Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 707595 )Discuter de quoi ? Comment discuter ? Avis d'un Pape et instruction pour les catholiques par Glycéra (2013-02-26 10:18:58) 

Lettre encyclique
Ad beatissimi apostolorum du 1er novembre 1914,
Benoît XV a écrit:

Et d'abord, comme dans toute société humaine, quel que soit le motif de sa formation, il importe au plus haut degré, pour le succès de l'œuvre commune, que les membres conspirent vers un même but, il Nous faudra travailler par-dessus tout à faire cesser les dissensions et les discordes entre catholiques, de quelque genre qu'elles soient ; à empêcher qu'il en naisse de nouvelles ; à obtenir que tous soient unis dans une même pensée et une même action.

Les ennemis de Dieu et de l'Église comprennent bien que toute division chez nous, dans l'œuvre de notre défense, devient pour eux une victoire ; aussi recourent-ils fréquemment à cette tactique : quand ils voient les catholiques bien unis, ils s'efforcent de jeter habilement parmi eux des semences de discordes et de détruire ainsi leur cohésion. Plût à Dieu que cette manœuvre ne leur ait pas réussi trop souvent, au grand détriment de la religion !

Ainsi donc, dès que l'autorité légitime a fait une prescription positive, qu'il ne soit permis à personne de s'y soustraire, sous prétexte que cela lui déplaît ; mais que chacun soumette sa manière de voir à l'autorité du supérieur et lui obéisse par devoir de conscience.

De même, que nul particulier, par la publication de livres ou de journaux, ou par des discours publics, ne s'érige en maître dans l'Église. Tous savent à qui a été confié par Dieu le magistère de l'Église : à celui-là pleine et entière liberté doit être laissée de parler, quand et comme il le juge à propos ; le devoir des autres est de l'écouter avec déférence et de se conformer à sa parole.

À l'égard ensuite des questions, où, sans détriment de la foi ni de la discipline, on peut discuter le pour et le contre, parce que le Saint-Siège n'en a encore rien décidé, il n'est interdit à personne d'émettre son opinion et de la défendre ; mais que dans ces discussions on s'abstienne de tout excès de langage, qui pourrait offenser gravement la charité ; que chacun soutienne son avis librement, mais qu'il le fasse avec modération, et ne croie pas pouvoir décerner aux tenants d'une opinion contraire, rien que pour ce motif, le reproche de Foi suspecte ou de manquement à la discipline.





images/icones/fleche3.gif  ( 707600 )La Foi est liée à la discipline !? par jejomau (2013-02-26 10:44:19) 
[en réponse à 707595]

Extrêmement intéressant votre post Glycéra. A plusieurs titres.

D'abord, celui auquel vous voulez qu'on le découvre. On ne peut qu'y souscrire en tant que catholique attaché à Rome.

Mais aussi à un autre égard qui m'a frappé. Je remets la phrase qui me plaît :

À l'égard ensuite des questions, où, sans détriment de la foi ni de la discipline, on peut discuter le pour et le contre, parce que le Saint-Siège n'en a encore rien décidé, il n'est interdit à personne d'émettre son opinion et de la défendre


Benoît XV pense que la Foi est donc liée d'une manière connaturelle à la discipline de ses membres. Comment définir cette discipline : comme une simple obéissance ? Ou comme une ascèse nécessaire au sein de l'Eglise pour demeurer dans la Foi ? Dans ce cas, ne peut-on pas penser que l'effondrement de la Foi catholique depuis quelques décennies est lié à un relâchement certain dans la discipline : jeûne, mortifications, etc.. etc.. ? Ne peut-on pas expliquer les désordres actuels dans le clergé du fait de l'abandon de toute ascèse depuis la fin du Concile ?

N'est-ce pas LA véritable explication ?
images/icones/neutre.gif  ( 707602 )Je pense par Meneau (2013-02-26 10:52:14) 
[en réponse à 707600]

que Benoit XV fait ici par "discipline" référence à l'objet secondaire du Magistère, qu'on nomme aussi parfois "les moeurs". La discipline de l'Eglise ou les moeurs = par exemple le droit canon, domaine où l'assistance divine est aussi engagée.

Cordialement
Meneau
images/icones/sacrecoeur.gif  ( 707611 )La discipline est-elle l'incarnation de la Foi ? par Glycéra (2013-02-26 12:02:25) 
[en réponse à 707600]


Intéressant rapprochement.


Autrement dit la Foi du domaine de l'esprit, qui tirera l'âme vers Dieu.

