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images/icones/carnet.gif  ( 716139 )«Il règne au PS, non seulement une hostilité au christianisme et à l’Église catholique, mais aussi une ignorance et une volonté d’ignorer.» par Bernard Joustrate (2013-04-09 09:12:10) 

Roland Hureaux : «Il règne au PS, non seulement une hostilité au christianisme et à l’Église catholique, mais aussi une ignorance et une volonté d’ignorer.»

Ancien élève de l'ENS et de l'ENA, Roland Hureaux a été universitaire, diplomate, membre de plusieurs cabinets ministériels (dont celui de Philippe Séguin), élu local et il a aussi oeuvré à la Cour des Comptes. Il est l'auteur de différents ouvrages, dont «La grande démolition : La France cassée par les réformes». Roland Hureaux a analysé le comportement de François Hollande et du Parti socialiste à l’égard de l’Église catholique et il estime que le pouvoir socialiste est clairement anticlérical. Il répond aux questions de Kernews. Il était l’invité de Yannick Urrien lundi 18 Mars 2013.

Extraits de l’entretien :

Kernews : Depuis quelques mois, on ressent une vague d’anticléricalisme très forte au sein de la majorité. Pour vous, c’est sans appel : François Hollande est le plus anticatholique de tous les chefs d’État…

Roland Hureaux : Il ne faudrait peut-être pas regarder du côté de la IIIème République, mais si l'on regarde à partir de 1945, il est certain qu’il a un comportement qui n’a pas de précédent. Nous avons eu des chefs d’État qui étaient des produits du vivier laïc - je pense à Vincent Auriol, Georges Pompidou ou Jacques Chirac - mais aucun ne se serait permis des plaisanteries vaseuses comme la sienne après la décision de Benoît XVI de remettre sa démission. Ce n’est pas du niveau d’un chef d’État ! Cela reflète un état d’esprit très largement répandu au Parti socialiste et dans la plupart des médias. Les médias sont très prudents quand il s’agit de l’islam ou du judaïsme, et ils n’évoquent jamais la franc-maçonnerie, mais ils ont une manière de taper sur l’Église catholique sans se gêner, de façon parfois grossière et cela depuis plusieurs années. Cela finit par formater les esprits. C’est particulièrement vrai au Parti socialiste, que j’appelle le parti de la déchristianisation. Il y règne, non seulement une hostilité au christianisme et à l’Église catholique, mais aussi une ignorance et une volonté d’ignorer. Il n’y a pas pire forme de mépris que de dire : «Je me contente d’informations approximatives à votre sujet, vous ne m’intéressez pas, je ne veux pas entrer dans les détails…» Cela donne tous les préjugés sur lesquels on fonctionne. Il y a une hostilité plus générale au fait religieux, avec tout ce discours contre les monothéismes phallocrates : le christianisme n’aurait été qu’une machine à mettre en esclavage les femmes alors que, tous les historiens le reconnaissent, le christianisme a joué un rôle émancipateur pour la situation des femmes dans l’Antiquité. Il y a toute une série de préjugés grossiers dans toute la population de gauche et, à partir de là, se développent une hostilité et un mépris qui sont très désagréables pour les catholiques. Cela se traduit par un aveu d’inculture et de vulgarité dont on retrouve un écho, un peu amorti, chez François Hollande.

Vous ne souhaitez pas que le Président de la République soit une grenouille de bénitier, mais simplement qu’il fasse preuve de respect. Par exemple, Georges Pompidou était au départ agnostique…

C’est exact. Il y a aussi Jacques Chirac, qui a eu une évolution à peu près inverse de celle de Georges Pompidou. Il faut surtout citer le cas de François Mitterrand, qui n’a pas eu une éducation laïque : bien au contraire, il était issu d’un milieu très catholique. Il connaissait bien l’Église catholique. Il a pu, à une certaine période de sa vie, ne pas être croyant, mais il connaissait le monde catholique et il ne disait pas n’importe quoi. Lorsque Jean-Paul II est venu à Lourdes, il a fait un discours très court, mais absolument prodigieux pour résumer en quelques phrases les rapports complexes entre la France et l’Église catholique. Au plus haut niveau de l’État, quelles que soient les convictions, tous les chefs, en France et à l’étranger, ont l’occasion de rencontrer le tragique, le drame… On ne peut pas être chef d’État sans se rendre compte à quel point l’existence est une chose grave. Les rapports entre les nations peuvent amener des événements tragiques, comme les guerres, et l’Église catholique fonde son discours sur cette conscience de la gravité de la vie. Un chef d’État n’a donc pas à dire des bêtises de bas étage, comme on peut le faire dans des congrès socialistes. On a également entendu Madame Michèle Delaunay, qui n’arrive pas au quart d’un millième de la cheville de Benoît XVI, qui s’en est également mêlée en faisant une plaisanterie stupide… Derrière tout cela, il y a la grosse masse du Parti socialiste, une partie de l’électorat de gauche et les médias. D’ailleurs, entre le Parti socialiste et les médias, c’est pratiquement le concubinage, tous les chefs socialistes sont en concubinage avec une grande journaliste… Les relations sont très intimes, c'est pratiquement le même milieu et il est traversé par cette idéologie.

