Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 715060 )Benoit XVI : Pape de continuité ou de rutpture ? par Chicoutimi (2013-04-03 08:42:27) 

J'ai beaucoup aimé le pontificat de Benoît XVI et j'avoue qu'il me manque. Cependant, sa renonciation et l'élection du nouveau Pape m'ont beaucoup fait réfléchir. J'aimerais vous faire part de ma réflexion et dites-moi ce que vous en pensez.

On a souvent décrit le Pape Benoît XVI comme un apôtre de la continuité. Certes, son pontificat a comporté des éléments en ce sens (par exemple : Summorum Pontificum, la réforme de la réforme). Cependant, d'autres éléments nous démontrent que Benoît XVI avait lui aussi marqué une rupture avec ses prédécesseurs (et parfois des ruptures encore plus importantes que celles opérées par le Pape François). En voici quelques-unes :


1- Abandon du titre de "Patriarche d’Occident" : En 2006, ce titre est retiré de la liste des titres pontificaux dans l’Annuaire pontifical (car considéré comme obsolète). Pourtant, le titre de « Patriarche d’Occident » trouve des fondements dans la Tradition puisqu’il fut employé pour la première fois en 450 dans une lettre de l'empereur romain d'Orient au Pape Léon Ier le Grand et qu'il fut inscrit dans la liste des titres pontificaux au XIXe siècle.

2- Abandon de la tiare dans le blason pontifical : Alors que la tiare figure dans les armoiries pontificales depuis le XIIe siècle, le Saint-Père Benoît XVI avait décidé de ne plus mettre la tiare dans son blason pontifical, et d'y faire figurer à la place une simple mitre.

3- Renonciation au ministère pétrinien : Le 28 février 2013, Benoît XVI renonce à sa charge, malgré une tradition voulant que c’est la mort qui met un terme à cette charge puisque les cas de renonciation sont rares dans l’histoire (et que la dernière eut lieu il y a environ 600 ans).

Ces 3 éléments s'inscrivent dans une logique qui s'est imposée drastiquement avec Jean-Paul 1er qui : 1- renonça au couronnement; 2- s'exprima à la première personne du singulier ("Je") plutôt que du pluriel ("nous"); 3- abandonna la "sedia gestatoria" (quoiqu'il l'utilisa une fois).

Concernant l'activité liturgique de Benoît XVI, j'aimerais vous faire part d'un 4e point qui personnellement m'a un peu déçu :

4- Le nouveau rituel du mariage : Publié en 2005 sous Benoît XVI, le nouveau rituel du mariage comporte au moins deux éléments qui n’ont rien à voir avec la Tradition puisque ledit rituel prévoit que dans le cadre d’une messe de mariage, il nous faut omettre la préparation pénitentielle (??????); et dans le dialogue qui précède l’échange des consentements, on n'emploie plus le mot « fidélité » mais « respect » ( ????).

Bref, ces ruptures sont-elles bénéfiques pour l'Église ou causent-elles du tort ? Quand faut-il défendre la continuité et quand faut-il opérer une rupture ? Le ministère pétrinien se désacralise-t-il de plus en plus ou bien est-il en train de renouer avec son charisme orginel ? Que pensez-vous ?
images/icones/fleche2.gif  ( 715079 )Questions de fond par l'abbé Pépino (2013-04-03 10:15:31) 
[en réponse à 715060]

Vous posez des questions essentielles en effet auxquelles je n'ai pas toutes les réponses. Un point: concernant le rituel de mariage il me semble que ce n'est pas Benoit XVI qui a publié l'editio typica revue et corrigée mais Jean Paul II; cela demande vérification ; et d'autre part dans ce même rituel on peut donner la communion lors d'une célébration sans messe ce qui me choque profondément
images/icones/1i.gif  ( 715095 )Je ne savais pas pour le mariage! par PEB (2013-04-03 11:17:44) 
[en réponse à 715079]

Le retour à la tradition millénaire pour le mariage aurait été:
- Échange public des consentements à la porte de l'église paroissiale coram populo et don mutuel des alliances.
- Procession d'entrée dans l’Église.
- Messe pro sponsis proprement dite tout ce qu'il y a de plus classique avec bénédiction nuptiale et communion des époux, éventuellement sous les deux espèces.
- Signature des registres à la sacristie.

