Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 716982 )Formule consécratoire du pain : le NOM plus riche que le VOM ? par Gaudium (2013-04-13 09:36:21) 

Voici la formule de consécration du pain dans le VOM : "Hoc est enim Corpus meum".

Et voici celle prévue dans les différentes prières eucharistiques du NOM : "Hoc est enim Corpus meum, quod pro vobis tradetur (livré pour vous)".

Paradoxalement, la formule retenue dans le NOM (tirée de l'Evangile selon saint Luc), dans ce qui constitue le coeur de la messe, met sans doute mieux en lumière le caractère sacrificiel de la messe que la formule, plus lapidaire (cf. Evangiles de saint Marc et de saint Matthieu), retenue dans le VOM.

Pour quelle raison les "réformateurs" ont-ils procédé à cet ajout ? Cet ajout, qui offre dans la prière essentielle de la messe une formule plus explicite quant à la dimension sacrificielle de l'Eucharistie, n'est-il pas légitime et bienvenu ? En connaissez-vous l'historique dans le cadre de la réforme liturgique ?

images/icones/fleche3.gif  ( 717005 )La messe déconstruite par N.M. (2013-04-13 11:26:59) 
[en réponse à 716982]

1) La formule "quod pro vobis tradetur" n'est pas "tirée de l'évangile selon saint Luc".

Saint Luc : "Hoc est enim corpus meum, quod pro vobis datur" (Lc. XXII, 19) - "Ceci est mon corps, qui est donné pour vous".

2) La formule "quod pro vobis tradetur" est la traduction de la Vulgate pour I Cor. XI, 24.

Sauf que, d'après le Père Allo (Commentaire sur la première épître aux Corinthiens) la formule grecque paulinienne est en fait elliptique : "Τό ύπερ ύμϖν", c'est-à-dire "Ceci est mon corps qui est pour vous".

D'ailleurs, Osty donne cette même traduction pour I Cor. XI, 24.

3) La formule "quod pro vobis tradetur" fait en effet référence au sacrifice de la croix, alors que la formule "quod pro vobis datur" (ou encore "rompu", "donné", "brisé", "rompu et donné", "rompu et partagé" dans les liturgies anciennes ou orientales) fait référence bien plutôt au don eucharistique. Pourquoi ?

Convient-il que la formule "quod pro vobis tradetur" - donc la mention du sacrifice de la croix - soit présente à la première consécration ?

5) Le sacrifice de la messe est accompli avec la double consécration en tant qu'elle est double. Autrement dit, le sacrifice de la messe est accompli à la deuxième consécration.


"La fonction essentielle du sacrifice consiste seulement dans la consécration. Sententia communis.

"La consécration a été instituée par le Christ, elle est accomplie par le prêtre au nom du Christ sur la victime proprement dite et représente le sacrifice de la croix. Pour réaliser le sacrifice, la double consécration est nécessaire, parce que le Christ l'a faite à la dernière Cène. Sans compter l'exemple du Christ, la double consécration est nécessaire pour représenter sacramentellement la séparation réelle du corps et du sang du Christ.

"Selon saint Grégoire de Nazianze, le prêtre, en prononçant les paroles de la consécration sépare "par une coupure non sanglante le corps et le sang du Seigneur, en employant sa voix comme glaive" (Ep. 171). D'accord avec le langage des Pères, les théologiens parlent d'une immolation non sanglante ou mystique (immolatio incruenta, mactatio mystica) du divin Agneau. [...]

"L'oblation extérieure consiste dans la séparation sacramentelle mystique du corps et du sang du Christ, qui est réalisée ex vi verborum par la double consécration, et qui est une représentation objective de la séparation historique réelle réalisée sur la croix."

Louis Ott, Précis de Théologie dogmatique, 2e éd. fr., pp. 563-564.



6) Donc on comprend très bien pourquoi le rite romain traditionnel fait mention du sacrifice dans la deuxième consécration ("qui pro vobis et pro multis effundetur in remissionem peccatorum") - soulignant qu'est là (à ce moment-même) réalisé le "mysterium fidei" - lors même qu'à la première consécration il n'est fait mention que de la Présence Réelle ("Hoc est enim corpus meum" et c'est tout).

Par conséquent, loin d'être un développement liturgique et dogmatique (comme il se doit en toute réforme liturgique vraie et fructifiante) l'adjonction des paroles "quod pro vobis tradetur" opérée par le N.O.M. vient parasiter la double consécration dans son expression la plus exacte, et dans son exacte compréhension.