Alors, pourquoi cette hostilité entre la gauche et l’Eglise catholique ?

Les esprits peu avertis diront que c’est comme cela depuis la Révolution Française, qu'ensuite il y a eu Jules Ferry, le petit père Combes et que cela continue… C’est inexact. Léon Blum a été le premier président du Conseil de la IIIème République à se rendre à la nonciature. Guy Mollet, qui a été un grand chef socialiste, voulait refaire un concordat avec l’Eglise. Les choses se sont dégradées parce que les socialistes ne sont plus socialistes, ce sont des idéologues et la partie sociale des socialistes a pratiquement disparu… Aujourd’hui, on nous parle de la rigueur et, demain, on va couper les retraites et les allocations familiales… Ils n’ont plus aucune marge sur le plan social et ils se rattrapent avec le mariage des homosexuels et toute une série d’avancées sociétales. Par exemple, la question de la parité est poussée jusqu’à l’absurde. Ce sont des gadgets idéologiques. L’idéologie, ce sont des idées simplistes et fausses, qui seraient anodines si elles ne faisaient l’objet que d’une conversation autour d’une table, mais qui peuvent avoir des conséquences dramatiques lorsqu'elles inspirent toute une politique. Cela peut être grave : comme lorsque Lénine ou Staline disaient qu’il fallait supprimer la propriété privée pour rendre les hommes meilleurs. C’était un simplisme qui a eu des conséquences tout-à-fait dramatiques. C’était encore plus dramatique quand Hitler disait qu’il fallait supprimer les Juifs pour que les Européens vivent mieux… Mais quand on dit qu’il faut supprimer les discriminations entre les homosexuels et les hétérosexuels, car les uns ont le droit de se marier et pas les autres, c’est totalement ridicule… C’est un raisonnement à quatre sous qui conditionne toute une vie politique. On nous explique que l’on va rétablir l’égalité entre les hommes et les femmes dans la haute administration et on crée des commissions administratives avec un homme et une femme, un homme et une femme, et un homme et une femme… Cette idéologisation de la pensée politique est aujourd’hui répandue dans toute la sphère, à droite aussi, comme à l’extrême droite ou à l’extrême gauche, mais elle atteint son maximum au Parti socialiste. Comme les médias ont un mode de fonctionnement qui est un peu idéologique, pour vous faire entendre dans le brouhaha extraordinaire, il faut des idées simples. Or, simplifier les choses complexes, c’est de l’idéologie. Le monde est complexe, la société est complexe, la réalité est complexe… Face à ces délires idéologiques, l’Eglise n’est pas une force réactionnaire qui s’oppose, c’est une force qui a gardé, de par ses traditions et son héritage, les pieds sur terre. On nous explique que le mouvement La Manif pour Tous est principalement catholique, mais si la morale laïque, telle qu’elle existait au temps de Jules Ferry avait encore un sens, ce serait le Comité national d’action laïque qui devrait être en tête de cette manifestation... L’Église catholique est finalement la seule grande force, avec d’autres organisations religieuses, à résister à ces délires. Aujourd’hui, le Parti socialiste défend la déraison, alors que le magistère catholique a gardé la tête froide et il invite les gens à garder la raison. Cela n’a rien à voir avec le fait d’être réactionnaire ! François Hollande, quand il a reçu Frigide Barjot, lui a dit : «Vous êtes toujours à contre-courant et vous finissez par accepter des changements de société…» Non, l’Eglise n’est pas toujours à contre-courant. En 1937, vous avez le Pape Pie XI qui fulmine deux encycliques, l’une contre le communisme, l’autre contre le nazisme, les déclarant l’un et l’autre intrinsèquement pervers, c’est lui qui a raison contre une grande partie de l’intelligentsia française et européenne. Les gens choisissaient le communisme, d’autres la collaboration avec le nazisme et, jusqu’en 1945, ces deux mondes étaient persuadés que défendre la liberté et la démocratie était un combat d’arrière-garde. Pour un Parti socialiste qui est en plein délire, sur les affaires diplomatiques, sociétales ou économiques, avoir un point fixe qui est un phare et qui rappelle la permanence de la nature humaine, cela les énerve et cela se traduit par une hostilité qui est certainement beaucoup plus profonde qu’il y a 20 ou 30 ans. Il y a des gens qui se disent chrétiens au Parti socialiste, c’est une manière de dire que tout est dans tout et réciproquement, mais cela fait aussi partie de cette perte des repères qui caractérise la société d’aujourd’hui. Vous avez aussi des gens qui sont sincèrement chrétiens et qui n’ont pas été extrêmement courageux au cours de ces vingt dernières années : par exemple, vous n’avez jamais entendu Jacques Delors, le prototype du chrétien en politique, prendre une position claire et ferme contre ses camarades socialistes sur les problèmes sociétaux…

Son audio en cliquant ici.
images/icones/neutre.gif  ( 716286 )Mais... par Meneau (2013-04-09 19:43:37) 
[en réponse à 716139]

l'ignorance n'excuse pas l'hostilité.

Cordialement
Meneau