Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=715647
images/icones/tele.gif  ( 715647 )Probablement le plus ancien film d'un Pape ; Léon XIII en 1896 par remi dec (2013-04-06 02:10:15) 

http://www.gloria.tv/?media=418496

Et aussi : Léon XIII peu de temps avant sa mort, disant un Ave Maria

http://www.gloria.tv/?media=418947

images/icones/neutre.gif  ( 715651 )merci rémi par Aigle (2013-04-06 07:42:45) 
[en réponse à 715647]

j'apprécie aussi beaucoup le mélange de respect et de décontraction qui apparait sur ces images. S'agit il à votre avis d'une attitude typiquement vaticane ? italienne ? ou simplement des comportements naturels d'avant le cinéma ?
images/icones/vatican.gif  ( 715659 )Merveilleux! par Frère Guibert (2013-04-06 09:30:58) 
[en réponse à 715651]

Ce document cinématographique est précieux.
Le Pape était habitué à être photographié, mais à l'époque, on devait poser pendant un moment sans bouger, autrement le cliché était flou. Pour ce film, on avait donné au Saint Père la directive suivante:"Très Saint Père, Vous devez bouger, faire des gestes et pas rester immobile; par contre, il est inutile de parler, car le film est muet". C'était une première pour lui, pour cette homme de 86 ans qui s'est admirablement débrouillé, d'une manière naturelle. On voit à deux moments, un prélat qui lui dit quelque chose et , immédiatement, Léon XIII fait signe de la main. On lui aura dit: "Très Saint Père, Vous devez bouger".
Il ne faut oublier qu'on n'a pas dû attendre l'an 2013 pour avoir un Pape simple et proche des gens!
images/icones/1a.gif  ( 715668 )Et ce sont des pellicules... par Yves Daoudal (2013-04-06 09:58:13) 
[en réponse à 715647]

Lumière !

Cocorico.

Merci pour cet émouvant document. Avec la "papa-hippomobile", comme le dit un commentaire...
images/icones/tele.gif  ( 715679 )Sur l'invention du cinéma et de la caméra par Jean-Paul PARFU (2013-04-06 10:44:48) 
[en réponse à 715668]

Voir ici

Par ailleurs, non seulement Léon XIII fut le premier Pape filmé, mais il fut aussi, et tout simplement, l'un des premiers hommes et l'un des premiers chefs d'Etat à être filmé.
images/icones/fleche2.gif  ( 715680 )Léon XIII et Thérèse de l’Enfant Jésus par jean-marie dobrée (2013-04-06 10:59:45) 
[en réponse à 715647]

9 ans avant ce film, le 20 novembre 1887, Thérèse, âgée de moins de quinze ans, vient de rencontrer le pape pour lui demander d'entrer au Carmel, et voilà ce qu'elle écrit à sa soeur Pauline, déjà au Carmel de Lisieux :
"Le bon Pape est si vieux qu'on dirait qu'il est mort, je ne me le serais jamais figuré comme cela, il ne peut dire presque rien"
Il lui survivra pourtant de six ans.
images/icones/neutre.gif  ( 715693 )Ah le bon vieux temps... par Deo gratias (2013-04-06 13:36:25) 
[en réponse à 715647]

...Où la papauté était la papauté !
images/icones/neutre.gif  ( 715696 )Rampolla et Bertone par Marek (2013-04-06 14:08:22) 
[en réponse à 715647]

Léon XIII marchait avec une canne, sa voix était chevrotante, il n'a pas impressionné plus que cela la future Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, et pourtant il n'a pas démissionné. Assis à sa droite on reconnaît son secrétaire d'Etat Rampolla. Du moins je le suppose. Ce dernier attendait son heure, qui n'est pas venue. Mais la solution a été 100% italienne jusqu'à Jean-Paul Ier. Pas besoin d'aller chercher un oriundo baragouinant le patois piémontais dans une lointaine terre d'émigration. Merci au cardinal Tarcisio Bertone qui pourra parler foot avec le successeur de Pierre.
images/icones/vatican.gif  ( 715714 )St Pie X, exemple de simplicité! par Frère Guibert (2013-04-06 17:01:18) 
[en réponse à 715696]

