Le Forum Catholique
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( 712559 )
Sit Nomen Domini par Abbé J.F.Harthong (2013-03-20 10:21:36)
Avez vous remarqué qu'au Sit Nomen Domini notre pape François s'est signé au cœur ?

( 712664 )
Recevoir le pape est une affaire de coeur et ce qu'on lit sur le FC depuis l'élection de françois est affligeant par le torrentiel (2013-03-20 16:15:33)
[en réponse à 712559]
Cher Monsieur l'abbé,
Je remarque que personne n'a réagi, n'a rebondi, n'a remarqué, relevé votre message et c'est révélateur, alors j'en profite pour glisser sous celui-ci un propos pour lequel j'aurais voulu ouvrir un fil, mais votre remarque sur ce "pape de coeur" que n'a relevée aucun liseur si raisonnable de ce forum nous met au coeur... du problème de la réception dans la sidération du pape françois, qui nous a exhortés, dans l'homélie de son intronisation (et cela a été peu relevé), à "garder le christ" pour "nous garder les uns les autres et toute la création" en "gardant" et "veillant sur notre coeur".
Je n'étais pas allé sur ce forum jusqu'à hier, ayant moi-même eu du mal à déchiffrer le signe de l'élection de ce pape, jusqu'à ce que je m'aperçoive que, si je recevais un pape en me demandant d'abord ce que j'en pensais, c'était que j'étais tombé en plein dans le subjectivisme. Car ce n'est pas ce que j'en pense qui est important, encore moins les commentaires préalables pleins d'un préjugé défavorable que je pourrais émettre éventuellement, le préjugé défavorable étant, convenez-en, chers liseurs, le contraire de ce fruit du saint-Esprit qu'on appelle "la bienveillance" ("N'ayez pas peur de la bonté"). Ce qui importe, c'est que je sache recevoir filialement le pape qui m'est donné.
Ce qui m'afflige dans les réactions que j'ai lues (et je suis remonté assez loin), c'est que je croyais que les liseurs de ce forum étaient attachés à la liturgie traditionnelle par "amour de l'eglise". Manifestement non, puisque tout ce que la plupart d'entre eux se bornent à faire est d'attendre leur clergé au tournant.
"Pour la gloire de dieu et le salut du monde"? Ces motifs seraient louables. Et on croit peut-être de bonne foi écrire en les ayant à l'esprit lorsqu'on s'indigne que le pape n'ait pas "génuflectionné" en justifiant, dans le meilleur des cas, que le pape n'ait pas pu le faire parce qu'il a de l'arthrose au genou.
L'habit non plus ne fai pas le pape, mais ce coin de rablais ne fait pas recette en cette sérieuse affaire de montrer de l'or au bon dieu Qui l'a fait et caché dans ses mines. "Là où est ton trésor..."
En fait, à la fois mon intuition, et l'écoute du coeur de ce que nous a dit le pape hier, me font reconnaître qu'il y a une innovation qui peut froisser un traditionaliste: c'est que le pape se pose davantage (et pour la première fois en priorité) come celui qui "préside à la charité" de la communion éclésiale plutôt qu'en gardien de la Foi.
Je rappelle qu'il était loisible au successeur de mgr Lefebvre de venir garder la foi qu'il estimait menacée au sein de l'eglise en acceptant la prélature personnelle que le prédécesseur de françois lui a proposée bien des fois.
Et maintenant? Mon avis est de parier avec et sous François que la charité est gardienne de la foi dans l'eglise. Non seulement elle est gardienne de la Foi dans l'eglise, mais elle est le signe par lequel de futurs croyants viendront y demander le baptême. Ne soyons pas un obstacle à leur conversion, favorisons-la plutôt de notre prière et de notre exemple et veillons sur notre coeur!
Que Dieu nous garde!

( 712676 )
[réponse] par Abbé J.F.Harthong (2013-03-20 16:34:56)
[en réponse à 712664]
Merci beaucoup pour votre belle analyse.
Je voulais aussi relever que ce geste était propre à la forme extraordinaire.

