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A quoi s'oppose ou succède le catholicisme identitaire ? par Scrutator Sapientiæ (2013-04-27 09:33:48)
Rebonjour à vous tous,
Ces expressions : "le catholicisme identitaire", "les catholiques identitaires", je les entends de plus en plus souvent, depuis le début de cette décennie.
Ces expressions m'intriguent, et je voudrais le partager brièvement avec vous.
1. S'il s'agit de désigner un catholicisme (à nouveau) audible et visible, y compris sous l'angle de la liturgie, en tant que catholicisme qui s'affiche et s'assume en tant que tel, je ne vois pas où le problème : le problème serait plutôt qu'un interdit "culturel" ou "sociétal" pèse sur les catholiques, y compris, parfois, au sein même de l'Eglise, au point de les empêcher de penser et de vivre pleinement leur identité confessionnelle de catholiques.
2. S'il s'agit de distinguer un catholicisme identitaire contemporain d'un catholicisme moins identitaire, ou non identitaire, qui lui serait immédiatement antérieur, encore convient-il de caractériser, de la manière la plus appropriée, ce catholicisme antérieur, auquel le catholicisme identitaire semble aujourd'hui s'opposer ou succéder.
3. Je suis convaincu qu'à un catholicisme qui a longtemps souffert, tout en croyant en jouir, d'un déficit, plus ou moins volontaire, d'audibilité et de visibilité explicites et spécifiques, en tant que catholicisme anonymé, sous-différencié, sous couvert
- d'authenticité évangélique, contre tout "triomphalisme constantinien",
- de proximité avec tout ce qui n'est pas et tous ceux qui ne sont pas catholiques,
- d'incarnation dans "les réalités du monde"
- d'alignement sur "les signes des temps",
doit pouvoir succéder un catholicisme identitaire, militant, voire résistant.
4. Nos évêques sont-ils tous prêts à faire bon accueil à ce catholicisme identitaire, qui semble se placer davantage sous le signe de l'alternative christianisatrice que sous celui de l'accompagnement humanisateur ?
Je n'en suis pas certain, pour la raison suivante.
5. Le catholicisme antérieur au catholicisme identitaire n'est toujours pas officiellement considéré comme un échec ; or, on ne comprend ce catholicisme là, et cet échec là, qu'en appelant par son nom la pastorale que ce catholicisme là a porté en lui, et continue de porter en lui, même si c'est, depuis quelques années, dans une moindre mesure.
6. Le ressort, ou, en tant cas, l'un des ressorts, du catholicisme antérieur au catholicisme identitaire, réside dans une pastorale de l'indifférenciation, ou en tout cas, de la minimisation, de la neutralisation, de l'oblitération et de la passéisation d'énormément de choses qui, au sein du christianisme catholique, rendent audible et visible, IDENTIFIABLE, son identité remarquable et spécifique.
7. Cet auto-appauvrissement, faut-il le rappeler, a longtemps été perçu comme un enrichissement libérateur et paradoxal : il fallait se désencombrer, se désinvestir, d'une certaine ligne, de certains rites, de certains signes, de certains sites, pour pouvoir aller plus facilement à la rencontre des non catholiques, des non chrétiens, des non croyants, non, "bien sûr", pour les exhorter à une conversion confessionnelle, mais plutôt (j'exagère à peine) pour leur dire à quel point ils avaient raison d'être et de rester ce qu'ils étaient, dès lors qu'ils ouvraient leur coeur sur Dieu "déjà présent" en eux-mêmes.
8. Le catholicisme identitaire s'oppose et succède à ce que j'appelle, depuis déjà fort longtemps, la pastorale PASTEURISEE, la pastorale qui consiste à procéder à la PASTEURISATION du christianisme catholique, afin que celui-ci soit le moins offensif possible, du point de vue des non catholiques, des non chrétiens, des non croyants, ou du point de vue qui leur est attribué par bien des clercs catholiques.
9. Je vous rappelle ici de quoi il s'agit :
a) Pasteuriser :
" Détruire les bactéries pathogènes ou les germes de fermentation par pasteurisation. Pasteuriser la bière. Pour donner au beurre une stérilité relative, on conseille de pasteuriser la crème (...) avant le barattage" (Macaigne, Précis hyg., 1911, p.245).
" Une partie du lait doit pouvoir être conservée : dans ce cas, on le réfrigère ou on le pasteurise" (Brunerie, Industr. alim., 1949, p.63).
b) Pasteurisation, subst. fém.,biol. et conserv. "Procédé de conservation temporaire de certains aliments, par chauffage rapide sans ébullition, suivi de refroidissement brusque, permettant la destruction de la plupart des bactéries (...), tout en respectant partiellement les protéines" (Méd. Flamm. 1975).
10. Là aussi, je pense que vous voyez où je veux en venir :
- d'une part, le catholicisme identitaire, non plus pasteurisé, sinon dégénéré, mais décomplexé, dans sa forme, et régénéré, dans son fond, ne pourra pleinement succéder au catholicisme antérieur qu'en s'opposant à lui ;
- d'autre part, il est à craindre ou à prévoir une relative résilience du catholicisme antérieur au catholicisme identitaire, la relative résilience d'une pastorale pasteurisée, sous couvert de fidélité aux innovations ou aux orientations conciliaires ;
- enfin, je suis prêt à prendre tous les paris : les artisans et les partisans du catholicisme identitaire, s'ils vont jusqu'au bout d'une certaine cohérence, seront obligés, à un moment donné, d'être dissensuels, non seulement en matière de moeurs, mais aussi dans le domaine de la Foi, ne serait-ce qu'à l'égard des non catholiques.
Et, à ce moment là, on se fera un devoir ou un plaisir de leur rappeler la magna carta du catholicisme contemporain, dès lors qu'il est soumis au fraternitarisme inter-confessionnel et inter-religieux :
- oui à la réaffirmation de l'identité du catholicisme, dès lors qu'elle demeure respectueuse du "consensus"
MAIS
- non à la suraffirmation de l'identité du catholicisme, dès lors qu'elle commence à se libérer du "consensus".
Demandeur et preneur de toute remarque ou suggestion, je vous souhaite à tous une excellente journée.
Scrutator.