Au tout début de son pontificat, saint Pie X a reçu en audience privée un évêque très âgé. A la fin de l'entrevue, ce dernier a demandé au Saint Père de bénir des chapelets et des médailles. Devant la réponse affirmative du Souverain Pontife, le vieil évêque a plongé sa main dans la poche profonde de sa soutane pour y retirer les nombreuses médailles et les chapelets qui s'y trouvaient et, tramblotant à cause de l'âge ou de l'émotion,ou les deux, fit un faux mouvement et l'ensemble des objets pieux se répandit en dessoux du grand bureau du successeur de saint Pierre. L'évêque voulait s'agenouiller pour tout ramasser, alors que le Saint Père voulait le faire lui-même, étant beaucoup plus jeune. Chacun refusa à l'autre de faire ce geste et voulut le faire lui-même, par égard pour son rang ou son âge. Finalement et très rapidement, les deux ecclésiastiques en soutanes se trouvèrent à quatre pattes sur le tapis, pour ramasser jusqu'à la dernière médaille. L'opération terminée, ce fut le Souverain Pontife qui dut relever le vieil évêque, ne pouvant plus le faire seul. Malheureusement, les frères Lumière n'étaient pas présents pour immortaliser cette scène merveilleuse de simplicité et de charité.
images/icones/coeur.gif  ( 715723 )toujours émouvant de revoir le bon papa Pecci par Luc Perrin (2013-04-06 18:23:13) 
[en réponse à 715647]

lui qui fut à l'origine de tant d'orientations majeures jusqu'à aujourd'hui.
images/icones/neutre.gif  ( 715727 )Cher Professeur par Deo gratias (2013-04-06 18:52:21) 
[en réponse à 715723]

Il ne faut pas oublier qu'il fut le pape du "ralliement". Nous en voyons les conséquences aujourd'hui, où il n'y a plus d'opposition réelle à ce qui ce passe sous nos yeux.
images/icones/1d.gif  ( 715732 )mais je ne l'oublie pas du tout par Luc Perrin (2013-04-06 19:20:13) 
[en réponse à 715727]

et, comme vous le savez, j'approuve entièrement la politique de Ralliement à la forme républicaine, rien d'autre, établie par Léon XIII pour la France. C'était la seule qui vaille et si le pape François se mettait en 2013 à appeler un Orléans sur le trône de France (lequel d'ailleurs ?) ou plus bizarre encore un prince Bonaparte, cela déclencherait une certaine hilarité puis une inquiétude pour la santé mentale du Saint-Père avec visite à la clinique Gemelli ...

Essayez de réunir des foules dans les rues pour la restauration d'un roi ou d'un empereur en France :-)

Vous confirmez la sagesse et la clairvoyance de Léon XIII. Merci.
images/icones/neutre.gif  ( 715741 )Malgré tout par Deo gratias (2013-04-06 19:54:51) 
[en réponse à 715732]

Je pense que ce fut une erreur. Les idées libérales se sont infiltrées peu à peu dans le clergé: démocratie chrétienne, Sillon, Action catholique, qui préparèrent le Concile Vatican II et les conséquences que nous déplorons.
images/icones/neutre.gif  ( 715751 )Il y eu un malentendu par Jean-Paul PARFU (2013-04-06 20:39:22) 
[en réponse à 715741]

En France, le ralliement à la République a été compris comme un ralliement de l'Eglise aux valeurs de la Révolution française.

Pour Léon XIII, la "République" n'était qu'une forme de gouvernement parmi d'autres. Il y a eu en effet dans l'histoire des Républiques très catholiques : Venise, Pise, Gènes ... et des monarchies anti-catholiques ou hostiles à la papauté : monarchies allemande ou italienne.

Comme les gens ne sont pas raisonnables et ne jugent et ne comprennent les choses qu'à travers leur propre expérience, on a eu un malentendu et ce malentendu dure jusqu'à aujourd'hui !
images/icones/tao.gif  ( 715769 )Il n'y a eu aucun malentendu par Romanus (2013-04-06 21:19:51) 
[en réponse à 715751]

Léon XIII a bien appelé à se rallier à la démocratie telle qu'elle existait en France à son époque. Il n'y a eu aucun malentendu mais simple candeur de la part de ce pontife.
images/icones/neutre.gif  ( 715770 )Candeur par Deo gratias (2013-04-06 21:26:43) 
[en réponse à 715769]