La discipline du domaine de l'application terrestre de la Foi, dans le ici et maintenant, dans la vie incarnée, dans l'audition des ordres, qui mettent de l'ordre dans les manières de faire, de vivre et d'agir.

Un domaine est l'endroit où l'on demeure sous l'organisation d'un Maître, c'est la "maison" où vit l'être humain :
° son corps et son âme-psychique dans le temps,
° son esprit (âme spirituelle et esprit) déjà hors du temps, déjà pensé avant que de naître, et destiné à re-trouver sa relation avec et en Dieu quand il sera sorti du voyage dans le temps.


La Croix comporte ces deux branches : verticale la Foi, horizontale, la discipline, qui est le mode de vertu des disciples = ceux qui se laissent enseigner, qui le demandent et le vivent.

La Vie est une respiration entre les deux branches.
On a dit aussi qu'elles sont : ascèse et apostolat-action. N'est-ce pas l'autre facette de la même chose ?

Une ascèse sans Foi, ou inversement est nulle, voir nocive.
Un apostolat sans discipline n'est-il pas de même.


Si on reprend
"In necessariis unitas, in dubiis libertas,"
sous le chapeau du "In omnia Caritas",

il appert que prime le Caritas, peu importe qu'il soit externe ou interne, là le feu de Dieu fera le tri en notre for interne.

Libertas : toujours soumise à la raison élevée par la prière, surtout celle de contemplation.
"St François de Sales : pour les petiotes choses, débattez peu, et du moment que cela ne déplait pas à Dieu, faites-le bonnement"

Unitas : dans toutes les choses graves, mais pas nécessaire dans les détails, sinon, nous parlerions tous la même langue et mangerions les mêmes menus. Juste utile comme dans les règlements monastiques ou les habitudes familiales.


Merci de votre oeil scrutateur et de votre formulation.
Cela donne à prier pour mastiquer la chose.


Glycéra



qui sent déjà ce qui va arriver en marronnier ras des pâquerettes : Mgr L avait donc tort de narguer la discipline... Tout sera alors de bien lire quelle est la discipline. Sans des gens libres, point d'avancement, puisqu'ils détruisent peu ou prou ce qu'on croit (non pas "Foi", ici mal vue, mais dénaturation en croyance superficielle) bien établi.


images/icones/bravo.gif  ( 707621 )Discipline, se discipliner par Sawyer (2013-02-26 12:41:16) 
[en réponse à 707611]

Se discipliner

Commençons cette petite réflexion par une définition.

Discipliner : former à la discipline, plier à une règle, maîtriser.
Se former, se plier à une règle, se maîtriser

Discipline : ce mot à plusieurs sens.
Prenons le premier : matière d’enseignement.
Se discipliner, se former à la discipline, devient donc apprendre une matière avec tout ce que cela entraîne : les principes de base, les exercices etc… et si cette matière devient pour nous une passion nous approfondissons nos connaissances dans le but d’être meilleur.
Le second sens est la soumission à une règle. Nous sommes confrontés chaque jour à plusieurs règles : lois civiles, règlement intérieur de nos établissements, code de la route et commandements de Dieu…auxquelles nous nous obéissons avec plus ou moins de bonne volonté.
Le dernier est un instrument de pénitence. Se discipliner deviendrait faire pénitence. Oui en certaines choses.

Prenons et résumons ces différentes définitions sous un aspect religieux, chrétien.
Se discipliner signifie donc chercher à mieux connaître Dieu, par la prière (principe de base et exercice) par la lecture des évangiles et d’autres saines et saintes recherches et réflexions afin de devenir meilleur en pensée et en acte, meilleur pour nous même et meilleur à Dieu. Le tout évidemment sans perdre de vue que nous sommes soumis à une Loi sacrée, qu’il existe des repères, des limites à ne pas franchir et si nous respectons cette Loi nous serons aussi meilleurs à Dieu. Comme cette Loi nous faisons du mieux que nous pouvons pour ne pas l’enfreindre, car nous sommes des êtres faillibles, la respecter encore plus, encore mieux chaque jour surtout si cela bouleverse notre quotidien, revient en nous maîtrisant (pas seul mais avec l’aide de Dieu), à faire pénitence
Notons que toutes ces définitions interagissent. Par exemple je n’ai pas l’habitude de méditer un court passage de la Bible. Je n’en ai pas envie. Je m’efforce avec l’aide de la Grâce de Dieu, je fais pénitence. Je médite ce petit texte, j’approfondis ma connaissance de Dieu, je deviens meilleur.

