépourvu de piété, mais qu'elle ne "transparassait" pas,

- que cela ne faisait pas de lui un "hérétique", dans l'acception technique du terme.

4. L'exégèse historico-critique a fait énormément de mal à bon nombre de ceux qui y ont recouru, dans la mesure où elle leur a fréquemment fait perdre de vue l'essentiel, qui n'est pas la relation, savante, à l'Ecriture, mais la relation, pieuse, à la Parole.

5. Je suppose que dans "l'herméneutique de la piété", il y a, ou il peut y avoir, une réflexion sur

- l'appropriation intellectuelle, qui a une vertu informative, doctrinale,

- l'appropriation relationnelle, qui a une vertu performative, spirituelle.

Mais c'est avant tout nous qui avons vocation à nous laisser approprier par Dieu.

Penser, prier, vivre, en fonction et en vertu de cette double exigence, est un défi, pour chacun d'entre nous.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.
images/icones/neutre.gif  ( 720613 )Principe et fondement par Marek (2013-05-08 11:49:05) 
[en réponse à 720506]

J'ai feuilleté ce bouquin. D'entrée, François rappelle le principe et fondement de notre vie terrestre : faire le bien pour mériter le ciel. C'est déjà cela, car à l'école moderniste on finirait par l'oublier. Ensuite, on voit que François aime bien faire la leçon à ses collègues en épiscopat. Je n'ai pas retrouvé ce qui fait le charme des exercices ignaciens : les tableaux qui permettent de nourrir les méditations. François n'est pas poète semble-t-il.