Dites-vous. J'ajouterai également naïveté et peut-être manque de jugement.
images/icones/neutre.gif  ( 715778 )Il pensait par Deo gratias (2013-04-06 21:40:11) 
[en réponse à 715769]

Naïvement qu'on pouvait convertir la république en faisant de l'entrisme. On voit ce que cela a donné: école laïque, loi sur le divorce, enlèvement des crucifix dans les espaces publiques d'Etat, loi sur les congrégations, sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat...pour aboutir à DHP du concile Vatican II.
images/icones/bravo.gif  ( 715818 )C'est très vrai par Romanus (2013-04-07 00:41:29) 
[en réponse à 715778]

Et il faut reconnaître que, dans le monde de la Tradition, il ne manque pas de disciples dans ces errements! Qui n'est pas aujourd'hui persuadé que la seule solution actuellement est de faire de l'entrisme au sein du système révolutionnaire?

Toujours ce problème des gens pressés, dont la hauteur de vue correspond à celle de nains de jardin...
images/icones/1f.gif  ( 715789 )Léon XIII n’est-il pour rien dans ce malentendu ? par Vianney (2013-04-06 22:23:26) 
[en réponse à 715751]

“Nous ne sommes point occupé à instruire un imaginaire procès personnel de Léon XIII. Nous constatons que les confidences qu’on lui prête, à tort ou à raison, mais unanimement, et qu’on lui prêtait déjà de son temps, et que ses actes de gouvernement se séparaient de la doctrine traditionnelle qu’il enseignait dans ses textes officiels. Le propos sur la liberté et la conciliation dans la liberté, — la liberté moderne, selon le modèle américain, — est contraire à la doctrine de la liberté qu’il enseigne dans son encyclique Libertas ; contraire au Syllabus, auquel il restera entièrement fidèle dans la teneur officielle de son enseignement doctrinal. À l’avance conforme à Vatican II, à sa déclaration sur la liberté religieuse, à la pensée et à la politique montiniennes.

Naturellement, j’ai vérifié la citation terrible de l’interview. Il vaut mieux vérifier que négliger, comme j’avais fait il y a vingt ans, soupçonnant Dansette (*), le récusant parce que son interprétation était contraire à la doctrine officielle de Léon XIII. Hélas. J’ai sous les yeux la première page du Petit Journal de Judet, trentième année, numéro 10645 du mercredi 17 février 1892. La citation que fait Dansette résume bien le propos de Léon XIII sans le déformer. Voici tout le passage :

« Les États-Unis, qui sont en république, malgré les inconvénients qui dérivent d’une liberté sans bornes, grandissent tous les jours, et l’Église catholique s’y est développée sans avoir de luttes à soutenir contre l’État. Ces deux puissances s’accordent très bien, comme elles doivent s’accorder partout, à la condition que l’une n’empiète pas sur les droits de l’autre ; la liberté est bien réellement là-bas le fondement des rapports entre le pouvoir civil et la conscience religieuse. L’Église réclame avant toute autre chose la liberté ; ma voix autorisée (sic) doit être entendue pour que son but et son attitude ne soient plus dénaturés par des attaques mal fondées. Ce qui lui convient aux États-Unis lui convient à plus forte raison dans la France républicaine. »

Il y a, on l’a vu dans la première phrase, une allusion désarmante aux inconvénients qui dérivent d’une liberté sans bornes : allusion à la doctrine officielle brillamment illustrée par les encycliques de Léon XIII ; allusion désarmante, parce que ces inconvénients n’en sont donc pas, ou sont tout à fait mineurs, tout se passe très bien « malgré » eux. Ce n’est pas Dansette, c’est Léon XIII qui réduit ici la doctrine à la simple fonction de clause de style.

Nous avons toute notre vie médité ce phénomène, la méconnaissance quasiment générale, dans l’univers catholique, des enseignements pontificaux de Léon XIII à Pie XII. Les causes en sont nombreuses. L’une d’elles, et certes pas la moindre, est que le gouvernement de Léon XIII a fonctionné, non pas toujours, mais plusieurs fois, comme s’il tenait pour simple rhétorique l’enseignement doctrinal du même Léon XIII.”
Jean Madiran, Les deux démocraties, N.E.L. 1977, p. 128-131.