( 712683 )
Bien d'accord, et aussi... par Paterculus (2013-03-20 17:09:07)
[en réponse à 712664]
Je suis bien d'accord avec vous, cher Le Torrentiel : on ne choisit pas plus son Pape qu'on choisit son père.
L'Eglise est la famille de Dieu, et cette notion est à remettre à l'honneur, car si l'Eglise-peuple-de-Dieu a été valorisée après Vatican II, ce fut pour beaucoup une régression à une théologie vétéro-testamentaire, et pour d'autres un plongeon dans le monde glauque de la pire des politiques.
Donc nous recevons le Pape dans un esprit de charité filiale.
Cependant il est clair qu'un certain nombre de questions se posent à l'Eglise aujourd'hui, et la réponse à ses questions conditionne le salut de millions de personnes.
Alors il est légitime de s'interroger sur l'efficacité du message délivré par le nouveau Pape.
Ainsi je vous avoue être dérangé par l'insistance sur la pauvreté, je veux dire sur la façon dont cette insistance est présentée.
L'Eglise aujourd'hui est pauvre. C'est vrai en France : un argument contre les vocations est que le prêtre, ça ne gagne rien, et cela depuis des décennies. C'est vrai aussi au Etats-Unis : c'est peu connu, mais il y a plusieurs décennies, là aussi, que des paroisses ont été fermées faute de moyens pour les entretenir.
Alors à quoi va conduire cette façon d'insister sur la pauvreté ? Je me souviens assez des dégâts faits par le slogan d'une Eglise pauvre pour craindre que cela recommence. Et j'ai entendu suffisamment d'accusations contre l'Eglise au nom de sa pseudo-richesse pour n'avoir pas envie qu'on donne l'impression que cette richesse existait jusqu'ici.
Il y aurait d'autres sujets à aborder, comme la liturgie, mais le temps me manque à présent.
Votre dévoué Paterculus

( 712703 )
Merci, messieurs les abbés, par le torrentiel (2013-03-20 18:03:50)
[en réponse à 712683]
Quelques réponses succintes, car j'espère vraiment, peut-être un peu vainement, que mon message pourra redonner du coeur pour recevoir le pape à nos chers coliseurs:
-Ce signe codifié par "la forme extraordinaire" est passé dans la piété de notre nouveau pape, et il n'est pas inutile d'en prendre exemple, pour faire passer notre foi de la tradition à la piété.
-De la piété à la piété filiale, il n'y a qu'un pas, et je saisis cette transition pour dire que de retrouver en effet le sens de notre appartenance à "la famille de dieu" pourrait revivifier notre attachement à la famille, élargie dans cette grande Famille où nous devenons fils du Père dans le corps du fils.
-L'eglise pauvre: tant que ça reste un slogan, on ne sait pas à quoi ça mène et ça rime. Mais je ne vous suis pas quand vous dites que l'eglise est déjà pauvre. Matériellement, c'est sans doute vrai; mais spirituellement, nous ne sommes pas assez dépouillés. De plus, l'eglise ne pourra faire l'économie de se démondaniser. Car si l'eglise est pauvre matériellement, mais reste mondaine en tenant essentiellement à occuper sa place dans le monde, elle me fait plutôt penser aux aristocrates ruinés qu'à nos malheureux SDF Un aristocrate ruiné ne vit pas bien, mais sait tenir son rang et donc ne connaît pas la pauvreté, qui consiste à tout perdre ou à savoir tout perdre sans avoir peur de perdre et en croyant devoir tout garder par devoir. Pauvreté spirituelle et mondaine, dépouillement et détachement. Il n'y a pas de vrai détachement sans dépouillement, ni de vrai dépouillement sans détachement.
Après "l'ouverture au monde", la démondanisation, c'est pas mal, quand même. C'est très mondain, la démondanisation? En profondeur, pas du tout.
Passer à un autre temps de l'eglise que le temps du concile, de la critique ou de la canonisation du concile et de l'après concile. Revenir aux fondamentaux scripturaires comme semble le faire le pape en s'abstenant pour le moment de citer le concile, qui n'est pas notre troisième testament ou notre second evangile de l'esprit-saint après les actes des apôtres. Revenir aux fondamentaux, à la pauvreté des anaouim et des béatitudes, voilà un moyen de sortir par le hautd'une chicane très séculière àpropos d'un ensemble de textes du siècle dernier. Maintenant, ne pas accompagner la pauvreté spirituelle d'un certain dépouillement, ce serait sauver le décorum. et trop insister sur la pauvreté matérielle, ce serait en effet de la démagogie. Le pape est latino-américain, qu'il soit un peu ostentatoire est peut-être dans son tempérament, faisons la part de celui-ci et inscrivons-nous dans le sillage de sa piété et de son invitation missionnaire à évangéliser, non pas assis sur un trésor que nous ne savons pas transmettre, mais en retrouvant l'esprit missionnaire et en reparlant de Dieu pour qu'à prier le Père Noël, grand régulateur de la consommation universelle, ou à contempler leur seule conscience, consolatrice de leurs âmes et régulatrice de leurs émotions, de leur moral et de leur morale, nos contemporains n'en viennent pas en effet à prier le diable sans le savoir.