7) Quid de la formule "quod pro vobis tradetur" dans les rites anciens ou orientaux ?

Lorsque la formule paulinienne est reprise, le corps du Christ n'est généralement pas "livré", mais bien plutôt :

- "rompu" (canon d'Hippolyte, anaphore de Sérapion, Constitutions apostoliques, Testament de Notre-Seigneur, Ambrosiaster, anaphore de Théodore de Mopsueste, anaphore de Nestorius, anaphore de saint Jean Chrysostome, anaphore de saint Basile, rite arménien, rite abyssin)

- "donné" (anaphore de Balizeh)

- "brisé" (rite maronite antérieur au XVIIe siècle),

- "rompu et donné" (anaphore de saint Jacques et de saint Jean l'Evangéliste, anaphore des Douze Apôtres, anaphore de saint Marc, rite chaldéen restauré,

- "rompu et partagé" (anaphore de saint Basile du rite antiochien).

En revanche, il est fait mention du corps du Christ "livré" :

- dans l'anaphore de saint Grégoire (rite alexandrin) et dans l'anaphore de saint Basile (du rite alexandrin), même si la formule exacte est : "Ceci est mon corps qui est rompu pour vous, et qui sera livré pour beaucoup en rémission des péchés",

- dans le rite mozarabe...

... même si Dom Cabrol (dans le Dictionnaire de Théologie catholique) s'interroge sur la forme du rite mozarabe et rappelle que lorsque le rite mozarabe fut restauré à l'initiative du Cardinal Cisneros en 1500, Rome imposa les paroles de la consécration du rite romain.

8) En revanche, on retrouve l'adjonction de la formule "quod pro vobis tradetur" dans la "messe" de Martin Luther.

Mais la chose se comprend fort bien : pour Luther, la messe n'est pas un sacrifice, la double consécration n'est pas une immolation mystique (présence réelle à la première consécration, puis "présence-séparation" à la deuxième consécration). Donc (pour Luther) la référence au sacrifice de la croix, y compris dans les paroles du "récit de l'institution", n'a aucune relation avec un acte sacrificiel accompli à la messe par les mains du prêtre. Et donc exit la singularité, le sens exact de la deuxième consécration.

D'ailleurs, pour la deuxième consécration, Martin Luther a enlevé les paroles "mysterium fidei". Paroles qui, au sein de la deuxième consécration, soulignent bien dans la messe romaine traditionnelle à quel moment est réalisé le sacrifice de la messe.

Evidemment, on pourra toujours faire valoir que les paroles "mysterium fidei" n'existent pas dans tel ou tel rite. Bien sûr. Sauf que la présence ou l'absence de tel ou tel élément ont un sens tout à fait différent d'une part lorsqu'on parle de rites différents (de familles liturgiques qui se développent "parallèlement"), d'autre part lorsqu'il s'agit d'un rite que l'on prétend substituer à un autre.








images/icones/neutre.gif  ( 717020 )Tradetur et "mysterium fidei" par Gaudium (2013-04-13 13:12:54) 
[en réponse à 717005]

Merci d'abord de votre réponse fort bien développée.

Deux remarques par rapport à l'affirmation selon laquelle la nouvelle formule affaiblirait la compréhension de la double consécration qui est une immolation mystique (présence réelle à la première consécration, puis "présence-séparation" à la deuxième consécration):

Il me semble en effet difficile de prétendre que la formule "quod pro vobis tradetur" vient "parasiter" la double consécration dans son exacte compréhension dans la mesure où :

- le terme "tradetur" (tradere : livrer quelqu'un à ses adversaires pour être supplicié, note le Gaffiot) assume l'instance essentielle du "datur", à savoir le don eucharistique (présence réelle), même s'il va plus loin, laissant percevoir que le sacrifice de la croix, anticipé sacramentellement à la Cène, commence à être actualisé lors de la consécration du pain à la messe ; le sacrifice de la croix est bien en cours d'actualisation lors de la première consécration, même s'il est accompli et achevé à la seconde ;

- la formule "Mysterium fidei" est conservée dans le NOM, et le circonstance qu'elle soit placée juste après la deuxième consécration (ce qui me semble mieux respecter les récits évangéliques de l'institution de l'Eucharistie) ratifie admirablement la consécration du pain puis du vin, et donc l'"accomplissement" du Sacrifice eucharistique après la double consécration, sans négliger le fait que la première consécration engage effectivement ce mystère de la "présence-séparation" qui sera achevé par la seconde consécration.
images/icones/fleche3.gif  ( 717027 )La messe déconstruite (2) par N.M. (2013-04-13 14:41:58) 
[en réponse à 717020]

Merci à vous pour votre réponse intelligente et stimulante.

