Le refus de Dieu
« Faisons l’homme à notre image et à notre ressemblance »… Le récit de la Genèse est frappant. Soudain, et pour marquer le début de l’histoire de l’homme, Dieu parle à la première personne du pluriel. Il parle de lui en disant « nous ». Il n’est pas seul. Il est communion. Il le révélera plus tard, mais à bien y penser ce ne sera pas une absolue surprise : il est Père, Fils et Saint Esprit. Il est communion d’amour et cet amour est fécond. Un amour qui ne se limite pas à un engendrement et à une contemplation réciproque : il est trinitaire.
C’est un amour si fécond que la création de l’homme s’inscrit d’emblée dans cette dimension « familiale ». La Bible, par la suite et toujours dans la Genèse, va réutiliser l’expression « à son image et à sa ressemblance » pour désigner explicitement la filiation, celle qui relie Seth à son père, Adam.
L’imago Dei qui est en l’homme est indissociablement liée à sa capacité à aimer, à ne faire qu’« une seule chair » à travers l’union maritale de l’homme et de la femme (comme le Père et le Fils sont un) et à être fécond, à engendrer. Ou à être spirituellement fécond à travers son union avec Dieu.
Tel est le plan de Dieu pour l’homme, dès avant les religions codifiées. Telle est l’identité de l’homme, « homme et femme », qui précède notre histoire, la définit, la dessine. L’image, nous le savons bien, n’est pas restée intacte, des hommes la défigurent et des religions – ou des anti-religions – l’avilissent ou la nient. Mais la bénédiction divine de cette réalité demeure et que l’on soit catholique ou athée, musulman ou chrétien, confucéen ou laïciste, le respect de ce qui est inscrit dans la nature de l’homme est condition de son bonheur et du vrai bien de la société.
C’est pourquoi la bataille actuelle pour le mariage a une dimension évidemment eschatologique. Une dimension qui dépasse les statistiques, les considérations sur les « droits » – que ce soit ceux des enfants ou ceux des adultes – et les frilosités qui consistent à dire que nous ne souhaitons pas « imposer notre morale », sous-entendu « chrétienne », à la société. A ce compte-là, il faudrait arrêter aussi de pénaliser le vol, le meurtre ou le viol : cela ne se justifie au fond qu’en raison d’interdits moraux !
Nous nous battons contre le « mariage » des homosexuels, ou plutôt nous disons qu’il est absurde, impossible, et que la reconnaissance des couples homosexuels n’est pas justifiée, parce que tout cela est avant tout et d’abord rejet de l’imago Dei qui est en nous.
Rejet, mais aussi singerie, moquerie, haine. C’est une manière de supplanter l’extraordinaire pouvoir de « co-création » donné à l’homme dans la procréation par des techniques ou des fictions fondées sur le mensonge, donnant à croire que deux hommes ou deux femmes pourraient avoir des enfants, ou les élever tels des parents, dans un amour mis abusivement sur le même plan que l’amour conjugal.
Comment ne pas y voir, comme l’écrivait celui qui était encore le cardinal Bergoglio en 2010, un effet de « l’envie du démon », qui n’a pas ce pouvoir de procréer et qui, seul dans sa révolte, ne peut engendrer que le néant ?
Oublier cette réalité au point de l’exclure de notre bataille, c’est donner des armes à l’adversaire. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas déployer tous les types d’action : de la manifestation non-confessionnelle au « harcèlement démocratique », mais il faut souligner qu’en réunissant ses militants pour prier dans la rue – ce qui ne va pas sans courage – Civitas est aussi, et sur certains plans, davantage au cœur du combat. Au nom de je ne sais quelle dimension « festive », ne décrions pas cela, ne lâchons pas ceux qui œuvrent dans une même direction.
Car il faut comprendre aussi que, s’agissant d’une lutte contre des forces aussi fondamentalement opposées au bien, et aussi puissamment organisées sur le plan international, la belle résistance française va attirer beaucoup de haines efficaces.
JEANNE SMITS
Article extrait du n° 7829 de Présent
du Mardi 9 avril 2013
http://www.present.fr/index.php?id_rubrique=6
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