En tous cas, pour être en cohérence avec le pontifical romain rénové, le mariage devrait être célébré séparément et avant le Saint Sacrifice qui inclurait la bénédiction nuptiale.

L'abandon peu justifié de la titulature patriarcale vise à séparer la papauté de ses prétentions impériales. On devrait même dire: "patriarche catholique et apostolique d'Occident et de tout l'Univers."
Le bienheureux Jean-Paul II l'avait au contraire maintenu, signifiant ainsi que sa Pologne natale appartenait bien à l'Ouest malgré Staline. Son geste d'embrasser les pays qu'il visitait aurait été un geste de prise de possession d'un territoire par l'empereur romain.
images/icones/neutre.gif  ( 715127 )contresens sur le titre patriarcal par Luc Perrin (2013-04-03 13:27:54) 
[en réponse à 715095]

Vous faîtes une grosse erreur, un contresens complet, sur la décison - remarquable ! - de Benoît XVI d'abandonner un titre inutile et équivoque. Je serais très inquiet si le pape François le reprenait.

Equivoque en effet car cela renvoie à la thèse orientale fausse du collectif des patriarches pour gouverner l'Église, avec une simple primauté d'honneur à celui "d'Occident".

Non ce n'est pas du tout compatible avec Vatican I et Vatican II.

Très logiquement, Benoît XVI a souligné ainsi indirectement que sa juridiction plénière n'est en rien limitée à "l'Occident" mais elle s'exerce de façon plus mesurée et même restreinte sur bien des points à l'égard des Églises orientales catholiques.

Mieux au début du précédent pontificat, certains novateurs prônaient une sorte de "régionalisation" de l'Église avec des ensembles continentaux et une régression de la prérogative pontificale. Cette décision allait justement, discrètement, à l'encontre de cette revendication des milieux catholiques néo-libéraux et néo-modernistes.

En ce sens, Benoît XVI sur ce dossier a bien été archi-traditionnel et bien dans le prolongement des siècles d'évolution consacrant le rôle du ministère pétrinien dans l'Église.
images/icones/fleche3.gif  ( 715259 )Pas entièrement d'accord M. Perrin par Chicoutimi (2013-04-03 23:41:30) 
[en réponse à 715127]

M. Perrin, je ne suis pas convaincu de ce que vous affirmez (mais je reste ouvert à ce que vous tentez de me faire comprendre).

Premièrement, la reconnaissance de la "pentarchie" (ou du moins du système des patriarcats) n'a jamais été rejeté par l'Église catholique, et cette doctrine ne va pas nécessairement à l'encontre de la primauté de juridiction du Pontife romain. Le Concile de Florence affirme explicitement que : "le Saint-Siège Apostolique et le Pontife romain possèdent la primauté sur toute la terre; [...] En outre nous déclarons de nouveau l'ordre des autres vénérables patriarches, transmis dans les canons : le patriarche de Constantinople est le second après le très saint Pontife romain, celui d'Alexandrie le troisième, celui d'Antioche le quatrième, celui de Jérusalem le cinquième, tous leurs privilèges et droits évidemment étant saufs".

Deuxièmement, pourquoi le titre de Patriarche d'Occident limiterait-il la juridiction universelle du Pape ? Son titre d'évêque de Rome ne limite pas sa juridiction à la ville de Rome; celui d'archevêque métropolite de la province romaine ne le limite pas non plus à ladite province; et son titre de primat d'Italie ne le confine pas non plus aux frontières de l'Italie. Les titres pontificaux vont de la juridiction la plus grande (universelle) qui est celle du Souverain Pontife de l'Église universelle, jusqu'à la juridiction la plus petite par ordre décroissant.