1) Je suis tout à fait d'accord avec vous lorsque vous soulignez que "tradere" implique une autre idée que "dare". Et c'est cela même qui pose problème. Et donc nous ne sommes plus d'accord.

a) Vous faites valoir que "le sacrifice de la croix est bien en cours d'actualisation lors de la première consécration". Sauf que les paroles sacramentelles sont des signes. Si le sacrifice de la messe est opéré seulement à la deuxième consécration, il ne convient pas que le sacrifice soit signifié à la première consécration.

A cela on pourrait objecter qu'il y a des éléments d'anticipation dans le rite de la messe. Et que ces éléments sont autant de signes à leur tour. Sans doute. Sauf que les paroles de la consécration constituent la forme du sacrement. Elles doivent signifier ce qu'elles opèrent. Elles n'anticipent pas. C'est au contraire la partie cérémoniale qui anticipe pour manifester l'intention du rite.

Donc les paroles "quod pro vobis tradetur" peuvent avoir leur place au titre de la partie cérémoniale de la messe, mais pas au titre des paroles de la forme sacramentelle. Du moins en tant qu'elles se substituent à une expression plus exacte du mystère, c'est-à-dire aux paroles de la consécration dans la messe romaine traditionnelle : d'abord la Présence Réelle, puis l'effusion du précieux Sang (et donc l'immolation mystique).

b) J'ajoute que le sacrifice de la messe est un sacrifice d'application du sacrifice de la croix. C'est à la croix que le Christ est "livré à ses adversaires pour être supplicié". Mais à la messe le Christ n'est pas ainsi "livré" (pas de "coup de poignard mystique" à rechercher !).

Bien sûr, il s'agit bien substantiellement de la même immolation, du même sacrifice, sauf qu'accidentellement le Christ n'est plus "livré". Il l'a été une fois pour toute. Le Vendredi Saint.

Etant donné que les paroles sacramentelles produisent ce qu'elles signifient et signifient ce qu'elles produisent, il est par conséquent inconcevable que dans la forme même du sacrement - et non pas seulement dans la partie cérémoniale - il soit signifié que le Corps du Christ est "livré".

A moins qu'on entende ici faire en tout et pour tout un récit... mais cela pose un autre grave problème.


"Différence entre le sacrifice de la messe et le sacrifice de la croix

"Elle ne peut être, d’après ce que nous avons dit, qu’accidentelle et non essentielle. C’est ce qu’enseigne le Concile de Trente, quand il dit qu’il n’y a de différence que dans la « manière d’offrir » et explique avec plus de précision : « Le Christ s’offre par le ministère des prêtres » (sacerdotale ministerium), tandis qu’ « il s’est offert alors par lui-même ». En outre, la première oblation est appelée « oblation sanglante » (oblatio cruenta) ; la seconde, c’est une « oblation non sanglante » (oblatio incruenta : s 22, c 2 et 1).

"Une oblation a donc lieu dans les deux cas ; si elle faisait défaut à la messe, la messe ne serait pas un sacrifice, mais un simple mémorial symbolique. Il lui manquerait l’identité essentielle avec le sacrifice de la croix. Il nous faudra donc démontrer plus loin que, dans la messe, il y a, de quelque manière, un acte sacrifical du Christ. Mais le mode d’oblation est différent.

"[1] Cette différence consiste d’abord en ce que le Christ sur la croix s’offrit seul, sans l’intermédiaire d’un prêtre tenant sa place. [...]