Voici maintenant une dernière définition celle de disciple : du latin discipulus qui signifie élève. Personne qui se met sous le patronage de quelqu’un, qui suit la doctrine d’un maître.
Ne sommes nous pas des élèves du Christ en suivant ses prescriptions ? Ne pensez-vous pas que le terme d’élève convient avec ce que nous venons de dire ?
Elève : le Christ nous élève ( au sens éducatif et nous rejoignons le respect de la Loi comme au sens spirituel) et nous nous élevons vers Lui. Il est notre maître et nous nous soumettons.
Nous sommes disciples, nous nous faisons disciples, pour être encore disciples et toujours disciples.

Devenir meilleur à Dieu, s’élever ver le Christ, être disciple.

Se discipliner c’est se faire disciple, disciple du Christ.
images/icones/vatican.gif  ( 707612 )Echo du "Pour sentir avec l'Eglise" de St Ignace par Candidus (2013-02-26 12:03:14) 
[en réponse à 707595]

Vous noterez la généralité et l'imprécision de l'expression choisie par le pape :"prescription positive".

"dès que l'autorité légitime a fait une prescription positive" signifie "dès que l'autorité légitime a clairement manifesté -par quelque moyen que ce soit- sa volonté d'obliger".

Vous noterez aussi l'étendue de l'obéissance prescrite. Le St Père n'exige pas seulement une soumission passive, une soumission de la volonté, mais "que chacun soumette sa manière de voir", ce qui appelle une soumission intérieure.

Je rappelle ce qui devrait être la charte de tous ceux qui veulent "sentir avec l'Eglise" :

Treizième règle. Pour ne nous écarter en rien de la vérité, nous devons toujours être disposés à croire que ce qui nous paraît blanc est noir, si l'Église hiérarchique le décide ainsi. Car il faut croire qu'entre Jésus-Christ, notre Seigneur, qui est l'Époux, et l'Église, qui est son Épouse, il n'y a qu'un même Esprit qui nous gouverne et nous dirige pour le salut de nos âmes, et que c'est par le même Esprit et le même Seigneur qui donna les dix commandements qu'est dirigée et gouvernée notre Mère la sainte Église.

Certains voudraient opposer cet enseignement à celui de l'Epitre aux Galates (I,6-9) : "Mais si nous-mêmes ou un ange du ciel vous évangélisait autrement que nous ne vous avons évangélisés, qu'il soit anathème. Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète : si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème.”

Comment ne voient-ils pas dans ce passage un procédé littéraire ? Croyez-vous vraiment que l'apôtre désignerait par ce "quelqu'un" le magistère de celle que Bossuet définissait comme "Jésus-Christ répandu et communiqué" ? Croyez-vous vraiment qu'un ange (à moins que ce soit un ange déchu) pourrait "annoncer un autre Evangile" ? Comment la prière du Christ pour Pierre et ses successeurs afin que leur "foi ne défaille pas" pourrait s'accorder avec la proclamation d'"un autre Evangile" ?

Bien sûr que Dieu nous a donné une intelligence afin que nous l'utilisions, mais celle-ci blessée par le péché originel étant faillible, sujette aux illusions, prompte à accueillir tout ce qui conforte et flatte notre idiosyncrasie, prompte à affubler nos interprétations fautives du nom de "constats objectifs", Dieu nous a aussi donné un magistère infaillible pour nous gouverner et nous diriger dans la jungle de notre subjectivité.

Je suis toujours amusé par les réponses que me font les protestants lorsque je les mets face aux conséquences du libre examen des Ecritures. "Regardez, leur dis-je, la diversité des libres interprétations de la Bible qui se sont développées depuis Luther. Pourquoi l'une devrait être moins subjective que l'autre ?"

Leur réponse est toujours la-même ; ils cherchent à me démontrer -souvent avec brio- que leur interprétation est "la seule vraiment objective et conforme aux Ecritures" et ils me démontrent en fait à quel point la Divine Providence ne pouvait pas nous laisser sans un magistère vivant qui jusqu'à la consommation des siècles sera seul habilité à passer au tamis nos multiples et contradictoires "constats objectifs" et à exprimer le sens véritable et le développement authentique des Ecritures et de la Tradition.
images/icones/fleche3.gif  ( 707618 )J'attrape un bout : l'intelligence et le choix par Glycéra (2013-02-26 12:25:12) 
[en réponse à 707612]

"Bien sûr que Dieu nous a donné une intelligence afin que nous l'utilisions"

Dites-vous.
Cette ressource propulsée reine de l'être humain par, justement, une intelligence faillible... celle de Descartes, et d'autres adeptes, n'est pas la priorité vraie.

