Le Forum Catholique

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images/icones/1a.gif  ( 719975 )Les animaux ... par Evy (2013-05-03 14:44:43) 

J'ai entendu aussi qu ils n'auraient pas d âme (un ami théologien, St Augustin d Hippone, etc), qu en pensez vous ?
images/icones/fleche2.gif  ( 719980 )Vivants par Rémi (2013-05-03 15:20:49) 
[en réponse à 719975]

les animaux sont, littéralement et étymologiquement en Français, "animés", ils possèdent une âme laquelle jouit des facultés sensitives et motrices, tandis que la nôtre est aussi intellective. De plus, à la différence là aussi de la nôtre, différence fondamentale, leur âme n'est pas immortelle, elle n'est pas subsistante indépendamment du corps.

Cf. saint Thomas, Prima pars de la Somme de théologie, Q75, art.3, sous réserve, et qu'on me corrige, que je l'aie bien compris.
images/icones/5b.gif  ( 719982 )Vous voulez dire ? par FilsDeMarie (2013-05-03 15:44:32) 
[en réponse à 719980]

que je ne reverrai pas ma petite chatte au ciel ?
images/icones/5a.gif  ( 719983 )Pas plus que moi par Rémi (2013-05-03 16:01:23) 
[en réponse à 719982]

mon moyen chien ...


Cela peut sembler sévère et la théologie bien rigoureuse de nous ôter cet espoir, mais rappelons nous que le "Ciel" consiste à vivre complètement en l'Amour de Dieu et à Le louer pour l'éternité, que c'est un bonheur infini absolument inimaginable, et non à retouver "tels quels" les petites ou grandes joies qui nous ont consolés dans cette vallée de larmes, à se refaire, en quelque sorte bourgeoisement, son petit bout de Terre au Paradis ...


Et encore ... faut-il y aller. Union de prière en ce sens, cher Fils de Marie.
images/icones/coeur.gif  ( 720012 )L'oreille de l'homme n'a jamais entendu par Armavir (2013-05-03 19:13:47) 
[en réponse à 719983]

l'oeil de l'homme n'a jamais vu ........ le bonheur ineffable que Dieu réserve à ses élus

Lorsque vous contemplerez la beauté infinie de Dieu, vous n'aurez sûrement aucun souvenir de votre petite chatte.

Elle aura rempli sa vie de chatte : vous aimer sur cette terre et vous donner du bonheur sur cette terre, mais cela s'arrêtera là.

Essayez seulement d'imaginer la splendeur du Dieu Tout Puissant !
images/icones/fleur.gif  ( 720014 )Existera-t-il des animaux après le jugement dernier ? par Candidus (2013-05-03 19:17:59) 
[en réponse à 719983]

Je pense qu'on peut le croire.

Le jugement dernier verra l'avènement de "nouveaux cieux, d'une nouvelle terre" (Ap 21, 1), en d'autres termes l'univers visible, celui que nous connaissons, ne disparaîtra pas mais sera renouvelé d'une manière mystérieuse.

Voici ce que nous dit le Catéchisme de l'Eglise Catholique :

1047 L’univers visible est donc destiné, lui aussi, à être transformé, " afin que le monde lui-même, restauré dans son premier état, soit, sans plus aucun obstacle, au service des justes ", participant à leur glorification en Jésus-Christ ressuscité (S. Irénée, hær. 5, 32, 1).

1048 " Nous ignorons le temps de l’achèvement de la terre et de l’humanité, nous ne connaissons pas le mode de transformation du cosmos. Elle passe, certes, la figure de ce monde déformée par le péché ; mais nous l’avons appris, Dieu nous prépare une nouvelle demeure et une nouvelle terre où régnera la justice et dont la béatitude comblera et dépassera tous les désirs de paix qui montent au cœur de l’homme " (GS 39, § 1).


Maintenant, je me pose cette question : ce monde renouvelé pourrait-il être dépourvu d'animaux et de végétaux ? Un monde sans oiseaux pour célébrer l'aube des matins éternels ? J'ai du mal à l'imaginer. Et s'il doit y avoir des animaux dans cet univers renouvelé, pourquoi ne pas imaginer que nous y retrouverons les animaux que nous avons aimés et qui ont pâti, comme nous, des conséquences du péché originel (souffrance et mort) ?
images/icones/1a.gif  ( 720019 )Ce sont deux questions distinctes par Rémi (2013-05-03 19:55:16) 
[en réponse à 720014]

Y aura-t-il des animaux dans "les nouveaux Cieux, la Terre nouvelle" ?

Je ne sais s'il y a une réponse probante, ou même seulement possible. On peut imaginer que oui, si on entend le cosmos renouvelé de façons très concrête, comme on entendrait du Jardin d'Eden au sens très littéral. D'un autre côté, l'aspect caricatural et premier degré me gêne un peu, me fait penser aux affiches de nos bons amis les Témoins de Jéhova, vous voyez ? Mais vos arguments semblent se tenir, les mêmes Cieux, la même Terre, donc avec tout le vivant, mais renouvelés définitivement dans la vie de Dieu Tout Puissant et du Christ Roi de l'Univers.



