Le Forum Catholique

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images/icones/fleche3.gif  ( 708044 )pourquoi Benoit XVI s'en est allé : une position intéressante d'un quotidien libanais par jejomau (2013-02-28 22:46:27) 

Je vous livre un extrait de ce qu'écrit l'Orient-le Jour :

Mais à quoi donc a renoncé ce pape pourtant inébranlable dans ses convictions et ses orientations, qui a pris le risque de l’impopularité en choisissant d’être le gardien inflexible du dogme, contre tous les vents libertaires qui soufflent sur le monde ? À sa mission, tout simplement. Non pas celle, générale, liée à sa qualité de chef de l’Église catholique apostolique, mais celle, plus précise, centrée, ciblée, qu’il s’était fixée au moment où il avait choisi son nom, après son élection, celui de saint Benoît, patron de l’Europe, fondateur de l’ordre bénédictin et du monachisme occidental, qui a eu une influence majeure sur la civilisation européenne médiévale. En ce faisant, Benoît XVI annonçait son programme : la réévangélisation d’une Europe en rupture avec sa culture chrétienne. Il n’a pas hésité à cet effet à créer un Conseil pontifical pour la nouvelle évangélisation dont il a renforcé les compétences récemment encore, en janvier 2013. Et ce n’est pas un hasard si le dernier synode à Rome, en octobre 2012, portait sur la « nouvelle évangélisation ».

Cette lourde tâche, à laquelle s’était astreint également Jean-Paul II avant lui, meurtri par le refus des rédacteurs de la Constitution européenne de reconnaître les « racines chrétiennes » du Vieux Continent, s’est donc, jusqu’à nouvel ordre, avérée une mission impossible. Le pape théologien s’est heurté à une sécularisation poussée des sociétés européennes, dont le corollaire est l’indifférence religieuse.


LIEN

Je n'ai trouvé nulle part cette vision des choses jusqu'à maintenant. Le quotidien Libanais exprime une vision du monde oriental . Une vision qui perçoit les choses parfois d'une autre manière que celle de l'homme Occidental. En outre le quotidien s'adresse autant à des musulmans qu'à des catholiques exprimant souvent leur Foi de façon plus vive que nous. J'ai trouvé particulièrement intéressante cette façon de voir la renonciation de Benoît XVI en ce sens qu'elle exprime une sorte de jugement triste mais réel sur notre monde Occidental sécularisé dont il semblerait qu'on ne puisse plus rien tirer et qui semble voué à la mort puisque même un pape préfère "jeter l'éponge".
Le jugement de l'Orient est sans appel à notre égard quand il écrit un peu plus loin :

Benoît XVI a été porteur d’une exigence spirituelle et culturelle à laquelle le monde moderne semble réfractaire. En effet, l’homme « postchrétien » d’aujourd’hui voudrait une religion façonnée à son image, en conformité avec ses désirs et représentée par un pape « cool ».


Jugement sans appel , oui...
images/icones/fleche2.gif  ( 708116 )A la fois oui "au meilleur des Lumières" ET non à leurs prolongements libertaires. par Scrutator Sapientiæ (2013-03-01 10:35:23) 
[en réponse à 708044]

Bonjour jejomau,

1. Si Dieu est Bruce GELLER, Benoît XVI est Peter GRAVES dans le rôle de Jim PHELPS, mais la mission, même acceptée, est impossible, car on ne peut pas durablement, comme a voulu le faire Joseph RATZINGER / Benoît XVI, à la fois

- souscrire "à ce qu'il y a de meilleur dans la philosophie des Lumières" : la mise en avant et valeur de la liberté de la conscience humaine, de la dignité de la personne humaine, dans l'acception kantienne du terme, acceptée, voire approuvée, au Vatican II,

ET

- dénoncer ce qui en constitue aujourd'hui les prolongements contemporains, d'inspiration libérale-libertaire : la transformation de tous les "droits à" en "raisons de", y compris le droit à l'avortement, au mariage, aux enfants, à l'euthanasie.

2. Les Lumières sont essentiellement et intentionnellement, et non accidentellement, ni occasionnellement, un projet global d'inspiration démiurgico-luciférienne et démiurgico-prométhéenne : l'anthropolâtrie, la mercatolâtrie, la psycholâtrie, la somatolâtrie, la technolâtrie,

- d'une part, découlent de "ce qu'il y a de meilleur dans les Lumières", non du point de vue de Benoît XVI, mais du point de vue des "philosophes" des Lumières eux-mêmes, qui avaient presque tous en commun un projet émancipateur, vis-à-vis du christianisme catholique,

- débouchent sur "ce qu'il y a de meilleur" dans leurs prolongements contemporains, d'inspiration libérale-libertaire, qui sont, d'un point de vue catholique ET réaliste, subversifs et transgresseurs en eux-mêmes, et non du fait d'abus ou d'excès dans leur mise en oeuvre.

3. Faute de temps, je ne développe pas, mais si la mission est devenue quasiment impossible, c'est notamment à cause de cette contradiction fondamentale ; a contrario, il est probablement moins contradictoire, mais aussi moins diplomatique, vis-à-vis du monde contemporain, de réprouver à la fois

- "ce qu'il y a de meilleur" dans les Lumières du XVIII° siècle

ET

ce qu'il y de pire dans les ténèbres des siècles qui ont suivi.

4. Mais allez expliquer cela à tous ceux qui sont persuadés

- que les Lumières sont vraiment d'inspiration humaniste libérale, notamment non hostile, par principe, à Dieu, Père, Fils, Esprit, alors qu'elles sont d'inspiration matérialiste et naturaliste, opportuniste et productiviste, en contradiction avec le christianisme catholique,

et

- que les Lumières sont aujourd'hui contredites, alors qu'elles sont parachevés, par l'hédonisme libertaire hyper-individualiste : c'est pour cela que l'avortement et l'euthanasie sont aujourd'hui incorporables aux droits de l'homme sans (le seul vrai) Dieu.

Bonne journée et à bientôt.

Scrutator.