Pour le pape François, la liberté religieuse, c’est surtout "avoir le courage de témoigner de sa foi en Jésus-Christ ressuscité". Une foi entière, publique. Une foi qui a la prétention de transformer la société.
"La prétention" est précisément le titre que L Diotallevi, sociologue des religions, a donné à son dernier essai, paru ces jours-ci.
___C’est un essai qui critique avec sévérité les théories de la "laïcité" – théories largement répandues même au sein de l’Église et appliquées, de manière abusive, même au concile Vatican II – qui excluent, par déférence envers une présumée "neutralité" de l’État, qu’il y ait un lien direct entre l’Évangile et l'ordre social.
___Au paradigme de la "laïcité" Diotallevi oppose celui de la liberté religieuse, typique du monde anglo-saxon mais avec des fondements théologiques qui trouvent leurs points d’ancrage dans le "De civitate Dei" ["La Cité de Dieu"] d’Augustin et, encore avant cela, dans le Nouveau Testament.
___Selon cette façon de voir, le "sæculum" qui est compris entre la première et la seconde venue du Christ est un enchevêtrement du temps et de l’éternité, un conflit entre le péché et la grâce. Les trônes, les principautés, les dominations dont parle le Nouveau Testament, quand il se réfère aux puissances de ce monde, participent à ce conflit. Ce sont les puissances rebelles sur lesquelles la croix et la résurrection de Jésus ont remporté la victoire définitive, une victoire qui, cependant, n’est pas encore parvenue à son plein achèvement. Dans le "sæculum" ces puissances oscillent encore entre les extrêmes que sont l'anarchie et la domination absolue, tandis que l’Église, qui conserve le don de la victoire, agit pour les tenir éloignées aussi bien d’un extrême que de l’autre.
___Après Augustin, Oscar Cullmann et Joseph Ratzinger, qui sont abondamment cités par Diotallevi, ont développé, à notre époque, cette vision néotestamentaire de l’histoire.
___Mais le point le plus original de cet essai réside dans l’affirmation que la célébration de l’eucharistie constitue la source et le sommet de cette "prétention" (...)
Alors que cela va bientôt faire un mois qu’il a été élu pape, il y a deux mots que Jorge Mario Bergoglio n’a pas encore prononcés : liberté religieuse.
Il ne les a pas même employés, contrairement à ce à quoi l’on s’attendait, dans le cadre du discours qu’il a adressé aux ambassadeurs de presque tous les pays du monde.
La liberté religieuse, il n’en a parlé qu’une seule fois – sans toutefois utiliser l’expression – le samedi 6 avril, lors de l’une des brèves homélies qu’il improvise pendant les messes matinales qu’il célèbre à la chapelle de la Maison Sainte-Marthe, où il habite.
Mais il l’a fait dans un style particulier. Le pape François n’a pas n’a pas condamné les persécuteurs, ni ceux qui, par des procédés plus souples, étouffent la liberté des croyants.
En revanche, il a pris la parole en se mettant du côté de ceux qui font l’objet de persécutions :
"Pour trouver les martyrs, il n’y a pas besoin de se rendre aux catacombes ou au Colisée : il y a des martyrs qui vivent actuellement, dans beaucoup de pays. Les chrétiens sont persécutés en raison de leur foi. Aujourd’hui, au XXIe siècle, notre Église est une Église de martyrs".
Ensuite, il s’est identifié aux chrétiens ordinaires. Il a cité la phrase de Pierre et Jean qui est rapportée dans les Actes des Apôtres : "Nous ne pouvons pas ne pas parler de ce que nous avons vu et entendu". Et il a ajouté :
"La foi n’est pas négociable. Dans l’histoire du peuple de Dieu, il y a toujours eu cette tentation : couper un morceau de la foi, peut-être même pas grand-chose. Mais la foi est telle que nous la proclamons dans le Credo. Il faut surmonter la tentation de faire un peu comme tout le monde, de ne pas être tellement, tellement rigides, parce que c’est là que commence un chemin qui se termine dans l’apostasie. En effet, lorsque nous commençons à couper la foi, à négocier la foi, à la vendre au plus offrant, nous commençons à marcher sur le chemin de l’apostasie, de la non-fidélité au Seigneur".
Pour le pape François, la liberté religieuse, c’est surtout "avoir le courage de témoigner de sa foi en Jésus-Christ ressuscité". Une foi entière, publique. Une foi qui a la prétention de transformer la société.
etc.....