Le Forum Catholique
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( 720182 )
A l'attention des grégorianistes par Bertrand Decaillet (2013-05-04 22:29:40)
Codex 339 St-Gall, fol.15, intr. de la fête des Ss Innocents.
De la bouche des enfants et de ceux qui sont à la mamelle, ô Dieu, vous avez tiré une louange parfaite à la face de vos ennemis.
Recopier, page après page, chaque partition grégorienne en y ajoutant un à un les signes neumatiques! Il y a maintenant plusieurs années que je me suis attelé à ce travail (de bénédictin) qui m'aura pris des heures et des heures... afin d'en nourrir les différentes scholae où j'ai pu chanter. Aujourd'hui je me dis qu'il serait utile de partager tout ce travail, afin peut-être d'épargner tel ou tel autre maître de choeur assoiffé de ces précieuses indications qui nous relient aux sources grégoriennes (et aux ages de Foi!).
J'ai donc mis en ligne (et continuerai de le faire peu à peu) les partitions grégoriennes des messe du dimanche avec les signes neumatiques de St-Gall, en rouge et très lisible (contrairement au Triplex).
L’intérêt ici n'est pas musicologique (les sources ne manquent pas de ce point de vue, dont le Triplex, mais aussi sur le net), mais bien pratique: il s'agit de pouvoir chanter en schola, au lutrin, dimanche après dimanche, avec les si précieuses indications des premiers manuscrits grégoriens, et ce en suivant la pratique du rit romain traditionnel. Le choix se limite à la notation de St-Gall afin d'éviter de surcharge de l'oeil pour une lecture in situ.
Ceux qui connaissent cette notation savent combien cette écriture (dont les premiers manuscrits sont du 10e s. - auparavant on connaissait tout par coeur!) est riche d'indications expressives qui constituent le grand trésor de la pratique du chant au haut moyen âge, non seulement du point de vue du chant de l'Eglise, mais aussi du point de vue de la musique en général, toute catégorie confondue. C'est un trésor inestimable! Une telle notation, aussi riche, aussi précise et objective, est unique. Elle a été inventée pour le grégorien, et sera oubliée ensuite, lorsque l'interprétation négligera ces nuances.
La notation carrée, plus tardive(dès les 12-13es siècles), s'appliquera en effet surtout à noter les mélodies, mais pour le coup ne retiendra plus toutes ces indications expressives et nuances qui traduisaient une délicatesse d'âme exquise et un raffinement esthétique tels que seule la sainteté aura pu les susciter, sans maniérisme ni non plus négligence.
Il s'agissait donc pour moi, d'offrir les deux notations simultanément, pour une lecture au lutrin de choeur, afin d'éclairer au mieux l'interprétation grégorienne.
Avec les pièces dont nous possédons les manuscrits anciens, j'ai joint les pièces non neumées (écrites plus tardivement car connue par coeur), mais que nous chantons régulièrement (Kyriale etc.), de telle sorte qu'un maître de choeur puisse facilement imprimer de même ces fichiers en format A3 et lire avec ses scholistes aussi bien le propre que l'ordinaire au lutrin.
Les fichiers sont tous des PDF téléchargeables et facilement imprimables.
Il se trouve sous l'onglet intitulé
lutrin du site du
Choeur Ad Dominum.
Voilà, il me reste à vous souhaiter bonne pioche,
belle louange,
et belle fête de l'Ascension!
U.I.O.G.D.

( 720183 )
J'oubliais par Bertrand Decaillet (2013-05-04 22:39:13)
[en réponse à 720182]
- un détail d'importance: les offertoires sont notés avec leurs versets (qui sont des joyaux!!) et que nous aimerions tant entendre à nouveau !
- ainsi que quelques -s- -nt- et autres... Veuillez me pardonner.

( 720185 )
Un joyau ! par Balbula (2013-05-04 22:46:14)
[en réponse à 720183]
Merci beaucoup pour ce magnifique travail !
Union de prières
Balbula (qui aimerait bien pouvoir un jour chanter avec ces belles choses et qui, en attendant, va à la messe basse VOM et joue la messe NOM pour des religieuses âgées ...)

