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images/icones/irlande.gif  ( 714785 )avis d'un canoniste sur la controverse du Mandatum papal par Leonid (2013-04-01 20:00:10) 

Article intéressant de Father Z qui reprend en commentant l'avis d'un canoniste américain (Dr Ed Peters) sur la controverse du rite du lavement des pieds au Jeudi Saint par le Pape François à la prison: "Sommes-nous entrés dans un âge d'un nouveau gnosticisme?" Source
J'en fais la traduction ici (de l'anglais).


Il y a un adage: Qui bene distinguit, bene docet, c'est-à-dire, quelqu'un qui fait bien des distinctions, enseigne bien. (emphase et commentaires de Father Z entre crochets.)

Le canoniste éminent Ed Peters établit de bonnes distinction à propos de l'ignorance volontaire du Saint-Père pour la loi de l'Église dûment promulguée quand il a choisi de laver les pieds de femmes lors du Jeudi Saint.

Ed Peters
Rétrospectives sur les controverses du rite du Mandatum
29 mars 2013

C'est une Église très grande et il y a beaucoup de questions qui se disputent l'attention du Pape. Permettez-moi d'aborder une question sur laquelle je sais quelque chose, à savoir, le droit ecclésiastique et d'essayer d'en parler raisonnablement. Je vais laisser à des esprits plus fins la tâche de situer les préoccupations juridiques dans le contexte ecclésial plus large.

Pour commencer, peut-être que le Père Lombardi a été mal cité ou pris hors contexte quand il aurait dit, "la décision du pape [de laver les pieds des femmes le Jeudi Saint] était 'absolument licite' pour un rite qui n'est pas un sacrement de l'Église." Cette remarque est source de confusion car elle implique que la licéité est un concept qui s'applique uniquement aux sacrements; mais bien sûr, la licéité est une évaluation de la conformité d'une action avec le droit applicable (canonique, liturgique, sacramentel, etc.) Personne ne limiterait les questions de licéité de la messe à, par exemple, la matière utilisée pour l'Eucharistie ou les paroles de l'institution (c'est-à-dire le sacrement de la messe) [NB] comme si toutes les autres rubriques n'étaient que facultatives. Personne ne comprend la licéité de façon si étroite, [ehem ... Je pense que certaines personnes le font.], et alors, comme je le dis, nous sommes probablement face à une réponse incomplète.

En tout cas, je pense que certaines conclusions peuvent être tirées déjà à propos de l'incident du lavement des pieds.

[Voici un point évident qui doit être fait pour aider les libéraux à dégriser un peu.] 1. Si le droit liturgique autorisait le lavement des pieds des femmes lors de la messe de la Cène du Seigneur, [alors], personne n'aurait remarqué que le Pape le fait. Ce qui était digne d'intérêt (apparemment, grandement digne d'intérêt), c'est que, précisément parce que la loi liturgique ne l'autorise pas, l'exécution du Pape de l'action a été une énorme nouvelle.

2. Moi et beaucoup d'autres avons été depuis longtemps ouverts à la révision du rite du Mandatum de façon à permettre le lavage des pieds des femmes [Je ne suis pas parmi eux. Cependant, Peters est en train de faire un point différent ...] même si je comprends que de forts éléments symboliques sont en jeu et que je pourrais être en train de sous-apprécier les arguments en faveur du maintien du rite promulgué par Rome. Je ne prends pas position sur cette question plus vaste, étant en définitive une question pour les experts d'autres disciplines. Mon accent est sur ​​la loi telle que publiée par Rome (c. 838).