C'est dans la prière, dans l'intellect pur, dans la jonction entre l'intelligible et le perceptible (intuité, intérieur, inspiré par la Parole en notre centre qui est notre Coeur, frère du Sacré-Coeur), dans la partie non discurcive ni objective que nous pouvons comprendre, prendre l'outil qui vient du dedans pour lire (intel-lire) ce qui est donné de voir.

Qui se limite à l'intelligence est comme quelqu'un qui raconte sa route à la lumière des phares. Il a vu les virages, les poteaux, les barrières... mais pas les montagnes. A peine quelques lueurs de lac ou les ombres des bois. Et qui prétend indiquer aux autres où aller loger !

Alors inter-prétation ou intel-ligence, même espèce ?
Ce me semble.

C'est de l'écume, plus ou moins belle ou utile, mais ce n'es tpas l'essence vitale.


Glycéra
images/icones/bravo.gif  ( 707624 )Bien sûr et je dirai plus ! par Candidus (2013-02-26 12:56:12) 
[en réponse à 707618]

"Alors inter-prétation ou intel-ligence, même espèce ?
Ce me semble."


J'ajouterais dans la même veine :

"Constater" ou "juger", même espèce ?

ABSOLUMENT, à deux exceptions près car il n'existe que deux types de “constat” :

- celui d’«être», d’«exister», la conscience du «JE»

et

- les constats «bruts» qui sont des perceptions immédiates des sens et peuvent difficilement être formalisés au risque de tomber dans le jugement.

Tout le reste est jugement, c’est à dire appréciations, mises en relations, qui si elles sont conformes à la réalité, nous permettent de parvenir à la certitude de l’adéquation de notre intelligence au réel, que nous appelons alors (abusivement) “constats”.

«Le mur en face de moi est blanc.» Constat ou jugement ? Jugement. Parce que je juge ne pas être atteint d’une maladie altérant ma vue, parce que je juge que dans l’instant présent aucune lumière artificielle n’est susceptible de modifier ma perception de la couleur du mur, parce que je juge que l’alcool que j’ai consommé aujourd’hui n’était pas en quantité suffisante pour altérer ma perception, parce que j’effectue une discrimination sur la gamme chromatique des couleurs ; pour toutes ces raisons, je juge que le mur est blanc et pour manifester la confiance que j’éprouve dans mon jugement, j’utilise le mot “constat” (bien que nous ayons tous cru, suite à une erreur de jugement, constater des réalités qui se sont par la suite avérées factices...).

En d’autres termes, un constat n’est rien d’autre qu’un jugement dont nous ressentons fortement l’objectivité, la vérité.

Juger, c’est affirmer ou nier un rapport entre plusieurs réalités. Dans cette phrase, le mot important est “rapport” parce qu’il est l’élément fondamental qui définit l’intelligence humaine : la faculté d’appréhender des “rapports” entre les objets de pensée.

Tout ça pour conclure à l'inanité de l'affirmation de ceux qui se défendent de juger de la conformité du magistère vivant de l'Eglise avec la Tradition : "Nous ne jugeons pas, nous constatons..."

FOUTAISE !
images/icones/hum2.gif  ( 707644 )“Procédé littéraire” ? Ce n’est pas l’avis d’un Père de l’Église... par Vianney (2013-02-26 14:12:06) 
[en réponse à 707612]

“2. Pourquoi dit-il, même si nous-même ? Pourquoi pas ‘même si moi…’ ? C’est qu’il veut dire : lors même que Pierre, lors même qu’André, lors même que Jean, lors même enfin que tout le chœur des apôtres vous évangéliserait autrement que nous ne vous avons évangélisés, qu’il soit anathème ! Rigueur qui fait trembler ! Pour confirmer l’attachement à la foi première, il ne s’est pas épargné lui-même, ni ses collègues dans l’apostolat !

3. C’est encore trop peu. Même si un ange du ciel, dit-il, vous évangélise autrement que nous ne vous avons évangélisés, qu’il soit anathème ! Il ne lui a pas suffi, pour la défense de la foi transmise une fois pour toutes, de mentionner la nature de l’humaine condition, sans y joindre aussi l’éminente nature angélique. Même si nous-même, dit-il, ou un ange du ciel… Non que les saints anges du ciel puissent encore pécher ; mais il veut dire : s’il arrivait même ce qui ne peut arriver, quel que soit celui qui tente de modifier la foi transmise une fois pour toutes, qu’il soit anathème !