Troisièmement, il n'est pas certain que l'abandon du titre de Patriarche d'Occident se voulait un rappel de la juridiction universelle du Pape. Cette lecture est possible et, évidemment, certains Orthodoxes l'ont pensé. Par contre, une autre lecture est paradoxalement possible. En abandonnant le titre de Patriarche d'Occident, on ouvrait ainsi la voie à l'institution de nouveaux patriarcats régionaux en Occident qui, comme vous le dites, ont été parmi les revendications de "certains novateurs prônant une sorte de "régionalisation" de l'Église avec des ensembles continentaux et une régression de la prérogative pontificale". Ainsi, le lien entre la Papauté et les épiscopats serait en quelque sorte médiatisé par un patriarche (ce qui diminuerait les prérogatives du Pape).

images/icones/neutre.gif  ( 715266 )explication officielle par Leonid (2013-04-04 00:16:25) 
[en réponse à 715259]

Le Vatican avait publié un communiqué officiel en 2006 à ce sujet pour expliquer la décision. Il faut y voir plus une mise à jour à la nouvelle réalité de l'Église et la suppression du titre n'implique pas de revendication particulière. Enfin, on peut lire la réponse officielle ici: Communiqué concernant la suppression du titre «Patriarche d’Occident» dans l’Annuaire pontifical 2006

Par conséquent, le titre de « Patriarche d’Occident », peu clair depuis les origines, devenait obsolète dans l’évolution de l’histoire et pratiquement inutilisable. Continuer à l’utiliser n’a donc plus de sens. Cela est d’autant plus vrai que, avec le Concile Vatican II, l’Église catholique a trouvé pour l’Église latine un ordonnancement canonique approprié aux nécessités actuelles au moyen des Conférences épiscopales et de leurs réunions internationales.

Maintenir le titre de « Patriarche d’Occident » ne change rien en réalité à la reconnaissance, effectuée de manière particulièrement solennelle, par le Concile Vatican II, des antiques Églises patriarcales (Lumen gentium, n. 23). Une telle suppression ne peut encore moins laisser sous-entendre de nouvelles revendications. Renoncer audit titre veut exprimer un réalisme historique et théologique, et, en même temps, être une renonciation à une prétention, renonciation qui pourrait servir au dialogue œcuménique.

images/icones/fleche2.gif  ( 715274 )Ce texte est fort intéressant par Chicoutimi (2013-04-04 05:43:01) 
[en réponse à 715266]

Je ne doute pas qu'il y a un souci de réalisme historique et théologique derrière l'abandon du titre de "Patriarche d'Occident". Je suis également d'avis qu'il est possible de donner une interprétation traditionnelle à cet abandon (comme le fait M. Perrin). Néanmoins, je demeure perplexe et je persiste à défendre ce titre (tout en étant ouvert aux arguments contraires).

Je persiste à contredire l’idée selon laquelle le titre de Patriarche d’Occident s’opposerait à la primauté de juridiction universelle du Pape pour les raisons suivantes:

1) Le titre de Patriarche d’Occident fut intégré à la liste en 1870, au moment de la proclamation de l'Infaillibilité pontificale !

2) L’idée que cet abandon ne signifie nullement une meilleure expression de la primauté de juridiction universelle du Pape semble résider dans cette phrase du communiqué explicatif : « Une telle suppression ne peut encore moins laisser sous-entendre de nouvelles revendications ». En effet, les Orthodoxes furent les plus inquiets de cet abandon puisqu’ils ont tendance interpréter l'abandon du titre de Patriarche d'Occident comme une affirmation des prétentions universelles du Souverain Pontife. Or, le document explicatif nous dit qu’il n’en est rien.

3) Le document explicatif va même jusqu’à dire que le renoncement au titre de Patriarche d’Occident pourrait servir au dialogue œcuménique. Or, le système des patriarcats est très cher aux yeux des Orthodoxes. Donc, si l’abandon de ce titre va dans le sens de l’œcuménisme, c’est que cet abandon n’a rien à voir avec une affirmation plus forte de la primauté de juridiction universelle du Pape puisque c’est en particulier sur ce point que le dialogue œcuménique se bute en raison de la non-acceptation de ce principe par les Orthodoxes (qui voudraient peut-être une primauté d’honneur mais pas de juridiction).