( 720470 )
Une solution par Bertrand Decaillet (2013-05-07 13:15:36)
[en réponse à 720185]
Merci, chère Balbula!
Une solution à vous suggérer pour vos dimanches:
- vous allez à la messe basse VOM (ça, c'est entendu).
- vous jouez à la messe NOM (faut bien gagner sa vie

).
- et vous chantez la messe grégorienne dans votre salon, avec lutrin et tout et tout! (lorsque les institutions catholiques sont décadentes, les ermitages fleurissent.)
... et comme cela, pour vous, ce sera tous les dimanches Noël !
Amitiés.

( 720516 )
Idée excellente par Balbula (2013-05-07 18:22:50)
[en réponse à 720470]
que je ne perds pas de vue et que je tâche de mettre à exécution quand ma nombreuse famille et mes aussi nombreux engagements me laissent un peu de répit ! Il faut bien garder la main, la voix ... et la tradition orale, c'est-à-dire la mémoire en chantant par coeur !
Entre nous, il y a un petit projet dans l'air à la faculté de musique de l'université Laval : on m'a proposé de monter, comme éventuelle chargée de cours, un atelier pratique de musique médiévale qui serait offert aux étudiants en musique. Je vais commencer à plancher là-dessus cet été, mais j'ai au moins un an pour le faire. Musique vocale religieuse (grégorien, mais aussi proses, prosules, drames liturgiques, ...) et profane et musique instrumentale. Je prends des contacts pour des luthiers et facteurs d'instruments médiévaux, si vous avez des pistes...
Merci et union de prières
Balbula

( 720188 )
J'admire votre science bien que je n'y connaisse rien par Michel Jacques (2013-05-04 22:52:15)
[en réponse à 720182]
et que je me contente de suivre et chanter le grégorien à l'oreille tous les dimanches (shame on me !...) mais vous me donnez envie de m'y plonger, un simple merci donc.
Bien amicalement in Xto, cher Bertrand.
MJ

( 720191 )
Excellent travail par Quaerere Deum (2013-05-04 23:13:48)
[en réponse à 720182]
Maintenant, il reste le plus dur à faire : convaincre les choristes VOM de s'inspirer de ces neumes pour améliorer le chant paroissial.
Jusqu'à maintenant, je constate que la méthode de Solesmes est bien ancrée (comment convaincre de chanter le salicus correctement sans s'arrêter à la note intermédiaire ?).
Personnellement, j'utilise le triplex pour le VOM et le NOM, et il faut avouer que les chantres du NOM sont plus audacieux de ce point de vue.

( 720253 )
À la grand-messe de ce matin, par Amandus (2013-05-05 21:05:44)
[en réponse à 720191]
... nous chantions tous avec le triplex. Nous suivions la vraie méthode de Solesmes comme base, mais en restant dans son esprit de recherche et de redécouverte des manuscrits : donc plus d'ictus sur l'oriscus du salicus et même (avec l'accord du curé de la paroisse) la restauration de l'introït d'après les études de Beiträge... Il y a donc de quoi vous donner de l'espoir, n'est-ce pas ?
Cordialement,
Amandus

( 720262 )
Mais par Quaerere Deum (2013-05-05 21:37:29)
[en réponse à 720253]
vous me donnez la fin avant de nous donner les moyens.
Si c'est bien une chorale VOM, comment vous y êtes-vous pris ?
Est-ce que vous êtes parti dès le début comme cela, ou avez-vous dû convaincre ?

( 720335 )
En trois étapes par Amandus (2013-05-06 13:10:04)
[en réponse à 720262]
Donner à tous les choristes
1° Un Amour de Dieu toujours grandissant
2° Un grand amour de son Église
3° Un amour et un respect pour sa sainte liturgie
Si c'est bien une chorale VOM, comment vous y êtes-vous pris ?
Oui c'est bien une vraie paroisse, une vraie église avec un vrai curé qui dit la vrai messe. C'est assez unique mais ça n'en est pas moins vrai...
Est-ce que vous êtes parti dès le début comme cela, ou avez-vous dû convaincre ?
On se connait depuis longtemps. Personnellement je suis né dedans (dans cet amour du beau, du bon, du vrai...). Mais les différentes chorales que je côtoie ici et là se sont prises de la même ardeur. Pour être plus précis, ce sont les autres choristes qui m'ont transmis cela car j'ai d'abord été le cadet avant de voir d'autres se joindre à leur tour...
La recette de départ est facile, c'est ensuite une question de travail et de pratique. Saint Augustin disait « Bien chanter c’est prier deux fois ». Et sa recette était sans doute « Dilige, et quod vis fac » : une fois que l’on recherche le vrai amour droit, pur et désintéressé, c’est bien parti.
Bien à vous,
Amandus