(*) Madiran décrit ici ce que fut, dans son livre On ne se moque pas de Dieu (N.E.L. 1957), sa première réaction face aux allégations de l’historien Dansette, lequel ne cachait pas sa sympathie envers le “ralliement”, le Sillon de Marc Sangnier, et plus généralement le courant “progressiste” dominant la démocratie chrétienne en France.

V.
 
images/icones/bravo.gif  ( 715802 )Merci pour ce texte par Romanus (2013-04-06 22:57:23) 
[en réponse à 715789]

C'est vrai que les encycliques de Léon XII? et notamment "libertas", sont excellentes.

Ce qui m'amuse en revanche dans ce texte que vous citez, c'est que Madiran reproche un peu à Léon XIII, ce que je lui reproche à lui même. A savoir une parfaite cohérence dans la doctrine, au moins sur ce sujet, et une contradiction avec celle ci dans la pratique.

Le même Madiran a prêché lui aussi le ralliement, avec son journal "Présent", en jetant tout le petit monde tradi à la suite de Le Pen et du nationalisme révolutionnaire. On voit encore une fois où l'on en est.
images/icones/5b.gif  ( 715812 )Hélas !... par Vianney (2013-04-06 23:55:08) 
[en réponse à 715802]


Le même Madiran a prêché lui aussi le ralliement, avec son journal "Présent", en jetant tout le petit monde tradi à la suite de Le Pen et du nationalisme révolutionnaire. On voit encore une fois où l'on en est.


Il m’est difficile de vous donner tort, cher Romanus. J’ai moi-même un temps cédé à la tentation et, si j’avais été français, il est probable que j’aurais voté pour votre Le Pen à l’une ou l’autre occasion...

Certes, je n’étais pas assez naïf pour imaginer que la nomenklatura mondialiste le laisse agir longtemps s’il avait représenté un réel danger pour elle, mais je le croyais tout de même assez lucide pour tenter d’organiser au moins une sorte de contre-pouvoir capable d’éclairer la portion non négligeable de ses concitoyens qui avaient placé leur confiance en lui. Hélas !...

V.
 
images/icones/fleche2.gif  ( 715815 )Le mythe du sauveur par Romanus (2013-04-07 00:20:57) 
[en réponse à 715812]

Le problème chez les Français vient surtout de leur recherche perpétuelle de l'homme providentiel. Les catholiques les ont tous essayés: Napoléon, Mac Mahon, Boulanger, Maurras, Castelnau, Pétain, Le Pen...Tintin...

Et de fait on oublie que ce qui est primordial, ce sont des institutions saines. Un saint au milieu d'institutions déviées ne peut rien faire. A l'inverse, nos rois ont fort peu été des saints, mais les institutions jouaient leur rôle, en favorisant la vie saine des Français, ou au moins en ne l'entravant pas.

images/icones/1n.gif  ( 715822 )Madiran encore trop gentil pour Léon XIII par baudelairec2000 (2013-04-07 01:36:51) 
[en réponse à 715789]

mon cher Vianney, il me semble qu'en ce qui concerne Léon XIII, Madiran est bien en dessous de la vérité.

Non, il n'y a pas chez le pape du ralliement un enseignement qui serait différent de son action politique. Voilà un pape dont la terminologie n'a plus rien de thomiste; parmi les penseurs qui l'influencèrent il faut souligner Luigi Taparelli d'Azeglio de la Société de Jésus, auteur d'un Essai théorique de droit naturel basé sur les faits; ouvert à toutes les influences, mais surtout pas la pensée de saint Thomas, il subit notamment l'influence de De Maistre, La Mennais et du catholicisme traditionnaliste français (cf. l'article "Tomismo et neotomismo a confronto nella Rerum novarum" dans Rerum novarum. Ecriture, contenu et réception d'une encyclique, Ecole Française de Rome, n° 232, 1997).