Bref, bien que j'apprécie le titre de Patriarche d'Occident, son abandon ne m'empêchera pas de dormir. Cependant, une réflexion sur le sujet me semble intéressante et pertinente puisque le Bx Jean-Paul II lui-même avait amorcé une réflexion sur le ministère pétrinien dans Ut Unum Sint où il affirmait " écoute[r] la requête qui [lui était] adressée de trouver une forme d'exercice de la primauté ouverte à une situation nouvelle, mais sans renoncement aucun à l'essentiel de sa mission , [...] et prie[r] l'Esprit Saint de nous donner sa lumière et d'éclairer tous les pasteurs et théologiens de nos Églises, afin que nous puissions chercher, évidemment ensemble, les formes dans lesquelles ce ministère [pétrinien] pourra réaliser un service d'amour reconnu par les uns et par les autres".

Personnellement, je ne crois pas que l'abandon du titre de Patriarche d'Occident favorise l'oecuménisme avec les Orthodoxes, mais je peux me tromper (et j'espère me tromper). Qui vivra verra !
images/icones/fleche2.gif  ( 715448 )remarques pertinentes par Leonid (2013-04-04 23:48:21) 
[en réponse à 715274]

Vous faites des remarques pertinentes. Je ne crois pas que le titre "Patriarche d'Occident" s'opposait à la primauté de juridiction universelle du Pape. Les titres pontificaux se superposent sans être mutuellement exclusifs.

C'est vrai que dans le document explicatif il y a un certain paradoxe argumentatif. D'une part, la renonciation au titre est supposée servir à faciliter le dialogue oecuménique argue-t-on, mais d'autre part, on ressent du même coup le besoin d'assurer qu'il ne s'agit pas là d'une tentative pour ouvrir la porte à de nouvelles revendications.

Je pense qu'on a voulu éliminer le titre de "Patriarche d'Occident" à cause de son équivocité et par souci de réalisme. Le document explicatif a donc pour but de rassurer les uns et les autres, à l'intérieur de l'Église comme à l'extérieur, qu'il ne s'agit pas là d'un changement d'orientation significatif et qu'il ne faut pas l'interpréter outre mesure (comme une intention implicite).
images/icones/croix_byzantine.png  ( 715117 )Rupture, continuité? par Signo (2013-04-03 12:47:56) 
[en réponse à 715060]

Concernant les trois premiers points évoqués, il est évident que la papauté est engagée dans un processus non pas de désacralisation mais en quelque sorte de "démonarchisation" de la fonction papale, notamment depuis le Concile. Cette évolution est à mon sens positive: elle correspond à l'abandon déjà ancien de toute prétention au pouvoir temporel.
Le Pape tend donc de plus en plus à être un "Apôtre", c'est à dire un chef purement spirituel, et de moins en moins un monarque, statut peu compatible d'ailleurs avec les exigences évangéliques.
L'attachement à l'aspect monarchique de la fonction papale, très présent dans les milieux tradis, relève à mon sens d'une nostalgie mal placée.
Cependant, contrairement à ce qu'ânonent les journalistes, cette évolution ne remet pas en cause l'infaillibilité et l'autorité pontificales...
En ce qui concerne le mariage, je m'abstiendrait de répondre, même si je trouve effectivement ces évolutions étranges...
images/icones/fleche2.gif  ( 715175 )Le nouveau rituel du mariage ... par Ion (2013-04-03 17:36:58) 
[en réponse à 715060]

... date de 1990 et de ... Jean-Paul II, seule sa traduction française a été éditée en 2005.

Mais il ne supprime pas la notion de fidélité, il remplace le terme fidélité par la mention explicite pour toute la vie.

Entre autres changements par rapport à l'ancien rituel, notons aussi l'engagement des futurs époux de vivre selon l'Evangile du Christ et la foi de l'Eglise.

Des ruptures comme celles-là ne posent pas vraiment problème ?

Ion
images/icones/1a.gif  ( 715228 )bien d'accord avec vous Ion par Luc Perrin (2013-04-03 22:45:06) 
[en réponse à 715175]

sur ce point et pour une fois.