Mais c'est une autre question que de savoir si, étant admis que l'univers renouvelé après le Jugement Général comprendra des animaux (et des plantes, à l'âme dite végétative), ils seront les animaux morts avant le Jugement, et ressuscités ensuite, corps et âme. A cela, en disant que l'âme des animaux ne subsiste pas de façon indépendante de leur corps, saint Thomas semble répondre que non. En effet dans notre cas c'est seulement notre corps (je crois à la résurrection de la chair) qui ressuscite, non notre âme qui n'a jamais cessé de vivre, elle, y compris le cas échéant "pire que morte" en Enfer après son Jugement particulier, mais quid d'âmes qui ont été anéanties avec la vie des corps qu'elles animaient, c'est à dire toutes les âmes des vivants non-humains, si l'ont suit saint Thomas ?

Toutefois, rien n'étant impossible à Dieu, on peut imaginer (mais cela commence à faire beaucoup d'imaginations, et peu de théologie ... ) qu'Il ne lui soit pas impossible d'à nouveau tirer du néant les âmes animales qui y étaient retournées et les unir à nouveau à leurs corps ressuscités ... Pas impossible, mais convenable (au sens où bien que toute puissante, il n'est pas convenable à la Divinité qu'Elle puisse mourir, par exemple, ou nous tromper, etc. ) à Dieu ? A son dessein ? Nous en saurons plus au prochain épisode de l'histoire de notre Salut ...
images/icones/neutre.gif  ( 720023 )Ben... ça me semble difficile par Meneau (2013-05-03 20:06:38) 
[en réponse à 720019]

puisque l'âme des animaux n'est pas immortelle, qu'elle disparaît avec la mort de l'animal.

Cordialement
Meneau
images/icones/bravo.gif  ( 720025 )A moi aussi, par Rémi (2013-05-03 20:11:16) 
[en réponse à 720023]

mais on nous dira qu'il ne tient qu'à Dieu Tout Puissant de faire re-apparaître ces âmes et ressusciter les corps des animaux ...
images/icones/1b.gif  ( 720021 )On aimerait l'éclairage d'un prêtre ! par Rémi (2013-05-03 19:59:36) 
[en réponse à 720014]

Nous n'en manquons pas sur ce forum, longuement formés dans la pure tradition thomiste ! Que ne nous font-ils partager leur science ? Car la question est intéressante je crois, au moins autant que certains sujets plus ou moins pertinents et certaines agitations autour de la personne de notre Saint-Père le Pape ...
images/icones/1i.gif  ( 720027 )Pourquoi la "pure tradition thomiste"? par Yves Daoudal (2013-05-03 20:15:25) 
[en réponse à 720021]

Je ne comprends pas le sens de cette restriction (si je ne me retenais pas je parlerais de rétrécissement). Convoquons donc saint Ephrem et saint Grégoire de Nysse. C'est l'avis de tous les courants qui peut être intéressant, pour cette question à laquelle personne ne peut donner de réponse définitive, car personne ne peut imaginer ce qu'est un espace sans temps, a priori impossible, or les nouveaux cieux et la nouvelle terre sont bel et bien un espace sans temps. "Ici le temps devient espace", dit Parsifal, mais ça ne nous avance guère sur le plan rationnel.

Vous avez une mauvaise conception de la "chair". Dans le langage biblique, la chair n'est pas le corps, mais le corps animé, corps et âme, sans l'esprit (zut, ça ne colle pas avec la pure tradition thomiste).

En ce qui concerne les animaux, il y a ce troublant verset du psaume 35: "Homines et jumenta salvabis, Domine": tu sauveras les hommes et les bêtes, Seigneur. Et comme dit Candidus, on imagine mal le "paradis" d'après la fin du temps, comme espace du salut et de la résurrection des corps, sans animaux.
images/icones/1a.gif  ( 720036 )Je m'explique par Rémi (2013-05-03 20:39:17) 
[en réponse à 720027]

Il me semble d'après le programme des études à Ecône et ailleurs que les prêtres "tradis", c'est à dire ceux que l'on rencontre le plus ici comme de juste, ont étudié spécifiquement la théologie thomiste et selon la recommandation de l'Eglise, renouvelée y compris par Vatican II, conduit leurs études de théologie à la lumière particulière de ce Docteur, qui est vous le savez honoré du titre de Docteur commune de l'Eglise.

D'autre part, personnellement ce ne sont pas tant les opinions, certainement fort intéressantes toutes, là n'est pas le propos, de tel ou tel saint que je sollicitais, y compris celles du saint Aquinate, mais un raisonnement théologique qu'un prêtre nous proposerait, mené selon la méthode thomiste, là encore parce que l'Eglise la tient dans un honneur tout singulier.



Par ailleurs qu'est-ce qui vous permet de dire que j'aurais "une mauvaise conception de la chair", là où je me borne à citer le Credo, en précisant que notre âme elle est immortelle (et ne ressuscite donc pas) et où il est bien entendu que je sais bien que le corps ne ressuscite que parce que justement il est à nouveau animé, et que c'est corps et âme que nous subirons le Jugement général et ses conséquences. A moins que vous doutiez de ma foi catholique, que je professe cela devrait aller sans dire, ou bien je ne comprends pas votre objection, si c'en est une ?



