Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=713368

( 713368 )
Comment adorer? par A.Bricteux (2013-03-23 11:58:24)
...tout est dans le titre!
Ca peut sembler "idiot" comme question, mais je n'ai pas souvent pratiqué "l'adoration"...
Que ce soit en recueillement dans un lieu saint ou, plus important encore, devant le Saint-Sacrement, je ne peux m'empêcher de réciter des prières "toutes faites"... or, j'ai cru comprendre que ce n'était pas ça, adorer... mais plutôt rester "silencieux dans sa tête" et être à l'écoute de Notre Seigneur pour se laisser pénétrer de son message... se "contenter" d'être en sa présence, le louer, l'aimer, l'adorer "tout simplement"...
Mais j'ai beaucoup de mal à rester "silencieux dans ma tête"... au moins les prières m'évitent d'être distrait et de m'évader dans des réflexions sur mes soucis quotidiens...
J'entends tellement de bienfaits liés à l'adoration, que j'aimerais beaucoup savoir la pratiquer, merci d'avance pour toute aide en ce sens...

( 713382 )
Dire "Merci" par Glycéra (2013-03-23 13:15:36)
[en réponse à 713368]
la gratitude est la seule vraie prière, pure de tout recentrage sur soi.
Une pensée traverse ? Attraper ce qu'elle présente et en tirer un merci.
Ne pas jouer avec la pensée, ne pas engager le dialogue avec elle, juste si on l'a vue, apercevoir ce qu'elle apporte comme sujet pour dire Merci.
Rester en silence complet est un don de Dieu.
Ce ne peut être un fruit du travail de l'homme.
L'homme, surtout l'Occidental, est ainsi fait que sa tête reste branchée sans cesse. L'homme pense, seul Dieu le remplira de silence parlant sans paroles. C'est la contemplation, qui va même jusqu'à faire perdre la notion du lieu et du temps.
Dire merci, sans cesse, sans bousculade, sans recherche de quantités, c'est juste refuser toutes les pensées qui ne produisent pas de merci.
Une pensée arrive ? Comme M'ame Michu sur le trottoir ? Ce n'est pas l'heure de lui parler, on la laisse passer. On dit juste merci à Dieu pour avoir eu l'occasion de revenir vers Lui, l'adorer.
Ad = vers
Oro = prier
Adorer = garder l'oeil de la prière vers Dieu.
Comme le paysan d'Ars disait à son curé :
- Je l'avise et Il m'avise.
Je reste là, je lui donne "mon" temps, à 100% pour Lui, et je Le laisse faire.
Envie de redire des prières d'Eglise ? S'y arrêter au tour d'une phrase, et là, rester à savourer ? Envie d'un texte dont on mastique un bout de phrase ? Laisser l'oiseau voler, ne pas lui imposer des béquilles, mais les béquilles sont permises pour les jours pénibles ou pour marcher malgré les ma aux pattes !
Des pages de St François de Sales ou d'autres là dessus.
Le résultat ?
Comme dans l'oraison, dont l'adoration est une forme calme, remplie de paix :
Se laisser regarder par Dieu
Lui sourire en retour de nous regarder,
Se laisser transformer par Son regard
Lui donner du temps.
Avoir rendez-vous avec lui, à 100% sans occupation autre que Lui.
Et lui en dire Merci !
Lui sait quoi faire de nous !
User nos yeux sur l'ostensoir est un acte bénéfique !
A moins que ce ne soit de vouloir user l'ostensoir de nos regards ?
Avec mes bonnes salutations
Glycéra
qui ne sait toujours pas faire taire sa petite tête...
Priosn l'un pour l'autre à la prochaine fois ?

( 713391 )
Revoyez ce fil par Paterculus (2013-03-23 14:06:34)
[en réponse à 713368]
Là
Votre dévoué Paterculus

( 713451 )
Position relative de l'adoration et de l'oraison ? par Glycéra (2013-03-23 18:09:56)
[en réponse à 713391]
Monsieur l'abbé, vous renvoyez à un fil sur l'oraison.
Mais l'adoration ...
n'est-ce pas autre chose ?
A la fois ressemblant et tout de même de but différent ?
De présence différente ?
Pourriez-vous nous éclairer là-dessus ?
Je vous en remercie déjà.
Glycéra