Prenons la lettre encyclique du 16 février 1892, un document adressé "à nos vénérables frères les Archevêques, Evêques, au clergé et à tous les catholiques de France", c'est la lettre du Ralliement. Léon XIII y déclare:

" Divers gouvernements politiques se sont succédé en France dans le cours de ce siècle, et chacun avec sa forme distincte: empires, monarchies, républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces formes, considérées en elles-mêmes; on peut également affirmer, en toute vérité, que chacune d'elle est bonne, pourvu qu'elle sache marcher droit à sa fin, c'est-à-dire le bien commun, pour lequel l'autorité sociale est constituée; il convient d'ajouter finalement, qu'à un point de vue relatif, telle ou telle forme de gouvernement peut être préférable, comme s'adaptant mieux au caractère et aux moeurs de telle ou telle nation. Dans cet ordre d'idées spéculatif, les catholiques, comme tout citoyen, ont pleine liberté de préférer une forme de gouvernement à l'autre, précisément en vertu de ce qu'aucune de ces formes sociales ne s'oppose, par elle-même, aux données de la saine raison, ni aux maximes de la doctrine chrétienne."

Commentaire:

1/ Léon XIII limite sa réflexion au XIX e siècle, les 13 siècles chrétiens qui ont précédé comptent assez peu à ses yeux, il est vrai que l'Italien qu'il est peut nous envier des siècles de royauté chrétienne, certes imparfaite, mais qui vivait en bonne intelligence avec l'Eglise.


2/ Pas un mot sur la Révolution française (à peine nommée dans l'Encyclique Nobilissima Gallorum gens du 8 février 1884); sans doute parce qu'elle n'a pas, à ses yeux, changé la donne dans les rapports entre la religion et l'Etat. Non, Léon XIII à part la funeste secte des Francs-maçons n'a décidément rien compris, d'ailleurs comme ses prédécesseurs de "ce stupide XIX siècle", se contentant de dénoncer le complot.

3/ Pourquoi cette insistance sur le XIX e siècle? Nous avons la réponse dans cette lettre Nobilissima Gallorum gens (remarquons le terme charmant mais bien désuet de "Gallorum", la diplomatie vaticane a quelques siècles de retard!).

" En France, au commencement de ce siècle, au sortir des grandes agitations et du régime de la Terreur, les chefs du gouvernement eux-mêmes( je coupe la parole au pape, Bonaparte en personne!) comprirent que le meilleur moyen de relever la société fatiguée de tant de ruines était de rétablir la religion catholique. En prévision des avantages futurs, Pie VII, Notre prédécesseur, se prêta aux désirs du premier consul (sic! si ce n'est pas là l'aveu que le Concordat fut signé au détriment de l'Eglise, je veux bien que le professeur Perrin m'exécute...), poussant la condescendance et l'indulgence aussi loin que le devoir de sa charge le lui permit.

On convint des point principaux, on posa des fondements et on ouvrit une voie sûre au rétablissement de la religion et à affermissement progressif. Et, en effet, de cette époque et dans la suite, plusieurs mesures que conseillait la prudence furent adoptées pour la sûreté et l'honneur de l'Eglise. Il en résulta de grands avantages, d'autant plus appréciables, qu'en France les intérêts religieux étaient auparavant plus compromis et presque désespérés. la dignité d ela religion fut de nouveau publiquement honorée, et les institutions chrétiennes reprirent vie. Mais en même temps, la patrie recueillit de ce fait seul de merveilleux avantages. Sortant à peine des agitations de la tempête, dans son ardent désir de fonder solidement la tranquillité et l'ordre de l'Etat, elle comprit que la religion catholique lui offrait heureusement ces avantages, et la pensée d'un Concordat fut alors celle d'un sage politique, habile à pourvoir au bien public. A défaut donc d'autres raisons, il suffirait aujourd'hui, pour maintenir la paix, des motifs qui l'ont autrefois fait conclure."

On l'aura compris, le Concordat ne présente que des avantages; mais Dom Besse s'est permis de faire remarquer que malgré le Concordat la France n'était pas redevenue chrétienne... Combien de régimes se sont succédé en France au cours de ce cher XIX e siècle?

Le Consulat, le Premier Empire, la Première Restauration, Les Cent Jours, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire, la Troisième république qui doit venir difficilement à bout de la Commune et mettra quelques années à accoucher d'une constitution durable pour accoucher à la fin des années 1870 d'un régime radical et persécuteur pour l'Eglise. Il n'y as pas à dire les avantages sont certains pour l'Eglise et manifestes pour la politique de ce pays.