( 712762 )
Démondanisation : excellent ! par Paterculus (2013-03-20 20:41:50)
[en réponse à 712703]
Excellent néologisme, mon cher Torrentiel !
Si la pauvreté visée par notre Pape pouvait consister à rompre tous les liens indus de l'Eglise avec le monde, alors là je suis d'accord, à cent pour cent.
Nous ployons sous le poids des liens avec le monde, dans l'Eglise dite de France. Par exemple on admet l'expression "Education Nationale", et par conséquent on admet que l'Etat commande dans les écoles catholiques ; ou encore on reconnaît la République (ce qui n'est pas un mal en soi) mais du coup on perd tout regard critique sur les formes que prend l'Etat dans notre pays et tout regard moral sur les décisions de cet Etat...
On voit des évêques accepter en tant qu'évêques des décorations de la part des avorteurs qui nous dirigent, et ainsi de suite.
Démondanisons donc, et à toute vitesse !
Votre dévoué Paterculus

( 712785 )
Démondaniser la liturgie par Paterculus (2013-03-20 21:52:21)
[en réponse à 712762]
Un autre aspect de la démondanisation de l'Eglise que j'appelle de mes voeux, c'est la démondanisation de la liturgie. Elle consiste à cesser d'adapter la liturgie à telle ou telle catégorie à laquelle on veut plaire : les jeunes ou même les homosexuels par exemple.
La liturgie doit signifier le mystère qui se célèbre, et non se galvauder en auto-célébration de l'assemblée.
VdP

( 712823 )
Presque entièrement d'accord avec vous, par le torrentiel (2013-03-21 01:50:13)
[en réponse à 712785]
sauf quand vous dites que l'adaptation de la liturgie à ceux qui la reçoivent est toujours et systématiquement une autocélébration de l'assemblée. Très souvent oui, mais pas toujours. Et alors il ne faudrait pas faire un raisonnement à deux vitesses: certes, les tradis ne disent pas qu'ils s'auto-célèbrent quand ils défendent la liturgie, mais ils font quelquefois pire: ils parlent de l'"offre de messes" (sous différentes formes) comme d'une concurrence de deux "produits".

( 712864 )
En effet par Paterculus (2013-03-21 10:38:22)
[en réponse à 712823]
Il y a autocélébration de la communauté si l'on déforme la liturgie pour elle, ou si on réserve la liturgie à un groupe.
Autrement, il est normal, en certaines occasions, que l'homélie, la prière universelle, le choix d'une messe votive, soient adaptés à ceux qui ont demandé que la messe soit dite à leur intention.
VdP