"[2] Le Concile de Trente trouve une seconde différence dans ce fait que l’oblation a été la première fois sanglante et qu’à la messe elle est non sanglante. L’oblation sanglante est claire en soi. Il n’en est pas de même de l’oblation non sanglante. On l’appelle non sanglante parce qu’elle ne comporte pas de destruction de vie, pas de douleur. Et cependant c’est une oblation sacrificale. Or, une mise à mort du Seigneur n’est plus possible (Rom., VI, 9). Et même si elle était possible, sa réalisation serait un acte criminel imité des Juifs, bien loin d’être un acte de culte agréable à Dieu. Cependant le Christ a permis à son Église de posséder un vrai sacrifice sans qu’elle ait à commettre un crime envers lui. Il lui a ordonné une oblation non sanglante. L’oblation sanglante n’appartient donc pas à l’essence du sacrifice du Christ : autrement l’oblation ne pourrait pas être différente, comme le dit le Concile de Trente [cad la même oblation quant à l’essence, et une autre oblation quant au mode]. Rien ne doit être changé à l’essence, si la chose doit rester la même en soi."

Mgr Bernard Bartmann, Précis de Théologie dogmatique, t. II, pp. 382-383.



2) Concernant l'incise "mysterium fidei", il n'est pas exact de soutenir comme vous le faites qu'elle est "conservée dans le N.O.M.". Elle n'est pas "conservée". Elle est déplacée et elle change de sens.

Dans les prières eucharistiques I et IV, le "mystère de la foi" est, non pas l'immolation mystique opérée à la messe, mais : la "mort", la "résurrection" et la "venue dans la gloire" du "Seigneur Jésus". Pour la prière eucharistique III, c'est la mort et la résurrection ("Gloire à toi qui étais mort, gloire à toi qui es vivant").

Ce n'est tout de même pas la même chose...

Dans la prière eucharistique II, on retrouve la même idée que dans les autres prières eucharistiques... mais on va encore plus loin, dans une direction toute autre que dans l'authentique Canon romain.


"Quand nous mangeons ce pain et buvons cette coupe, nous célébrons le mystère de la foi :

"Nous rappelons ta mort, Seigneur ressuscité, et nous attendons que tu viennes."



Non seulement le "mysterium fidei" n'est plus identifié avec l'immolation mystique opérée à la messe, mais avec la pâque et le retour glorieux du Christ, mais qui plus est ce même "mystère de la foi" est identifié avec la communion.

C'est tout de même problématique pour qui se souvient encore du canon 1 du décret tridentin sur le sacrifice de la messe :


"Si quelqu'un dit qu'à la messe on n'offre pas à Dieu un sacrifice véritable et authentique, ou que cette offrande est uniquement dans le fait que le Christ nous est donné en nourriture, qu'il soit anathème."

Concile de Trente, session XXII, Décret sur le très saint sacrifice de la messe.



De deux choses l'une :

- Ou bien le "mysterium fidei" n'est plus là (dans le N.O.M.) pour préciser ce qu'est la messe,

- Ou bien le "mysterium fidei" s'y trouve matériellement "conservé" pour préciser ce qu'est la messe, mais c'est la messe qui n'est plus la messe : non plus l'immolation mystique mais le souvenir de la pâque du Seigneur, non plus le sacrifice mais la manducation (prex II).

images/icones/fleche2.gif  ( 717041 )Parallèle entre "tradetur" et "effundetur" par Gaudium (2013-04-13 16:31:19) 
[en réponse à 717027]

Sans avoir des connaissances liturgiques et théologiques aussi pointues que vous, permettez-moi quelques observations :

1° Comment soutenir que le sacrifice de la croix ne serait pas en cours d'actualisation au moment de la première consécration, tout en admettant que la transsubstantiation du pain est déjà opérée ? Sans sacrifice, pas de sacrement de l'Eucharistie ! Or, le pain, avant la consécration du vin, est bien changé en le corps, le sang, l'âme et la divinité de Jésus ; il y a bien "une opération" sacramentelle déjà signifiée et réalisée, qui demande certes à être parachevée pour que le sacrement soit complet, mais qui déjà rend présent l'unique sacrifice de la croix comme étant en cours d'actualisation.

2° le terme "tradetur", par comparaison à "effundetur" (pour le vin devenu le Sang du Seigneur), signifie bien cette "dynamique" sacrificielle et sacramentelle : le Sacrifice de la croix, c'est successivement le fait pour Jésus de se livrer (tradetur), puis, consécutivement à cela, le fait de mourir sur la croix par l'effusion de son sang (effundetur). Si, à la place de "quod pro vobis tradetur" (livré pour vous), avait été retenue une formule signifiant "tué pour vous" "mort pour vous" ou "immolé pour vous", alors effectivement cette insertion après la consécration du pain pourrait créer une confusion car elle laisserait entendre que le Sacrifice eucharistique est déjà pleinement accompli. Mais ce n'est pas le cas ! "Tradetur" ne signifie pas tué ou immolé, mais livré (en vue, dans la perspective de la mort sur la croix).