4/ La réalité historique, la réalité tout court, Léon XIII n'en a cure; ce qui l'intéresse, c'est la survie d'un Concordat en sursis.
Plus le gouvernement français fait preuve d'agressivité vis a vis de l'Eglise (lois sur le divorce, sur l'enseignement, sur les hôpitaux), plus le pape avance dans la voie du Ralliement. La république saura manifester sa reconnaissance devant une telle bienveillance pontificale en procédant à la Séparation de l'Eglise et de l'Etat.

5/Là où des auteurs comme saint Thomas (dans le De Regno) distinguait, à la suite de Platon et d'Aristote, des régimes justes (royauté, aristocratie, politia - régime des citoyens, une démocratie restreinte) et des régimes injustes (tyrannie, oligarchie et démocratie), les régimes justes étant ceux dont les gouvernants poursuivaient le bien commun, les régimes injustes, au contraire, ceux dont les gouvernants recherchaient leur bien propre, Léon XIII se livre à une division bien floue, se limitant au XIX e siècle: empires, monarchies, républiques. Il préfère ignorer l'avènement de la démocratie (régime injuste) à l'instauration de laquelle a travaillé la Révolution, mise en sommeil durant la Restauration, mais consolidée par Napoléon, l'homme qui sauva et installa définitivement les principes de 1789 en France et les propagea dans l'Europe entière. La démocratie se cache chez Léon XIII derrière un terme classique, honorable, celui de "république", la chose publique. Faire accepter la république (renvoyant à un type de constitution) aux Français permettra de leur faire avaler la démocratie. Et à l'inverse, pour éviter des incompréhensions envers les intentions du pape chez les catholiques réticents à la politique du ralliement - celui-ci, dans sa lettre du 16 février 1892 faisant part de son regret ose une distinction pour le moins surprenante:

" Si l'on avait su tenir soigneusement compte de la distinction considérable qu'il y a entre Pouvoirs constitués et Législation. La législation diffère à tel point des pouvoirs politiques et de leur forme, que, sous le régime dont la forme est la plus excellente, la législation peut être détestable; tandis qu'à l'opposé, sous le régime dont la forme est la plus imparfaite, peut se rencontrer une excellente législation."

A la lecture de ces lignes, on se demande à quel constitutionnaliste de génie on a affaire. Deux questions:

a/ Qu'est-ce qui fait qu'un régime est juste ou injuste? Le fait qu'il poursuive ou non le bien commun.

b/ Une réflexion sur les régimes politiques se fait-elle sur la durée ou doit-elle se calquer sur une période précise de gouvernement? Un bon régime peut commettre des erreurs, ainsi ouvrir un conflit non justifié; un régime injuste, même si sa politique peut se révéler accidentellement bonne, reste un mauvais pouvoir qui est condamné à mener sur le long terme une politique contraire au bien commun du pays. Qui oserait-soutenir que la Cinquième république est un régime juste(décolonisation sanglante, politique économique libérale, lois sur la pilule, l'avortement, le pacs, tout cela aboutissant à l'avilissement de l'individu)? Qu'on le veuille ou non, la pente à tendance à toujours s'incliner un peu plus.

6/ Il y a pour le pape du Ralliement, il y a, comme il nous le rappelait plus haut , le domaine des abstractions et "le terrain des faits": "il nous faut bien garder de renier les principes tout à l'heure établis; ils demeurent inébranlables. Seulement, en s'incarnant dans les faits, ils y revêtent un caractère de contingence, déterminé par le milieu où se produit leur application. Autrement dit, si chaque forme politique est bonne par elle-même, et peut être appliquée au gouvernement des peuples, en fait cependant, on ne rencontre pas chez tous les peuples le pouvoir politique sous une même forme;chacune possède la sienne propre. Cette forme naît de l'ensemble des circonstances historiques ou nationales, mais toujours humaines, qui font surgir dans une nation ses lois traditionnelles et mêmes fondamentales; et, par celles-ci, se trouve déterminée telle forme particulière de gouvernement, telle base de transmission des pouvoirs suprêmes."

Si j'avais été contemporain de Léon XIII, voici ce que je lui aurais répondu: "La France avait ses lois fondamentales, lois qui régissaient la royauté. La république est le régime de fait qui s'est installé par la terreur, cela n'en fait pas pour autant un régime juste et légitime."