( 713488 )
Même radical par Paterculus (2013-03-23 20:31:49)
[en réponse à 713451]
Adoration et oraison ont le même radical (os, génitif oris qui veut dire bouche)
Orare par conséquent veut dire parler, et oratio veut dire discours.
Mais ces mots peuvent avoir un sens particulier, qui a fini par prédominer en latin d'Eglise : prier, prière (d'où le mot oraison, qui désigne toute prière.
Dans l'expression "faire oraison", il s'agit d'une prière construite mais sans nécessairement utiliser des formules (alors ce serait de la liturgie).
Ce qui est spécial, donc, dans le mot "adoration", c'est le préfixe ad qui signifie "vers".
Je pense qu'à l'origine ce mot désignait l'attitude de ceux qui se prosternent la face (la bouche, donc) contre terre : courtisans et prisonniers devant un potentat.
En tout cas en vocabulaire chrétien l'adoration est une attitude toute tendue vers la majesté de Dieu ; elle peut être purement intérieure, mais de l'étymologie on a gardé l'idée que l'adoration implique des gestes ; ainsi la génuflexion est un geste d'adoration.
Ai-je répondu à votre attente ?
VdP

( 713511 )
Eclairant! Sauriez-vous expliquer par le torrentiel (2013-03-23 21:42:02)
[en réponse à 713488]
le glissement de sens qui a fait passer l'adoration du champ de la piété et de la révéérence extrêmes à celui de l'amour-passion?
En vous remerciant par avance
Le torrentiel

( 713515 )
Ad... change le sens des flux d'âme ? par Glycéra (2013-03-23 22:04:54)
[en réponse à 713488]
Si je poursuis :
vous me direz si c'est correct ou mal compris....
L'adoration est une forme d'oraison.
A sens unique : je mets ma face (bouche) vers Dieu.
Avec une direction unique : je dirige les sens de mon âme vers Dieu, je sors de moi pour aller à Lui.
Si je suis à sec, ou si je suis embrouillées dans mes petites idées, il est doux de prendre un texte qui me calme, comme une musique dans la danse de l'âme, comme les paroles d'un thérapeute de détente.
L'oraison peut avoir diverses formes, alors, elle change de nom : adoration, méditation, récitation, dont le chant.
Sans autre précision, l'oraison est une communication flux duplex (deux sens simultanés) : je demande, je remercie, je loue, je réclame, et j'attends que cela résonne en moi pour arriver à une décision résolue de me mettre à telle action pour continuer ma vie. Parfois, je suis interrompue par Dieu. Hélas, parfois aussi, je l'interromps sans respect.
La conférence (audio, dont il vient de donner le lien dans le fil que vous citez) de l'abbé "Deo Vindice" parle au début de méditation ou d'oraison, ce me semble en les considérant comme la même chose. Il faudra que je lui demande des précisions.
Je voyais la méditation, au sens occidental de nos livres spirituels, comme une activité mentale, de connaissance, de mastication pour en tirer la profondeur enseignée.
Pouvez-vous me préciser si c'est le cas :
° méditation = moyen mental ;
° oraison = moment de l'âme devant son Dieu, sans discursives conduites, tout au plus un texte court pour rester centré sur Dieu ? L'oraison serait-elle vraiment plus libre, personnelle, improvisée dès qu'on a un minimum de pratiques ?
Il m'appert que les mots sont flous dans notre monde. Du moins qu'ils varient beaucoup d'un traité ou d'un prédicateur à l'autre.
Le chapelet est-il une oraison ?
La prière du coeur, dite du Nom de Jésus est-elle une oraison ?
Le terme oraison mentale me gêne, car on n'est pas obligé d'employer son intelligence. Est-ce que cela signifie seulement oraison non parlée, du moins dans les termes de Ste Thérèse d'Avila ?
Merci de votre distinction.
Et du rappel de la racine.
Je vous souhaite belle fête des Rameaux.
Avec mes respectueuses salutations
Glycéra

( 713605 )
Je suis intéressée aussi et attends les réponses ! par EMCLB (2013-03-24 15:42:37)
[en réponse à 713515]
J'ai lu aussi que Dieu agissait pendant l'oraison, s'Il le jugeait bon... Je veux dire qu'Il agit de manière sensible, car Il est là même sans qu'on Le sente !
Pouvez-vous confirmer ? D'avance merci.

( 713642 )
sentir, agir, être agi, ressentir : quand, comment ? par Glycéra (2013-03-24 17:12:44)
[en réponse à 713605]
Ste Thérèse d'Avila disait que la 3ème partie (sur 4) de l'oraison est l'affection : mettre son esprit et son coeur vers Dieu ; elle dit que là l'âme sent Dieu. En fait, le verbe sentir espagnol du 15° n'est pas le ressenti de notre siècle. Il vaudrait mieux dire que l'âme sait que Dieu est là, et l'aime et agit en elle. Elle ssait d'en être sûre, même sans ressentir.
D'autres disent aussi :
Dans l'oraison, l'homme demande et se met en disposition, en docilité.
Dans l'action qui s'ensuivra, Dieu répond, et la réponse est lue, comprise, vue, conscientisée à l'analyse de l'action faite après l'oraison.
Autrement dit : pendant l'oraison, rien ne se passe, rien n'est perceptible (sauf cas bien rares, selon la pédagogie de Dieu sur nous), mais la vie change peu à peu après les oraisons, grâce à la grâce reçue par l'oraison.
Dieu est là.
Que nous le sentions ou pas ne change rien.
Quand on a fixé RV à Dieu, Lui est là.
Quand on ouvre son coeur et son âme, Il y nettoie, Il y range, Il y bâtit. Nous sommes trop épais pour ressentir.
Mais aux fruits des actes qui seront posés selon la résolution et les affections prises, nous saurons voir son action en nous, sur nous, par nous.
Se laisser faire par Lui.
Comme on soigne ses plantes en hiver, où tout se prépare, et rien ne pousse à la seconde. Cela germera en son temps et en son lieu.
Le fruit immédiat est d'augmenter la grâce en nous, de nous donner envie de Lui, et d'avoir donné déjà un moment du monde à Son Seigneur.
Quand une âme est humble, elle commande Dieu !
Il craque, Il vient, Il ne peut s'empêcher de venir, et de lui faire du bien. (Ste Thérèse de l'Enfant-Jésus, maître Eckhart, ST François de Sale, St Alphonse...)
Plus l'âme crie être démunie, plus elle supplie, plus elle est servie à louche débordante. Cela ne peut que se voir, se savoir ensuite dans la vie qui agit.
"Prie !
Ta vie changera, tes actes s'éclaireront, et serviront mieux Dieu."
Si il y a ressenti dans le temps de prière, c'est à examiner avec suspicion pour éliminer les illusions du Malin : un guide spirituel saura discerner cela.
Du moins pour ce que je sais.
Puissè-je ne pas vous avoir égarée.
Avec mes bonnes salutations
Glycéra

( 713677 )
Je ne suis pas un spécialiste des écoles d'oraison ! par Paterculus (2013-03-24 19:11:03)
[en réponse à 713488]
Mais comme les questions affluent, je vais tâcher de répondre à tous ceux qui se sont exprimés à la suite de mon message précédent, car cela témoigne d'une soif d'apprendre à prier.
Oraison est un terme général.
Les autres termes, comme on l'a dit, sont susceptibles de varier selon les époques, les langues, etc. et surtout l'expérience personnelle du celui qui essaie d'en faire la théorie pour aider les autres.
L'adoration indique une tension particulière par rapport à la majesté de Dieu.
Méditation indique plutôt une activité réflexive sur un mystère divin, sur une page d'Ecriture, etc.
Contemplation évoque plutôt une attitude stable de la personne, même en dehors des temps d'oraison.
L'essentiel me paraît être que prier nécessite un effort.
Et comme cet effort est répétitif, il faut de la patience.
L'assiduité est primordiale.
Dieu est toujours présent, avec son amour prévenant.
L'oraison conduit à en être conscient en permanence, non à le ressentir.
Par moments, et notamment au début, on a des "consolations" (c'est à dire, étymologiquement, des renforcements), où l'on perçoit cette présence avec des fruits de paix et de joie.
Mais pas plus que l'amour des enfants pour leurs grands-parents ne doit se limiter à l'amour des bonbons qu'ils leur distribuent, pas davantage notre prière ne saurait avoir pour but ces moments de consolation.
Il s'agit en tout cela de répondre à l'amour de Dieu qui nous purifie et nous unit à Lui.
Votre dévoué Paterculus,
toujours preneur des précisions que d'autres mieux au fait pourraient nous fournir.

( 713702 )
Merci Monsieur l'Abbé... par EMCLB (2013-03-24 20:05:57)
[en réponse à 713677]
... d'avoir pris la peine de nous répondre malgré vos occupations !