3° La traduction exacte, sauf erreur de ma part (suis pas très doué en latin), de "tradetur" est "qui sera livré", de même que "effundetur" signifie "qui sera versé (ou répandu)". Par conséquent, voilà une raison supplémentaire pour laquelle on ne peut pas considérer que "tradetur" laisserait entendre que l'immolation mystique est conclue au moment de la consécration du pain, car alors on ne comprendrait pas pourquoi "effundetur", qui est son parallèle, serait conjugué au futur plutôt qu'au présent puisqu'à partir de la consécration du vin la présence-séparation est réalisée ! En réalité, ces deux termes ont juste pour objet de rappeler le lien intrinsèque entre le Sacrifice de la croix et le Sacrifice de la messe.

Quant au "Mysterium fidei", il me semble, mais il faudrait vérifier, que le NOM propose trois formules applicables dans chacune des prières eucharistiques, étant observé d'une manière générale qu'aucune formulation humaine ne pourra rendre pleinement compte d'un si grand sacrement ; ce n'est pas parce qu'un aspect est mis en lumière que d'autres sont forcément occultés. Mais sur ce point, il y a un légitime débat quand les insistances apparaissent récurrentes dans un sens, je vous l'accorde.
images/icones/fleche3.gif  ( 717048 )La messe déconstruite (3) par N.M. (2013-04-13 17:43:35) 
[en réponse à 717041]

Concernant l'acclamation "mysterium fidei", il est vrai que l'on propose trois formules applicables dans les différentes prières eucharistiques. Je m'appuyais sur un missel des fidèles peut-être un peu trop ancien.

Quoi qu'il en soit la formule que je cite pour la prex II existe bel et bien, et elle identifie le "mysterium fidei" avec la manducation, ce qui est pour le moins très malsonnant vis-à-vis du canon 1 du décret tridentin sur le sacrifice de la messe.

Quant aux "aspects mis en lumière" dans les acclamations post-consécratoires du N.O.M., ils occultent en effet ce qu'est la messe, je veux dire le sacrifice de la messe. Il n'y a rien de "forcé" à cela lors même qu'on entend perpétuer le sacrifice de la messe. Mais c'est "forcément" le cas si l'on entend "sacrifier" la messe...

1. En effet, il y a une relation entre la Présence Réelle et le sacrifice. Mais elle n'est pas ce que vous dites. En raison de la première consécration, la Présence Réelle est déjà sacramentellement réalisée, en effet. Mais il n'y a pas encore immolation. Donc il n'y a pas encore sacrifice. Pour reprendre vos termes, la deuxième consécration "parachève" l'"action sacramentelle" ; toutefois elle ne "parachève" pas le sacrifice, elle le réalise. Nuance de taille. C'est bien la Présence qui est pour le Sacrifice.

2. Pardon de me répéter, mais si à la messe le Christ est immolé, toutefois à la messe le Christ ne meurt pas, et il n'est pas livré. Par conséquent l'adjonction de "quod pro vobis tradetur" comme partie prenante de la forme consécratoire est inopportune. Dans la mesure où la forme nouvelle se substitue à l'ancienne, cette substitution relève du contre-sens (ce qui n'est pas le cas dans les rites alexandrins).

3. Oui, l'emploi du futur a en effet pour fin de rappeler le lien entre le sacrifice de la messe et le sacrifice de la croix.

A la messe, il s'agit pour le prêtre ministre du Christ de refaire ce que le Christ lui-même a réalisé lors de la Cène, à savoir offrir le sacrifice de la messe qui est l'application du sacrifice de la croix. Sauf que, lors de la Cène, ce sacrifice d'application se référait à un sacrifice absolu qui était historiquement à venir. D'où l'emploi du futur. Comme le prêtre, ministre du Christ, offre le même sacrifice que le Christ à la Cène (c'est d'ailleurs le Christ qui offre par les mains du prêtre), le prêtre fait la même chose et consacre de la même façon que le Christ. D'où l'emploi du futur, en relation avec le sacrifice de la Croix, postérieur à la Cène.