[Nous arrivons au cœur du problème canonique ...] 3. Peu de gens semblent en mesure d'articuler quand un pape est lié par le droit canonique (par exemple, lorsque le droit canon légifère des questions de lois divines ou naturelles) et quand il peut l'ignorer (par exemple, c 378. § 1 sur la détermination de l'aptitude des candidats pour l'épiscopat ou de la nomination d'un trop grand nombre d'électeurs du pape contraire à l'UDG 33). Ce ne sont pas des cas difficiles. La plupart des lois ecclésiales, cependant, se situent entre ces deux pôles et nécessitent une réflexion approfondie par peur que la confusion - ou même la dissension, parmi les fidèles survienne. Exactement comme cela s'est produit ici. [en quantités!] Maintenant, même dans ce débat, la question n'est pas généralement si le Pape est tenu de se conformer à la loi (il n'est probablement pas lié de la sorte), mais plutôt [prêtez attention ...] , comment il peut agir de manière contraire à la loi sans que cela implique, en particulier pour ceux qui restent liés par la loi, mais qui pourraient bien la trouver également incommode, que les lois incommodes pourraient simplement être ignorées parce que, bon, le Pape l'a fait. [Ceci, mesdames et messieurs, c'est le problème. Les libéraux vont prétendent qu'à cause de ce que François a fait, ils peuvent faire ce qu'ils veulent. En effet, ils affirment que ceux qui défendent la loi écrite clairement ont tort de vouloir se conformer à la loi. Ils, comme les gnostiques, feront appel à un vague super-principe qui l'emporte sur toute loi (et la raison).]

4. L'ignorance volontaire d'un Pape de la loi n'est pas une abrogation de la loi, mais, surtout là où son action se répercuta à travers le monde, il semble rendre la loi insignifiante [«douteuse, théorique, dénuée de sens, discutable»]. Par souci du bon ordre, alors [la recommandation de Peters ...], les rubriques du Mandatum devraient être modifiées pour permettre le lavament des pieds des femmes ou, peut-être sous l'avis d'experts bibliques et théologiques, le symbolisme du ministère apostolique affirmé par certains comme étant contenu dans le rite doit être articulé et la règle réitérée. Ce qui n'est pas bon c'est de laisser une loi très claire dans les livres, mais ne montrer aucune intention d'attendre de qui que ce soit de la suivre. Ce qui porte atteinte à l'efficacité de la loi dans tous les aspects.

Vous avez compris ce dernier point?

Ce qui n'est pas bon c'est de laisser une loi très claire dans les livres, mais ne montrer aucune intention d'attendre de qui que ce soit de la suivre. Ce qui porte atteinte à l'efficacité de la loi dans tous les aspects.


C'est un énorme problème.

Les libéraux tels que Michael Sean Winters, qui dans cette affaire ne semblent pas faire des distinctions du tout, pense que Peters et moi sommes "portés de manière obsessive sur la question à savoir si oui ou non un évêque ou un prêtre peut/devrait laver les pieds des femmes au cours du rite du Mandatum à la Messe de la Cène du Seigneur". Il se trompe. C'est juste votre détournement habituel libéral de la situation.

Peters et moi sommes réellement préoccupés par le bon ordre de l'Église. Un canoniste et un homme dans les Ordres doivent l'être. Winters, d'autre part, écrit pour le journal de référence pour les dissidents et antinomistes.

Ce que cette question du lavement des pieds effectue c'est de révèler combien est grand le fossé qui divise maintenant ceux qui soutiennent que l'ordre, la loi et la raison sont nécessaires dans l'Église et dans la société et ceux qui, comme les gnostiques qui possèdent des pouvoirs secrets d'interprétation d'enseignements encore plus secrets, appliquent des super-principes qui éclipsent des questions de moindre importance telles que la raison, la loi et l'ordre.

Les nouveaux gnostiques (les libéraux) font appel à "l'équité" et aux sentiments. Il ne peut y avoir aucune réponse valable possible par argumentation ou la raison ou un précédent.