Enfin peut-être n'avez vous pas assez prêté attention au fait que sur le premier point de Candidus, sans que personnellement je puisse me prononcer en fondant vraiment mon opinion, ce n'est pas dans mes capacités, j'inclinais plutôt dans son sens, et donc dans le vôtre, quant à la présence d'animaux et de plantes dans le cosmos renouvelé après le Jugement.

Mais comme je l'ai indiqué clairement, c'est une autre question de savoir si ces éventueles animaux seront ceux, ressuscités, qui ont vécu et son mort, leur âme anéantie si l'on suit saint Thomas, avant le Jugement. C'est sur ce point que j'appelais, ne vous déplaise cher M. Daoudal, l'éclairage d'un raisonnement mené à la lumière de la philosophie d'Aristote et de saint Thomas, selon la recommandation de l'Eglise, mais je suis tout disposé à vous voir disputer de ces questions en vous fondant sur saint Ephrem ou saint Grégoire si vous voulez.

images/icones/3f.gif  ( 720037 )Et pardon par Rémi (2013-05-03 20:42:10) 
[en réponse à 720036]

pour mes fautes, toujours trop nombreuses ...
images/icones/fleche2.gif  ( 720045 )Et de la résurrection de la chair, par Rémi (2013-05-03 20:51:50) 
[en réponse à 720036]

nous pouvons dire en juxtaposant deux Catéchismes:

- Le onzième article du Credo nous enseigne que tous les hommes ressusciteront, chaque âme reprenant le corps qu’elle avait en cette vie.

- Le terme " chair " désigne l’homme dans sa condition de faiblesse et de mortalité (cf. Gn 6, 3 ; Ps 56, 5 ; Is 40, 6). La " résurrection de la chair " signifie qu’il n’y aura pas seulement, après la mort, la vie de l’âme immortelle, mais que même nos " corps mortels " (Rm 8, 11) reprendront vie.

- Ce " comment " dépasse notre imagination et notre entendement ; il n’est accessible que dans la foi. Mais notre participation à l’Eucharistie nous donne déjà un avant-goût de la transfiguration de notre corps par le Christ


En résumé: l'âme, qui est immortelle, "reprend" le corps qu'elle avait dans cette vie, lequel corps évidemment avait disparu dans la corruption qu'entraine sa séparation de l'âme.
images/icones/neutre.gif  ( 720046 )Ce que vous appelez l'Eglise par Yves Daoudal (2013-05-03 20:53:40) 
[en réponse à 720036]

est donc la seule Eglise latine occidentale. Pourtant l'Eglise catholique a deux poumons pour respirer, c'est pourquoi il est important d'avoir l'avis, ou le "raisonnement", de pères orientaux (mais aussi, d'ailleurs, d'autres théologiens occidentaux, comme saint Bonaventure ou le bienheureux Duns Scot, etc.). Figurez-vous qu'en Orient, c'est saint Grégoire de Nazianze qu'on appelle "le Théologien", et qu'on n'y connaît guère, voire pas du tout, saint Thomas d'Aquin.

A propos de la chair, je voulais dire que cette chair c'est le corps et l'âme, ce que l'on appelle "l'âme animale", si vous voulez, mais qui va très loin. Par exemple, quand un homme meurt, ses neurones meurent, et avec eux sa pensée discursive (et pour faire court une bonne partie, sinon même l'essentiel, voire la totalité, de ce que beaucoup pensent être leur âme).

En ce qui concerne les animaux au paradis je n'avais pas l'intention de vous contredire, je menais ma propre ébauche de"réflexion" à partir des diverses contributions de ce fil.

Ma véritable opinion est que nous n'irons pas loin, car c'est du domaine de l'impensable.
images/icones/1a.gif  ( 720051 )Mais fort bien !! par Rémi (2013-05-03 21:01:46) 
[en réponse à 720046]

Et pendant que nos abbés fourbissent leur thomisme et font reluire leur bonne philosophie, proposez-nous quelques lectures, opinions ou raisonnements, des grands Docteurs et Pères de l'Orient dont nous savons que vous les aimez et les connaissez, sur ces questions qui certes nous dépassent largement, ne sont pas essentielles pour notre Salut, mais sont tout de même bien intéressantes. Et sympathiques, du moins nous changent-elles les idées, et de nos embarras romains ...
images/icones/5b.gif  ( 720054 )Le problème, par Yves Daoudal (2013-05-03 21:08:18) 
[en réponse à 720051]

c'est que je n'ai rien sous la main... Parce que je ne cherche pas spécialement à approfondir la question (qui me paraît impensable) et parce que j'ai l'impression que c'est un peu pareil pour les pères, qui parlent beaucoup du paradis originel mais fort peu du paradis d'après la fin du temps...
images/icones/1a.gif  ( 720061 )Je vois. par Rémi (2013-05-03 21:32:01) 
[en réponse à 720054]

C'est pourtant vous qui nous proposiez de les convoquer, deux du moins, quant au sujet dont nous parlons sur ce fil.