Mais cela ne change rien au fait qu'à la messe, à la différence de la croix, le Christ n'est pas "livré".

A la croix, le Christ est livré et il y a effusion de son sang. A la messe, il y a mystiquement effusion du même précieux sang (identité substantielle), mais le Christ n'est pas "livré" (l'une des différences accidentelles entre la messe et la croix). C'est pourquoi à la messe le sang est "répandu", au futur parce que la Cène (et donc la messe) est en relation avec l'évènement de la Croix (qui lui confère toute sa réalité). C'est pourquoi en revanche à la messe le corps n'est pas et ne peut pas être "livré" : parce qu'ici la relation n'est pas la même.

Il n'y a donc pas de parallèle possible.
images/icones/5a.gif  ( 717057 )Où l'on parle d'Abel et où on use de la matière de Caïn par PEB (2013-04-13 18:46:14) 
[en réponse à 717048]

Bon,

La formule consécratoire, amène rituellement le fidèle au Cénacle. Le temps est celui de la mémoire: "Qui, pridie quam pateretur." "Qui, cum Passioni voluntarie traderetur." "Ipse enin in qua nocte tradebatur." "Ipse enim, cum hora venisset ut glorificaretur, Pater Sancte, ac dilexisset suos qui erant in mundo, in finem dliexit eos: et cenantibus illis". On est dans un temps déjà accompli mais qui s'accomplit sacramentellemeent sous nos yeux émerveillé d'un don éternellement reçu de la pure grâce.

Dans le texte typique du NOM, l'acclamation du "Mysterium fidei." est indépendante des prières eucharistiques. Les trois réponses populaires sont au choix:
"Mortem tuam annunitamus, Domine, et tuam resurectionem confitemur, donc venias."
"Quotiuscumque manducamus panem hunc et calicem bibimus, mortem tuam annuntiamus, donec venias."
"Salvator mundi, salva nos, qui per crucem et resurectionem tuam, liberasti nos."

On est bien d'accord: si le Christ ne meurt plus, la messe est un résumé du Triduum. Certaines dévotions anté-Vatican II demandaient de suivre la messe comme un chemin de Croix.

La suite des différentes anaphores modernes se font l'écho de cette acclamation en y développant le lien entre la Victime et l’Église fondée sur Elle.

La Cène est la préfiguration de la Croix. De la même manière, la messe nous fait entrer dans le mystère pascal où le Jésus se livre comme offrande (tradetur) pour être immolé sur la Croix d'où jaillissent le sang et l'eau (effundetur).

Le tradetur évoque le passage de l'Ecriture: "Tu ne voulais ni des sacrifices, ni des holocaustes mais tu m'as fait un corps. Alors, je dis: 'Voici, je viens!'" Le Christ entre dans sa Passion entier.

L'effundetur manifeste ce que chante l'antienne: "Vidi aquam." Longin vient d'ouvrir la porte du Temple saint.

L'ironie du sacrifice non sanglant de la Sainte Messe est qu'on y cite le sacrifice pastoral et sanglant d'Abel tout en usant des oblats agro-industriels non sanglants de Caïn! (Le pain est céréalier, tandis que le raisin est un fruit.)
images/icones/bulle.gif  ( 717062 )Quel rapport avec la choucroute ? par N.M. (2013-04-13 19:30:04) 
[en réponse à 717057]

J'aime bien l'impressionisme en peinture et en musique. Pas en théologie.

images/icones/1e.gif  ( 717108 )Et l'art contemporain? par PEB (2013-04-14 01:50:34) 
[en réponse à 717062]

En guise de comparaison artistique, la théologie moderne ressemble plutôt à ça:


(Retable au Radiant Child par Keith Haring, 1958-1990)

Il faut être réceptif...
images/icones/fleche2.gif  ( 717013 )Pourquoi paradoxalement ? par Ion (2013-04-13 12:22:30) 
[en réponse à 716982]

Cela vous semble paradoxal que le rite rénové mette sans doute mieux en lumière le caractère sacrificiel de la messe (c'est moi qui souligne) ?

En réalité, loin d'être paradoxal, c'est bien ce qui est recherché. Le caractère sacrificiel, s'il n'est pas, grâce à la réforme liturgique, plus (quantitativement) mis en avant, l'est mieux (qualitativement).

