Le Forum Catholique

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images/icones/bravo.gif  ( 717474 )"La charge du cal Vingt-Trois" par Justin Petipeu (2013-04-16 13:35:26) 

Le Monde et Libé s'offusquent du discours offensif du cardinal de Paris à la conférence épiscopale.



"Pour nous, la nouvelle évangélisation se présente dans une société en pleine mutation et les signes de cette mutation ne manquent pas. Les longs mois de débat à propos du projet de loi de mariage pour les personnes de même sexe ont fait apparaître des clivages qui étaient prévisibles et annoncés. Ces clivages sont un bon indicateur d'une mutation des références culturelles. L'invasion organisée et militante de la théorie du genre particulièrement dans le secteur éducatif, et, plus simplement, la tentation de refuser toute différence entre les sexes en est un signe. C'est le refus de la différence comme mode d'identification humaine, et en particulier de la différence sexuelle. C'est l'incapacité à assumer qu'il y ait des différences entre les gens. On se refuse à gérer le fait que les gens ne sont pas identiques. Ils ne sont pas identiques dans leur identité sexuelle mais ils ne sont pas plus identiques dans leur personnalité, et le principe incontournable de la vie sociale c'est précisément de faire vivre ensemble des gens qui ne sont pas identiques, de gérer les différences entre les individus sur un mode pacifique et non pas sur un mode de violence.

Or, si l'on fait disparaître les moyens d'identification de la différence dans les relations sociales, cela veut dire que, par un mécanisme psychologique que nous connaissons bien, on entraîne une frustration de l'expression personnelle, et que la compression de la frustration débouche un jour ou l'autre sur la violence pour faire reconnaître son identité particulière contre l'uniformité officielle. C'est ainsi que se prépare une société de violence. Ce que nous voyons déjà dans le fait que l'impuissance à accepter un certain nombre de différences dans la vie sociale, aboutit à la cristallisation de revendications catégorielles de petits groupes, ou de sous-ensembles identitaires, qui pensent ne pouvoir se faire reconnaître que par la violence. Notre société a perdu sa capacité d'intégration et surtout sa capacité d'homogénéiser des différences dans un projet commun.

Pour ma part, je pense que la loi pour le mariage des personnes homosexuelles participe de ce phénomène et va l'accentuer en le faisant porter sur le point le plus indiscutable de la différence qui est la différence sexuelle, et donc va provoquer ce que j'évoquais : l'occultation de l'identité sexuelle comme réalité psychologique et la fermentation, la germination d'une revendication forte de la reconnaissance de la sexualité différenciée. Cette explication simple échappe à un certain nombre d'esprits avisés, qui devraient pourtant se préoccuper de la paix sociale dans les années qui viennent. Que tous les moyens aient été mis en œuvre pour éviter le débat public, y compris dans le processus parlementaire, peut difficilement masquer l'embarras des promoteurs du projet de loi. Passer en force peut simplifier la vie un moment. Cela ne résout aucun des problèmes réels qu'il faudra affronter de toute façon. Pour éviter de paralyser la vie politique dans un moment où s'imposent de graves décisions économiques et sociales, il eût été plus raisonnable et plus simple de ne pas mettre ce processus en route.

Ainsi, se confirme peu à peu que la conception de la dignité humaine qui découle en même temps de la sagesse grecque, de la révélation judéo-chrétienne et de la philosophie des Lumières n'est plus reconnue chez nous comme un bien commun culturel ni comme une référence éthique. L'espérance chrétienne est de moins en moins reconnue comme une référence commune et, comme toujours, ce sont les plus petits qui en font les frais. C'est un profond changement d'abord pour les chrétiens eux-mêmes. Vouloir suivre le Christ nous inscrit inéluctablement dans une différence sociale et culturelle que nous devons assumer. Nous ne devons plus attendre des lois civiles qu'elles défendent notre vision de l'homme. Nous devons trouver en nous-mêmes, en notre foi au Christ, les motivations profondes de nos comportements. La suite du Christ ne s'accommode plus d'un vague conformisme social. Elle relève d'un choix délibéré qui nous marque dans notre différence.