( 720471 )
Votre message par Bertrand Decaillet (2013-05-07 13:25:30)
[en réponse à 720335]
me dit que nous nous entendrions tellement bien !
En tout cas, c'est magnifique, continuez avec ce si bel esprit. Ce sont les gens comme vous qui construisent.
Assurément le problème n'est pas "ecole ceci" ou "école cela", mais la sainteté! - un authentique amour de Dieu, de son Eglise, à travers le service humble (en ce qui regarde le serviteur) et noble (en ce qui regarde le service lui-même) de la sainte liturgie. Après cela "les oeuvres" suivent naturellement, et l'art se manifeste alors dans toute son exigence ("la qualité" disait s. Pie X), qui n'est pas moins élevée que celle de l'Amour - car il procède de la même exigence, du même Amour.

( 720511 )
Je ne suis que le maçon par Amandus (2013-05-07 17:58:15)
[en réponse à 720471]
... qui suit le maître d’œuvre. C'est vrai que je construis en chantant :)
Bien cordialement,
Amandus

( 720270 )
Cher Quaerere... par Chouette (2013-05-05 22:00:04)
[en réponse à 720191]
J'ai supprimé il y a maintenant bien longtemps, l'allongement de la note intermédiaire du salicus, pour pouvoir respecter le texte....Et c'est vraiment tellement mieux...
Je crois que la méthode de Solesmes n'est pas là pour nous enfermer, mais justement pour nous libérer, puisque nous savons que le chant grégorien, c'est le chant de la liberté de l'âme, celle qui est soumise à la gloire de Dieu.
Le chef de choeur a donc toute liberté, du moment qu'il est au service de la liturgie, du ciel, qu'il fait de sa direction, une servante priante dans les mains du Bon Dieu...
J'avoue m'être beaucoup libérée dans ma direction grégorienne, grâce à la liberté très forte de quelques plus chevronnés que moi, et tout particulièrement l'abbé Philippe Laguérie.
A quand une "master class" de grégorien tournée non pas sur la technique - prisonnière de la technique - mais un temps d'approfondissement spirituel qui nous permettra d'exprimer toujours plus la prière de toute l'Eglise ?
Voilà des années que j'y pense, il faut juste un peu de temps....

( 720329 )
En tous points d'accord avec vous ! par Fennec (2013-05-06 12:38:41)
[en réponse à 720270]
Concernant les salicus, j'arrive aussi petit à petit à faire supprimer par mes grégorianistes ce ralentissement qui bloque la montée mélodique de façon si inélégante...
J'ajoute même que j'ai de plus en plus tendance à supprimer, ou tout au moins à réduire fortement le ralentissement exagéré de bon nombre d'épisèmes horizontaux qui me font le même effet de blocage et d'alourdissement de la mélodie...
Le chef de choeur a donc toute liberté, du moment qu'il est au service de la liturgie, du ciel, qu'il fait de sa direction, une servante priante dans les mains du Bon Dieu...
Là aussi, en plein accord avec vous... Et de toute façon, le chef, c'est le chef, quoi ! Non mais !
Quant à la "master class", le "dom Baron" constitue souvent pour moi une aide précieuse - même si je reconnais ne pas toujours être en accord avec ses préconisations...

( 720474 )
Tout art suppose par Bertrand Decaillet (2013-05-07 13:39:57)
[en réponse à 720329]
Tout art véritable suppose "création" (je n'ai pas dit "créativité"

), et la création artistique est une relation exigeante (sacrificielle à certains égards) à la vérité. C'est pourquoi il n'y a pas de recette ou de mécanique de la beauté.
Aussi, je suis moi aussi tout à fait convaincu qu'un chef doit être artiste et user d'une certaine subjectivité dans l'interprétation, et non seulement le chef, mais chacun des scholistes, dans une objectivité qui garantisse l'ensemble néanmoins. Mais justement subjectivité et objectivité ne sont plus ici hostiles: elles s'appellent l'une l'autre, elles exigent l'une de l'autre.
Mieux que subjectivité, disons peut-être "responsabilité". Celui qui est responsable... est celui qui s'est engagé dans le chemin de l'amour, un amour qui engendre (qui crée) et non un amour qui conserve, enterrant le talent reçu.
Et nous le savons bien, depuis saint Augustin au moins: "chanter est le fait de celui qui aime" (Sermon 336, 1, 6).