Vous nous laissez un peu sur notre faim.
images/icones/1e.gif  ( 720069 )Exactement. par Yves Daoudal (2013-05-03 22:48:02) 
[en réponse à 720061]

Je proposais de les convoquer, comme vous convoquiez un thomiste. Ni plus, ni moins.
images/icones/fleur.gif  ( 720120 )Pas tout à fait, par Rémi (2013-05-04 12:52:50) 
[en réponse à 720069]

car de mon côté après avoir moi-même suggéré un passage de la Somme qui concerne directement notre question, j'ai obtenu qu'un prêtre nous livre ses lumières thomistes et que Meneau nous fasse le plaisir de citer la Somme contre les Gentils.

De votre côté vous nous avez rappelé qu'il existe des Pères et Docteurs Orientaux. Certes, nous n'aurions garde de l'oublier, mais enfin à part cela ? Ou bien pensez-vous chaque fois qu'il sera question de saint Thomas surgir soudain dans le fil en portant en étendard la vénérable tradition théologique des Grecs, comme s'il fallait opposer un poumon à l'autre ?


En vous remerciant cependant des apperçus de l'Ecriture que notre question vous a évoqués, et de nous avoir proposé votre opinion propre, cher Monsieur.
images/icones/fleur.gif  ( 720059 )Toutefois ce que j'appelle l'Eglise par Rémi (2013-05-03 21:29:10) 
[en réponse à 720046]

ce sont les vives approbations et les fortes recommandations que dans leurs encycliques les Pontifes (romains, me direz-vous, mais de Souverains il n'y en a pas d'autres ...) ont apportées à l'enseignement de saint Thomas et à sa méthode, particulièrement depuis Léon XIII. Nos frères catholiques orientaux qui n'en sont pour autant moins concernés par ce que demandent les Papes gagneraient peut-être aussi à les suivre, voire à les découvrir puisque vous nous dites à quel point elles leur sont étrangères ?

Nonobstant le fait que nous autres soyons bien ignorants des Pères et Docteurs "grecs" , mais voilà, l'Eglise par la voix des Papes n'en a pas fait un éloge semblable à celui qu'Elle a décerné à plusieur reprises à saint Thomas.

Deux poumons pour respirer, certes, mais on ne voit pas pourquoi l'un deux, l'un ou bien l'autre, devrait rester ignorant du bon air que respire son frère. Or vous semblez reprocher aux latins d'ignorer les Docteurs de l'Orient tout en me demandant de "me figurer" qu'en Orient on ignore presque saint Thomas, comme si c'était tout à fait normal. Votre intérêt pour la grande tradition orientale si vénérable ne vous rendrait-il pas exagérément indulgent pour elle quand elle ignore le thomisme, ou inversément sévère pour les formes de la pensée "latine" lorsqu'elles boudent l'autre poumon ?

Pardon de dévier, mais comme vous vous étonniez que je m'attache au regard thomiste, et parliez "de ce que j'appelle l'Eglise" ...
images/icones/radioactif.gif  ( 720082 )Ne reniez pas l'Orient! par PEB (2013-05-04 02:03:40) 
[en réponse à 720059]

Le grand péché de l'Occident depuis le couronnement de Charlemagne est la négation de l'Orient et de sa théologie parfois exotique.

Son néo-platonisme idéaliste peut troubler une pensée formé par un saint Irénée (un levantin pourtant!) dénonce le début de l'ombre d'un sentiment de gnose au nom menteur (l'hérésie par excellence).

Pour ce genre de question, j'aurai tendance à répondre comme le logicien pur Gödel, que la question débattue est indécidable et que toute opinion à ce sujet pro ou contra semble valable, gardant à l'esprit que tout est possible au jour de la miséricorde: Mors stupebit et Natura...
images/icones/1b.gif  ( 720118 )Soyez gentil par Rémi (2013-05-04 12:45:07) 
[en réponse à 720082]

de lire plus attentivement l'intervention à laquelle vous répondez, vous y verrez qu'il n'y est pour moi nullement question de "renier l'Orient", si tant est que cette expression ait le moindre sens.


Mais enfin peut-on tout de même solliciter des lumières thomistes sans qu'aussitôt on ne crie au mépris des Pères et Docteurs orientaux ? Comme si apprécier les unes revenait à dénigrer les autres ? Et puis est-ce ma faute si les Papes louent de manière suréminente la pensée et la méthode du saint Docteur d'Aquin, jusqu'à les recommander voire les ordonner tout particulièrement et instamment pour la conduite des études de philosophie et de théologie de nos prêtres, qui bien entendu doivent aussi se familliariser avec la patrologie en général ?
images/icones/livre.gif  ( 720042 )Pour Y. Daoudal par Abbé Néri (2013-05-03 20:48:32) 
[en réponse à 720027]

En attendant les citations des grands docteurs on peut du moins modérer nos désirs et stimuler notre patience en méditant ces belles paroles de saint Grégoire de Naziance dans le discours funebre qu'il a prononcé en l'honneur de saint Basile :

« Et quand nous partirons, puisses-tu nous accueillir là aussi sous ta tente, afin que l'un et l'autre ensemble vivant et contemplant avec plus de clarté et de perfection la sainte et bienheureuse Triade, dont nous n'avons perçu maintenant que de faibles reflets, nous puissions borner là notre désir, et recevoir cette récompense pour les combats que nous aurons livrés ou qui nous auront été livrés. »