Cette fracture se manifeste aussi dans les intentions de légiférer sur la laïcité. Nous avions déjà exprimé notre perplexité devant les projets de loi limitant la liberté individuelle dans l'habillement ou les signes distinctifs des religions. Autant il est compréhensible que la vie commune, notamment dans les entreprises, soit régie par des règles de cohabitation pacifique, autant il serait dommageable pour la cohésion sociale de stigmatiser les personnes attachées à une religion et à sa pratique, spécialement les juifs et les musulmans. Dans ce domaine, les mesures coercitives provoquent plus de repliement et de fermeture que de tolérance et d'ouverture. Faut-il voir un signe inquiétant dans le fait que, à ce jour, aucun des cultes connus en France n'a été consulté ni même contacté sur ces sujets et qu'aucun n'est associé au travail préparatoire ?

C'est dans ce contexte général que nous devons réfléchir aux conditions de la nouvelle évangélisation. Pour vivre dans notre différence sans nous laisser tromper et tenter par les protections trompeuses d'une organisation en ghetto ou en contre-culture, nous sommes appelés à approfondir notre enracinement dans le Christ et les conséquences qui en découlent pour chacune de nos existences. À quoi bon combattre pour la sauvegarde du mariage hétérosexuel stable et construit au bénéfice de l'éducation des enfants, si nos propres pratiques rendent peu crédible la viabilité de ce modèle ? À quoi bon nous battre pour défendre la dignité des embryons humains, si les chrétiens eux-mêmes tolèrent l'avortement dans leur propre vie ? À quoi bon nous battre contre l'euthanasie si nous n'accompagnons pas humainement nos frères en fin de vie ? Ce ne sont ni les théories ni les philosophes qui peuvent convaincre de la justesse de notre position. C'est l'exemple vécu que nous donnons qui sera l'attestation du bien-fondé des principes.

La mobilisation impressionnante de nos concitoyens contre le projet de loi autorisant le mariage des personnes de même sexe a été un bel exemple de l'écho que notre point de vue pouvait avoir dans les préoccupations de tous. Au-delà des sondages prédigérés, l'expression des préoccupations profondes rencontre une inquiétude réelle sur l'avenir qui se prépare. Réduire ces manifestations à une manie confessionnelle rétrograde et homophobe ne correspond évidemment pas à ce que tout le monde a pu constater.

Nous savons bien que les alertes que nous formulons devant des risques que l'on impose à la société sans aucune application du principe de précaution ne sont pas toujours comprises ni acceptées. Mais nous ne pouvons pas rester muets devant les périls. Comment se taire quand nous voyons les plus fragiles de notre société menacés ? Les enfants et les adolescents formatés au libertarisme sexuel, les embryons instrumentalisés dans des recherches au mépris des derniers résultats internationaux, des personnes en fin de vie dévalorisées dans leurs handicaps et leur souffrance et encouragées au suicide assisté, les lenteurs ou les incohérences de la prise en charge des demandeurs d'emploi, des familles dans la misère soumises aux rigueurs des expulsions sans alternative, les camps de roms démantelés en nombre croissant, etc.

La pointe du combat que nous avons à mener n'est pas une lutte idéologique ou politique. Elle est une conversion permanente pour que nos pratiques soient conformes à ce que nous disons : plus que de dénoncer, il s'agit de s'impliquer positivement dans les actions qui peuvent changer la situation à long terme. Il s'agit de nous laisser nous-mêmes évangéliser par la bonne nouvelle dont nous sommes les témoins. Alors, l'écart qui doit apparaître entre notre manière de vivre et les conformismes de la société ne pourra pas être perçu comme un jugement pharisien, mais comme un espace d'appel et comme une espérance. Nous pouvons nous souvenir de l'épître de Pierre que nous avons lue dernièrement à l'Office des Lectures : « Ayez une belle conduite parmi les païens, afin que, sur le point même où ils vous calomnient comme malfaiteurs, ils soient éclairés par vos bonnes œuvres et glorifient Dieu au jour de sa venue. » (I P. 2, 12)".
images/icones/bravo.gif  ( 717476 )Merci au cardinal de Paris par l'abbé Pépino (2013-04-16 13:38:24) 
[en réponse à 717474]

pour ce texte sans concession
images/icones/neutre.gif  ( 717493 )Un discours de combat par jean_droit (2013-04-16 15:50:18) 
[en réponse à 717476]

J'ai trouvé l'intervention du cardinal Vingt Trois très forte.
Cela faisait longtemps qe l'on n'avait pas vu des paroles aussi nettes, je dirais, tranchantes.
Puissent-elles inaugurer une période e réveil de l'Eglise de France !
images/icones/1v.gif  ( 717483 )il reconnaît la justesse des positions des tradis par jejomau (2013-04-16 14:28:02) 
[en réponse à 717474]

Ainsi, Juste après que le Concile eut lieu, on a une libéralisation à tout va : prêtre perdant sa soutane et portant une guitare pour "animer" les nouvelles messes où "Christ est partagé" dans la miche de pain posé sur la table en formica placée dans la salle de "l'aumônerie" où le catéchisme (quel mot affreux!) est supplanté par la "catéchèse". Conclusion ? Les laïcs aussi se libèrent dans les mœurs et quittent les "assemblées dominicales" préférant les plages vêtus de bikini.

C'EST DE LA que découlent aujourd'hui : le mariage homosexuel, l'avortement, et je ne sais quel autre projet funeste concocté par les loges. C'est de cet abandon des clercs suivi des laïcs que provient toutes ces folies.

C'EST de la haine farouche qu'une certaine église a entretenue envers un petit troupeau resté fidèle que perdure aujourd'hui cette fracture au sein de l'Eglise et qui fait tâche quand on prononce le mot : "charité". Parce que c'est dans l'Unité que l'Eglise peut l'emporter devant les forces sataniques.

Mgr Vingt-Trois, quand il demande que "nos pratiques soient conformes à ce que nous disons" a raison et doit reconnaître aussi la justesse du combat mené par les Tradis dans leur ensemble qui essayent de placer leur vie quotidienne sous le regard de Dieu par la pratique des sacrements et de la prière.

Il est peut-être temps de cesser d'ostraciser systématiquement Civitas par exemple dans le combat qui nous concerne ici quand on reconnaît qu'ils ont eu raison depuis le début.

Que nos actes soient conformes à nos propos. Je suis d'accord.

images/icones/1v.gif  ( 717507 )Mais non, il parle des tradis ici... par Leopardi (2013-04-16 16:58:45) 
[en réponse à 717483]


Pour vivre dans notre différence sans nous laisser tromper et tenter par les protections trompeuses d'une organisation en ghetto ou en contre-culture,

images/icones/livre.gif  ( 717496 )En filigrane par Eucher (2013-04-16 15:59:34) 
[en réponse à 717474]

les idées de Msgr. Tony Anatrella sur les conséquences sociétales de la théorie du genre.

-Eucher.
images/icones/ancre2.gif  ( 717534 )Bravo, Eminence ! par Paterculus (2013-04-16 20:13:31) 
[en réponse à 717474]

Respectueusement bravo.
Cela fait des décennies que j'attends ce réveil.
Votre dévoué Paterculus

PS Ce discours préfigure davantage le cardinal Barbarin que Mgr Simon comme successeur à la présidence de la CEF.
images/icones/1a.gif  ( 717564 )remarque par worou-kenou (2013-04-16 22:40:47) 
[en réponse à 717474]

j'ai remarqué que le cardinal de Paris était toujours excellent dans les situations de crise;je me rappelle ses propos bienvenus lorsqu'il y eu des attaques misérables contre Benoît XVI.
Son discours à Lourdes brosse les nouveaux défis des catholiques français:de la nouvelle évangélisation, en passant par la défense des plus faibles...dommage que la liturgie passe quand même un peu à l'as.
images/icones/ancre2.gif  ( 717566 )Sur Benoît XVI... par Paterculus (2013-04-16 22:50:50) 
[en réponse à 717564]

... Il a eu des propos malheureux en 2008, après la visite du Pape en France.
Je ne me souviens plus des termes exacts, mais il prenait ses distances par rapport au gouvernement de l'Eglise en France par le Saint Père.

