Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=719216
images/icones/neutre.gif  ( 719216 )A quoi s'oppose ou succède le catholicisme identitaire ? par Scrutator Sapientiæ (2013-04-27 09:33:48) 

Rebonjour à vous tous,

Ces expressions : "le catholicisme identitaire", "les catholiques identitaires", je les entends de plus en plus souvent, depuis le début de cette décennie.

Ces expressions m'intriguent, et je voudrais le partager brièvement avec vous.

1. S'il s'agit de désigner un catholicisme (à nouveau) audible et visible, y compris sous l'angle de la liturgie, en tant que catholicisme qui s'affiche et s'assume en tant que tel, je ne vois pas où le problème : le problème serait plutôt qu'un interdit "culturel" ou "sociétal" pèse sur les catholiques, y compris, parfois, au sein même de l'Eglise, au point de les empêcher de penser et de vivre pleinement leur identité confessionnelle de catholiques.

2. S'il s'agit de distinguer un catholicisme identitaire contemporain d'un catholicisme moins identitaire, ou non identitaire, qui lui serait immédiatement antérieur, encore convient-il de caractériser, de la manière la plus appropriée, ce catholicisme antérieur, auquel le catholicisme identitaire semble aujourd'hui s'opposer ou succéder.

3. Je suis convaincu qu'à un catholicisme qui a longtemps souffert, tout en croyant en jouir, d'un déficit, plus ou moins volontaire, d'audibilité et de visibilité explicites et spécifiques, en tant que catholicisme anonymé, sous-différencié, sous couvert

- d'authenticité évangélique, contre tout "triomphalisme constantinien",

- de proximité avec tout ce qui n'est pas et tous ceux qui ne sont pas catholiques,

- d'incarnation dans "les réalités du monde"

- d'alignement sur "les signes des temps",

doit pouvoir succéder un catholicisme identitaire, militant, voire résistant.

4. Nos évêques sont-ils tous prêts à faire bon accueil à ce catholicisme identitaire, qui semble se placer davantage sous le signe de l'alternative christianisatrice que sous celui de l'accompagnement humanisateur ?

Je n'en suis pas certain, pour la raison suivante.

5. Le catholicisme antérieur au catholicisme identitaire n'est toujours pas officiellement considéré comme un échec ; or, on ne comprend ce catholicisme là, et cet échec là, qu'en appelant par son nom la pastorale que ce catholicisme là a porté en lui, et continue de porter en lui, même si c'est, depuis quelques années, dans une moindre mesure.

6. Le ressort, ou, en tant cas, l'un des ressorts, du catholicisme antérieur au catholicisme identitaire, réside dans une pastorale de l'indifférenciation, ou en tout cas, de la minimisation, de la neutralisation, de l'oblitération et de la passéisation d'énormément de choses qui, au sein du christianisme catholique, rendent audible et visible, IDENTIFIABLE, son identité remarquable et spécifique.

7. Cet auto-appauvrissement, faut-il le rappeler, a longtemps été perçu comme un enrichissement libérateur et paradoxal : il fallait se désencombrer, se désinvestir, d'une certaine ligne, de certains rites, de certains signes, de certains sites, pour pouvoir aller plus facilement à la rencontre des non catholiques, des non chrétiens, des non croyants, non, "bien sûr", pour les exhorter à une conversion confessionnelle, mais plutôt (j'exagère à peine) pour leur dire à quel point ils avaient raison d'être et de rester ce qu'ils étaient, dès lors qu'ils ouvraient leur coeur sur Dieu "déjà présent" en eux-mêmes.

8. Le catholicisme identitaire s'oppose et succède à ce que j'appelle, depuis déjà fort longtemps, la pastorale PASTEURISEE, la pastorale qui consiste à procéder à la PASTEURISATION du christianisme catholique, afin que celui-ci soit le moins offensif possible, du point de vue des non catholiques, des non chrétiens, des non croyants, ou du point de vue qui leur est attribué par bien des clercs catholiques.

9. Je vous rappelle ici de quoi il s'agit :

a) Pasteuriser :

" Détruire les bactéries pathogènes ou les germes de fermentation par pasteurisation. Pasteuriser la bière. Pour donner au beurre une stérilité relative, on conseille de pasteuriser la crème (...) avant le barattage" (Macaigne, Précis hyg., 1911, p.245).

" Une partie du lait doit pouvoir être conservée : dans ce cas, on le réfrigère ou on le pasteurise" (Brunerie, Industr. alim., 1949, p.63).

b) Pasteurisation, subst. fém.,biol. et conserv. "Procédé de conservation temporaire de certains aliments, par chauffage rapide sans ébullition, suivi de refroidissement brusque, permettant la destruction de la plupart des bactéries (...), tout en respectant partiellement les protéines" (Méd. Flamm. 1975).