( 720195 )
Impressionnant ! par zejack (2013-05-04 23:34:42)
[en réponse à 720182]
Impressionnant !
Quelques questions : de quel livre de chant grégorien avez-vous extrait les partitions en notes carrées ? Avez-vous scanné un livre vous-même ? Enfin est-ce un livre de chant VOM ou NOM ?

( 720475 )
Mes sources par Bertrand Decaillet (2013-05-07 13:42:44)
[en réponse à 720195]
Suite à votre bonne demande, j'ai mentionné sur le site lui-même, mes sources. Peut-être les avez-vous vues depuis.
Mais je relève à nouveau ici le travail préalable d'Anton Stngl
ICI, qui m'a fait gagner énormément de temps.

( 720306 )
MA-GNI-FIQUE ! par Praecantor (2013-05-06 08:59:26)
[en réponse à 720182]
Bravo, c'est vraiment une idée brillante et surtout un travail exceptionnel !
Merci à vous, et merci pour tout. Ce sera utilisé !

( 720310 )
L'ascension, c'est magnifique... par Praecantor (2013-05-06 09:31:26)
[en réponse à 720182]
Et pour la Pentecôte, allez vous publier les partitions ?
Je sais, le projet est à peine entamé et je suis exigeant. Mais l'idée est tellement excellente...
Il est certain que le Triplex est avant tout un livre pour le maître de choeur et qu'il est parfois difficile pour les choristes de bien lire et la notation carrée et la notation neumatique. Mais là avec votre projet, c'est parfait. Et en plus même la notation carrée est bien revue avec le strophae, les oriscus... Bref ; c'est une vraie belle avancée pour retrouver la tradition grégorienne.
Donc... J'aimerais vraiment qu'on puisse chanter sur ces partitions pour la Pentecôte...

( 720349 )
Vous les aurez, promis! par Bertrand Decaillet (2013-05-06 16:37:36)
[en réponse à 720310]
Le travail est déjà fait, en grande partie, pour toute l'année liturgique (au moins les dimanches). Il reste juste la mise en ligne, et des trous à combler... Vous aurez très prochainement la Pentecôte.
Merci pour votre bonne appréciation qui réjouit. Proficiat!

( 720350 )
Pentecôte par Praecantor (2013-05-06 16:45:27)
[en réponse à 720349]
Superbe. Grand merci à vous !

( 720878 )
Juste ne passant par Bertrand Decaillet (2013-05-11 13:37:05)
[en réponse à 720350]
vous signaler que, ça y est, la Pentecôte est en ligne (si j'ose formuler ainsi!)
Udp

( 720323 )
Merci beaucoup par Sénéchal (2013-05-06 12:07:45)
[en réponse à 720182]
et bravo pour ce beau travail de bénédictin.
Je me contente pour ma part de mon "800" (réédition du Barroux), et je m'appuie sur les bon vieux signes rythmiques (points, épisèmes et ictus) de Solesmes, confirmés et explicités par la Schola Saint Grégoire.
Je me garderais bien comme certains théoriciens des années 70-90 de piétiner plus d’un siècle de restauration grégorienne solesmienne. Un récent CD des "Chantres du Thoronet" qualifiait scandaleusement celle-ci de «lettre morte des vieux manuscrits…rythme amolli…mièvreries postiches.»
Sauf que pour porter la prière on n'a pas encore trouvé mieux.
Bien à vous.

( 720344 )
Indication du mode grégorien ? par zejack (2013-05-06 15:51:21)
[en réponse à 720182]
Peut-être que j'ai mal vu mais il me semble que beaucoup d'introits n'ont pas l'indication du mode grégorien... à commencer par ce Viri Galilaei par exemple.

( 720346 )
Je vais tâcher de vous répondre... par Bertrand Decaillet (2013-05-06 16:33:22)
[en réponse à 720344]
..., à tous, mais je cours un peu. Merci pour vos bons messages, en tout cas.
Oui, quelquefois l'indication du mode manque en raison de la lettrine. Mais il est très facile, par ailleurs, d'identifier le mode des pièces.
Je reviens, promis.

( 720347 )
Tout dépend de votre livre... par Fennec (2013-05-06 16:33:40)
[en réponse à 720344]
De tête, sans pouvoir vérifier immédiatement, mais en me remémorant la mélodie, c'est à l'évidence un 7ème mode.
Je ne connais que le "Sanctus" et l"Agnus Dei" de la messe de requiem pour lesquels le mode est "un peu" difficile à déterminer... et donc non indiqué.
En tout cas, je suis bien persuadé que mon "800" indique bien un "7" (voire un "8" ?).
C'est quelquefois un peu artificiel, du fait des changements de mode en cours de chant, particulièrement dans les communions...

( 720352 )
Les 7e et 8e modes par Bertrand Decaillet (2013-05-06 16:50:12)
[en réponse à 720347]
en effet ont souvent des mélodies qui hésitent entre l'authente et le plagal, entre la teneur sur ré ou sur do... et sont d'ailleurs tout à fait intéressant à étudier du point de vue de la modalité.
Les autres modes sont en principe plus stables et donc plus clairs à identifier.
Reste que la théorie des modes (plus tardive que l'élaboration du répertoire) a quelquefois corrigé le répertoire pour se l'approprier et faire entrer les mélodies dans le canon. Voire à ce sujet les très intéressant (et "illisible", je tiens le mot de l'auteur lui-même!) article de Dom Jean Claire: "Evolution modale dans les Récitatifs liturgiques" , Revue grégorienne, vol. 41, no. 6,
1963 , p. 127-151.

( 720480 )
Le mode par Bertrand Decaillet (2013-05-07 14:04:53)
[en réponse à 720344]
Pour trouver le mode c'est très simple, du moins dans la majorité des cas :
1)regarder la dernière note de la pièce: celle c-i vous donne déjà quatre possibilité : ré - mi - fa - sol (les trois autres étant assimilablse à celles-là: la=ré, si=mi, do=fa).
Notre
Viri Galilaei est donc en mode de sol.
2) Ensuite il reste à déterminer s'il s'agit du premier mode de sol (authente) ou du deuxième mode de sol (plagal), respectivement 7e et 8e mode. Les modes authentes se déploient dans l'ambitus d'une octave au-dessous de la note finale (de sol à sol). Les modes plagaux se déploient dans l'octave qui descend une quarte en dessous de la note finale et monte une quinte au-dessus de celle-ci (ici ce serait de ré à ré).
Notre
Viri Galilaei ne descendant pas plus bas que le
fa (note qui ici n'a guère pour fonction que de souligner une résolution sur sol), on en conclut que l'on est en mode authente, ce que confirme par ailleurs la teneur psalmodique sur
ré.
Bref trois élts pour déterminer le mode d'une pièce: la finale, l'ambitus, et la corde de récitation.
1er mode:
finale
ré
ambitus
ré-ré
teneur
la
2e mode
finale
ré
ambitus
la-la
teneur
fa
3e mode
finale
mi
ambitus
mi-mi
teneur
si (do)
la teneur du 3e ton a tendance à monter au do en raison de la forte tension que crée le demi-ton.
4e mode
finale
mi
ambitus
si-si
teneur
la
5e mode
finale
fa
ambitus
fa-fa
teneur
do
6e mode
finale
fa
ambitus
do-do
teneur
la
7e mode
finale
sol
ambitus
sol-sol
teneur dré
8e mode
finale
sol
ambitus
ré-ré
teneur
do
Voyez que, désormais, préciser le mode dans la partition serait presque... injurieux


( 720482 )
erratum par Bertrand Decaillet (2013-05-07 14:10:16)
[en réponse à 720480]
Les modes authentes se déploient dans l'ambitus d'une octave au-dessous de la note finale (de sol à sol)
lire
au-dessus, bien sûr.