Pendant longtemps, j'ai soutenu que nous avons besoin d'un niveau de célébration liturgique qui provoque la rencontre avec le transcendant, ce qui tranche au-delà de nos (maintenant) inutiles arguments linéaires. Aujourd'hui, les gens ne peuvent pas suivre une argumentation linéaire. Vous arrivez à la fin et ils concluent: "C'est peut-être vrai pour toi ...". Maintenant, cependant, nous voyons peut-être plus clairement, en réactions à ce que François fait (pas nécessairement dans ce que François fait), l'exaltation du veau d'or de l'immanence.

Avons-nous entré dans un âge d'un nouveau gnosticisme, où seuls ceux qui se sentent d'une certaine manière sont les vrais interprètes ayant autorité?

images/icones/irlande.gif  ( 714791 )article connexe du canoniste Ed Peters par Leonid (2013-04-01 20:37:29) 
[en réponse à 714785]

Le canoniste Ed Peters revient sur le sujet. L'arrière-fond idéologique de la controverse du lavement des pieds est l'antinomisme qui prévaut aujourd'hui.
"Sentimentality and feelin’ good V. reason and good order"
("La sentimentalité et se sentir bien versus la raison et le bon ordre")
images/icones/neutre.gif  ( 714798 )Merci par Meneau (2013-04-01 20:54:05) 
[en réponse à 714785]

pour votre traduction, qui, compte-tenu de la taille de l'article, a dû vous prendre pas mal de temps.

"Porte atteinte à l'efficacité des lois". Tout à fait...

Cordialement
Meneau
images/icones/1a.gif  ( 714803 )merci de votre appréciation par Leonid (2013-04-01 21:14:33) 
[en réponse à 714798]

Oui, l'article m'a pris un temps non négligeable à traduire. Je suis content que vous l'appréciez. Mais étant donnée l'ampleur de la controverse, je trouvais important de partager l'avis d'un canoniste sur le sujet. Je crois qu'il y a un débat dans l'Église qui doit se faire autour de la signification de ce rite (charité tout azimut ou signification apostolique, etc.) Cela soulève aussi la question plus vaste de la "culture de l'authenticité" à tendance presque antinomiste versus le respect de l'ordre et de la loi à l'intérieur de l'Église. Si la loi ne doit pas devenir une fin en soi, elle a quand même un rôle utile à jouer pour mettre de l'ordre et éviter l'anarchie, encadrer la vie ecclésiale. Elle porte en elle une signification théologique de fondement. Je crois que c'est une erreur d'opposer charité évangélique et ordre dans l'Église.
images/icones/4b.gif  ( 714806 )Si j'ai bien compris, le vrai problème... par Sursum corda (2013-04-01 21:36:39) 
[en réponse à 714803]

...n'est pas tellement le fait que le pape François en prenne à son aise avec la loi, mais que "L’Église qui est en France" risque fort de sauter sur l'occasion pour refaire n'importe quoi (comme dans mes pires souvenirs), tandis que ceux de nos évêques (forts du soutien de Benoît XVI) qui avaient réussi à rectifier pas mal d'horreurs dans leurs diocèses vont se sentir bien seuls ?

C'est malheureusement la première chose qui m'était venue à l'esprit. Et qui me fait très peur.

C'est le problème d'un pape qui n'est, manifestement, pas du tout au courant de tous les excès catastrophiques que nous avons vécu en France (ailleurs peut-être aussi, je ne sais pas)...


SC

images/icones/neutre.gif  ( 715170 )oui, c'est la principale inquiétude par Leonid (2013-04-03 17:01:59) 
[en réponse à 714806]

que relèvent le canoniste Ed Peters et d'autres comme Father Z qui insistent sur le respect des rubriques liturgiques. Cela favorise une tendance antinomiste dans l'Église. Le Pape François en voulant prêcher par un exemple de charité et d'humilité, a malencontreusement par la même occasion prêcher un conte-exemple de désobéissance aux normes liturgiques et au droit canon. C'est un peu comme un père de famille qui interdit à ses enfants de manger du chocolat pendant le carême mais en prend lui-même! Je crois que le Saint-Père était bien intentionné, mais peut-être n'a-t-il pas encore complètement réalisé qu'il a une plus grande visibilité en tant que Pasteur de l'Église universelle et que ses actions ont plus de conséquence.