4. – Mais ces paroles, peut-être ne les a-t-il dites qu’en passant et les a-t-il jetées avec une impétuosité toute humaine, plutôt qu’il ne les a formulées par inspiration divine ?
– Loin de là. Car il poursuit, et cet avertissement, c’est par l’insistance d’une affirmation redoublée qu’il le fait entrer dans les esprits : Je vous l’ai déjà dit et je le répète : si quelqu’un vous prêche un autre évangile que celui que vous avez appris, qu’il soit anathème ! Il ne dit pas : ‘Si quelqu’un vous annonce autre chose que ce que vous avez appris, qu’il soit béni, loué, accueilli’, mais qu’il soit anathème, c’est-à-dire séparé, rejeté du troupeau, exclu, afin que la redoutable contagion d’une seule brebis n’infecte pas, par un mélange de son poison, l’innocent troupeau du Christ.”
Source : Commonitorium de saint Vincent de Lérins.
 
images/icones/bravo.gif  ( 707652 )Exactement, "procédé littéraire", je maintiens ! par Candidus (2013-02-26 14:45:16) 
[en réponse à 707644]

Et vous me confortez dans ma conviction par votre citation :

"...il veut dire : s’il arrivait même CE QUI NE PEUT ARRIVER."

Il évoque une éventualité qu'il sait impossible, c'est un procédé littéraire.

images/icones/idee.gif  ( 707657 )“Ce qui ne peut arriver”... par Vianney (2013-02-26 15:10:53) 
[en réponse à 707652]

...avec des anges “venus du Ciel” ou avec des apôtres (confirmés en grâce) ne pouvait-il pas se produire avec ceux qui prendraient leur succession ? C’est cela le sens du “procédé littéraire” utilisé par saint Paul.

Oui ou non, se peut-il qu’un pasteur, ou même que l’élu d’un conclave, s’écarte de la doctrine révélée ? La législation de l’Église, notamment celle du pape Paul IV et de saint Pie V, répond oui : c’est (en particulier) possible lorsque l’élu a perdu la foi avant sa désignation. Et vous n’ignorez pas la portée doctrinale d’une législation que l’Église impose, ne serait-ce que temporairement, à tous ses fidèles.

Comment dès lors les fidèles peuvent-ils être prémunis contre de telles déviations qui lui viennent par voie d’autorité ? Saint Vincent de Lérins répond après saint Paul : en comparant ce qui leur est enseigné à présent avec ce qui leur a toujours été enseigné. C’est exactement ce que saint Robert Bellarmin (De Membris Ecclesiæ, livre Ier De Clericis, ch. 7) déduit de la mise en garde du Christ vis-à-vis des faux prophètes :
“Il est vrai que le peuple doit discerner le vrai prophète du faux, mais non par une autre règle que celle-ci : observer attentivement si celui qui prêche dit le contraire de ce que disaient ses prédécesseurs (...)”
V.
 
images/icones/vatican.gif  ( 707667 )Prima Sedes a nemo judicetur par Candidus (2013-02-26 15:53:47) 
[en réponse à 707657]

Je reconnais la possibilité théorique qu'un hérétique soit élu pape puisque l'Eglise, par sa discipline infaillible, semble l'avoir admis dans le passé et avoir estimé qu'une telle élection serait nulle.

En tout état de cause, si une telle situation devait se rencontrer, elle ne pourrait, par définition, qu'être un interlude permis pour la purification de l'Eglise et ne pourrait pas se prolonger sur des générations.

Ceci dit, sur ce forum (comme c'est la règle), je me place toujours dans le présupposé de l'existence d'un Souverain Pontife légitime et dans ce cas s'applique le principe canonique : LE SIÈGE SUPRÊME NE PEUT ÊTRE JUGÉ PAR PERSONNE.
images/icones/1f.gif  ( 707683 )Vous êtes plus optimiste que le pape par Vianney (2013-02-26 16:54:51) 
[en réponse à 707667]


En tout état de cause, si une telle situation devait se rencontrer, elle ne pourrait, par définition, qu'être un interlude permis pour la purification de l'Eglise et ne pourrait pas se prolonger sur des générations.