( 720493 )
C'est bien la règle générale... par Fennec (2013-05-07 15:21:21)
[en réponse à 720480]
... à laquelle il faudrait ajouter :
- les modes "imparfaits" (ne se contentant que d'une partie de l'ambitus auquel ils ont théoriquement "droit"),
- les "surabondants" qui au contraire ont une mélodie qui excède cet ambitus,
- les "mixtes" (empruntant à l'authente et au plagal),
- et... les pièces inclassables dans l'une ou l'autre catégorie...
On peut y voir une démonstration de la richesse du grégorien, qu'on ne saurait mécaniquement classifier et enfermer tout-à-fait dans des règles trop étroites pour lui !
Mais je pense que vous serez de mon avis : les modes sont en général beaucoup trop méconnus, pour ne pas dire totalement inconnus, de beaucoup de scholae ; et pourtant, si l'on veut étudier correctement une pièce grégorienne, il me paraît primordial, après l'étude sérieuse du texte, de considérer alors le mode donné : ceci permet alors de connaître - avant même de déchiffrer et de chanter la mélodie - le "sentiment" exprimé par la mélodie, et de se préparer à chanter dans l'esprit impliqué par ce mode.
Ainsi, un texte de supplication pourra être dans un mode sévère ou au contraire joyeux, s'exprimant avec retenue (plagal) ou avec une forte expression (authente), affirmatif et sûr de lui (1er, 2ème, 5ème ou 6ème) ou laissant sur une impression d'infini (les autres)...
Oui ! Quelle richesse !
Voilà pourquoi il me paraît si important de connaître un minimum les modes grégoriens, si l'on veut essayer de chanter/prier en comprenant un - tout petit - peu ce qu'on fait...

( 720541 )
Pardonnez-moi cette question exotique sur un sujet qui me passionne par le torrentiel (2013-05-07 20:57:17)
[en réponse à 720493]
d'autant plus que je ne le maîtrise pas et qu'il a pour moi l'épaisseur du mystère. Mais à votre avis, peut-on entendre les modes à l'oreille de même qu'une oreille un peu musicale peut finir par entendre les tons? Je veux dire par là: y aurait-il un moyen de reconnaître les modes autre que cérébral? Ou encore, si la tonalité est émotionnelle (d'abord convenez-vous ou non de cette prémice?), comment caractériseriez-vous la modalité? Et, pour me résumer, quelle est la méthode pour qu'une oreille entende un mode? Pour moi, c'est une vieille curiosité dont j'ai toujours été frustré, et ce n'est pas faute d'avoir essayé de convertir des schémas modaux en schémas tonaux;mais, à la base, cet exercice et cette question ont-ils de l'intérêt et si non, pourquoi? Merci d'avance à qui aura envie de creuser la question avec moi.

( 720599 )
Ce WE risque d'être bien chargé... par Fennec (2013-05-08 11:10:21)
[en réponse à 720541]
J'espère que vous ne m'en voudrez pas si je ne vous réponds que la semaine prochaine ?
Ma réponse pourra être un peu longue, et je ne pense pas trouver le temps ces jours-ci...
Bien cordialement.

( 720718 )
Je vous en voudrai d'autant moins par le torrentiel (2013-05-09 08:50:30)
[en réponse à 720599]
que la question m'intéresse depuis des années et que, si vous avez une longue réponse à me faire, c'est que vous avez beaucoup de lumière.
Aussi, recevez d'ores et déjà mes remerciements anticipés.