10. Là aussi, je pense que vous voyez où je veux en venir :

- d'une part, le catholicisme identitaire, non plus pasteurisé, sinon dégénéré, mais décomplexé, dans sa forme, et régénéré, dans son fond, ne pourra pleinement succéder au catholicisme antérieur qu'en s'opposant à lui ;

- d'autre part, il est à craindre ou à prévoir une relative résilience du catholicisme antérieur au catholicisme identitaire, la relative résilience d'une pastorale pasteurisée, sous couvert de fidélité aux innovations ou aux orientations conciliaires ;

- enfin, je suis prêt à prendre tous les paris : les artisans et les partisans du catholicisme identitaire, s'ils vont jusqu'au bout d'une certaine cohérence, seront obligés, à un moment donné, d'être dissensuels, non seulement en matière de moeurs, mais aussi dans le domaine de la Foi, ne serait-ce qu'à l'égard des non catholiques.

Et, à ce moment là, on se fera un devoir ou un plaisir de leur rappeler la magna carta du catholicisme contemporain, dès lors qu'il est soumis au fraternitarisme inter-confessionnel et inter-religieux :

- oui à la réaffirmation de l'identité du catholicisme, dès lors qu'elle demeure respectueuse du "consensus"

MAIS

- non à la suraffirmation de l'identité du catholicisme, dès lors qu'elle commence à se libérer du "consensus".

Demandeur et preneur de toute remarque ou suggestion, je vous souhaite à tous une excellente journée.

Scrutator.
images/icones/croix.gif  ( 719222 )Bien vu par Aigle (2013-04-27 10:01:53) 
[en réponse à 719216]

Merci cher Scrutator pour la qualité de vos propos.

Pour ma part, je pense que le mouvement "identitaire" résulte de la convergence de trois phénomènes :
- l'échec quasi total des pastorales de l'enfouissement conduites depuis les années 1960 et dont les jeunes catholiques perçoivent plus ou moins consciemment l'ampleur et l'absurdité (les seuls succès catholiques post Vatican II étant dus aux charismatiques ou aux Tradis qui sont deux formes identitaires bien différentes)
- l'affirmation spectaculaire des identités non catholiques : Juifs d'abord (12 heures pour Israel en1980), Musulmans ou homosexuels plus récemment (la "gay pride" modèle inconscient des manifs pour tous ?)
- l'oubli des faiblesses qui avaient affaibli la crédibilité des institutions catholiques d'avant Vatiacan II (le catholicisme sociologique d'ailleurs condamné par le cardinal Ratzinger dans ses livres). Faiblesses réelles que nous oublions un peu trop "dans nos milieux".

Y aura t il conflit avec les cercles dirigeants de l'Eglise de France ?

Peut être pas car ces cercles savent que les vocations (et aussi les jeunes pratiquants) sont du côté des identitaires. Et ils ont quand même un peu de réalisme (pas tous mais un grand nombre) comme le cardinal Vingt Trois.

Peut être si le pape François encourage une logique Paul VI de discrétion - mais c'est peu probable vu ses références récurrentes à Evangilii Nuntiandi qui est un peu le point de départ de la pastorale de style Jean Paul II.

Une dernière chose : nos jeunes identitaires se réfèrent à Jean Paul II et à Benoît XVI - pas souvent à Mgr Lefebvre. Ils pratiquent plutôt une liturgie NOM très digne mais pas souvent le VOM. Cela aurait pu changer si le pontificat de Benoît XVI n'avait pas été interrompu.
images/icones/fleche3.gif  ( 719223 )Deux catholicismes ou deux façons de vivre le catholicisme ? par jejomau (2013-04-27 10:02:33) 
[en réponse à 719216]

Je m'insurgeai un plus bas dans un autre fil sur le fait que j'étais assez étonné de voir avec quelle agressivité on considérait Civitas. Et je pense que votre post pose la bonne problématique.

Nous avons l'émergence dans la société de deux catholicismes ou de deux façons de vivre le fait d'être catholique. Et ceci est dû au fait que la laïcité est devenue agressive envers nous avec ses projets de loi sociétaux aux valeurs nettement sataniques.

Il y a donc tout un catholicisme issu de l'Eglise Concile Vatican II qui est - c'est ma perception - beaucoup plus axé sur la prière, la non-violence, le pacifisme. Il a les faveurs de l'Episcopat . Il promeut les valeurs du dialogue avec toutes les croyances ainsi que tous ceux qui manifestent des valeurs d'humanisme dans le but de s'unir contre les choix de société actuels faits par le pouvoir.