UDP
images/icones/1a.gif  ( 720048 )Voilà qui est sage par Yves Daoudal (2013-05-03 20:57:08) 
[en réponse à 720042]

et qui m'étonne un peu de votre part (de la part d'un prêtre convoqué comme thomiste), mais je crois que l'on peut en effet difficilement aller plus loin.
images/icones/abbe1.gif  ( 720056 )réponse par Abbé Néri (2013-05-03 21:11:34) 
[en réponse à 720048]

Je l'avoue thomiste impénitent et cependant saisi d'admiration par l'enseignement des Pères (grecs et latins)
images/icones/livre.gif  ( 720068 )Saint Thomas donc... par Abbé Néri (2013-05-03 22:25:09) 
[en réponse à 720056]

Pour nourrir la réflexion autour du sujet, on peut – si vous avez le courage – étudier les explications théologiques que le docteur angélique donne dans les questions quodlibétiques sur l'étendue de la Puissance divine.

La question concerne directement le problème de la résurrection de la chair, mais les raisonnements étant au niveau de l'être ont une portée universelle.

Il faut bien sur distinguer c'est qu'est de puissance absolue et c'est qu' est de puissance ordonnée.

A noter particulièrement dans ce cas la citation de l’Écriture :

« En effet, Dieu a créé toutes choses pour qu’elles existent », comme il est dit dans Sg 1, 14, et non pour qu’elles tombent dans le néant. »

Bonne lecture aux courageux :

Question 3 Jusqu’où la puissance divine peut-elle s’étendre ?

Ensuite, il faut examiner jusqu’où la puissance divine peut s’étendre.
       À ce propos, deux questions sont posées.

Premièrement, Dieu peut-il ramener quelque chose au néant ?

Deuxièmement, si quelque chose était ramené au néant, Dieu pourrait-il le rétablir identique en nombre ?


Article 1 Premièrement : Dieu peut-il ramener quelque chose au néant ?
        
Il semble que Dieu puisse ramener quelque chose au néant.

En effet, la distance est égale du non-être à l’être et de l’être au non-être.

Or, Dieu peut faire quelque chose à partir de rien.

Dieu peut donc faire le néant à partir de quelque chose.

Cependant, Dieu ne peut être cause d’imperfection.

Or, la cause qui fait tendre vers le non-être est cause d’imperfection.

Dieu ne peut donc ramener quelque chose au néant.

Réponse. Nous pouvons parler de la puissance de Dieu de deux manières :

- d’une manière absolue, en considérant sa puissance ;
- et d’une autre manière, en la considérant par rapport à sa sagesse ou à sa prescience.

Si l’on parle de manière absolue de la puissance de Dieu, Dieu peut ainsi ramener toute créature au néant.

La raison en est que la créature est non seulement amenée à l’être par l’action de Dieu, mais aussi qu’elle est maintenue dans l’être par l’action de Dieu, selon ce que dit He 1, 3 : [Lui qui] soutient toutes choses par la parole de sa puissance.

C’est pourquoi Augustin dit, Commentaire littéral de la Genèse, IV, que «si la puissance de Dieu cessait un moment de diriger les choses créées, les espèces de celles-ci cesseraient au même moment et toute leur nature s’effondrerait».

Or, comme Dieu agit de sa propre volonté, et non par nécessité de nature, pour produire les choses, de même aussi [il agit] pour leur conservation.

Et ainsi, il peut retirer son action en vue de conserver les choses, et, de cette manière, toutes les choses tomberaient dans le néant.
Mais si nous parlons de la puissance de Dieu par rapport à sa sagesse et à sa prescience, il ne peut pas ainsi arriver que les choses soient ramenées au néant, car la sagesse divine n’en dispose pas ainsi :

En effet, Dieu a créé toutes choses pour qu’elles existent, comme il est dit dans Sg 1, 14, et non pour qu’elles tombent dans le néant.

Nous concédons donc le premier argument, pour autant qu’il s’appuie sur la puissance absolue.

Quelque chose peut être la cause de l’imperfection d’une [autre] chose de deux manières.

D’une première manière, par sa propre intention, comme lorsqu’en supprimant la lumière on cause l’obscurité ; de cette manière, il n’est pas nécessaire que ce qui cause l’imperfection soit la cause qui produit le défaut.

Ainsi Dieu peut-il être cause d’une certaine imperfection, de l’aveuglement, de l’endurcissement ou de l’annihilation, s’il le voulait.

D’une seconde manière, quelque chose est cause d’un défaut sans le vouloir, et alors il est toujours nécessaire que la cause du défaut soit la cause qui produit le défaut, car il arrive qu’un agent, en raison de son imperfection, ne produise pas la perfection visée dans son effet.

Et ainsi Dieu ne peut d’aucune manière être cause d’une imperfection ou du fait de tendre vers le non-être.


Article 2 Deuxièmement : si quelque chose a été ramené au néant, Dieu peut-il le rétablir identique en nombre ?


Il semble que Dieu ne puisse rétablir identique en nombre ce qui a été ramené au néant.

(1) Le Philosophe dit, Sur la génération, II, que :

«ce dont la substance est corrompue n’est pas rétabli identique numériquement».

Or, la substance de ce qui est ramené au néant est corrompue.

Cela ne peut donc pas être rétabli identique en nombre.

(2) À cela s’oppose ce que dit Augustin, La cité de Dieu, IV :

«Si la chair humaine avait complètement disparu et qu’aucune composante n’en était demeurée dans le secret de la nature, comment le Tout-puissant la rétablirait-il, s’il le voulait ?»

Or, ce qui est corrompu est ramené au néant sans qu’aucune matière demeure de la chose corrompue.

Dieu peut donc rétablir identique en nombre ce qui a été ramené au néant.

(3) «La différence est la cause du nombre», comme le dit [Jean] Damascène.

Or, le néant ne fait aucune différence, car «il n’y a pas d’espèce ni de différence de ce qui n’est pas», selon le Philosophe.

Ce qui est rétabli par Dieu peut donc être une seule chose identique en nombre, bien que cela ait été ramené au néant.


 Réponse. Dans ce qui peut être ramené au néant, il faut remarquer une différence.


         En effet, il y a certaines choses dont l’unité comporte par définition une continuité de durée, comme cela est clair pour le mouvement et pour le temps, et ainsi l’interruption de ces choses est contraire à leur unité en nombre.

Or, les choses qui comportent une contradiction ne font pas partie du nombre des choses possibles pour Dieu, parce qu’il leur manque une raison d’être.

C’est pourquoi, si ces choses sont ramenées au néant, Dieu ne peut les rétablir identiques en nombre.

En effet, ce serait faire en sorte que ce qui est contradictoire soit vrai, par exemple, qu’un mouvement interrompu soit un.

Mais il existe d’autres choses dont l’unité ne comporte pas dans leur raison même une continuité dans la durée, comme l’unité des choses permanentes, si ce n’est par accident, pour autant que leur être est sujet au mouvement.

En effet, de même que ces choses sont mesurées par le temps, leur être aussi est un et continu selon l’unité et la continuité du temps.

Et parce qu’un agent naturel ne peut produire ces choses sans mouvement, il en découle qu’un agent naturel ne peut rétablir les choses de ce genre identiques en nombre, si elles ont été ramenées au néant ou si elles ont été corrompues selon leur substance.

Mais Dieu peut rétablir les choses de ce genre sans mouvement, parce qu’il relève de son pouvoir qu’il produise des effets sans causes intermédiaires.

Il peut donc rétablir ces choses identiques en nombre, même si elles étaient tombées dans le néant.

La réponse au premier <1> et au deuxième <2> arguments est donc claire.

Le néant n’est la différence d’aucun être, mais par le fait que quelque chose est ramené au néant, la continuation de son être est interrompue, laquelle se rapporte à l’unité du mouvement et de ce qui découle du mouvement.
images/icones/coeur.gif  ( 720114 )Merci beaucoup M. l'abbé par Rémi (2013-05-04 12:23:59) 
[en réponse à 720068]

d'avoir pris de votre précieux temps pour nous livrer cette réflexion en effet toute thomiste. Avec un peu de concentration, peut-être une aspirine ensuite, même les personnes comme moi insuffisament familières du langage de cette brillante philosophie arrivent à vous suivre, et je pense qu'on peut appliquer la sentence "Il peut donc rétablir ces choses identiques en nombre, même si elles étaient tombées dans le néant. " aux âmes des bêtes dont il est pourtant dit dans la Question 75 de la Somme de théologie qu'elles ne sont pas subsistantes ?


Cependant, une chose est de dire que Dieu peut faire ceci ou cela, une autre est d'affirmer qu'Il le fera effectivement. Peut-être est-ce là le point qui doit borner notre recherche, bien que les indices scripturaux proposés par M. Daoudal laissent espérer que les animaux aussi puissent revivre ...
images/icones/5b.gif  ( 720119 )Ouh la... par Yves Daoudal (2013-05-04 12:46:27) 
[en réponse à 720114]

seulement UN indice, et qu'on peut interpréter comme on veut. Saint Augustin s'empresse de souligner qu'il s'agit seulement du salut temporel des hommes et des animaux.

En complément de ce que j'ai déjà dit, j'ajoute que je suis un lecteur assidu des pères de l'Eglise. Comme il s'agit d'un monde immense, je n'en connais qu'une infime partie. Mais jusqu'ici je n'ai encore rien lu qui puisse répondre à la question de ce fil. Saint Augustin, que je commence à connaître assez bien, ne va jamais, sur la question du monde de la résurrection, au-delà de ce qu'il y a dans l'Evangile et chez saint Paul.

Quant à la démonstration thomiste de M. l'abbé Néri, elle m'a seulement montré que j'étais devenu plus allergique que je ne le croyais à cette façon de raisonner...
images/icones/neutre.gif  ( 720083 )Je ne suis pas prêtre par Meneau (2013-05-04 02:51:06) 
[en réponse à 720021]

mais on peut toujours aller voir St Thomas directement dans le texte :

Somme contre les Gentils, II, 82


82: LES AMES DES BÊTES NE SONT PAS IMMORTELLES

Ce qui a été dit montre à l'évidence que les âmes des brutes ne sont pas immortelles.