Avec les principes léoniens, nous voici parvenus au règne du relativisme en politique, reconnaissance de la plus pure contingence dans le domaine politique; vive les révolutions, il est vrai que Léon XIII peut se montrer satisfait devant le nombre de révolutions qui ont secouer et ont durablement contribuer à modifier notre pays.

7/ Je l'avoue, j'exagère... mais si peu. Comme pour nous mettre à l'abri d'une contre-Révolution, le pape écrit au clergé de France le 16 février 1892:

"Inutile de rappeler que tous les individus sont tenus d'accepter ces gouvernements et de ne rien tenter pour les renverser ou pour en changer la forme. L'Eglise... a toujours réprouvé les doctrines et toujours condamné les hommes rebelles à l'autorité légitime." Qu'on se le tienne pour dit, Léon XIII ne joue plus avec les principes. Les Français sont tenus,en cette année 1892, de reconnaître les pouvoirs constitués.


baudelairec2000 qui est rentré en résistance il y a quelques décennies et qui se flatte de ne pas nourrir la "gueuse" par ses bulletins de vote.


images/icones/bravo.gif  ( 715904 )Merci de ce long complément par Romanus (2013-04-07 22:30:06) 
[en réponse à 715822]

Votre analyse est intéressante, mais je la modère quelque peu quand même. Madiran a raison de souligner que dans ses écrits doctrinaux et notamment dans ses encycliques, Léon XIII a été d'une doctrine sûre. "Libertas" est quand même un vrai chef d'œuvre, que beaucoup, même dans la Tradition devraient méditer.
Les textes que vous citez ne sont pas issus de ses enseignements doctrinaux.

Cordialement

Romanus, qui se flatte...pour les mêmes raisons que vous.
images/icones/1a.gif  ( 715905 )Comme vous je fais la grève de l’isoloir... par Vianney (2013-04-07 22:33:39) 
[en réponse à 715822]

...depuis près de vingt ans, bien que ce soit interdit en Belgique où le vote est obligatoire. Mais nous sommes devenus tellement nombreux à le faire que l’État (ou ce qu’il en reste) a renoncé à sévir !

Ceci dit, je persiste à penser que, dans l’affaire du “ralliement”, la doctrine de Léon XIII n’est pas en cause. La meilleure preuve est qu’il a interdit aux catholiques italiens de suivre la voie qu’il préconisait au même moment aux français, au point d’avoir d’abord reproché au patriarche de Venise – le futur saint Pie X, qu’il estimait cependant beaucoup – de s’être allié aux libéraux locaux pour chasser les radicaux de la municipalité. Sur ce point, je serais d’ailleurs enclin à donner raison au patriarche : la suite des événements lui a donné raison.

V.
 
images/icones/1d.gif  ( 715768 )Quant à votre propre santé mentale... par Romanus (2013-04-06 21:17:05) 
[en réponse à 715732]

"Si le pape François se mettait à appeler un Orléans sur le trône de France..." Dites vous...

Cela tombe bien, cela n'a rien à voir avec son rôle, pas plus que l'appel au ralliement n'était dans le domaine de compétence de Léon XIII. Vous vous trouvez que c'était une bonne idée. Leon XIII lui même a pourtant fini par admettre que c'était une erreur.

Et si le système monarchique est devenu si anachronique, c'est peut être justement à cause de cette politique de ralliement qui fut et reste un échec.
Vous inversez la logique et confirmez l'absence de clairvoyance de Leon XIII sur ce sujet. Merci.
images/icones/bravo.gif  ( 715773 )Excellent ! par Deo gratias (2013-04-06 21:28:10) 
[en réponse à 715768]

Tout est dans le titre !
images/icones/1d.gif  ( 715785 )Vous voulez un mouchoir ! par baudelairec2000 (2013-04-06 22:08:45) 
[en réponse à 715723]

toujours aussi XIX e siècle, mon cher professeur! Lamentable (au sens étymologique)!!!

"Ce stupide XIX siècle"


Ce n'est pas parce que la république est le régime de fait,

1/ que l'on doit s'y rallier

2/ que la démocratie devient un régime juste.

Démocratie et république ne sont pas en philosophie politique synonymes, mais depuis la Révolution l'une ne va pas sans l'autre: car il n'y a de forme juste de régime ou de constitution (republica) que le régime démocratique.

Désolé, mon pauvre Perrin, le magistère du ralliement, on s'en tape...