Et il existe, parallèlement à ces catholiques, tout un courant de catholiques dits "identitaires" dont les membres sont beaucoup plus axés sur l'action (et) (ou) la réaction (parfois violente) dans le but de contre-carrer immédiatement la pensée laïciste. C'est un fait. Ceux-ci sont souvent issus de la tradition en général.

Maintenant, la question qui se pose est celle-ci : faut-il les opposer ? Faut-il en ostraciser l'un et conforter l'autre ? Est-ce deux façons de vivre le catholicisme ou est-ce deux catholicismes différents ? La question est d'importance parce que dans le premier cas, il n'y a pas de raison de s'acharner à rejeter comme des parias les tenants (souvent la jeunesse d'ailleurs) de cette façon d'être catholique.. Alors que dans le deuxième cas, il y a effectivement pour les évêques surtout (et l'Eglise) une excroissance temporelle du catholicisme qui ne lui portera pas bonheur...

En dernière analyse, je remarque quand même quelque chose. Les autres pays Occidentaux qui ont avalisé le pseudo-mariage homo et ses valeurs l'ont fait sans résistance... Alors qu'en France, le catholicisme dit "identitaire" a été à chaque fois l'aiguillon de la "colère de Dieu" (cette expression me parait parlante) et ce sont bien eux qui ont réveillé les consciences de tout un chacun.... Les gros bataillons arrivant ensuite avec les catholiques issus du Concile V.II . Les premiers ont donc été utiles et complémentaires à la résistance qui a surgi en France...
images/icones/neutre.gif  ( 719232 )pas convaincu par Aigle (2013-04-27 10:58:36) 
[en réponse à 719223]

je ne suis pas convaincu pour deux raisons.

D'une part, vos identitaires tradis sont ultra minoritaires. 40 000 manifestants de civitas le 13 janvier (1 million chez barjot). Zéro le 24 mars (plus d'un million chez Barjot). 50 devant le sénat en avril !

D'autre part, ils sont très peu actifs. Certes on les a vu manifester contre les pièces de théatre scatologiques. mais contre la mariage pour tous, ils se sont réveillés il y a très peu de temps et avec des éclipses (civitas a boycotté le 24 mars je crois - comme la FSSPX d'ailleurs).

C'est d'ailleurs un étonnement pour moi de voir la passivité des militants d'extreme droite (ou de droite nationale) depuis le début des années 1970. Mentalité de vaincu ? lâcheté ? conviction que toute manif est inutile ? préférence donnée à la stratégie électorale du FN ? vieillissement et embourgeoisement des militants ? ou simplement dispartition numérique ?
images/icones/1d.gif  ( 719244 )nier les faits des chiffres par jejomau (2013-04-27 12:00:40) 
[en réponse à 719232]

devant l'évidence de la réalité me stupéfiera toujours....
images/icones/1a.gif  ( 719248 )Des cathos identitaires ? par Semper parati (2013-04-27 12:07:46) 
[en réponse à 719232]

y en a , clic
images/icones/neutre.gif  ( 719256 )Le catholicisme identitaire est aussi dans Vatican II par PEB (2013-04-27 12:43:37) 
[en réponse à 719223]

Les catholiques identitaires se réclament de Jean-Paul II et de Benoît XVI. Or, ces deux pontifes furent les artisans du Concile.

Jean-Paul II avait une vision d'un catholicisme de combat identifiant l'âme de la nation polonaise face à l'oppression communiste. Benoît XVI insistait sur la vérité lumineuse sinon aveuglante de la Révélation.

Le concept de "Lumière des nations" veut déjà en dire beaucoup. Vatican II peut, à ce titre, être lu comme une parole forte face à la modernité protéiforme. Mais vox clamantis in deserto...
images/icones/1e.gif  ( 719268 )Quelle bonne blague ! par Alonié de Lestre (2013-04-27 14:47:43) 
[en réponse à 719256]

Vous êtes un sapré farceur PEB !
images/icones/hein.gif  ( 719305 )Et vous cher Alonie n'êtes pas à "sapré" par Ritter (2013-04-27 18:36:40) 
[en réponse à 719268]


Vous êtes un sapré farceur PEB !



Si l'on considère que les modernistes, déforment le concile, que les traditionalistes n'en veulent pas, en suivant PEB, l'on peut ajouter :
Que comme magistère, il est l'expression des promesses de Notre Seigneur, à la citation de PEB on peut associer aussi celle ci.

Luc 18-8

Mais, quand le Fils de l'homme viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre?