Je n'ai pas lu le livre de Colette Ouzilou. Mais je crois comprendre qu'elle explique que la plupart des « dyslexiques » ne le sont pas d'origine, mais le deviennent à cause des méthodes d'apprentissage.
j'ai plusieurs fois parlé de cette question avec Elisabeth Nuyts : elle assure qu'en toutes ses années de pratique avec des enfants, des jeunes et des adultes catalogués « dyslexiques », elle n'en a jamais rencontré chez qui ce fût une « maladie » ou un « handicap » de naissance.
Cela ne répond pas totalement à votre question puisqu'elle ne parle que de son expérience (forte de plus de 1 000 cas) ; mais ce qu'elle a constaté, c'est qu'elle n'a jamais rencontré une « dyslexie » qui ne cède pas devant son « traitement ». Celui-ci qui pas une méthode et encore moins une méthode miracle, mais une rééducation à la perception consciente et un réapprentissage conscient de la lecture et de l'écriture que donne l'apprentissage alphabétique et progressif traditionnel.
Je sais que l'on justifie l'idée selon laquelle la dyslexie peut être de naissance par des différences constatées dans le cerveau des « dyslexiques », avec certaines zones plus importantes que chez les lecteurs normaux. Mais là c'est la question de la poule et de l'œuf. Un mauvais apprentissage active des circuits différents de ceux de la lecture analytique et l'apprentissage « modèle » alors le cerveau (constat fait également par Mme Wettstein-Badour).
Ainsi vient-on de constater que les chauffeurs de taxi de Londres – qui doivent apprendre par cœur les 25.000 rues de Londres et les chemins les plus efficaces pour aller d'un point à un autre, un apprentissage de 3 ans) :
« L'hippocampe, la zone du cerveau responsable de la mémoire spatiale, est significativement plus développée chez les conducteurs de taxis, selon cette étude, basée sur la comparaison du cerveau des chauffeurs de taxis et de bus. »
Une différence intéressante entre les analyses de Mme Wettstein-Badour et Elisabeth Nuyts : la première pensait que les lecteurs dyslexiques étaient ralentis par la méthode globale qui les faisait utiliser des cricuits neuronaux inutilement compliqués, mais qu'ils lisaient de manière analytique au bout du compte, c'est-à-dire en lisant bien chaque lettre.
Mme Nuyts explique au contraire que les personnes qui ont appris à « lire » avec la méthode globale perçoivent vraiment les mots ou des mots comme des images, de manière globale, à la manière d'un logo, n'activant pas leurs circuits auditifs.
Ayant travaillé un peu avec des enfants dans cette situation, j'ai pu constater, avec horreur, qu'elle dit vrai : ces personnes ne s'entendent pas lire dans leur tête, ils « voient » les mots et essaient de donner un sens à l'ensemble.
Cette situation est le fruit de la méthode globale et de l'apprentissage précoce, souvent dès le CP, de la lecture silencieuse et rapide. Elle aboutit au pire des cas à inhiber la pensée consciente, comme l'a constaté Elisabeth Nuyts. Et elle se constate principalement chez les enfants auditifs, dont la première « entrée » de la perception est l'oreille.
Pour prendre un exemple : si vous êtes auditif, vous retenez d'abord ce que vous avez formulé consciemment – il vous suffit de vous décrire la chose que vous désirez retenir dans les détails et avec des mots, pour vous en souvenir longtemps après.
Des éléments de lecture globale se faufilent même dans des méthodes qui se prétendent « syllabiques » en développant la « conscience phonologique » hors sens et en faisant apprendre des « petits mots » ou des « mots outils » de manière globale et donc de manière non consciente ; souvent il s'agit des pronoms et même du verbe être.