( 720624 )
Entendre les modes, ça se cultive par Balbula (2013-05-08 13:37:53)
[en réponse à 720541]
Comme tout aspect de formation auditive. Pour arriver à distinguer les tonalités (par exemple, distinguer fa majeur de sol majeur), il faut avoir l'oreille absolue ou du moins, une très bonne oreille relative. Pour distinguer les modes à l'oreille, ce n'est pas nécessaire. Il faut repérer la tonique, la dominante et la position des demi-tons en entendant intérieurement la gamme sur laquelle est construite la mélodie. Dans les musiques traditionnelles, celles de l'Est de l'Europe par exemple, ou au contraire, dans les musiques modernes qui utilisent d'autres modes que le majeur ou le mineur, par exemple, le blues, il peut arriver qu'un certain flottement existe entre plusieurs modes et que la place des demi-tons varie à l'intérieur de la pièce. On parlera alors de modulation.
Ces modulations arrivent parfois aussi dans certaines pièces de chant grégorien. Par contre, pour ce chant, on parle de teneur plutôt que de dominante, comme en ont parlé d'autres intervenants.
Que les modes aient une connatation émotionnelle, les Grecs n'en doutaient absolument pas eux qui attribuaient à chacun des modes antiques un état d'âme. Cela s'est transmis partiellement dans les modes grégoriens.
Dans les musiques orientales, qui comprennent de nombreux modes différents des nôtres (entre autres avec des degrés entre nos tons et demi-tons), le rôle de ces modes est clairement défini et associé à tel sentiment, tel état d'âme ou tel type de comportement.
Par contre, je ne comprends pas bien votre idée de vouloir convertir des schémas tonaux en schémas modaux : ce sont deux choses différentes. Les degrés d'un mode gardent toujours les mêmes intervalles entre eux. Vous en avez ici une liste intéressante :
Modes
Les modes occidentaux peuvent être transposés : de là toutes les tonalités majeures et mineures que nous connaissons. Quant aux modes grégoriens, il arrive aussi qu'on les transpose, quand les chantres ne peuvent les chanter dans leur tonalité originale, soit parce que le mode est trop aigu ou trop grave. Cette pratique change cependant beaucoup la couleur des pièces et, pour moi, ce serait comme faire jouer la symphonie no 9 de Beethoven en si mineur plutôt qu'en ré mineur, sous prétexte que les voix sont toujours grimpées dans les hauteurs durant l'Hymne à la joie. Cela changerait totalement l'oeuvre. Ou encore, faire chanter à un contralto un air de soprano coloratur transposé. Cela ne serait plus du tout la même chose. Mais bon, on fait avec ce qu'on a et la plupart des scholas ne pourraient jamais chanter le Kyriale IX si elles ne le transposaient pas.
Bonne chance dans votre formation auditive !
Union de prières
Balbula

( 720720 )
J'ai une bonne oreille relative, par le torrentiel (2013-05-09 09:20:50)
[en réponse à 720624]
d'où ma facilité à entendre les tons et à jouer quasiment d'oreille. Je pourrais même, pour des passages symphoniques pas trop compliqués, dire d'oreille (que je n'ai pas dure...) ce qui est écrit sur la partition. D'où mon idée, pour apprivoiser les dispositions différentes des demi tons selon les modes, de faire des schémas tonaux en partant d'une seule gamme et en harmonisant différemment celle-ci selon que les demi tons sont disposés différemment dans les modes. Cela vous donne, par exemple, pour le ré plagal (ou deuxième mode), un ré mineur sans la sensible altérée de nos gammmes actuelles à monter chaque jour lorsque l'on est pianiste... Cette idée n'est pas tout à fait saugrenue, mais transporte le réflexe harmonique dans l'apprivoisement de la monodie.
Les transpositions que font couramment les moines ne facilitent pas l'audition des modes à l'oreille, outre que, comme vous le dites, elles dénaturent la mélodie.
Un ami m'avait introduit au chant grégorien en me disant que cette forme antique de musique refusait toute altération. Quelle ne fut pas ma surprise d'en entendre néanmoins dans les disques de mélodies interprétées par les moines. Le même ami me dit que le chant grégorien ne tolérait à l'origine que le si bémol et que les autres altérations qu'on pouvait entendre était dues à ces transpositions plus ou moins heureuses, mais qui, me disait-il, ont toujours été pratiquées.
Vous m'apportez une autre clef en m'expliquant qu'il peut y avoir changement de mode à l'intérieur d'une même mélodie, d'où le mot de modulation, qui sert aussi à désigner les changements de ton à l'intérieur d'une mélodie tonale (comment n'y avais-je pas pensé?)
Il est vrai que le blues et le jazz ne raisonnent pas tout à fait selon la logique des deux modes majeurs et mineurs, d'où la fascination des musiciens de jazz pour le chant grégorien, j'ai un ami qui est dans ce cas-là et qui est quasiment venu à la liturgie par le jazz, de même qu'il a pris goût pour la musique d'orgue grâce à Marie-claire alain et au recours de cette merveilleuse interprète à des registrations qui sortaient du pompeux obligatoire introduit à l'orgue par la musique (et la facture) romantique.
La différence émotionnelle raisonnée dans la musique modale se retrouve chez les compositeurs de la musique tonale, mais je n'ai jamais réussi à garder en mémoire quels tons étaient affectés de quel coefficient émotionnel.
Votre terme de "formation auditive" et particulièrement heureux. vous ou quelqu'autre liseur saurait-il me conseiller une schola qui serait centrée sur cette formation auditive, même si je ne suis paps rétif à chanter dans un choeur pour l'acquérir?
Enfin, merci beaucoup pour votre lien et du temps que vous avez consacré à me répondre.
UDP
Le torrentiel

