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Le diagnostic peut et doit précéder la stratégie. par Scrutator Sapientiæ (2013-04-27 14:27:33)
[en réponse à 719215]
Rebonjour et merci à jejomau.
De mon point de vue, le diagnostic le plus équilibré possible peut et doit précéder la stratégie la plus appropriée possible.
Je m'explique, mais pour pouvoir m'expliquer, je me dois de revenir en arrière.
A. Que nous a-t-on dit, à la fin des années 1980, à la faveur et à la suite de la défaite du communisme soviétique et de la victoire des démocraties atlantiques ?
1. C'est la fin de l'histoire, "car" c'est la fin des idéologies, ou c'est la fin de l'histoire "donc" c'est la fin des idéologies.
2. Le capitalisme financiarisé et la démocratie libérale bénéficient d'une attractivité et d'une légitimité, d'une crédibilité et d'une fiabilité, qui les mettent à l'abri de la moindre tentative d'alternative systémique, en matière économique et en matière axiologique.
3. Les nations et les peuples qui pensent et vivent encore en amont de la fin de l'histoire et de la fin des idéologies, et qui n'ont pas encore adhéré au capitalisme financiarisé et à la démocratie libérale, doivent être amenés, éclairés, incités, obligés, unifiés, afin d'y souscrire, bien entendu, pour leur bien.
B. Un peu plus de vingt ans après, où en sommes-nous ? C'est assez simple :
1. Nous n'en sommes évidemment pas à la fin de l'histoire, mais la réalité suivante est beaucoup moins évidente, pour bon nombre de nos contemporains : le libertarisme, l'égalitarisme, la fraternitarisme, entre autres éléments, font bel et bien partie d'une idéologie, id est d'une vision de la nature, de la culture, de l'histoire et la société humaines, qui se veut transformatrice de la nature, de la culture, de l'histoire et et de la société humaines, essentiellement dans l'intérêt des producteurs et des promoteurs de cette vision, et au point ou au risque de mépriser ou de transgresser des éléments ou des fondements constitutifs de la structure même de la nature, de la culture, de l'histoire et de la société humaines.
2. Le capitalisme financiarisé et la démocratie libérale bénéficient peut-être d'une attractivité et d'une légitimité, d'une crédibilité et d'une fiabilité relatives, qui les mettent à l'abri de la moindre tentative d'alternative systémique, en matière économique et en matière axiologique, compte tenu de la pertinence et des performances des alternatives systémiques qui ont déjà régné ou sévi dans l'histoire, mais cela ne fait pas de ce système là un système totalement réaliste et satisfaisant, ni totalement sécurisant et sérénisant, c'est le moins que l'on puisse dire.
3. Les nations et les peuples qui pensent et vivent encore en amont de ce qui nous a été présenté comme étant la fin de l'histoire et la fin des idéologies, et qui n'ont pas encore adhéré au capitalisme financiarisé et à la démocratie libérale, peuvent nous apprendre des choses utiles, je dirais même fécondes, sur les contradictions internes qui sont les nôtres, sur nos fausses promesses, notamment économiques, qui se transforment en vraies menaces, notamment écologiques, sur la présence, au coeur du capitalisme financiarisé, de la démocratie libérale, d'une volonté de puissance dépourvue de volonté de sagesse.
C. A partir de là, que dire et que faire :
1) je crois qu'il nous faut renouer avec ce que Jean MADIRAN appelle, à la fin de "L'hérésie du XX° siècle", "la contestation chrétienne du monde moderne" ; nous devrions pouvoir dénoncer la part d'imposture, d'imprudence, d'inconstance, d'imprévoyance, d'incohérence, d'inconséquence, d'inconsistance, d'irrespect de la nature et de la vocation de l'homme, qui caractérise, précisément,
- ce qu'est devenu le capitalisme financiarisé, qui méprise et agresse l'économie réelle,
- ce qu'est devenue la démocratie libérale, qui méprise et agresse la société réelle.
Il y a ainsi tout un diagnostic à formuler et à partager, et le Magistère romain, notamment, mais pas seulement, la Doctrine sociale de l'Eglise, peuvent grandement nous y aider.
2) je crois qu'il faut prioriser et sanctuariser deux dimensions constitutives de ce que devrait pouvoir être un projet politique qui pourrait être un tant soit peu fédérateur sans être pour autant, ni consensuel, ni populiste : la solidarité et la souveraineté.
De toute évidence, ce que les affranchis bétonneurs (qui se comportent, entre eux, et contre nous, comme des "affranchis", dans tous les sens du terme, et qui "bétonnent" leurs positions en permanence), veulent détruire, c'est ce que j'appellerai
- l'aptitude et l'aspiration à la solidarité axiologique entre les catégories et les générations de Français ;
- l'aptitude et l'aspiration à l'affirmation, à l'exercice, de la souveraineté étatique et nationale du peuple français.
D. Volontairement, et au risque de vous décevoir, je ne vous en dis pas plus, mais il me semble que le caractère analytique et introductif de mon propos doivent vous aider à être plus concret que moi, plus opératoire et programmatique que je ne le suis.
E. J'ai parlé de diagnostic et de stratégie, mais j'aurais pu, aussi bien, parlé de diagnostic et de thérapie : le monde actuel a besoin d'une psychanalyse, si et seulement si cette psychanalyse débouche sur une logothérapie, id est sur une thérapie par et pour la réappropriation d'un sens, d'une représentative significative, à la fois vraiment libératrice ET vraiment responsabilisante, dans le Christ, de la nature, de la culture, de l'histoire et de la société humaines.
F. Il y a eu, je le crois, un après 11 septembre 2001, mais il n'y a pas eu, ou pas encore eu, un après 11 mars 2011, sous l'angle de la prise de conscience, de la remise en cause, et de la mise en oeuvre de quoi que ce soit de radicalement et substantiellement thérapeutique, pour l'homme et pour le monde, alors que ce qui s'est produit ce jour là, et alors que ce qui se produit ce jour là, est, en un sens, infiniment plus grave que ce qui s'est produit le 11 septembre 2001 et par la suite, ce qui, tout de même, n'est pas peu dire.
G. Il me semble que ce que je viens d'évoquer, au paragraphe F. du présent message, permet de comprendre, en grande partie, où nous en sommes : ce qui est important, ce n'est pas avant tout ni seulement la "militance" et la résistance, citoyennes, notamment catholique, contre un projet de loi de dénaturation du mariage.
H. Ce qui est important, c'est l'appropriation intellectuelle de la toile de fond, notamment économique et écologique, qui permet de comprendre que ce n'est pas par "caprice", ni par "pur hasard", qu'un gouvernement, qu'une majorité, ont décidé de faire de la dénaturation du mariage une priorité nationale, au début d'un quinquennat, au cours de la première année duquel il y a une montagne de problèmes, d'une autre nature et d'un autre volume, à gérer et à traiter.
A bientôt. Merci par avance pour votre indulgence, au contact de ce message, car je l'ai écrit, plus que bien d'autres, comme je l'ai pu.
Scrutator.