Ainsi, le porte-parole du Vatican, le Père Lombardi a dû faire de la "gymnastique théologique" pour justifier cette action. Comme affirmer que c'est "absolument licite", que le rite du Mandatum n'est pas codifié par le droit canon (ce qui est faux!), indiquer que la signification d'un rite dépend de l'assistance ou de son ampleur (???). N'y a-t-il pas un certain risque de relativisme?

À mon sens, ce qui était dérangeant également était le déplacement de signification du Jeudi Saint, dont la centralité devait être conservée sur l'institution de l'Eucharistie et du sacerdoce.
images/icones/irlande.gif  ( 715173 )analyse de Father Z de la déclaration du porte-parole du Vatican par Leonid (2013-04-03 17:32:27) 
[en réponse à 715170]

Father Z commente la déclaration plus complète du Père Lombardi, porte-parole du Vatican, sur l'événement du Jeudi Saint
"absolutely licit”…. MY FOOT!" ("absolument licite"... MON PIED!)

Pour résumer un peu, il déplore certaines inexactitudes, comme l'affirmation de licéité, la non-codification du rite (alors qu'il est codifié dans le Missel Romain et le document Paschale solemnitatis de la Congrégation pour le Culte Divin), la fausse dichotomie tradition versus pratique pastorale, etc. Mais surtout le point important relevé dans l'autre publication: l'action du Pape François NE DONNE PAS le droit à tous de faire fi des rubriques liturgiques.
images/icones/1n.gif  ( 714807 )Il y a plusieurs écoles par PEB (2013-04-01 21:54:24) 
[en réponse à 714803]

Le rite du lavement des pieds a ordinairement deux significations:
- La purification des apôtres, les préparant rituellement à devenir les pontifes de la Nouvelle Alliance dans le Précieux Sang.
- Le commandement de la charité.

Si on regarde la journée de François, c'est bien la seconde interprétation qui prime. Mais cela se situe dans le prolongement de la grande messe chrismale où, dans son homélie, le Saint-Père affirmait que l'onction tombant de la barbe d'Aaron s'écoulait jusqu'à l'extrémité du vêtement. Aussi la Charité sacerdotale, exaltée dans la matinée, devient-elle préoccupation pour les plus pauvres et désorientés, justement incarnés par les jeunes délinquant auxquels l'évêque fait grâce.
Le prêtre est donc celui qui se fait serviteur et c'est dans cette diaconie salutaire qu'est consacré le sacerdoce suprême.
C'est aussi pourquoi le Roi de France, censément évêque du dehors des Églises gallicanes, lavait les pieds de douze pauvres de Paris, en l’occurrence des mâles.

Pour la première école, le lavement des pieds devraient être pratiqués par l'évêque à destination exclusive du clergé. Auquel cas, le Souverain Pontife ne pourrait se limiter qu'au Sacré-Collège qui forme le seul clergé authentique de la Ville éternelle. (Les recteurs et consorts n'agissent que comme suppléants des Pères Cardinaux.)
L'objection que l'on peut faire est que le Pape n'avait pas encore pris possession de sa cathédrale et qu'en toute rigueur, ces gestes devraient être accomplis au Latran, tout comme l'intégralité du Triduum.

Les deux opinions se défendent.

Toutefois, dans les paroisses, les bénéficiaires du lavement sont généralement douze laïcs parmi les fidèles. Ces douze sont donc plus une députation du Peuple de Dieu, ce nombre étant ceux des tribus.
De fait, par ce beau rituel, c'est tout le Nouvel Israël qui fête sa Pâques et qui, purifié par le Sang de l'Agneau, peut désormais quitter la terre d'esclavage et franchir la mer baptismale à pieds secs.