Du coup, j'ai été heureusement surpris quand il a défendu Benoît XVI.

VdP
images/icones/1y.gif  ( 717570 )oui, bon, euh... faudrait quand même pas exagérer! par erminig (2013-04-16 23:14:14) 
[en réponse à 717566]



A quand le renfort de la présence des évêques autour de l'Asemblée Nationale pour protester contre cette loi inique?

Personnellement, j'ai trouvé quand même que le mot "concitoyens" ne suffisait peut-être pas pour un évêque, en ce qui concerne la préence des nombreux catholiques qui réagissent contre la loi.
D'autre part, comment interpréter avec justesse sa description du combat à long terme où l'exemple convertira les personnes adversiares de l'Église?
Si sa description du phénomène de la violence est juste, et est effectivement mis en exergue chez les détracteurs du Gender comme Mgr Anatrella, j'ai la curieuse intuition d'une étape qui est sautée.

En effet, au nom d'une future conversion sans violence des adversaires de la loi naturelle, on laisse quand même les laïcs depuis cinquante ans affronter assez seuls la tempête.

Cela a commencé publiquement en 1969 avec l'abandon du combat pour l'application d'Humanae Vitae.
Qui aboutit fort justement à cette réflexion de Mgr Vingt-Trois sur les catholiques contre l'avortement. Cela rappelle la réflexion du Ppe François à propos des filles mères dont on refuse de baptiser les enfants.

Bref (mot favori d'erminig en ce moment).

Les discours éclatants, oui.
MAis quid des réponses concrètes pour les fidèles aujourd'hui?
Quelles pistes de soutien effectif dan sles combats et leur réalité quotidienne en France?
A quand la mise en place d'n système d'entr'aide social autre que celle de l'État?
A quand la mise en place à tous les niveaux de la société d'une véritable alternative à cette emprise de l'État sur le quotidien humain?
Que fait-on concrètement pour aider les plus vulnérables? Et dans l'enseignement, à quand l'exigence chrétienne catholique effective dans les établissements, alors que c'est déjà TRÈS difficile, et que nous ne sommes pas au bout du pain noir?

Discours choc pour certains. Certes.
MAis je suis quand même en pétard ce soir quand je vois que l'homme des Lumières, l'humanisme des lumières est mis sur le mêem plan que l'héritage grec, l'héritage judéo-chrétien.

Non. Je ne suis pas d'accord.
Les Lumières ont amené la Révolution.
Et le dictionnaire philosophique de Voltaire, s'il est écrit dans une langue française d'une grande pureté et exactitude, n'en reste pas moins un brûlot anti-chrétien, anti-spirituel de première main.

Mais bon...
Bref...
On n'est pas sorit de l'auberge.
La preuve: au poste, pas de visite d'aumônier, mais des politiques et des avocats venant appliquer l'une des béatitudes: j'étais en prison et vous m'avez visité....
On est pas sorti du lisier. Et avoir des évêques militants, ça ne ferait pas de mal.
Le Lion de Kologne a soutenu les catholiques allemands écrasés par le nazisme.
A quand notre lion français?







images/icones/1d.gif  ( 717577 )le Lion de Münster, pardon par erminig (2013-04-17 00:15:53) 
[en réponse à 717570]


cardinal von Galen...
Je pensais à Köln, puis en français à Cologne, tout en voulant écrire Münster.

Au lit.

Zou!