Paul IV n’affirme visiblement rien de tel :
“§ 6.– Nous ajoutons que si jamais il advient qu’un évêque, même agissant en qualité d’archevêque, de patriarche ou de primat ; qu’un cardinal de l’Église romaine, un Légat ou même un Souverain Pontife, avant sa promotion ou élévation au cardinalat ou au Souverain Pontificat, a dévié de la foi catholique ou est tombé dans quelque hérésie, sa promotion ou élévation – même si cette dernière a eu lieu dans la concorde et avec l’assentiment unanime de tous les Cardinaux – est nulle, non avenue, sans valeur aucune. Et on ne pourra dire qu’elle est devenue valide ou qu’elle devient valide parce que l’intéressé a accepté sa charge, a reçu la consécration et est ensuite entré en possession ou quasi-possession du gouvernement et de l’administration, ou par suite de l’intronisation du Pontife romain lui-même, ou de l’agenouillement devant lui, ou du serment d’obéissance que tous lui auront prêté, et ce, quel que soit le laps de temps écoulé depuis ces actes.”

Ceci dit, sur ce forum (comme c'est la règle), je me place toujours dans le présupposé de l'existence d'un Souverain Pontife légitime...


Ce n’est pas moi qui vous le reprocherai, mais à condition de ne jamais donner à croire que ce présupposé découle de la constitution divine ou des promesses du Christ, alors que l’Église pense manifestement le contraire : quand elle légifère, ce n’est pas seulement pour faire face à une “possibilité théorique”. Paul IV était même convaincu qu’elle était sur le point de se produire en la personne d’un cardinal de son temps, et il est remarquable que saint Pie V, tout en ne partageant pas cette opinion, n’en a pas moins confirmé la législation de son prédécesseur.

V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 707707 )Prima Sedes par Epiphanios (2013-02-26 18:45:05) 
[en réponse à 707667]

a nemine iudicatur.
images/icones/vatican.gif  ( 707734 )"Papa ... a nemine est iudicandus ... par John DALY (2013-02-26 21:27:00) 
[en réponse à 707707]

... nisi deprehendatur a fide devius."
(Decretum Gratiani, distinctio XL, canon vi, tel qu’il fut édité à l’ordre du pape Grégoire XIII)


Toutefois nul mortel ne présume lui [sc. au pape] reprocher ses fautes, puisque celui qui doit juger de tous ne doit lui-même être jugé par personne, à moins qu’il ne soit repris pour avoir erré dans la foi .

images/icones/neutre.gif  ( 707742 )C'est une chance par Epiphanios (2013-02-26 22:08:31) 
[en réponse à 707734]

pouvoir vous lire, John. vous êtes une source de sagesse. Deo laudes.
images/icones/neutre.gif  ( 707747 )Non nobis, Domine ... par John DALY (2013-02-26 22:24:50) 
[en réponse à 707742]

Vous êtes bien trop gentil cher Monsieur l'abbé. Je suis soulagé de constater que je ne vous ai pas blessé par ma défense vigoureuse de Billot hier - c'est que j'aime beaucoup ce grand théologien ... thomiste !
images/icones/neutre.gif  ( 707762 )Mais... par Marco Antonio (2013-02-26 23:46:58) 
[en réponse à 707734]


... nisi deprehendatur a fide devius."



Mais dans ce cas également, il n'est pas le Pape en quant Vicaire du Christ dans la plenitude de l'exercice de son ministère à être jugé car "ce siège de Pierre demeure toujours pur de toute erreur" - il dit Vatican I.
images/icones/idee.gif  ( 707662 ) "Formule littéraire" en effet et figure rhétorique par Bertrand Decaillet (2013-02-26 15:27:31) 
[en réponse à 707652]

Figure rhétorique connue, en effet (l'emphase), qui dit la gravité d'une situation qualifiée d'"impossible".
Car aujourd'hui EST véritablement ARRIVÉ "ce qui ne peut arriver."
images/icones/fleche3.gif  ( 707660 )Non pas, la foi n'est pas absurde par N.M. (2013-02-26 15:14:37) 
[en réponse à 707612]

Evidemment que l'intelligence humaine est faillible. Personne n'a soutenu le contraire.

Seulement la grâce ne détruit pas la nature. La vertu de foi est infusée dans la faculté d'intelligence. En matière de foi, juger du même jugement que l'Eglise c'est par grâce adhérer - acte de l'intelligence - en raison de l'autorité de Dieu révélant, à l'objet attesté par l'Eglise comme étant révélé de Dieu.

Par conséquent le croyant n'a pas en soi besoin d'un nouveau jugement de l'Eglise pour récuser toute proposition contraire à ce à quoi il adhère déjà dans la lumière de la foi. Ce nouveau jugement est souhaitable, mais il n'est pas en soi absolument nécessaire pour garder la foi.