1. On a déjà montré qu'aucune opération de la partie sensitive ne peut avoir lieu sans le corps. Or dans les âmes des bêtes on ne saurait trouver aucune opération supérieure aux opérations de la partie sensitive: elles ne comprennent ni ne raisonnent. On le voit bien du fait que tous les animaux de la même espèce agissent de la même manière, comme mus par la nature et non pas comme exerçant un art: toutes les hirondelles construisent leur nid pareillement, toutes les araignées tissent pareillement leur toile. Aucune activité de l'âme des bêtes ne peut donc avoir lieu sans le corps. Mais comme toute substance exerce quelque opération, l'âme de la bête ne pourra pas être sans le corps. Donc lorsque le corps meurt, elle périt aussi.

2. Toute forme séparée de la matière est intellectuellement en acte: ainsi l'intellect agent met en acte les espèces intelligibles, en tant qu'il les abstrait, comme on l'a vu. Mais si l'âme de la bête demeure après la mort du corps, elle sera une forme séparée de la matière. Donc elle sera une forme intellectuellement connue en acte. Mais dans les formes séparées de la matière le sujet qui comprend et l'objet compris ne font qu'un, dit Aristote, au IIIe livre du De Anima. Donc si l'âme de la brute survit au corps, elle sera intellectuelle. Conséquence impossible.

3. En toute réalité susceptible de parvenir à une certaine perfection, existe un appétit naturel de cette perfection: le bien en effet est ce que tous les êtres désirent, et chaque être désire son bien propre. Or chez les bêtes, il n'existe aucun appétit d'être perpétuel, sinon le désir de la permanence de l'espèce, désir qui se manifeste par l'instinct génésique, grâce auquel l'espèce se perpétue. Ce désir de perpétuité spécifique se retrouve dans les plantes et les êtres inanimés: mais ne relève pas de l'appétit animal en tant que tel. Appétit qui suit la connaissance. Car l'âme sensitive ne perçoit que le lieu et l'instant immédiats, il est impossible qu'elle saisisse l'être perpétuel. Elle ne le désire donc pas d'un appétit animal. L'âme de la bête n'est donc pas capable d'un être perpétuel.

4.Le plaisir parfait l'opération, comme le prouva Aristote au Xe livre de l'Ethique. Par conséquent, l'opération de chaque être est finalisée par ce en quoi il trouve son plaisir. Or les plaisirs des bêtes se rapportent à la conservation du corps: elles ne trouvent de plaisir dans les sons, les odeurs et les objets de la vue, que dans la mesure où peut s'y trouver quelque indication d'ordre alimentaire ou sexuel, unique objet de la délectation animale. Donc toute l'activité des bêtes est finalisée par la conservation de leur être corporel. Elles n'ont donc aucun être en dehors du corps. Cette doctrine est conforme à la foi catholique. Dans la Genèse, il est dit de l'âme de la brute: Cette âme est dans le sang, comme si l'on disait: De la permanence du sang dépend son existence. Et au livre des Dogmes ecclésiastiques: Nous disons que seul l'homme possède une âme substantielle, c'est-à-dire ayant la vie par soi: les âmes des bêtes périssent avec leur corps. Aristote dit aussi au IIe livre du De Anima: La partie intellectuelle de l'âme est séparée des autres comme l'incorruptible du corruptible. Ainsi est rejetée la thèse de Platon qui admettait l'immortalité de l'âme des brutes. Arguments en faveur de cette immortalité: Quand un être possède par soi une opération séparée, cet être subsiste aussi par soi. Mais l'âme sensitive des bêtes possède par soi une certaine opération à laquelle ne participe pas le corps, à savoir le mouvement: en effet l'être qui se meut est composé de deux éléments, dont l'un est moteur et l'autre mû. Puisque le corps est mû, il s'ensuit que l'âme seule est motrice. Donc elle subsiste par soi. Elle ne saurait donc être corrompue accidentellement par la corruption du corps: seuls, en effet, se corrompent accidentellement les réalités qui n'ont pas l'être par soi. Par elle-même l'âme sensitive ne peut pas non plus se corrompre: elle n'a pas de contraire, et n'est pas formée de contraires. Reste donc qu'elle soit tout à fait incorruptible. A ce point de vue semble se rattacher l'argument de Platon tendant à prouver que toute âme est immortelle: toute âme se meut elle-même; or tout être qui se meut soi-même doit être immortel. Le corps, en effet, ne périt qu'à cause du départ du principe qui le mouvait; et le même être ne peut pas se quitter soi-même; d'où il suit d'après lui qu'un être qui se meut lui-même ne saurait périr. Conséquence logique: toute âme motrice est immortelle, même celle des brutes. Nous avons rattaché cet argument au précédent parce que d'après Platon aucun être ne meut s'il n'est mû; ainsi l'être qui se meut lui-même est par lui-même moteur; de la sorte il possède une certaine opération par soi. Ce n'est pas seulement dans le mouvement mais aussi dans la sensation que Platon attribuait à l'âme sensitive une opération propre. D'après lui, le sentir est un certain mouvement de l'âme sentante. Et de la sorte ainsi mue, elle mouvait le corps à sentir. En conséquence voici sa définition du sens: un mouvement de l'âme par le corps. Mais tout cela est manifestement faux. En effet, sentir n'est pas mouvoir mais plutôt être mû: l'animal passe de la puissance à l'acte de la sensation, grâce aux qualités sensibles qui impressionnent les sens. Et l'on n'a pas le droit d'assimiler la passivité du sens à l'égard de l'objet sensible à la passivité de l'intellect à l'égard de l'intelligible, comme si le sentir pouvait être une opération de l'âme sans instrument corporel, à la manière de l'intellection: l'intellect saisit les choses en faisant abstraction de la matière et des conditions matérielles, qui sont principes d'individuation; ce n'est pas le cas du sens. Ceci ressort du fait que le sens atteint le particulier, l'intellect l'universel. Ainsi donc les sens subissent l'influence des choses selon qu'elles sont dans la matière; mais non pas l'intellect, qui reçoit cette influence dans la mesure où les objets sont abstraits de la matière. La passivité de l'intellect exclut donc la matière corporelle; la passivité du sens, non. D'ailleurs les divers sens sont réceptifs à l'égard de différentes qualités sensibles: ainsi la vue à l'égard des couleurs, l'ouïe à l'égard des sons. Or cette diversité provient manifestement de la variété des dispositions organiques: car l'organe de la vue doit être en puissance à l'égard de toutes les couleurs, l'organe de l'ouïe à l'égard de tous les sons. Mais si cette réception s'effectuait sans organe corporel, la même puissance pourrait accueillir tous les objets sensibles: car une vertu immatérielle se présente de la même manière, autant qu'il est en elle, à toutes ces sortes de qualités: c'est pourquoi l'intellect, qui n'utilise pas d'organe corporel, connaît tous les sensibles. Par conséquent, l'on ne sent pas sans organe corporel. De plus le sens est corrompu par l'excellence de son objet. Ce n'est pas le cas de l'intellect: Celui qui comprend les vérités les plus élevées, n'en comprendra pas moins les autres: il les comprendra davantage. Ainsi la passivité du sens à l'égard du sensible est d'un autre genre que celle de l'intellect par rapport à l'intelligible. La passivité de l'intellect exclut l'organe corporel: la passivité du sens implique l'organe corporel, dont l'harmonie est dissoute par l'excellence des objets sensibles. Quant à l'affirmation de Platon sur l'âme qui se meut elle-même, elle semble certaine d'après les apparences corporelles. Car aucun corps ne semble mouvoir, s'il n'est mû. D'où Platon concluait que tout être qui meut est lui-même mû. Et parce qu'on ne peut aller à l'infini dans la voie des moteurs mus, il admettait que dans chaque ordre le premier moteur se meut lui-même. Il s'ensuivrait que l'âme, premier moteur dans les mouvements des animaux, est un être qui se meut lui-même. Mais la fausseté de cette position est mise en lumière par deux arguments:
1. On a déjà démontré que tout ce qui est mû par soi est un corps. Puisque l'âme n'est pas un corps, elle ne saurait être mue qu'accidentellement.
2. L'être qui meut, en tant que tel, est en acte; l'être mû, comme tel, est en puissance. Rien ne peut sous le même point de vue être en acte et en puissance, mais il faut, si un être se meut lui-même, qu'une de ses parties soit motrice et une autre mue. Ainsi dit-on que l'animal se meut lui-même: l'âme meut, le corps est mû. Cependant Platon n'admettait pas que l'âme fût un corps. Sans doute, il employait ce terme mouvement, qui appartient en propre aux corps, mais il ne l'entendait pas du mouvement proprement dit; il prenait le mouvement d'une manière plus générale pour toute opération: en ce sens Aristote dit au IIIe livre du De Anima: Sentir et comprendre sont de certains mouvements, mais ainsi le mouvement n'est pas l'acte d'un être en puissance, c'est l'acte d'un être parfait. Donc, lorsque Platon disait que l'âme se meut elle-même, il voulait dire par là qu'elle agit sans l'aide du corps, contrairement à ce qui se passe dans les autres formes qui n'agissent pas sans la matière: ce n'est pas, en effet, la chaleur qui chauffe séparément, c'est le corps chaud. D'où il prétendait conclure à l'immortalité de toute âme motrice: puisque tout ce qui a par soi l'opération, peut aussi avoir par soi l'existence. Mais on a déjà montré que l'opération de l'âme animale qui est sentir, ne peut avoir lieu sans le corps. Et la chose est encore plus évidente en ce qui concerne cette activité qui consiste à désirer. Or toutes les activités qui relèvent de l'appétit sensitif s'accompagnent manifestement d'une certaine modification corporelle: c'est pourquoi on les nomme passions de l'âme. D'où il suit que le mouvoir lui-même n'est pas une opération de l'âme sensitive sans organe. Car l'âme animale ne meut que par le sens et l'appétit. La vertu qui est appelée exécutrice du mouvement, rend les membres obéissants au commandement de l'appétit: il s'agit donc de vertus qui parfont le corps en vue de la motion, plutôt que de vertus réellement motrices. Il est donc évident qu'aucune opération de l'âme animale ne peut avoir lieu sans le corps. D'où l'on peut conclure d'une manière certaine que l'âme des bêtes périt avec le corps.



Cordialement
Meneau
images/icones/bravo.gif  ( 720115 )Merci cher Meneau. par Rémi (2013-05-04 12:39:07) 
[en réponse à 720083]

J'étais convaincu que saint Thomas consacrait un long passage spécifiquement à cette question, mais connaissant fort mal la Somme contre les Gentils je n'ai pas pensé à l'y chercher.