( 720729 )
De la signification des modes par Balbula (2013-05-09 14:26:32)
[en réponse à 720720]
Vos réflexions très intéressantes m'incitent à poursuivre en vous donnant quelques liens sur la signification
des tons majeurs et mineurs, par des auteurs de l'époque baroque, où il est intéressant de comparer dans ce tableau les appréciations diverses de quatre auteurs, selon leur lieu d'origine. Vous avez
ici un article fort intéressant de Max Méreaux sur l'origine et la signification des modes grecs et des modes grégoriens et où il parle également des tonalités.
Quant à la formation auditive, je suis du Québec et les études musicales y sont accessibles d'une manière différente qu'en Europe. Je ne sais pas si les Conservatoires permettent une telle formation sur les modes et s'ils vous sont accessibles. Ou alors un professeur de musique qualifié pour cela qui vous aiderait en privé.
Pour les modes grégoriens, je me suis d'abord formée avec quelques vieux (ou moins vieux) chantres formés en général par la mouvance de Solesmes. Ils ne tenaient pas tellement compte des modes, du moins pas assez à mon goût, j'ai donc complété en autodidacte. Depuis trois ans, je suis à la faculté de musique de l'université Laval où nous avons des cours de formation auditive qui nous entraînent à reconnaître les modes et les modulations à l'oreille. Mais on doit continuer régulièrement à faire cette écoute active pour ne pas perdre les réflexes auditifs.
Union de prières et bonne continuation !
Balbula

( 720734 )
Des cours de formation auditive, par le torrentiel (2013-05-09 15:59:15)
[en réponse à 720729]
votre université est le paradis de l'éveil musical. Ce n'est pas la première fois que je suis émerveillé des méthodes d'enseignement du québec, tout à la fois rigoureuses et souple. Je tenais à vous dire ceci en guise de remerciement, avant d'avoir le loisir de consulter vos liens de plus près. Peut-être reviendrai-je vers vous après cette lecture. Merci mille fois ! UDP

( 720510 )
Moyen mnémotechnique par Amandus (2013-05-07 17:54:00)
[en réponse à 720480]
Pour commencer, il est simple de retenir déjà les finales-teneurs pour chacun des modes :
1. Ré-La
2. Ré-Fa
3. Mi-Si
4. Mi-La
5. Fa-Do
6. Fa-La
7. Sol-Ré
8. Sol-Do
C’est comme cela que je les retiens. Comme quoi tout est facile ; il suffit de savoir. Mais c'est en fait comme cela que je les ai appris en classe...
A.

( 720536 )
Bref... par zejack (2013-05-07 20:23:07)
[en réponse à 720480]
Ah bon ? Vous avez cru que je vous demandais de m'expliquer toute la théorie des modes grégoriens et autres moyens mnémotechniques du comment identifier le mode par les notes et la finale, tout ça ? Vraiment ? Je vous signalais juste que le mode n'est pas indiqué, c'est tout.
C'est votre projet je ne vais pas vous dire ce que vous avez à faire, hein ? Il me semble que ça tombait sous le sens d'indiquer le mode...
> Voyez que, désormais, préciser le mode dans la partition serait presque... injurieux
Non non, juste poli. Les moines de Solesmes indiquent le mode grégorien sur toutes les pièces dans tous leurs livres, vous croyez que c'est injurieux ?
Mais comme l'indique le sujet de ce message : bref...

( 720543 )
Bravo ! par Paterculus (2013-05-07 21:15:32)
[en réponse à 720182]
Travail bien utile aux choristes : on ne peut qu'applaudir à deux mains.
Votre dévoué Paterculus