Quand Nestorius a commencé à prêcher contre la divinité du Christ, les fidèles de Constantinople n'avaient pas en soi besoin du jugement d'un concile - même si le concile eut ensuite effectivement lieu - pour juger qu'il ne fallait pas suivre l'enseignement de ce même Nestorius, sauf à perdre la foi.

Dans l'absolu, il est tout à fait exact que cette proposition contraire ne peut pas venir de l'Eglise hiérarchique, qui est divinement assistée, qui est toujours la même Eglise, et qui transmet infailliblement le même Dépôt de la Révélation. L'Eglise hiérarchique a comme pouvoir de transmettre ce qui est révélé être "blanc". Elle ne peut pas (en raison de l'assistance divine) et n'a certainement pas le pouvoir (parce qu'elle est souveraine au regard des fidèles, mais pas au regard du Donné Révélé) de rendre "noir" ce qui de toute éternité est "blanc". Ou alors ce ne serait plus l'Eglise hiérarchique.

Mais à supposer que celui qui est apparemment un "ange du ciel", à supposer que ceux qui sont regardés a priori comme investis de l'autorité suprême dans l'Eglise, enseignent apparemment "noir" là où l'autorité suprême attestait "blanc" et où le croyant que je suis assentis "blanc" d'un assentiment de foi, je ne peux pas assentir "noir" sauf à perdre la foi et/ou l'usage de la raison.

Certes les apparences peuvent être trompeuses. Et l'intelligence humaine est faillible. Donc ce qui est apparemment noir - dans l'hypothèse considérée - peut être blanc en réalité.

Mais suffit-il qu'il y ait a priori les apparences de l'autorité pour que le croyant adhère - a fortiori d'une adhésion de foi - à ce qui lui est présenté et lui apparaît "noir", à tort ou à raison ?

La foi est dans l'intelligence. Et l'objet de foi n'est pas contraire à la raison. L'objet de la foi n'est pas absurde. Que la substance du pain puisse être toute entière convertie en la substance du Corps du Christ, lors même que demeurent (sans sujet en lequel inhérer) les accidents du pain, voilà ce qui est un grand mystère - le Mysterium Fidei - mais voilà qui n'est pas chose absurde. Dieu est le maître de la Création et il peut bien opérer un tel changement. Cela dépasse notre simple entendement, mais ce n'est pas absurde.

En revanche, demander à un croyant, au seul motif de l'argument d'autorité, d'adhérer par conséquent aveuglément à une proposition perçue comme contraire - même à tort - à ce à quoi il adhère déjà d'une adhésion de foi (en raison de la proposition antécédente de l'Eglise : donc censément en raison de la même autorité) c'est une chose réellement absurde, et c'est quelque chose que l'autorité légitime ne peut ni impérer ni cautionner, sauf à ruiner l'économie même de l'acte de foi.

Face aux disciples de l'évêque d'Ypres qui n'arrivaient pas à comprendre en quoi la doctrine romaine de la grâce suffisante n'était pas contraire aux canons du deuxième concile d'Orange, les papes du XVIIe siècle ne se sont pas contentés d'invoquer impavides "l'herméneutique de la continuité". Ils ont manifesté en quoi il y avait effectivement développement homogène, notamment en condamnant par ailleurs les doctrines qui renouvelaient les erreurs du semi-pélagianisme.

Aujourd’hui, depuis cinquante ans, ceux auxquels vous nous demandez à toutes forces de nous rallier au nom d’une lecture volontariste et absurde d’un précepte ignacien, ne se donnent la peine ni d’enseigner ex officio en quoi les « nouveautés » de Vatican II sont un développement homogène du dogme et de la doctrine catholique, ni de condamner doctrinalement ceux qui sont censés abuser les âmes au nom d’une « mauvaise interprétation du concile ». Depuis cinquante ans la Rome post-conciliaire impère chez les croyants une adhésion absurde, et de surcroît laisse ces mêmes croyants entre les mains de curés et même d’évêques censés abuser de Vatican II.

Ne serait-ce qu'à ce titre, et à supposer même que les apparences "novatrices" de Vatican II soient trompeuses, il y a depuis lors collapsus de l'autorité.



images/icones/neutre.gif  ( 707767 )Excellent résumé par Marco Antonio (2013-02-27 00:43:25) 
[en réponse à 707660]

Excellent résumé, Monsieur. Entièrement condivisible.

Je voudrais seulement souligner que:

1) le texte ignatien rappellé par Candidus dit: "Pour ne nous écarter en rien de la vérité, nous devons toujours être disposés à croire que ce qui nous paraît blanc est noir, si l'Église hiérarchique le décide ainsi". Donc, la telle chose nous semble blanche, mais en réalité elle est noire (comme l'Eglise nous enseigne). Si l'Eglise dit que une chose est blanche, elle est blanche et elle est toujours blanche. Penser que les fidèles doivent croire que telle chose est noire en raison du fait que ainsi le dit une entité qui se présente comme la hiérarchie catholique c'est volontarisme.

2) le texte de l'Epitre aux Galates (I,6-9) dit: "Mais si nous-mêmes ou un ange du ciel vous évangélisait autrement que nous ne vous avons évangélisés, qu'il soit anathème. Comme nous l’avons déjà dit, ainsi je le répète : si quelqu’un vous annonce un autre Évangile que celui que vous avez reçu, qu’il soit anathème". Donc, l'Apotre prevoit que la doctrine de l'Eglise ait été déjà professée. Seulement à tel point, il faut refuser toute doctrine contraire (peu importe par qui elle vient).

Il est évident que ceux qui aujourd'hui n'acceptent pas certaines doctrines pour la raison que l'Eglise avait déjà einsegnée des doctrines opposées ils ne peuvent pas être accusés de se comporter comme les protestants.

Cordialement
images/icones/1a.gif  ( 707783 )“Condivisible” ? par Vianney (2013-02-27 09:13:36) 
[en réponse à 707767]

N’est-ce pas de l’italien ça, cher Marco Antonio ? Je ne trouve pas ce mot dans mon petit Robert. Vous voulez sans doute dire : “indiscutable”, “irréfutable” ? Reste que je suis entièrement d’accord avec votre conclusion :

“Il est évident que ceux qui aujourd’hui n’acceptent pas certaines doctrines pour la raison que l’Église avait déjà enseigné des doctrines opposées ne peuvent pas être accusés de se comporter comme les protestants.


Candidus nous oppose que l’intelligence de l’homme est sujette à l’erreur. N.M. lui rétorque à bon droit qu’elle peut l’être tout autant en croyant voir une autorité là où il n’y en a pas :

Certes les apparences peuvent être trompeuses. Et l’intelligence humaine est faillible. Donc ce qui est apparemment noir - dans l’hypothèse considérée - peut être blanc en réalité.

Mais suffit-il qu’il y ait a priori les apparences de l’autorité pour que le croyant adhère - a fortiori d’une adhésion de foi - à ce qui lui est présenté et lui apparaît “noir”, à tort ou à raison ?


Et qu’on ne nous rétorque pas qu’il est impossible que tous les catholiques ou presque reconnaissent une fausse autorité puisque, je viens encore de le rappeler, c’est précisément en tenant compte d’une telle éventualité que les papes Paul IV et saint Pie V ont légiféré !

D’où l’intérêt de la recommandation de saint Paul aux Galates, afin que, même dans la pire des hypothèses, certains fidèles au moins parviennent à discerner les faux prophètes des vrais, et qu’ainsi les “portes de l’Enfer” – c’est-à-dire les hérésies – ne puissent jamais complètement prévaloir contre l’Église.

V.
 
images/icones/neutre.gif  ( 707818 )Pardonnez-moi, cher Vianney... par Marco Antonio (2013-02-27 12:40:42) 
[en réponse à 707783]


N’est-ce pas de l’italien ça, cher Marco Antonio ? Je ne trouve pas ce mot dans mon petit Robert. Vous voulez sans doute dire : “indiscutable”, “irréfutable” ?



Vous avez bien raison, j'ai utilisé un mot ("condivisible", en italien "condivisibile") qui ne fait pas partie de la langue française. Je voulais signifier que je partage éntierement la synthèse de Monsieur N.M.

Et je partage aussi ce que vous dites: "Et qu’on ne nous rétorque pas qu’il est impossible que tous les catholiques ou presque reconnaissent une fausse autorité puisque, je viens encore de le rappeler, c’est précisément en tenant compte d’une telle éventualité que les papes Paul IV et saint Pie V ont légiféré !".

Quant à la possibilité d'erreur de l'intelligence humaine, il me semble que Candidus veut se référer à la erreur dans l'identification de la doctrine qui n'a pas été acceptée avec la doctrine opposée. Et bien oui, cela c'est possible, mais il fait partie de la nature même de l'intelligence humaine et de l'acte de foi qui repose sur le principe d'identité et de non-contradiction, sans lequel je ne peux pas imaginer comment nous pourrions croire en toute doctrine enseignée par l'Eglise. Nous ne pouvons pas croire à la fois en deux doctrines opposée parmi eux.

Cordialement