La messe est "le sacrifice de toute l'Eglise" qui est offert par tous à chaque messe, comme le dit très bien la traduction (erronée mais au combien juste) de l'Orate Fratres : "Prions au moment d'offrir le sacrifice de toute l'Eglise".

Ion

images/icones/neutre.gif  ( 717014 )Paradoxalement par Meneau (2013-04-13 12:25:35) 
[en réponse à 717013]


Cela vous semble paradoxal que le rite rénové mette sans doute mieux en lumière le caractère sacrificiel de la messe (c'est moi qui souligne) ?



Parce que ce n'est pas effectivement ce qui en ressort...

Cordialement
Meneau
images/icones/abbe1.gif  ( 717018 )Formule falsifiée! par Fatherjph (2013-04-13 12:58:03) 
[en réponse à 717013]

Même si elle n'est pas hérétique, vous savez que lla formule que vous citez n'appartient qu'à la version française du Missel romain, indûment approuvée. L'édition typique de 1970 et les éditions suivantes ont maintenu l'admirables "Orate fratres UT MEUM AC VESTRUM SACRIFICIUM ACCEPTABILE...." qui, en rappelant la dimension sacrificielle de la Sainte Messe, spécifie le rôle du prêtre et sa médiation entre l'assemblée et son Dieu.

Seule la version (je ne peux parler ici de traduction) française possède cette formule. Toutes les autres versions, dans quelle langue que ce soit, a simplement traduit l'Orate fratres. Les anglophones l'avaient un peu falsifiée et la remarquable nouvelle version, qui est, en fait, elle, une traduction fidèle, l'a rendue dans sa vérité.

En 2007, lors d'une conférence de Mgr O'Brien, de la Congrégation pour le Culte divi, plusieurs d'entre nous avaient fait remarquer cette formule caduque en français, qui amoindrit la rôle du prêtre face à son Dieu et à l'assemblée.

Cette formule est, à mon sens, le pire défaut de la version française.

Vous pouvez lire, ou relire, à ce propos, le livre suivant: http://www.esprit-et-vie.com/article.php3?id_article=2992
images/icones/bible.gif  ( 717017 )Le Christ est mort par effusion de sang par Bouffareou (2013-04-13 12:54:52) 
[en réponse à 716982]

Les deux formules sont parfaitement orthodoxes, c'est bien sûr certain de par leurs origines évangéliques.

La formule du pain pour le VOM, plus courte, fait contraste avec la longue formule de consécration du vin. Et donc accentue le fait que la mort du Christ s'est faite par effusion de de sang ("quod pro vobis effundetur"). C'est donc un accent très sacrificiel sur la mort du Christ et la façon dont elle s'est produite.
images/icones/hein.gif  ( 718335 )Effusion de sang? par Romanus (2013-04-21 15:46:57) 
[en réponse à 717017]

J'ai toujours entendu dire que le Christ était mort par étouffement, et que c'est ce qui rendait la crucifixion aussi horrible.
Ce qui ne remet pas en cause l'effusion du sang mais ne lui attribue pas la cause de la mort.
images/icones/neutre.gif  ( 718330 )consecration par Edtomjude (2013-04-21 15:28:46) 
[en réponse à 716982]

Bon jour,

J'ai écrit un livre sur les différents termes bibliques dont le sens est renforcée par le retour à l'original en hébreu et / ou araméen. Le mot "corps" en hébreu et en araméen a de nombreux équivalents, mais un en particulier a une riche signification: Peger (PGR). Le nom signifie le corps, mais le verbe, qui est la base pour le substantif, signifie être fatigué. Il est utilisé dans la consécration du pain (en la langue araméenne) du pain dans la liturgie maronite, et il est utilisé dans la Peshitta (en langue araméen) du Nouveau Testament. Lorsque le cardinal Bugnini a justifié les paroles de la consécration pour le corps étant passée de 'Hoc est enim corpus meum,' parce que ces mots n'étaient pas assez sacrificiel, comme si Matthieu et Marc pouvaient faire une telle erreur, c'est parce qu'il a été influencé par le livre de Joachim Jeremias : "les mots eucharistique de Jésus," qui prétendent que le mot d'origine n'était pas le corps, mais «chair» (Bashar), lié au mot de bonnes nouvelles (une référence à l'Incarnation, les évangiles). J'attends la publication de mon livre. J'espère que ma théorie peut être mieux connu, car il relie la Passion avec les paroles de la consécration du pain.