( 713725 )
On aimerait que les spécialistes soient aussi clairs que vous ! par Glycéra (2013-03-24 20:39:51)
[en réponse à 713677]
Merci à vous Monsieur l'abbé,
cela clarifie ce que je cherchais, trouvais et dont je doutais.
Sainte et fructueuse semaine vers Pâques !
Nos coeurs de chrétiens unis pour le Christ qui porte tout pour nous...
Glycéra

( 713415 )
une histoire par Mauwgan (2013-03-23 15:54:09)
[en réponse à 713368]
Je ne sais qui l'a raconté, un Saint?
Ce que je me rappelle c'est qu'un pretre allait dans son Eglise et trouvait toujours cet homme dans le bas de l'Eglise, il ne faisait "rien", juste assis. Alors un jour, le pretre demande a cet homme qui etait pauvre, que faites vous donc mon bon ami?
et le vieil homme de dire: I look at Him, and He looks at me.
(je Le regarde, et Il me regarde)
Dés fois, on complique, on veut que ce soit difficile. Avez vous vu, (peut etre l'avez vous fait) une mere regarder son nouveau ne en silence, se noyer dans ses yeux. Ben c'est ce l'adoration est pour moi. Je regarde le tabernacle, et je vois L'Enfant Jesus, ou alors je vois le regards mourant du Christ sur la Croix.
Je me tracassais un jour parce que je m'endormais pendant mon heure d'adoration ( c'etait tellement peaceful, et silencieux...après courrir après 4 marmots toute la journee...) et je m'en suis epanche a mon cure de paroisse, il m'a dit: Pensez vous etre plus resiliente que Saint Pierre dans le jardin de Ghesemani??? Vous etiez seulement en train d'adorer Dieu, a la facon des apotres...
Ca m'a rassurer, (bon je n'emmene pas mon Oreillé avec moi non plus) mais j'ai cesse d'etre scrupuleuse. Offrez donc ce que vous avez.
Moi Je lui cause dans les oreilles une bonne demi-heure, et comme je vois qu'Il ne repond pas, je fini par me la fermer et commence a le regarder...et l'ecouter.

( 713417 )
"Je l'avise et il m'avise" par Yves Daoudal (2013-03-23 16:04:51)
[en réponse à 713415]
Dans les premiers temps où je me trouvais à Ars, il y avait un homme qui ne passait jamais devant l'église sans y entrer. Le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint-Sacrement. J'aimais bien ça. Je lui ai demandé une fois ce qu'il disait à Notre-Seigneur pendant ces longues visites qu'il faisait. Savez-vous ce qu'il m'a répondu ? : "Monsieur le Curé, je ne lui dis rien, JE L'AVISE ET IL M'AVISE."
A part ça, quelquefois il faut un dictionnaire pour vous comprendre. A ceux qui se demanderaient ce que c'est qu'être plus "resilient" que saint Pierre: en français c'est "résistant".

( 713420 )
Mais oui par Mauwgan (2013-03-23 16:18:08)
[en réponse à 713417]
c'etait bien mon cure!
Ben, heureusement que vous etes la, j'etais sure que c'etait un mot francais, mon americain de mari qui parle mieux le francais que moi, serait d'accord avec vous, il m'a fait la reflexion d'apres vingt ans, au lieu de parler anglais je parles Froglais.
Ca m'a pique, mais que voulez vous, on ne peut pas se facher, quand on vous dit la verite.
Je suis bien desolee, parcontre, que je vous donne tant de peine. Je vous imagine preparer vos dico anglais/francais pour dechiffrer ce que je raconte.
:-(

( 713424 )
Vous me faites marrer, par Yves Daoudal (2013-03-23 16:33:01)
[en réponse à 713420]
donc tout va bien...
(J'ai deux dictionnaires d'anglais à ma disposition en un clic, donc pour moi ce n'est pas un problème...)
N'empêche que ce n'est pas votre cure, mais votre curé. Oui, je sais... mais il a bon dos, votre ordinateur... Normalement vous devez pouvoir déterminer la langue dans laquelle vous écrivez votre fichier, et dans laquelle vous voulez la correction automatique. On n'est plus au moyen âge, tout de même...


( 713456 )
mouais par Mauwgan (2013-03-23 18:34:31)
[en réponse à 713424]
oh, vous avez bien raison, en plus mon mari est "dans les ordinateurs". Mais j'ai aussi appris que lorsqu'on demande un "high tech guy" et il vous dit que ça va prendre que quelques secondes, ce n'est jamais vrai...ça prend toute la journée, et j'ai pas le temps...
je retourne à mon jardin. Et je vous promets, je vais faire un effort.
Je suis sloppy, je le confesse.

( 713567 )
Merci! par A.Bricteux (2013-03-24 13:16:04)
[en réponse à 713368]
Merci à toutes et tous pour vos avis et vos liens précieux...
J'ai une bonne dose de lectures en perspective, mais ça me réjouit! :-)